CHAPITRE III
Erreurs concernant les guerres d'Italie.
Voyons les guerres d'Italie.
La première cause à laquelle nos historiens imputent la défaite des Français en Italie, est la parcimonie de Louis XII dans les dépenses de la guerre; et cette parcimonie est attribuée à deux causes différentes. Les uns supposent que Louis retranchait aux sen ices nécessaires les fonds d'un trésor qu'il aurait pu y employer, et c'est ce qu'ils appellent une économie mal entendue; les autres, que, manquant de Pargent qui lui aurait été nécessaire , il épargnait trop les peuples, et aurait dû imposer des tributs nouveaux, au lieu de s'appliquer à les réduh^; et c'est ce qu'on pourrait appeler de faux ménagements.
« On peut le blâmer, dit Hénault , d'avoir « risqué de nuire à ses affaires par une éconoa mie quin^était pas toujours bien entendue. »
« Il fut appelé Père du peuple ^ dit Voltaire; « les héros dont la France était pleine Veus- <c sent aussi appelé leur Pèbe, s'il avait, en im- « posant les tributs nécessaires, conservé l'Ita- «lie, réprimé les Suisses, secouru efticace- « ment la Navarre contre TEspagne, repoussé « l'Anglais, et préservé la Picardie et la Boup- «gogne d'invasions plus ruineuses que ces « impôts n'auraient pu l'être (i). »
Remarquons d'abord que les historiens italiens, et notamment Machiavel, qui a récapitulé avec soin les fautes auxquelles on peut attribuer les revers des Français en Italie, ne disent
(I) Huiloire générale.
rien qui suppose à aucune époque la pénurie des armées françaises.
On lit aussi des choses bien opposées dans l'histoire de François l^ par Gaillard : « Sous « Louis XII, dit cet écrivain, le ressort dés « Français fut Vamour du peuple pour l'État, a et des grands pour le prince. Les grands « adoraient Louis XII, ils trouvaient du plaict sir à lui sacrifier leur fortune, à verser leur a sang pour lui : le caractère chevaleresque de a Louis XII avait contribué à exciter parmi a les nobles cet enthousiasme de tendresse... « Le caractère de gentilhomme et de chevalier « n'avait point quitté Louis XII sur le trâne. « Aussi, lorsque la France vit pour la première « fois réunis contre elle le pape et presque (f toute l'Italie, l'Empereur, les Suisses, le roi « d'Espagne, le roi d'Angleterre, à peine fut- «elle entamée; et lorsque l'Angleterre eut « été détachée de la ligue, non-seulement la « France se sentit assez forte pour résister à a tous ses autres ennemis, mais encore elle a crut pouvoir reprendre ses anciens et justbs a PBOiBTs de conquête sur l'Italie. Tant de a force étût l'efTet de hi réunion des grands, n du zèle de la. noblesse, et de l'obéissance « des peuples. »
Ainsi, suivant Voltaire, les héros (c'est-àdire les grands, car Voltaire les oppose an peuple), les héros dont la France était plehie eurent à se plaindre d*une économie qui compromettait leur gloire et leur vaillance; et, suivant Gaillard, ils l'adoraient, et portaient la tendresse poiu* lui jusqu'à l'enthousiasme*
Suivant Voltaire, la France se montra inn puissante contre ses ennemis, faute d'argent; et, suivantGaillard, elle résista très-foijteraent^ et allait reprendre l'offensive en Italie, quand Loub XII mourut.
Suivant Gaillard, Louis XII excitait l'amour des grands par un caractère chevaleresque , un caract^e prononcé de gentilhomme et de chevalier; et, suivant Voltaire, il avait les quaUtés qui font donner à un roi le nom de Père par le peuple , et non celles qui le font donner par la noblesse.
Nous aurons occasion de reconnaître à la suite que Louis XII ne fut nullement chevalier ni chevaleresque; que ni V esprit de r ancienne chevalerie opposée aux communes, et qui était féroce, ni Vesprit chevaleresque , qui était l'es-