CHAPITRE XVI
nationales pour le bien qu'il a fait; il connaît sa renoounée présente^ il voit luire sa gloire dans la postérité. Si le sentiment d'un grand pouvoir^ et le bon témoignage que rendent de son emploi ceux sur qui il s'est exercé^ sont des éléments de bonheur^ un roi populaire dans un gouvernement représentatif est un des hommea de la teiTC à qui le ciel en a le plus accordé.
C'est ainsi que pensait Louis XII. Quand vous aurez vu avec quelle ardeur et quelle persévérance il a parcouru la carrière qui était ouverte à sa sagesse^ à son amour pour le peuple^ vous jugerez à quel point il a été indifTérent à celle qui était fermée aux inclinations dangereuses^ aux passions malfaisantes. Quand vous verrez ses facultés sufRre^ à peine^ à sa volonté de faire le bien^ vous direz si ce fut une privation pour lui de ne pouvoir nuire. Quand vous remarquerez la profondeur et Fhabileté des moyens qu'il a fait concourir à raffermissement de la constitution^ vous prononcerez s'il Ta souscrite par aveuglement ou par faiblesse.
Eh ! n'a-t-Û pas éprouvé^ d'une manière trèssensible^ que tout ce qui affaiblit ou menace un prince absolu^ est accroissement de force pour le monarque populaire? Les gi^ands, ces honmies dont Louis XII avait^ dit-on^ Pamour, essayent de le traduire en ridicule : ils le re* présentent dans une pièce satirique ; ils le font 'jouer sur un théâtre pubUc. Le roi refuse de punir cette licence, il refuse d'interdire la représentation de la pièce. Vous allez louer cette indulgence comme généreuse; louez-la comme vengeresse et accablante. La pièce devient elle-même, aux yeux du peuple, l'accusation de ceux qui l'ont inspirée, de ceux qui l'ont faite, de ceux qui l'applaudissent. L'insulte trouve dans la sévérité de l'opinion publique son dhàtiment, et l'offensé sa vengeance. La licence de la scène ainsi punie par les spectateurs, sa liberté ainsi protégée par le roi , le théâtre devient un auxiliaire de sa politique, parce qu'il sert à la manifestation du vœu public. Jules II excommunie Louis XII; Louis XU permet contre son ennemi ce qu'il a permis contre lui-même. Jules est livré à la risée publique, et le pontife reconnaît qu'il n'a rien à se promettre d'un anathème auquel le peuple français ne répond que par ses mépris.
Mais, laissant de côté et les théories du pou-
voir et l'opinion qu'en avait Louis XII , je me borne à demander si Ton connaît, dans l'histoire des rois, des exemples d'une audace heureuse contre une nation dont le vœu pour la liberté a été exprimé par ses représentants? si l'on peut citer un peuple qui, s'étant mis en mouvement pour recouvrer ses droits, se soit arrêté devant les menaces du pouvoir absolu? Que plusieurs aient paru se laisser prendre à ses faveurs y on peut le croire; mais aucun n'a reculé devant ses entreprises. Parlerai-je de impuissance de la ruse, quelle que soit l'habileté des hommes qui entourent les princes? Comment une cour, qui n'est qu'un point élevé, peut-elle se dérober aux regards qui l'observent sans relâche de toutes les parties d'une vaste circonférence? Comment échappera-t-elle à la sagacité, à l'attention persévé^ rante de représentants qui auront^ pour les avertir, les yeux et les défiances de tous leurs commettants?
L'Angleterre offre, dans un même règne, un exemple de l'inutilité de la force, de la finesse et de la ruse, contre la volonté d'une nation occupée de sa liberté. Combien d'efforts pour étendre la prérogative royale sous Charles I^, et ensuite combien d'adresse pour la sauver! La cour épuisa d'abord tout ce que l'entêtement d'anciens privilèges, l'orgueil du rang suprême, l'audace de l'esprit guerrier, la présomption d'une noblesse jeune et altière, peuvent inspirer de moyens énergiques. Ce fut en vain ; il fallut céder, reculer. La nation irritée profita de ses avantages : le roi fut réduit à la fléchir. Alors, tout ce que l'art d'éluder des stipulations humiliantes, de les attaquer par des voies obliques, d'en préparer la négligence et l'oubli, peut offrir de ressources; tout ce que l'art d'éloigner un danger imminent par des concessions apparentes, de montrer de l'abandon en faisant d'habiles réserves; tout ce que cet art a pu conseiller de plus subtil , tout ce qu'il a été possible d'y ajouter en procédés, en ^ards, en soins, a été épuisé. Vous savez quel a été le résultat.
En France... depuis \^ jacquerie , faite pour le roi contre les grands , jusqu'à l'insurrection de 1789, faite contre le trône en haine des grands, ou plutôt d'une noblesse tombée bien aurdessous de la grandeur; disons plus, depuis le premier toc>sin qui fut sonné sous Louis le
LOUIS Xïl.
(iros pour la forniatioii des communes. Jusqu'aujourd'hui, le pouvoir n'a pas fait un acte important contre la liberté qui n'ait été suivi d'un accroissement de la liberté.
Loin donc vos folles opinions et votre présomptueuse ignorance! Louis Xlî prend le parti le plus juste, le plus sage, le plus honorable. Il embrasse la constitution , il la consolide, il la supplée; il va plus loin dans le bien qu'elle ne l'exigeait de lui; enfin il la consacre par la religieuse fidélité dont il donne Texemple pour les principes qu'elle a reconnus.