‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 350 sur 359 · CHAPITRE XXXVIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIl

Passons, pour la dernière fois, la revue des femmes de la société polie, des hommes de cour et hommes du monde, des hommes de lettres et des hommes d'Église qui en faisaient partie.

Les femmes célèbres qui restaient, en 1680, de la société de Kambouillet, étaient Madeleine de Scudéry, âgée de soixante-treize ans ; elle en vécut seize au delà; Ninon de Lenclos, âgée de soixante-quatre ; elle en vécut encore vingt-six; madame de Sévigné, âgée de cinquante-quatre : elle en vécut encore seize; madame Deshoulières, âgée de quarante-deux : elle en vécut trente-quatre au delà; madame de la Sablière, âgée de trente-trois ans: elle en vécut encore treize. Restaient avec madame de Sévigné : madame de Grignan, sa fille ; madame de Simiane, sa petite-illle ; madame de Goulahges , sa cousine. Je ne nomme pas madame de Motteville, âgée de soixante ans : elle voyait peu de monde. Elle finit sa vie à la Visitation de Chaillot.

Ajoutons mademoiselle de Villette, cousine germaine de madame de Mamtenon, âgée, en i680, de huit ans seulement; madame d'Heudicourt, à qui Louis XIV avait tourné la tète par quelques hésitations entre elle et mademoiselle de laVallière.

La cour était florissante ; la gloire y déguisait le désordre des mœurs, ou le rachetait.

Après la paix de Nimè^e, conclue en 1678, « Louis, dit Voltaire, fut au comble de lagran- « deur. Victorieux depuis qu'il régnait, n'ayant (c assiégé aucune place qu'il n'eût prise, supé- (c rieur en tout genre à ses ennemis réunis, la « terreur de FEurope pendant six années de a suite, entin son arbitre et son pacificateur, « ajoutant à ses États la Franche-Comté, Dun- « kerque et la moitié de la Flandre ; et, ce qu'il a devait compter pour le plus grand de ses c< avantages, roi d'une nation alors heureuse, « et alors le modèle des autres nations. »

Les armées qui avaient conquis les pays dont sa longanimité rendait la plus grande partie par la paix de Nimègue, étaient florissantes, pleines de gloire et de confiance. Les maréchaux qui les avaient commandées jouissaient, à la cour et dans la capitale, des fruits glorieux de leur valeur et de leurs talents. Turenne n'était plus depuis 1675; mais les maréchaux de Luxembourg, de Créqui, d'Hu-

mièrcs, de Navailles, de Schomberg, de Vivonne , de la Feuillade, étaient toujours à la cour. L'un avait fermé à Charles IV l'entrée de la Lorraine ; deux autres avaient pris Condé, Bouchain , Valenciennes , Saint-Omer; deux autres avaient combattu les Espagnols au pied des Pyrénées, et les avaient défaits jusque dans la Sicile ; Duquesne, le vainqueur de Ruyter, était avec ces illustres guerriers; leur réunion, ornement de la paix , était toujours une menace de guerre. Le roi, gardant toutes ses troupes quand l'Empire , l'Espagne , la Hollande, licenciaient les leurs , a At de la paix, a dit Voltaire, un temps de conquête. » Le roi réimit à la couronne , par des tribunaux qu'il établit à Metz et à Brissac, les terres qui avaient autrefois fait partie de l'Alsace ou des Troîs- Évéchés. Aucun des possesseurs n'y put mettre obstacle. Il surprit Strasbourg, qui formait une puissante république. Il réunit, dans les Pays-Bas, Alost. Il acheta Casai du duc de Mantoue.

Les années 1680, 1681, 1682 virent Brest, Toulon, Dunkerque, le Havre, Rochefort, devenir des ports immenses, fortifiés, munis d'arsenaux et de magasins. Plus de cent vaisseaux de ligne se montrèrent dans ces ports.

Dans le même temps, Huningue, Sarrelouis, Sarrebruck, Mont-Royal, plus de cent citadelles étaient fortifiées par Vauban.

Dans cette période de splendeur pour le royaume, les arts y furent mis en honneur, et les plaisirs enivraient la cour.

En 1680, il ne restait des anciens habitués de l'hôtel de Rambouillet que Chapelain, âgé de quatre-vingt-cinq ans; Cotin, âgé de soixantedix ; tous deux finissant leur vie entre la caducité et la décrépitude.

Dans cette même année, le grand Corneille donna son dernier ouvrage, la tragédie de Suréna, Il vécut encore six ans, dans la retraite et la dévotion. D traduisit V Imitation en

Ce qui restait aloi*s de la splendeur poétique de la France , c'étaient la Fontaine, âgé de cinquante-six ans; Boileau, de quarante-quatre; Racine, de quarante et un; Quinault, de quarante-cinq. On voyait à l'horizon, Regnard, âgé de trente -trois ans; Campistron, de vingtquatre; Dancourt, de dix-neuf; plus loin, J.-B. Rousseau, âgé de onze ans; la Mothe, de

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