‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 333 sur 359 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

Suite de 1677 et 167S (continuation de la huitième période). — Notions sur les rapports de la littérature avec les mœurs de la cour, en 1677 et 1678.— Boileau en 1677. — Racine. — Incidents relatifis à Phèdre. — Bféprise des écrivains qui imputent les critiques de Phèdre h la société de Rambouillet. — Autre méprise sur la satire de Boileau à Toccasion de Phèdre, — Fausseté de l'assertion que madame de Sévigné protégeait Pradon, et n*aimait pas Racine. — Relations de madame de Sévigné avec Molière, la Fontaine, Boileau et Racine.

L'ordre des temps exige que nous exami-

nions, ici, les rapports qui s'établirent entre les hommes de lettres et la société polie, lorsque ses progrès, et les préférences que madame de Maintenon obtenait du roi sur ses maltresses mêmes, furent devenus très-sensibles; en d'autres mots, les nouveaux rapports qui s'établirent entre les mœurs devenues dominantes et la littérature.

Nous avons vu plus haut qu'en 1673, à l'époque de la mort de Molière, les trois amis qui lui survécurent avaient déjà arrêté le cours de leur fécondité, et qu'ils avaient exprimé, par un long silence, Tétonnement de ee qui se passait, le besoin d'étudier, d'observer, de suivre le changement qui s'opérait dans les mœurs de la haute société. Je vais, id, donner des notions précises de cette période d'incertitude, d'hésitation^ et de stériUté presque absolue.

La réserve des mœurs, nwcelle du hmgage, n'avaient pas attendu la sévérité des habitudes religieuses qui se déclarèrent plus tard, pour s'établir dans la bonne compagnie.

Vous ne trouverez pas un mot grossier, une locution basse, une expression licencieuse, dans les écrits des Sévigné, des ki Fayette, des la Suze, des Coulanges, des deux belles-sœurs Scudéry, qui ont précédé le règne de madame de Maintenon. ni dans ceux de femmes qui ont été fort dégagées des préceptes de son école : telle a été madame de Caylus, sa nièce et son élève ; telle a été la marquise de Lambert. Des mots grossiers qu'a protégés Molière, vous n'en retrouverez aucun dans ses successeurs au Théâtre-Français, ni dans Regnard, ni même dans les comédies de Dancourt. Vous n'en retrouverez rian dans la Bruyère, qui, plus varié que MoUère, a écrit sur tous les tons, et peint toutes sortes de caractères. Sans doute, on ne peut pas [dus comparer la Bruyère à Molière qu'on ne compare le talent de peindre les caractères à celui de les faire agir, et de faire sortir leurs traits de la situation où l'art sait les placer; mais, supérieur à Molière par rétendue, la profondeur, la diversité, la sagacité, la moralité de ses observations, il est son émule dans l'art d'écrire et de décrire; et son talent de peindre est si parfait, qu'il n'a pas besoin de comédiens pour vous imprimer dans l'esprit la figure et le mouvement de ses personnages.

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