CHAPITRE XXXVH. Ui
faire épouser, elle qui avait acquis le cœur du roi et obtenu sa renonciation aux maîtresses, durant la vie de la reine, plus jeune qu'elle ! Sans doute, après la mort de Marie-Thérèse, la religion, qui faisait encore obstacle aux désirs du roi, lui offrait aussi le moyen de les satisfaire ; mais ce n'était pas la religion qui l'avait rendu dès longtemps amoureux de madame de Maintenon. L'amour aurait suffi peut-être pour déterminer le roi à l'épouser ; mais quelle puissance aurait eue, en cette circonstance, la religion sans Tamour (4)? Encore une fois, ce
(t ) C'est une fausse vue de considérer le mariage de Louis XIV avec madame de Maiutenon comme Touvrage de la religion ou des prêtres.
Si le roi avait eu un enfant avec madame de Main* tenon, et que les prêtres lui eussent fait un scrupule de laisser cet enfant sans état et sa mère dans le déshonneur, on pourrait dire que la religion a décidé le roi à épouser sa concubine, surtout s'il avait été dé?;oûlé d'elle par la possession.
Mais ce n était point là Tétat des choses : le roi était amoureux, et madame de Maintenon résistait; elle opposait la religion. La religion était donc obstacle; l'amour seul était donc le motif du roi.
A la vérité, la religion, qui était obstacle aux désirs du roi, était aussi moyen de les satisfaire. Il est fort probable que, pour déterminer le roi à remployer comme moyen, madame de Maintenon fit tout ce qu'elle put et laissa faire tout ce qui concourait à rendre l'obstacle assez puissant pour rendre le moyen nécessaire. Elle opposa ses scrupules, elle favorisa tous les hommes qui pouvaient les justifier dans l'esprit du i-oi et lui en inspirer à lui-même. En se défendant par l'intérêt de l'honneur, auquel le roi pouvait opposer la promesse du secret, elle TauraTt rebuté; en se défendant par la religion, par un devoir et par un intérêt commun; en se défendant par un devoir qu'elle représentait comme pénible à son ccEur, et comme assez conlraire',à son inclination, pour laisser au roi l'espérance d'en obtenir Toubli dans un moment propice, elle parvenait à la solution habile de cette grande difficulté, de renvoyer le roi loviours afftigé, jamais désespéré; en prolongeant son désir, elle en faisait une passion vive et profonde. Bossuet , le P. la Chaise firent le reste. Ainsi arriva la conclusion de cette affaire.
La religion, qui avait présenté Tobslacle, offrit donc aussi le moyen, pour l'accomplissement des désirs du monarque. Mais toujours le but était la possession, le motif était la passion de posséder madame de Mainlenon. Ni Bossuet, ni le P. la Chaise, ni les jésuites, ni le clergé tout entier, ne seraient parvenus à la faire épouser, si elle n'eût charmé le roi ; et il était fort possible que sans leur secours elle réussit par l'art, uni à ses charmes. La main du roi fut sol-