CHAPITRE XXXVl
et fit Racine gentilhomme de sa chambre. Il lui donna une charge de trésorier de France, après Mithridtite.
En 1675, Racine fit Iphigénie; le roi le nomma historiographe de France, avec Boîleau. Il leur avait donné, au commencement de la même année, à chacun 3,000 fr. de pension. Depuis cette année jusqu'en 1677 , Racine ne publia aucun ouvrage , non plus que Boileau.
En 1677, il mit Phèdre au théâtre. Cette pièce donna lieu à un incident qui servit à cimenter et à manifester l'alliance de nos deux poètes avec la société que favorisait chaque jour plus hautement une des plus notables personnes qui en avaient fait partie; je parle de madame de Maintenon.
Entre les sociétés que j'ai citées comme formées de la décomposition de Tancienne maison de Rambouillet, je n'ai eu garde de citer ni Thôtel de Nevers, ni Thôtel de Bouillon, ni Thôtel de Soissons, qui formèrent une coterie à part, incompatible avec les précieuses, encore plus avec la bonne compagnie; une coterie trop diffamée pour la cour même, et qui appartenait à la classe des sociétés dissolues de la capitale. C'étaient les restes de ' cette école de mœurs italiennes fondées par la famille du cardinal Mazarin. C'étaient les restes de cette famille qui, pendant la Fronde, fut si outrageusement rebutée par mademoiselle de Montpensier, par le prince de Condé, par la duchesse de Longueville , amis déclarés de Phôtel de Rambouillet. Les souvenirs politiques, les habitudes morales, les relations sociales étaient tout opposées entre ces Mazarins et tout ce qui avait eu quelque rapport avec la maison de Rambouillet, dont il n'existait plus personne, lorsque lès sociétés de Nevers et de ses parentes étaient florissantes. Si j'en parle ici, c'est parce que je dois relever la méprise des écrivains qui ont confondu des sociétés si différentes , à l'occasion de la Phèdre de Racine, jouée pour la première fois le 1" janvier 1677.
Deux jours après la première représentation de cette pièce, Pradon fit jouer celle qu'il avait composée sur le même sujet.
La duchesse de Bouillon et le duc de Nevers son frère protégeaient Pradon.
Le.prince de Condé , grand admirateur des
beaux vers, toujours plein de mépris pour tout ce qui lui rappelait Mazarin, protégeait ' Racine.
Le duc de Nevers avait accueilli dans sa maison la femme d'un officier du prince de Condé, qui, durant la Fronde, Pavait trahi pour se dévouer au cardinal. Cette femme était madame Deshoulières, personne de beaucoup d'esprit et de talent.
Lorsque les deux pièces occupaient les amateurs du théâtre, madame Deshoulières, alors âgée de trente-neuf ans, voulant faire la cour au duc de Nevers et à ses sœurs, composa contre la Phèdre de Racine le fameux sonnet :
Dans un fauteail doré, Phèdre tremblante et bléme,etc.;
sonnet dans lequel se trouvé un mot que Ton ne trouvera pas une fois dans les douze volumes de lettres, pourtant très-familières, de madame de Sévigné (1).
Racine ou Boileau parodièrent ce sonnet contre le duc de Nevers et sa sœur.
Nevers dit hautement, et même en vers, dans un troisième sonnet^ qu'il leur ferait donner des coups de bâton.
Le prince de Condé prit les deux poètes sous sa protection spéciale.
Il était difficile que ce grand conflit ne donnât pas lieu à quelques débats dans le public, et qu'il ne s'y déclarât pas deux partis, Tun pour Pradon, l'autre pour Racine. Aussi cela arriva-t-il.
Aujourd'hui, des écrivains affirment, premièrement, que l'hôtel de Rambouillet intrigua contre la Phèdre de Racine ; secondement, que Boileau a défendu l'ouvrage de son ami contre les gens de l'hôtel de Rambouillet.
Ne confondons pas ces deux assertions.
Voici nos observations sur la première :
En 1677, quand Phèdre a paru, il y avait trente-deux ans que la société de Rambouillet était dissoute par le mariage de Julie : il y eu avait douze que la marquise n'existait plus; huit que la duchesse de Montausier^ dernier reste de la famille , passait au lit une vie malade et sans espérance; six qu'elle était morte. Racine ne peut donc avoir eu à se plaindre
(I) Une grosse Aricie,aux crins plus noirs que blonds N'est là que pour montrer deux énormes t.... s.