CHAPITRE XXXVI
écrit qne son discours de réception à l'Académie française, en 4684.
La Fontaine y. entraîné par son goût pour le plaisir^ suivait le torrent; et cependant, il avait déjà quelques pressentiments du nouveau système de vie qu'il devait professer^ plutôt qu'embrasser, deux, ans plus tard; système dont il reconnut la convenance quand il fut élu à PAcadémie, et que madame de la Sablière se livra sans partage à la vie pieuse.
La Fontaine était^ des quatre amis, celui qui avait dans l'esprit le plus de notions de morale, qui avait les plus justes et les plus étendues^ depuis la morale des rois^ qui est si bien établie dans toutes celles de ses fables où se trouve un lion, jusqu'à celle du prolétaire^ qui s'adapte à la fourmi; mais il était, aussi, celui de cette société à qui les devoirs domestiques, et les préceptes de la continence, étaient le plus indifférents, et la morale pratique le plus étrangère.
La Fontaine faisait des vers en l'honneur de toutes les belles, de toutes les femmes célèbres par la galanterie, de toutes les nièces du cardinal Mazarin, dispersées alors par leurs fredaines : à la duchesse de Mazarin, établie à Londres; à la princesse Colonna, en Italie; à la comtesse de Soissons, en Flandre ; à toutes les maltresses du roi; à madame de Montespan, et par occasion à madame de Thianges, sa sœur; à madame de Ludres; à madame de Fontanges, dont il a vanté jusqu'à l'esprit, bien qu'elle eût la réputation d'être sotte comme un panier. Il a^ de plus, été le poète d'insignes mauvais sujets, tels que le duc de Vendôme , le prince de Gondé, le comte de Fiesque. U n'excepta des faveurs poétiques prodiguées aux maîtresses du roi, que la plus intéressante de toutes, madame de la Vallière ; mais il faut lui tenir compte de cette exception , parce qu'elle avait pour cause le malheur de Fouquet, qu'il attribuait à cette ancienne favorite.
J'ai dit les griefs de la morale contre la Fontaine. Voici les marques d'amendement qu'il donna en novembre 1683 :
Quelques esprits ont blâmé certains jeux, Certains récits qui ne sont que sornettes ; Si je défère aux leçons qu'ils ont faites, Que veut-on plus ?
Au mois de mai 1684, dans son discours de
réception à l'Académie française, il fit amende honorable sur ses contes, qui avaient longtemps empêché le roi d'approuver son élection.
Dans la même année, il écrivait à madame de la Sablière :
Les pensers amusants,...
Les romans et le jeu,...
Cent autres passions, des sages condamnées*
Ont pris comme à Tenvi la fleur de mes années.
11 finit par s'exhorter, il est vrai^ sans grande espérance de succès, à embrasser un autre genre de vie :
Que me servent ces vers avec soin composés? N*en attends-je autre fruit que de les voir prisés? Cest peu que leurs conseils, si je ne sais les suivre, Et qu^au moins vers ma fin je recommence à vivre; Car je n*ai pas vécu ; j*ai suivi deux tyrans : Un vain bruit et Tamour ont partagé mes ans...
Racine, homme plus grave , caractère plus élevé que ses trois amis, soutenait glorieusement sa marche dans la carrière qu'il s'était ouverte.
En 1670, il avait mis au théâtre Brifannicu$y ouvrage sévère, où l'on voit le peu de distance qui sépare un roi voluptueux d'un tyrao.
Dans la même année, il montra dans Titus la vertu triomphant d'une passion désordonnée; c'était encourager le roi à la vertu par son propre exemple, et rappeler à l'adorateur de madame de Montespan, le sacrifice qu'il avait pu faire de Marie de Mancini.
En i673, Mithridaie m\i^ sous les yeux du prince conquérant et galant.
Le naufrage élevé
D'un roi vaillant
Que Rome et quarante ans ont à peine achevé.
Mithridate présenta, aussi, le spectacle d'un amant suranné qui a recours à des ruses avilissantes et inutiles, pour connaître le fond du cœur de la femme qu'il aime.
Louis XIV comprit l'auteur de Britannicus ; après avoir entendu que Néron excellait dans la danse.
Excellait à conduire un char dans la carrière, A se donner lui-même en spectacle aux Romains,
il cessa de danser dans les ballets de sa cour,