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Coustantiaople; pai* Malioniet 11^ eut lieu en 1453, au niUieudu quinzième siècle, et non au seizième; elle eut lieu durant le règne de Louis XI, et ce prin«e attira même à sa cour plusieurs des hommes distingués qui refluèrent de l'empire d'Orient; Louis XI vécut encore trente ans après cette époque ; Charles VIII , son successeur, a régné quinze ans, et Louis X II dix-sept; ainsi il s'est écoulé trois règnes, formant ensemble plus de soixante ans, entre la destruction de IVmpire d'Orient et le jour où François I*' est monté sur le trône. Les débris échappés aux ravages de la Grèce étaient donc anéantis, depuis longtemps, quand le règne de François I", même quand Je seizième siècle, ont commencé.
Veut-on des preuves positives de la renaissance des lettres bien avant le règne de François F'? en voici :
La bibliothèque du Boi existait depuis le règne de Charles V, qui en a jeté les premiers fondements.
Louis XII Favait enrichie d'une grande quan* tité de livres, nobles trophées de ses victoires en Italie.
H avait emmené aussi de cette contrée plusieurs savants (i).
Le fait le plus positif que les apologistes de François l*' avancent cx)mme preuve de la protection qu'il donna aux lettres, c'est d'à, voir institué au collège de France trois professeurs pour Fhébreu, trois pour le grec, et lui pour la langue latine. Il est certain que, sous Louis XII, on enseignait avec un grand éclat les lettres grecques et latines dans l'université. Louis XII avait appelé d'Italie, pour cet enseignement, Jérôme Aléandre , Italien de mérite distingué, qui fut principal du collège des Lombards, procureur de la nation d'Allemagne en 1511, recteur de Funiversité en 1512, et finit par être cardinal.
Les Mémoires de Philippe de Gommines, les
(0 u Louis XII, dit Gaillard , protégea les leUres « avec plas de goût et de simplicité que Louis XI ; il « neicoanaissait ui le faste, ni le caprice ; il fit rccher- <« ,cher les bons écrits de Tantiquité, il enricbit sa bi- «t bliothcque; ce fut lui qui amena d'Italie Paul Emile « pour en faire son historiographe. » Hlsfoire de Fran- • cols l'^r^i. VI, p. 3n.
histoires de Saint-Gelàis, de Claude de Seysset, sont du temps de Louis XII. *
Charles d'Orléans, son père, avait reçu le titre de Hestauraieur de là poénie française, longtemps avant que François!*"' fût au monde.
Jean Marot était poète et secrétaire de M magnantme Anne de Bretagne, et prenait cette qualité.
Clément Marot, fils de Jean, et qui ne fit point oublier les rondeaux de son père, était né aussi bien avant le règne de Louis XII.
Enfin, François l*^, lui-même, avait vingt et un ans quand Louis XII est mort, et il avait déjà composé alors plusieurs de ses prétendus morceaux de poésie. François I*', comme poète, appartiendrait donc aussi au règne de Louis XII.
Mais on peut revendiquer pour le règne de Louis XII des productions plus honorables, et qui attestent mieux la renaissance des lettres que les vers de François I*'. Ce sont les pièces de théâtre qui furent jouées du temps de Louis XII. Ce fut réellement alors que la congédie commença à renaître; elle représenta les mœurs du temps, elle servit la politique : témoin la pièce où Jules II, qui menaçait la France d'une guerre, fiit traduit en ridicule sur un théâtre de Paris, et représenté sous le nom de Prince des sots (1). La comédie faisait aussi quelquefois la censure du pouvoir, et la satire de ceux qui l'exerçaient : témoin la pièce oii des courtisans dont le roi faisait languir Favidite, le représentèrent lui-même dévoré de la soif de For.
Du temps de Louis XII, Tinvention de Fimprimerie, encore récente et peu répandue, avait produit peu de livres; elle les multiplia sous François I*'. Est-ce une preuve de sa protection, ou un effet nécessaire de Fimprimerie même? D'ailleurs, les lettres et les livres ne sont pas la même chose. Les livres ont propagé les lettres, sans doute; mais c'est Famour des lettres qui a fait rechercher les livres. Je dis plus : c'est à la renaissance des lettres en Allemagne qu'est due l'invention de Fimprimerie en 144â; et c'est à la culture des lettres en France, qu'on en doit l'introduction et la
(1) P. Grégoire, dit HénauU, fit jouer, en 1611, une pièce inlituU^ le Jeu du prince des sois et Mère sotte.
CHAPnRK XXI\ .
naluratisalioii^ vers iMfi,k Paris. Ce sont deux membres de l'uBÎversité^ dont ils furent successivement recteurs^ tous deux de la maison et société de Sorbonne, tous deux appliqués aux belles-lettres, qu'ils enseignaient, qui ont attiré dans leur maison trois ouvriers deMayence et de Strasbourg. C'est dans la maison de Sorbonne qu'a été employée la première presse qui ait existé à Paris. Les premiers ouvrages qu'elle ait imprimés lui ont été confiés par les deux professeurs qui en avaient formé rétablissement. Les noms de ces bienfaiteurs de la France méritent d'être retenus : l'un est Guillaume Fichet; l'autre, Jean de la Pierre. Le premier^ publia la rhétorique qu'il enseignait; l'autre^ l'ouvrage de Laurent Vallo, un de ses amis, concernant Télégance et la pureté de la diction latine (i)» La plume et la main ne suffisaient plus aux empressements des lecteurs et aux productions des auteurs, quand l'industrie imagina, pour les satisfaire, une machine plus expéditive et moins coûteuse. On peut juger de Pardeur que l'amour des lettres mettait dès lors À la recherche des livres, pai' le prix des manuscrits. Louis XI donna, pour cmprnnter Roses à la faculté de médecine, douze marcs d'argent, vingt sterlings, et une caution pour cent écns d'or. Des Concordances se sont vendues cent écus; un Tite-Uve, cent vingt; vingt-quatre Vies des hommes illustres de Plutarque, soixante et dix. Un livre d'heures de la bibliothèque du duc de Berry, frère de Charles V^ fut estimé huit cent soixante-quinze liv. Les livres étaient, dans le commerce, sur le pied d'un bien fonds ou d'un riche mobilier (2). Au reste, si Timprimerie, qui est antérieure de peu d'années à François I*", n'a commencé que sous son règne à multiplier sensiblement les productions de l'esprit, et si elle doit être comptée eiltre les causes qui ont contribué à répandre les lumières, je dirai que, du moins, Louis Xil eut la gloire de l'adopter, et de la doter en vrai père des lettres, en reconnaissant rindépendance de la pensée; et qu'au contraire, François V^ en dépouilla les Français au moment où ils pouvaient en jouir. Louis XII
(I) Crevier, Histoire de VUniversilé, t. IV, p. 329.
(î) Gaillard , Histoire de François /'o t. VI, p. 2*!3. — Crcvicr, Histoire de VVniversitt^ , t. IV, p. 330 el suivantes.
reconnut l'indépendance de la pensée avec un mémorable éclat, lorsqu'il refusa Ae punir, de réprimer, d'empêcher, de prévefiir la licence des comédiens et celle des auteurs qui l'avaient personnellement traduit en ridicule sur la scène, estimant qu'un prince a laissé quelqu'un de ses devoirs en arrière tant qn*il ne s'est pas rais en état de défier la liberté du théâtre et celle de la parole. François l" , au contraire, laissa persécuter, persécuta lui-même tous les hommes distingués de son temps. Sous François l" s'établirent la censure des li\Tes, la nécessité des permissions pour la publication des livres. Sous lui, on déclara criminelle la possession de certains ouvrages ; on autorisa la violation du domicile pour les saisir; on mit en jugement les possesseurs, on les condamna à des peines capitales.
Toutefois, si je dispute à François 1*' le titre de Père des lettres, ce n'est pas pour l'attribuer au Père du peuple. La gloire de leur restauration en France appartient à toute la France, et n'appartient qu'à elle. Les lumières y sont nées au quinzième siècle, comme dans la Grèce ancienne^ comme en Italie, de l'application de l'esprit aux études sérieuses^ après son exercice aux ouvrages de goût. L'élégance de l'esprit est venue avant sa force, comme une suite naturelle de l'élégance des mœurs, qui a procédé, elle-même, des aisances de la vie et du loisir que procure l'accroissement des richesses. Les moralistes qui affectent le mépris des richesses, ceux qui les estiment pour les jouissances qu'elles procurent, en y comprenant même celle de faire du bien, n'ont pas encore apprécié leur plus l>el attribut : c'est d'ajouter à la durée de notre existence intellectuelle et morale tout le temps qu'elle nous dispense do donner aux soins de notre existence physique. Si vivre c'est sentir, penser, réfléchir, la richesse accroît la durée de la vie; car le plus médiocre propriétaire peut vivre en un mois . autant que l'indigent en cinquante années. L'aisance permet au premier non -seulement d'accumuler les fruits de ses loisirs, mais encore d'y ajouter par des comnmnications faciles les fruits des loisirs de ses contemporains, et même d6 recueillir en peu d'années, par l'étude, les produits des longs travaux qui ont occupé une multitude d*hommevS illustres durant cl<*s sir( ii»s.
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LOUIS XIL
J*ai insisté sur la part que les richesses ont eue au retour des lumières, parce que c'est une des plus fortes preuves qu'on puisse don*ner de la puissance des choses.