CHAPITRE XXXVII
liaison était formée, l'affection morale avait
commencé, Tâme était exaltée. Le but n'était pas seulement de posséder ia personne , c'était, aussi et surtout, de posséder le coeur et d'obtenir un tendre retour. Quand Louis s'en retournait, en i 672, désespéré, mais non rebuté, les désirs des sens étaient repoussés, le besoin, Fespérance de plaire commençaient à se faire sentir; le prince, jeune et ardent, était désespéré; le prince, aimable et-charmé, n'était pas rebuté, ou ne se rebutait pas. Mais en 1680, à Versailles, le prince galant et libertin était affligé; le prince aimable et amoureux était aimé, il savait l'être, et il n'était pas désespéré. Est-ce ainsi qu'il faut l'entendre (1)?
Le 28 juin 4681, madame de Fontanges,
(f ) Le lecteur aimerait à trouver ici de nouvelles notions sur la figure et la taille de celte femme de quarantessinq ans, dont la résistance affligeait le roi le plus galant du monde, et plus jeune quelle de trois ans. Je regrette de ne pouvoir donner celle salisfaclion. J'écris pour les historiens, et je me crois plus obligé à une exactitude scrupuleuse que si j'étais historien moi-même. Or, il est de fait que je n'ai trouvé aucun document historique sur le personnel de madame de Maintenon à Tàge de quarante-cinq ans ; mais comme j'aime autant qu'un autre à me la figurer agréable, j'emprunterai ici la peinture que madame de Genlis en a faite : j'aimerais à la croire vraie, quoique je sois en droit de la regarder comme un ouvrage d'imagination. Elle se rapporte à l'époque du mariage de madame de Maintenon avec Louis XIY, deux ans plus tard que l'époque où nous sommes arrêtés dans ce mémoire.
« Madame de Maintenon, dit madame de Genlis, « avait alors quaranle-sepl ans. Mais ayant pris depuis (c deux ans beaucoup d'embonpoint, sans rien perdre c< de la noblesse de sa taille, elle était plus belle qu'on « ne l'avait jamais vue à la cour; sa figure étonnait
• par son éclat et sa majesté; elle n'avait jamais mis « de rouge, et le teint d'aucune jeune personne n'eflau çait la purelé du sien. >
Madame de Genlis se plait à décrire ailleurs les charmes physiques de madame de Maintenon ; mais elle la place dans une situation romantique : elle venait de se dépouiller de sa mante et de son écharpe, pour en revêtir une personne qui manquait d'habits. Le roi la rencontre ainsi en chassant du côté de Maintenon, « sans mante^ sans écharpe, les bras nus, le «i coM découvert, et n'ayant sur son seinqu*un simple
• rMuckoir de la moussdine la plus claére. Le roi vit
• pour la première fois une taille parfaite. Us plus •« beaux bras et le plus beau cou du monde,., La vive
qui s'était retirée à Tabbaye de Port-Royal, mourut. Cette mort, la retraite pieuse qui Tavait précédée, et qui rappelait celle de madame de la Vallière, Tâge, la réflexion dont le roi prenait Thabitude avec madame de Maintenon, le jetèrent dans une tristesse profonde, et suspendirent le;cours de ses dérèglements.
Le 2^1 août, madame de Maintenon écrivait à madame de Saint-Géran une lettre remarquable, dont ses détracteurs ont tiré une conséquence ofTensante pour sa mémoire. Cette lettre disait entre autres choses : « Le roi com- « mence à penser sérieusement à soii salut et « à celui de ses sujets. Si Dieu nous le con- « serve, il n'y aura plus qu'une religion dans «son royaume; c^est le sentiment de M. de « Louvois,.ei je le crois là-dessus plus volon- « tiers que M. Colbert, qui ne pense qu'à ses « finances, et presque jamais à la religion. »
On a pu conclure de cette lettre que l'expulsion des protestants, opérée en 4683 , était projetée dès i680; et que madame de Maintenon, qui dès lors était dans la confidence, avait approuvé cette persécution, et y avait concouru au moins en ne Pempéchant pas. Jl ne serait pas impossible d'en tirer encore cette autre conséquence, que madame de Maintenon a favorisé, peut-être même a déterminé le penchant du roi à la dévotion, et fait jouer ce ressort pour assurer sa fortune.
Quoiqu'il n'entre pas dans mon sujet de faire connaître les causes qui opérèrent la révocation de Pédit de Nantes, ni de faire connaître la vie politique de madame de Maintenon, je veux indiquer au moins les autorités et les faits d^où il résulte que madame de Maintenon a été non-seulement étrangère, mais aussi op-
« rougeur de madame de Maintenon rendait en cet ins- « tant sajiffure éblouissante. »
Madame de Genlis parle aussi de 1 élégance de madame de Maintenon dans son costume: « Toujours vé- M tue avec la même simplicité, ne quittant presque « jamais sa modeste couleur favorite, la feuille morte, • son costume était cependant d'une élégance parti- •c culiëre (historique). Enfin elle avait encore tant de « charmes, que tout le monde pensa qu'il était impos- « sible que le roi la vit si souvent et dans une telle « intimité, sans en être passionnément amoureux. En I effet, Louis réunissait sur elle tous les sentiments « de son cœur, Tadmiration, lamilié, la confiance et « Tamour. ■ (Genlis, t. II, p. 93.)