CHAPITRE XXXVI
qui nous prive d'informations précises sur ses progrès dans la confiance du roi^ est une preuve de leur marche et de leur rapidité. Du moment qu'elle devint confidente et dépositaire des sentiments et des pensées du roi, et même des secrets de FÉtat, elle cessa de s'appartenir à elle-même; ce fut un devoir pour elle de donner au roi une parfaite sécurité sur le dépôt que sa confiance mettait à la discrétion de son amie ; elle lui devait de rompre toute familiarité qui aurait pu compromettre ce dépôt : il n'y a rien de si difficile à cadier qu'un secret avec les personnes à qui Ton parle habituellement à cœur ouvert } et il y a des secrets à la cour qui se découvrent par le soin de les cacher; si bien, qu'affecter de taire certaines choses^ c'est les dire.
Consentons à passer sur Fannée 1678 comme sur un temps vide d'événements remarquables. Supposons-la perdue pour le roi dans une vaine galanterie, comme la précédente; pe.rdue pour madame de Montespan^ dmis les tourments d'une ambition réprimée^ et dans les fureurs d'une, jalousie sans amour.
Et supposons madame de Maintenon, malgré des alternatives fréquentes de dégoûts et de contentements, suivant que madame de Montespan exerçait de douces ou de malignes influences sur le roi^ marchant néanmoins d'un pas lent, égal et ferme, vers son but, qui était la considération du public par celle du roi, celle du roi par celle du public ; et vers un but, plus éloigné, qui se laissait entrevoir dans les nuages. Au reste, nous avons vu la fin de 1677, nous allons voir 1679; par le point d'arrivée, et par le point de départ, nous jugerons des intermédiahres.