‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 356 sur 359 · SOUS LE RÈGNE DE HENRI IIL · texte numérisé non relu

SOUS LE RÈGNE DE HENRI IIL

(Celte i)i8Clls^ion se rapporte aux pag«3 44'« et 445 tle ce vuluiiie.)

Extrait d'une lettre de M. le général Haxo à M. Rœderer.

Paris, le 18 septembre 1836.

Je ne veux pas attendre votre retour pour vous

dire tout le plaisir que j'ai eu en lisant votre beau livre jaune. J'y ai appris beaucoup de choses fort agréables, sinon aussi importantes que nos lois et nos sentences ; et, quoique fort occupé en ce moment-là, je ne pouvais pas me résoudre à mettre le livre de côté. Le général Saint-Gyr, qui est aussi allé dans son habitation des champs, m'a écrit pour me dire que le livre lui avait fait grand plaisir ; il me chargeait de vous remercier de sa part, après l'avoir lu, ce qui est plus significatif que ce qu'on dit ordinairement au moment de recevoir un pareil cadeau. 11 pense néanmoins que vous rabaissez un peu Molière, et que vous élevez beaucoup la Bruyère ; il trouve aussi que votre madame de Maintenon ne ressemble pas à celle qu'il croyait connaitre. Je ne sais pas si je suis de son avis ou du vôtre; mais, à tout prendre, j'aime assez qu'on dise trop de bien de ceux dont, peut- . être, d'autres ont parlé trop mal : cela produit dans mon esprit une façon de juste milieu qui me parait devoir être assez voisine de la vérité.

Je n'ai pas eu grand succès dans votre esprit, lorsque je vous ai soumis mes observations très-humbles sur l'ancienne prononciatiop de la diphthongue oi; vous vous êtes fait fort de l'autorité de Henri Estienne, qui veut maintenir une différence entre oi et è ; j'en deqieure d*acoord avec vous; mais je n'en conclus pas que oi se prononçât, avant Henri IIL comme on le prononce aujourd'hui oa, 11 vient de me tomber sous la main un petit quatrain qui peut faire autorité, car il est plus ancien, je crois, que Henri Estienne. 11 est imprimé dans le bulletin de la Société de l'histoire de France ; le voici :

Kufant, garde que sur too Ifoirr^ Ne liabondes trop eu parolles, Car la mauie en ett moult f<»Ue.

Enfant de bien ne le doit faire.

Je me demande comment le dernier vers a pu rimer avec le premier, si Henri Estienne prononçait 6oare? Je ne prétends pas qu'il dit hère, puisqu'il le reprochait aux Italiens et aux courtisans ; mais j'ai toujours cru qu'il y avait une prononciation intermédiaire, comme cela a dû être, pour une diphthongue ; car si la diphthongue eût dû se prononcer comme une voyelle, on ne l'aurait pas introduite dans l'écriture. Or, voici un nouvel indice qui vient à Tappui de mon opinion : prenez le journal le Temps, numéro du jeudi 17 septembre 1835, vous lirez au haut de la page 33,517 ce qui suit : « Mademoiselle Clémentine dépose ainsi : Bouffé, mon bon ami, est venu me chercher... pour aller... au café. Là, quoique je n'avions pas envie de boire. Bouffé me dit : Il faut que tu boives! — Je ne Iwuès pas, je n'ons pas so^,.>. etc. >•

Qu'en dites-vous? Ne voilà-t-il pas la véritable prononciation de l'o», qui nous est transmise sans corruption courtisanesque , de père en fllle, par les ancêtres de mademoiselle Clémentine ? N'est-ce pas ainsi qu'a dû dire le 'yenuQ enfant du XV^ siècle pour rimer avec faire? car vous ne prétendrez pas qu'il ait prononcé /oarc/

Enfanr, garde que sur ton bouère.

Enfant de bien ne le doit fôre.

Je sais bien que par écrit il m'est difficile de vous combatti-e. Vous aurez le temps de combiner des raisons, pour soutenir ce que vous croyez l'opinion de Henri Estienne. Le public sera pour vous ; et si j'ose; faire connaitre mon avis, on me traitera d'originaL

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