‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 340 sur 359 · CHAPITRE XXXVt · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVt

à qui elle écrivait lui avait témoigné Tambition d'être l'historien du roi. Au reste, elle ajoute à son opinion sur les deux historiographes la citation de plusieurs louanges fort ridicules qu'on disait avoir été données par eux au roi en personne à Tarmée, et elle finit avec beaucoup de raison par ces mots : Combien de pauvretés ! Racine et Boileau ont toujours ignoré cette anecdote.

Mais qu'est-il nécessaire de tant discourir pour prouver que madame de Sévigné n'était en butte aux traits ni de la comédie^ ni de la satire des grands poètes du temps? Elle appréciait ces hommes illustres^ elle les aimait^ elle avait quelque chose de leur talent, beaucoup de la sagesse de leur esprit^ un goût aussi pur en littérature^ seulement plus délicat en tout ce qui touchait à la décence et peut-être à la morale. Leurs intérêts et ceux de madame de Sévigné étaient liés^ leurs goûts étaient communs. Pourquoi auraient -ils été en guerre? Elle a jugé, comme la postérité, tous les hommes de son siècle. Elle a prononcé sans appel sur tou^, depuis Pascal jusqu'à la Fontaine. Elle a senti le mérite du fabuliste mieux que n'a fait ik)ileau, qui n'en parle point dans sa Poétique / elle l'apprécie en moraliste profond, en esprit délicat et fin, en écrivain habile , en poète du premier ordre. Quelle chaleur dans sa réponse à Bussy-Rabutin, qui se plaignait à elle des injures de Furetière contre Benserade qu'il affectionnait, et contre la Fontaine qu'il ne connaissait pas, mais pour qui il connaissait l'estime de sa cousine ! a On ne fait point entrer, » ditelle, « certains esprits durs et farouches dans « le charme et la facilité des ballets de Bensec( rade et des fables de la Fontaine. Celte porte

« leur est fermée, et la mienne amsi C'est

(( le sentiment que j'aurai toujours pour un « homme qui condamne le beau feu de Bensea rade, et qui ne connaît pas les charmes des n fables de la Fontaine. Il n'y a qu'à prier Dieu c< pour un tel homme, et à souhaiter de n'avoir tf point de commerce avec lui. »

On peut s'étonner de voir le beau feu de Benserade placé si près des charmes de la Fontaine. Mais c'est une politesse que madame de Sévigné a cru devoir à son cousin, en reconnaissance de l'intérêt qu'il témoignait pour la Fontaine, par pure courtoisie pour elle. Benserade, au reste, était un bel esprit brillant et

délicat. Entre les vers qu'il a faits pour les ballets du roi, il en est qui ne sont pas au-dessous des charmantes cajoleries de Voltaire pour le grand Frédéric (1). Madame de Sévigné cite fréquemment la Fontaine dans ses lettres à sa fille ; dans ses épanchements maternels, elle emprunte souvent de lui des paroles d'affection et de tendresse. En pai'lant de l'absence de son fils qui est en Bretagne, elle se console par ces vers des Deux Pigeons :

Il a tout ce qu'il veut.

Bon soupe, bon gile, et le resie.

Elle aimait la Fontaine, la Fontaine l'aimait. 11 adressa à mademoiselle de Sévigné sa fable du Lion amoureux, qui est la première du livre IV. Celle fable, lui dit-il,

Vient à vos pieds s'offrir, Par zèle et par reconnaissance.

Ce mot de reconnaissance ne i^eut regarder que madame de Sévigné, et les éloges qu'elle se plaisait à donner aux fables du poète, à mesure qu'elles paraissaient, surtout dans les cercles du duc de la Rochefoucauld, qui en était charmé comme elle.

Le témoignage public de l'affection de la Fontaine pour madame de Sévigné suffirait pour démentir les écrivains qui la supposent décriée dans les écrits d'un des quatre amis.

Dans le fait, Molière, Boileau et elle se plaisaient, s'estimaient et.se recherchaient. Le 15 décembre 1673, elle écrit à sa fille : « Je dînai « hier avec M. le Duc, M. de la Rochefoucauld,

(f) Une nymphe disait au roi, qui représentait le Soleil :

Je doute qu*ou le prenne avec vous »ur 1« ton

De-Dapliuéni de Phaéton, Lui trop ambitieux, elle trop inliuinaiue...

fie moyen de s'imaginer Qu'une femme tous fuie, et qu'un liomme tous mène ?

Benserade, comme Voiture, passait sa vie avec les grands. Comme lui, il se dérobait à la bassesse du ^ rôle de courtisan par une certaine familiarité avec eux; mais il mit dans cette familiarité plus de réserve et de mesure. Vigneul-Marville rapporte qu'il disait à ses amis : << Vous voyez la manière dont je « parle : sachez que je suis toujours sur mes gardes, « et que personne n*ohserve mieux qtte moi les longues n et les brèves, ». T. III, p. 277.

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