‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 337 sur 359 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

des intrigues de cette maison , ni Boilcau^ son ami, à l'en venger.

Nous remarquerons sur la seconde assertion, qu'on ne connaît d'écrits, où Boileau ait pris la défense de Racine contre Pradon, que son épitre à Racine, qui, comme je l'ai dit, parut en 1677, dans la même année que Phèdre; et sa satire contre les fenmies, dont j'ai parlé aussi, et qui est de 1693.

Dans l'épître à Racine , il se demande :

Et qui, voyant un jour la douleur vertueuse

De Phèdre, malgré soi pertide, iucestueuse,

D'un si noble travail justement étonné.

Ne bénira d'abord le siècle fortuné

Qui, rendu plus fameux par tes illustres veilles,

Vit naître sous ta main ces pompeuses merveilles?

11 tennine en honnissant

. . .Un tas grossier de frivoles esprîls, Admirateurs zélés de toute œuvre insipide; Que, non loin de la place où Brioché préside. Sans ctwrcher dans les vers ni cadence ni son, Il s'en aille cutmirer le savoir de Pradon !

On voit que cette épître ne désigne personne comme admirateur de Pradon.

T^ dixième satire de l'auteur, publiée en !693, contre les femmes, parle d'une

Précieuse, Reste de ces esprits jadis si renommés, Que d'un coup de son art Molière a diffamés... C'est chez elle toujours que les fades auteurs S*en vont se consoler du mépris des lecteurs ; Elle y reçoit leur plainte ; et sa docte demeure, Aux Perrins, aux Coras, est ouverte à toute heure : Lô, du faux bel esprit se tiennent les bureaux; [veaux; Là, tous les vers sont bons, pourvu qu'ils soient nou- Au mauvais goût public, la belle y fait la guerre ; Plaint Pradon opprimé des s\iHels du parterre; Rit des vains amateurs du grec et du latin, Dans la balance met Aristote et Cotin ; Puis, d'une main encor plus fine et plus habile. Pèse sans passion Chapelain et Virgile; Remarque en ce dernier beaucoup de pauvretés ; Mais pourtant, confessant qu'il a quelques beautés, Ne trouve en Chapelain, quoi qu'ait dit la satire, Autre défaut, sinon qu'on ne le saurait lire ; Et, pour faire goûter son livre à Punivers, Croit qu'il faudrait en prose y mettre tous les vers. — A quoi bon m'étaler cette bizarre école Du mauvais sens, dis-tu, prêché par une folle ? etc.

Il est bon d'observer que la publication de cette satire, en 1693, est do seize ans posté-

rieure au débat occasionné par la concurrence des deux Phèdre, en 1677.

Cette circonstance rend assez difficile de deviner quelle est la belle à qui Boileau en voulait; dans un espace de seize années, il se rencontre bien des contemporaines entre lesqudles Boileau a pu choisir.

Toujours est-il certain que ces vers ne peuvent être appliqués à personne de l'ancien hôtel de Rambouillet, puisque l'hôtel de Rambouillet n'existait plus à Pépoque où a paru Phèdre ; puisque ce ne sont point les personnes de l'hôtel de Rambouillet que Molière a diffor Mées d'un coup de son art; puisqu'enfin toutes les personnes qui avaient eu jadis des relations avec Fhôtel de Rambouillet, telles que la duchesse de Longueville et sa société, étaient toutes hautement pour la Phèdre de Racine, contre celle de Pradon ; étaient toutes du parti du prince de Condé, protecteur de Racine et de Boileau, contre les Nevers et les Mancini, protecteurs et protectrices de Pradon, et goûtaient fort le sonnet qui,répondant à celui de madame Deshoulières , sur les mêmes rimes, reportait sur Hortense Mancini cette espèce de difformité que madame Deshoulières avait reprochée à l'Aricie de Racine (1).

Les vers cités de Boileau ne pourraient être appliqués avec quelque apparence de raison qu*à madame Deshoulières, à cause du sonnet qui était son ouvi;age. Encore est-il plus sage de s'en tenir au doute qu'exprime M. Daunou dans sa note sur ces vers (2). Il se borne à rapporter Topinion reçue : « On dit que Boi- « leau avait en vue madame Deshoulières, une « des protectrices de Pradon , et qui fit un <c sonnet sur la Phèdre de Racine. » On dit, est fort sage. En effet, en 1677, quand Phèdre a paru, madame DeshouHères avait depuis longtemps rompu avec les écrivains qui avaient intéressé sa première jeunesse, tels que les d*Urfé, les la Calprenède , les ScudérjN La société du duc de Nevers , à laquelle elle s'était attachée, était plus près de la licence que de la préciosité. En 1677, madame Deshoulières avait quarante-trois; ans et en 1693, quand Boileau a publié sa dixième satire, elle en avait cinquante-neuf. Est-ce un âge auquel con-

(1) Deux énormes t....s.

(2) Édition de Boileau.

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