CHAPITRE XVII
éconduisit, si on peut le dire, des champs de bataille^ le genre de vaillance à laquelle la chevalerie s^était exercée. Alors, la seigneurie ingrate se débarrassa des bacheliers et des écuyers conjme d*une charge inutile; les châteaux ne leur offrirent plus de retraite, et ils furent réduits à opter entre la vie errante des troubadours, des jongleurs, des coureurs d'aventures, et une vie sédentaire dans les villes et communes, où ils obtenaient d'être agrégés aux bourgeoisies, en se soumettant aux lois et coutumes des habitants, qui avaient rejeté les inégalités politiques.
Alors donc , la noblesse seigneuriale resta isolée, et se vit réduite à devenir noblesse de cour, ne pouvant plus être avec succès ennemie de la cour. Alors, cessa d'exister, au moins dans le système politique, la noblesse dénuée de propriété, ou bornée à de petites propriétés, ce qui est la même chose relativement à la grandeur ou grandesse politique. Sa condition était celle des huit ou neuf mille écuyers que nous avons vus, en 1789, fort étonnés de n'être plus rien, s'étant crus jusque-là quelque chose : avec cette différence, que les nobles de cette dernière époque avaient la consolation de voir tomber avec eux tout ce qui était ou prétendait être d'ancienne noblesse, seigneuriale ou autre, au lieu que les nobles du quinzième •ècle voyaient, en tombant, la noblesse seigneuriale se maintenir dans une certaine grandeur; avec celte différence encore, que les' nobles de 1789, au lieu d'avoir à déplorer, comme ceux du quinzième siècle, une distinction acquise par leur épée, n'avaient, pour la plupart, à regretter qu'un peu d^argent employé par eux à l'achat d^un parchemin mis à l'encan, ou de quelque charge ridicule, î^rès avoir été dérobé dans quelque emploi odieux. Je ne puis quitter les états de 1506, sans remarquer que les historiens n'y ont rien vu de ce que j'ai cru y voir. Ce n'esi ni par vanité, ni par scfupule, que je fais cette observation; c'est parce qu'elle entre dans mon sujet. Je ne fais pas l'histoire de Louis Xll, j'attaque ceux qui l'ont faite, afin que d'autres la fassent mieux, et apprennent ce qu'il faut savoir pour la faire passablement.
Hénault seul a observé, dans les états de 1506, la forme des assemblées générales, mais il n'a pas su , ou n'a pas* voulu démêler ce qui
lui en paraissait extraordinaire. «La séance des « états de Tours 65/ remarquable, dit-il; le roi « y avait à sa droite le cardinal d'Amboise, le « cardinal de Narbonne, le chancelier, et plu- « sieurs prélats. De l'autre côté, M. le duc de a Valois, les princes du sang, et autres sei^ « gneurs et baronn^ le premier président du <c parlement^ et plusieurs conseillers. Ce fut a dans cette assemblée que les étals du royaume « eurent leur audience : par où il paraît que « les personnes accompagnant le roi sont dis- « tinguées des étals généraux, n
La séance des états de Tours est en effet remarquable, surtout pour ceux qui n'ont pas lu avec attention, ou qui n'ont pas voulu retenir ce qui s'est passé aux états de 1484, 1467 et autres antérieurs, et qui regardent les formes observées,en 1506, comme nouvelles et inusitées.
Mais, nouvelles ou anciennes, ce qu'elles ont de particulier n'est pas que les personnes accompagnant le roi aient été distinguées des états généraux; car le roi, en aucun temps, n'est venu aux états généraux sans cortège, et ce cortège n'a jamais fait corps avec les états.
C'est, au contraire , que ces personnes, qui n'étaient point un cortège, qui n'étaient point le conseil, qui n'étaient point les états généraux, ont formé une assemblée collatérale et semblable à celle des états, ont exprimé un vœu distinct du leur, quoique conforme à leurs propositions ou demandes. C'est qu'elles ont fait serment, en leur propre nom, comme les députés des états en leur nom et au nom de leurs commettants, de n'épargner ne corps ne biens pour assurer l'accompUssement du vœu des états et de leur propre vœu. C'est que le nombre des grands a été très-cortsidérable dans cette assemblée, qu'il s'y est trouvé, non pas seulement plusieurs prélats, comme le dit Hénault, mais grande quantité d'archevêques et évêques , comme le porte la relation ; c'est qu'on y a vu, non-seulement les princes du sang et seigneurs et barons, comme le dit vaguement Hénault, mais tous les princes du sang et aufres seigneurs et barons du royaume, en très-grand nombre, comme le porte encore la relation. C'est -que ces grands n'ont été ras- ^mblés en vertu d'aucune élection , qu'ils , n'ont été députés ni de la noblesse ni de la nation, et que, dénués de tout caractère représentatif, ils ont pris séance en leur qualité
de $Hgneurs, sur une convocation individuelie de la part du roi. Ce qui est remarquable^ c'est que^ quand ces grands ofTrent le spectacle d'une chambre haute qui délibère çur la demande des états, ce qu'on appelle les étaU ne sont plus qu'une chambre sans distinction d'états, d*où, à la vérité, aucun état n'est exclu, mais où aucun n'a le droit particulier; c*est que les membres de ces états sont députés uniquement par les habitants composant le corps de la bourgeoisie dans les villes et cités. Ce qui est remarquable enfin , mais ce que Hénault et tant d'autres ne voulaient pas remarquer, c'est qu'^u quinzième siècle, en France comme en Angleterre , la nation , la loi,l9 roi, ne reconnaissaient plus, pour Texercice des droits politiques les plus éminents, que le roi, la nation et les grands, c'est-à-dire une représentation nationale, le chef de l'État, et un corps d'avoué héréditaires de la couronne, reconnus par la nation comme garants de l'hérédité de la couronne, autre prérogative établie ou reconnue, elle-même, par la nation pour son propre avantage (1).