‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 346 sur 359 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

posée qu'elle pouvait Pètre à la persécution des protestants; et je crois pouvoir conclure, avec une pleine assurance, de tout ce qui précède^ que la fortune de madame de Mainteûon fut exclusivement le triomphe de ses charmes.

Les Mémoires du duc de Saint-Simon (1) nous apprennent que les jésuites firent entrer dans Fâme de Louis XIV les premières semences de haine contre les protestants. Hs avaient à se venger du coup que Pascal leur avait porté dans Tesprit de tous les hommes sincèrement pieux. Us accusèrent les jansénistes de faire cause commune avec les protestants, et ceux-ci d'être des républicains, et de dangereux ennemis du pouvoir royal. Ils frappaient ainsi deux ennemis à la fois. L^or^ gueil du prince le plus jaloux de son autorité étant intéressé par ces accusations à la persécution des protestants, d'autres circonstances vinrent Tirriter. Dès 1677, les remontrances de rassemblée du clergé, où les jésuites avaient de puissants amis; les sollicitations de la cour de Rome, provoquées par les intrigues de la société ; les conseils du chancelier le Tellier et du marquis de Louvois, son fils, tous deux ennemis de Colbert, qui protégeait les protestants conune des sujets utiles; enfin, l'intérêt particulier de Louvois, ministre de la guerre, gui était atterré, dit SaintrSimon, par le poids d'un armistice de vingt années, à peine commencéesy et qui voulait rendre ses troupes nécessaires par la persécution des huguenots, telles furent les causes des dragonnades de 1683 et 1684. La révocation de l'édit de Nantes, qui eut lieu en 1685, était l'inévitable conséquence des dragonnades. On se persuada aisément qu'après avoir rendu furieux et inéconciliables des malheureux qu'on n'avait pu exterminer, le moyen le plus sûr de n'avoir rien à craindre d'eux était de les chasser. Telle fut la cause de la révocation de l'édit de Nantes.

On voit que madame de Maintenon n'y était pour rien : c'est ce que pensaient le duc de Saint-Simon et Voltaire ; l'un, détracteur impitoyable de cette femme illustre; l'autre, ennemi juré de toute persécution, ardent ennemi du fanatisme religieux. Qui aura le droit d'ac^ cuser ici celle qu'ils ont déclarée irréprochable?

(1) T. Xlll, p. m elsuiv.

Qui ne connaît la lettre qu^eUe écrivit à son frère, dont le zèle pour les dragonnades l'affligeait? « Ayez pitié, lui écrivait -elle, de « gens plus malheureux que coupables. Il faut a attirer les hommes par la douceur et la cha- « rite. » En 4684, elle écrivait à madame de Saint-Géran : « Il faut convertir, et non per- « sécuter. »

Le marquis de Ruvigny, député des protestants du royaume près de Louis XIV, lui avait dit, pour l'intéresser en leur faveur, que madame de Maintenon était née calviniste. Le roi se fit un titre de cette déclaration pour interdire toute observation à cette femme, qu'on supposait toute-puissante. Le roi imputait à l'ancienne religion qu'elle avait professée tout ce qu'elle pouvait dire ou insinuer contre le système de persécution : a Cela m^engage , • écrit-elle à la comtesse de Frontenac, a à aptf prouver des choses fort contraires à mes sen- (c timents. o Approuver, est là, pour ne pas désapprouver.

Mais un document plus authentique et plus frappant de Paversion de madame de Maintenon pour le système suivi contre les protestants, et de la honte qu'elle inspira au roi des excès qui continuèrent après la révocation de redit de Nantes , c'est la tragédie d'Esther, qu'elle fit composer par Racine pour la maison de Saint-Gyr, et qui y fut représentée devant le roi. Assuérus était manifestement le roi trompé par Aman, d'accord avec Vasthi. Aman, c'était Louvois; Vasthi, madame de Montespan; Ësther, madame de Maintenon, née, comme Ësther, dans la religion persécutée par Aman. Cette pièce est une véritable protestation, au moins, contre les violences dont les sectaires étaient l'objet ; et je ne veux ri^fi ajouter à cette réfutation des calonmies écrites contre madame de Maintenon, sur ce sujet. Je reviens aux faits, et j'en reprends la suite.

Au mois de mars 1682, le roi s'établit à Versailles. U exila plusieurs des jeunes gens des familles les plus considérables de la cour; il était indigné de leurs nKeurs. Madame de Maintenon écrit à ce sujet à Gobelin, le 3 juin, de Saint-Germain, une lettre où se trouvent de légères traces de son secret amour pour le roi, et une nouvelle indication de la tendresse du roi pour elle. Elle pi'omet à Gobelin le plaisir de voie le i;oi iris-aimable et très-^hréiien à la

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