‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 347 sur 359 · CHAPITRE XXXVlï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVlï

messe^ quand il vieudra à Versailles ; elle parle de la simplicité de la chambre qu'elle occupe; mais elle ajoute : a Plût au ciel qu*il y en eût « autant dans mon cœur, et que, sans compter a ce que je n'y connais pas, je n'y découvrisse « pas encore des replis qui peuvent gâter ce a que je mis/ » Toutefois, elle est ravie de ce que tout le monde loue le roi, et voudrait qu'il en rapportât la gloire à Dieu seul.

La sévérité que le roi exerçait alors sur les mœurs de la jeunesse de la cour se reportait aussi sur lui-même. Il voyait encore madame de Montespan, mais sur le pied de la simple amitié : elle n'en conservait pas moins l'espérance d'un retour; mais rien n'y prétait de la part du roi. La naissance de M. le duc de Bourgogne lui donna lieu de manifester le fond de ses sentiments pour la reine, et ces affections de famille qui reprennent si doucement leur place dans les âmes bien nées, après en avoir été quelque temps bannies. « On est ici dans « la plus grande joie, » écrivait, le 7 août, madame de Maintenon à madame de Saint-Géran ; a le roi a fait un fort beau présent à madame « la Dauphine. Il a en ce moment entre ses a bras le petit prince ; il a félicité monseigneur a comme un ami; il en a dorme les premières a nouvelles à la reine. Enfin, tout le monde dit a qu'il est adorable. Madame de Montespan a sèche de notre joie; elle meurt de jalousie, « tout lui déplaît et l'importune, et elle préce tend que les couches des autres lui sont aussi « funestes que les siennes. Elle en veut surtout a au P. de la Chaise, qui ne fait que son de- « voir, mais qui le fait mieux que jamais. Nous € vivons avec les apparences d'une sincère ami- <x tié. Les uns disent que je me veux mettre à a sa place, et ne connaissent ni mon éloigne- « ment pour ces sortes de conwnerces, ni l'éloi- « ynement qveje voudrais en inspirer au roi. tu La plupart s'imaginent que je conspire avec a elle. Quelques-uns croient que je veux la race mener à Dieu. Je le souhaiterais bien, mais a je ne l'espère pas. Il y a un cœur mieux fait, 5 sur lequel j'aurais de plus grandes espéa rances. »

n parait que madame de Maintenon mit alors à profit les bonnes dispositions que la naissance du duc de Bourgogne avait inspirées au roi, et réalisa une des grandes espérances qu'elle avait- fondées sur ce cœur bien fait y en

obtenant de lui un retour de tendresse vers la reine, dont sa négligence faisait le malheur. Une particularité du caractère de Louis XIV était son respect pour la bienséance, que la Rochefoucauld appelle la moindre de toutes les lois, et la plus suivie. Madame nous appi'end dans ses lettres originales que <( le roi , malgré « ses intrigues, couchait régulièrement toutes « les nuits avec la reine. Mais, » ajoute Madame , a il ne se comportait pas toujours (c comme elle l'aurait désiré en bonne Espa- « gnole. Par là elle s'apercevait fort bien si le «roi avait fait de ses tours ordinaires (1).» Plus loin. Madame rapporte que a la reine crut « avoir des obligations infinies à madame de a Maintenon de ce qu'elle avait chassé la Mon- « tespan. Grâce à madame de Maintenon, le « roi couchait avec la reine. C'était avoir acquis €( de grands droits à la reconnaissance d'une « bonne Espagnole (2). » Plus loin encore, Madame raconte que a la reine était enchantée a quand le roi couchait maritalement avec a elle. Elle avait tant de gaieté alors, qu'on le a voyait tout de suite. On lui plaisait même « eu l'en plaisantant. Elle riait de bon cœur « alors, et frottait ses petites mains Fune dans a l'autre (3). »

Madame de Maintenon parle en termes plus modestes, mais non moins significatifs, du changement arrivé dans la situation de la i^ine. Elle écrit le !•' novembre 4682, de Maintenon, à la comtesse de Saint-Géran : a La famille « royale vit dans une union tout à fait édi- <c fiante. Le roi s'entretient des heures entières « avec la reine. Le don qu'elle m'a fait de son « portrait est tout ce qu'il y a de plus agréable « pour moi depuis que je suis à la cour. C'est « dans mon esprit une distinction infinie; ma- « dame de Montespan n'a jamais eu rien de a semblable. »

Le bonheur de Marie-Tliérèse dura peu.

Elle mourut à Versailles le vendredi 30 juillet 1683, âgée de quarante-cinq ans.

Le roi, fort affligé, se retira à Marly : madame de Maintenon l'y suivit. Le 10 septembre^ elle écrivait de Fontainebleau à madame de Saint-Géran ; « Madame de Montespan s'est

(1) Lettres de Madame, 1. 1, p. 84.

(2) Lettres, p. I5l.

(3) Lettres, p. 175.

« jetée dans la plus grande dévotion ; il est « bien temps qu'elle nous édifie. Je ne songe a plus à me retirer. » La dévotion de madame de Montespan n'était pas si profonde, qu'elle ne saisît toutes les occasions de nuire à madame de Mainlenon. « Je sais, » dit celle-ci à madame de Saint-Géran, dans sa lettre du 18 novembre, « je sais qu'elle a dit au roi que « je m'étais mis en tête de le gouverner, et je « sais aussi qu'elle n'a pas eu lieu d'être con- « tente de la réponse du roi. C'est l'homme de « la cour qui a le plus de sens, et qui donne le a moins dans les pièges... »

Vers le milieu de l'année 4685, le roi épousa madame de Maintenon, un peu plus de deux ans après la mort de Marie-Thérèse,

Je m'arrête ici. Par les dernières paroles qu'on vient de lire, j'ai déjà passé les bornes de mon sujet. Je n'ai pas eu le dessein d'écrire la vie entière de madame de Maintenon, et de la suivre dans son existence politique. J'ai voulu seulement montrer^ dans le plus grand événement de sa vie, le triomphe d'une des plus illustres personnes de la société polie, et de cette société elle-même dont elle fut l'ornement et la gloire. Le triomphe de madame de Maintenon ne fut pas de s'élever au rang de femme légitime d'un puissant roi : ce fut d'avoir ramené ce prince à ses devoirs envers la reine,dont il faisait le malheur par le désordre de sa vie, et d'avoir mis fin à la contagion de son exemple. Voiià le véritable titre de madame de Maintenon au respect général. Là, sa vertu éclate avec tous ses autres mérites ; là, nul soupçon d'intérêt personnel ne peut l'atteindre ; la fut même le pénible sacrifice de ses sentiments, s'il est vrai, comme on n'en peut douter et comme le disait sa clairvoyante rivale, qu'elle aimât ce roi dont elle remettait la reine en possession, et que les désirs qu'elle reconduisit vers la couche conjugale, s'étaient allumés ou éveillés pour elle.

Laissons atix âmes communes (et madame de Montespan était du nombre, malgré la distinction de son esprit) la satisfaction de penser, ou de le dire, que madame de Maintenon mit en œuvre tous les manèges de la coquetterie pour se faire aimer du roi, elle qui, pouvant devenir sa maîtresse, le ramène à ses devoirs de mari. Qu'on l'accuse de s'être faite dévote, et d'avoir fait manœuvrer des prêtres pour se

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