CHAPITRE XÏX
vigilante^ les comptes de FÉtat et ceux de son domaine. La modicité de l'impôt rendait à peu près indifférent au vice de la répartition. Quand on paye peu^ on ne se chagrine pas de voir quelqueà gens qui payent moins, d'autres qui ne payent rien. Si l'on avait pu douter que l'impôt levé pour l'armée n'allât à sa destination lorsqu'on voyait le roi y contribuer de son revenu personnel > tout soupçon d'infidélité aurait été dissipé par la discipline des troupes dans l'intérieur^ par la sécurité qui en était l'heureux effet, et par la vigilance et la sévérité qui remettaient à la justice des tribunaux les trésoriers infidèles des armées répandues dans l'Italie. On ne se demandait pas : Quand arrivera pour la France le jour où Ton pourra mettre sous les yeux du roi les griefs de la nation, soit contre le gouvernement, soit contre ses dél^ués, soit enfin contre quelque classe privilégiée de l'État? On ne se faisait point une jtelle question en voyant le prince inquiet pour tous les droits, veilteiit sur tous les intérêts, rebutant tous les privilèges, toujours en garde pour les citoyens contre les grands, contre luiméiae; toujours à la poursuite des abus, et inexorable au pire de tous, je veux dire à l'abus du pouvoir et à ses attentats sur la liberté. Ah ! c'est une belle caution de la sagesse d'un gouvernement, que la modération des charges de l'État! Une nation peut être bien tranquille sur l'ordre public, et croire les abus inséparables de toute institution politique, au moins limités étroitement, lorsqu'elle voit le chef de l'État réduire les impôts de son propre mouvement. Réduire les impôts, c'est dire : J'ai plus qu'il ne.faut pour les dépenses publiques et pour les miennes; c'est dire : Toutes ces dépenses sont bien entendues, bien réglées; mes fantaisies ne distrairont rien des recettes ; ma faiblesse ou ma négligence n'en laisseront rien détourner; c'est dire : Aucune vexation, aucune persécution, aucune tyrannie, ne portera préjudice au contribuable, ne diminuera ses facultés, n'éloignera sa bonne volonté. Le pouvoir arbitraire, la tyrannie, l'indiflTérence au bien public, la prodigalité, la déprédation, le gaspillage et le pillage, ne disent jamais : Nous avons plus qu'il ne^ faut. Le vice, comme l'a dit Francklin, est toujours de cher entretien; et les vices des rois ne font jamais grâce aux peuples. Voilà ce flue sentit la nation sous le
règne de Louis XIl, et c'en serait assez pour la justification de ce prince.
Mais je n'ai pas tout dit. On peut réppndre au plus rigide formaliste par un fait. Lorsque Louis XII, en s'asseyant sur le trône, déclara qu'il remettait au peuple, outre le droit de joyeux avènement, un quart du montant des tailles, les actions de grâces qui s'élevèrent de toutes les parties de la France vers le roi purent bien être considérées conmie la concession du reste. On remarquera, à l'appui de cette opinion, que dans l'asseniblée des états de 1506 les députés ne témoignèi'ent par aucune parole, pas même par le plus faible murmure, que la nation fût étonnée de n'avoir point été convoquée plus tôt, et désirât de l'être. Je n'en %i que trop dit sur ce sujet : j'aurais dû me borner à transcrire les paroles du chancelier de l'Hôpital aux états d'Orléans, de 1561: « Si Louis XII, dit-il, délaissa à tenir les états, a ce ne fat pour tirer à soi plm grande puisci sance, ne pour crainte qu'il eût de donner « autorité à son peuple, ou envie de le maltrai- « /tfr, car il ne fut oncquesroi plus populaire... « mais parce quUl n'aimoit guère mettre charge « sur son peuple.,, et parce qu'aussi, étoit-il « soigneux de garder et conserver les per- « sonnes et biens de ses sujets, et pourvoir à « leurs nécessitez sans attendre qu'il en fût « requis. »