‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 4 sur 359 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sous de ceux que demande Part de la guerre^ ou cet autre art de la politique extérieure, dont Ja probité n'œt pas toujours regardée comme le premier secret, et dont le bonheur public n'est pas le résultat le plus ordinaire ?

Bfachiavel a composé un ample répertoire de ruses et de fourberies à Pusage d'un poli* tique accompli. Le grand Frédéric en a mis plus d'une en pratique; mais, à coup sûr, il a trouvé plus d'honneur et de profit à réfuter le livre de Machiavel qu'à le consulter.

Non-seulement la ruse et la fourberie recèlent toujours un fonds de bassesse, mais dans la finesse même, et surtout dans cette finesse d^fagée de scrupule, qui est, dit-on, l'élégance de la diplomatie, dans cette finesse même, le dirai-je? il y a toujours quekpie chose de gros» sier. C'est, ce me semble, un expédient gros* sier que de tromper quand on pourrait convaincre ou séduire, de surprendre au lieu d'obtenir, de dérober au lieu d'acquérir. Être fin est moins qu'être habile. La finesse, puisqu'on la pénètre, puisqu'on la soupçonne, puisqu'on la suppose toujours dans ceux en qui on Fa une fois reconnue, puisqu'elle s'use, puisqu'on la méprise quand elle est éventée, puisqu'elle compromet enfin, est grossière près de la véritable habileté qui joue à découvert, et l'emporte par la justesse de ses combinaisons. Qu'estrce que le plus subtil jongleur, près d'un simple artisan qui sait bien son métier? que sont les ruses d'un filou, près de l'honnête industrie d'un homme de bien; les ruses de la pdice, près de l'art d'un bon gouvernement ; les ruses de guerre même, contre les grandes manœuvres? Si le livre du Prince de Machiavel n'est pas une satire, comme on l'a prétendu ; si, comme je le crois, c'est un système, Je ne trouve rien de moins spirituel et qui soit moins digne de Fauteur à qui nous devons une partie des remarques sur Tite-Live.

Quant à la prééminence que tant d'historiens, quelquefois sans le vouloir, donnent aux rois militaires sur les rois législateurs et gouvernants, j'ose dire qu'en cela ils sont au-dessous du vulgaire.

Le peuple a du moins le sentiment d'un bon règne par le bien-être dont il jouit; il ne sait pas le juger et l'admirer peut-être, mais il le C4Mnpare et s'y attache. Au contraire, les historiens dont je parle auraient besoin d'étudier

les choses dont le peuple a le sentiment, et d'étudier même ce que c'est que le peuple. Or, l'étude est une peine, et il sembla que^ comme les poètes, les histcnriens aient dit aux {urinces : a Ce n'est point à nous à diercher le grand homme, c'est. à lui de se faire remarquer; nous ne descendons pas dans l'obscure profondeur d'un gouvernement utile ; montrezvous avec éclat sur les hauteurs de l'autorité et du commandement. Vous voulez de nos éloges? étudiez et sachez ce que nous aimons à louer.»

Les princes n'ont que trop entendu ce langage; ils ont été les courtisans des écrivains et les esclaves de la louange , alors même qu'ils semblaient l'imposer. Par combien de sang plusieurs ont cru acheter une page, un vers, un mot décisif pour leur renommée! Combien de hautes qualités ils ont enchaînées en euxmêmes, et exclues de tout concours k leur illustrati(Hi! Combien de vertus ils ont étouffées dans leur propre sein, comme ennemies de la folle gloire qu'ils ambitionnaient 1 Ils ont fait le malheur de leur nation et le leur, par Fidée que le peuple mettait son respect au même prix que les poètes leurs louanges ! Ils se sont ^ proposé d'étonner , d'étonner en tout et toujours; d'étonner leurs ennemis pour les vaincre; de vaincre les ennemis pour étonner leurs peuples; d'étonner leurs peuples pour faire plus facilement le bien peut-être , mais aussi pour n'avoir pas de contradicteurs dans le mal! L'estime, Famour, la reconnaissance^ le respect même, leur semblaient de trop faibles garanties du pouvoir; ils voulaient des sujets émerveillés, stupéfaits, pour les croire disposés à l'obéissance. De là, la prétention aux prodiges; de là, tant d'entreprises dont Faudace était hors de proportion avec les forces qui devaient y concourir et avec les résistances qui allaient s'y opposer*, de là, tant de défis donnés aux intérêts de Fhumanité, aux forces et aux vengeances réunies de toutes les sociétés hu.maines, aux éléments, à la nature entière;, de là, tant de démentis audacieusement hasasdés contre l'expérience des âges et l'éternelle rai son : ils ne voulaient pas moins qu'envahir l'éternité par Fimmensité, et ils ont rencontré les écu^ils où tout se brise et finit.

Ces entreprises, sans doule, ont d'abord fait cclat<'r des prodiges : mais quelle a élé la fin

LOUIS XU.

accordée à de si glorieux commencemenls? quelles traces ont-elles laissées de leur premier essor? Les prospérités, les grandeurs, tout a été entraîné dans un revers; tout a péri, tout, jusqu'à cette gloire même pour laquelle on avait tant osé et tant fait. Après être devenue à son déclin le dangw de l'État, la terreur des familles, la terreur de la gloire elle-même, elle a été marquée , en périssant, d'un sceau de futilité et de réprobation; et chacun lui a reproché, au nom de la patrie, le prix qu'elle a coûté, et le néant des souvenirs qu'elle a laissés.

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