‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 64 sur 359 · CHAPITRE XXV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV. i

tt ne troublerait pas PËtat; que cependant, au « mépris de ce serment solennel, enregistré « dans tes cours souveraines, il avait formé des n brigues^ et appelé le peuple à la révolte » (potBT eux c'était appeter te peuple à la révolte, que de demander la convocation des états, et de leur soumettre sa prétention à la régence); « que, n'ayant pu parvenir à corrompre la na- « tion , il n'avait pas craint de s'allier ouver- « tement avec tous les ennemis de l'État» (on a vu qu'il s'était borné à chercher un asile près du duc de Bretagne : n'esirce pas là la première version de cette imputation si généralement faite, d'avoir été le perturbateur du royaume par son ambition, avant d'en avoir été le père par sa bonté f) ; «que, cité au para lement pour rendre compte de sa conduite, »il avait donné au reste des citoyens le pemi- « cieux exemple de fouler aux pieds les lois » (on appelle citation au parlement, une citation faite par ordre de la régente en un lit de justice; on appelle fouler aux pieds les lois, dérober sa tête à des ennemis déclarés) ; « qu'il a n'avait répondu à des sommations juridiques «t que par une gufrre déclarée d (remarquez cette expression équivoque, par une guerre déclarée : on aurait bien voulu parier français, et dire par une ijuerre ouverte, ou par une déclaration de ^i/^rre; mais ces expressions eussent été trop contraires à la vérité, puisque c'était la régente qui avait déclaré la guerre au duc de Bretagne, et qui s'était mise en guerre ouverte avec lui et te duc d'Orléans, et non ceux-ci qui avatent déclaré la guerre à la régente. Pour parler franchement il aurait fallu dire : « Louis répondit à une sommation ce prétendue juridique, et à une déclaration de a guerre commune au duc de Bretagne^ et à lui, a en se joignant au duc de Bretagne pour une «t défense commune ; » mais alors, chacun se serait demandé qui était le plus coupable de la régente ou du duc d'Orléans? et ce n'était pas le compte de la malveillance) ; « qu'il avait a été pris en bataille rangée, portant les armes a contre sa patrie et son roi » (il ne les portait que pour la défense d'un pays envahi au nom du roi par des ennemis personnels, d'un pays qui lui servait d'asile); «que l'ennemi de la « nation (de la nation de la cour) ne pouvait a plus aspirer à en être le père;... ils répan- « dirent que Louis allait causer un boulever*

LOUIS XII

« sentent général ^ si Von ne s' unissait prompte- « ment pour opposer une digue à sa mauvaise « volonté; que le moindre malheur auquel on « pût s'attendre en le couronnant ^ était de il voir les plus fidèles serviteurs de Charles YIII « persécutés pour avoir fait leur devoir, tandis « que les factieux^ les brouillons seraient com- « blés de faveurs, et dépositaires de l'autorité « souveraine.

a Ces discours, et autres semblables semés « avec art par les ennemis du duc d'Orléans, a ne firent aucune impression sur les esprits a de la nation, toujours disposée à bien ontil gurer de ses maUres (i). » Le bomUversement géMéral€pe\es grands prévoient et prédisent ici, c'est le renversement de leurs prétentions; ce sont dos préférences acxîordées, à leur préjudice, à d'autres grands. La mat^ vaise volonté, à laquelle ils parlent d'opposer une digue, ne menace qu'eux; ta digue qu'ils proposent est une ligue de grands. L'intérêt du peuple n'est pour rien dans tout cela; l'intérêt du peuple est, au contraire, en opposition avec celui des grands : aussi, les esprits de la nation ne se sont pas trompés au sens de leurs discours. Ce n'était pas parce qu'elle est toujours disposée à bien augurer de ses maîtres qu'elle s'estempresséede reconnaître LouisXU : c'est parce qu'elle est toujours disposée à mal augurer des grands; c'est parce qu'elle voyait que le fond de leur grief contre Louis XII était son respect pour les lois de l'État; c'est parce qu'elle avait vu la guerre portée en Bretagne, et des persécutions exercées contre un prince dont toute la révolte consistait à réclamer la convocation d'une assemblée nationale, qui avait été demandée par le cahier de 1484, qui avait été promise, qui était la condition sous laquelle l'impôt avait été, accordé pour deux ans, et dont l'inexécution convertissait la perception, depuis plusieurs années, en une criminelle exaction.

On ne peut trop s'étonner d'entendre les historiens accréditer, répéter les indignes clameurs de la révolte, et les sourdes calomnies de l'intrigue et de la faction soulevées contre l'héritier légitime du trône, et se faire des titres

(I) Garnicr, Hisloire de Fram», t. XXI, p. 10 et suU'.

d'accusati6i\ contre Louis Xlï, des actes lés plus criminels qui aient pu être commis par d'infidèles Français contre lui. Gomment concevoir qu'un prince soit qualifié de .factieux^ sur le témoignage de factieux déclarés contre ses incontestables droits à la couronne? Gomment concilier particulièrement, dans l'histoire de Gamier, la partie où il donne les imputations des grands comme l'ouvrage de la haine et de la révolte, et celle où il les copie comme des monuments authentiques et de fidèles mémoires?

Mais ce qui méje l'indignation à la surprise, c'est de voir le& historiens tomber dans une méprise dont le peuple fut exempt: prendre l'inimitié des grands pour un mécontentement national; l'appel à la nation contre les perturbateurs,, comme l'acte d'un perturbateur; la demande d'une assemblée nationale promise et indûment retardée par le pouvoir en révolte, comme un acte de révolte. Pour des yeux attentifs et éclairés par l'amour de la patrie, le manifeste des grands eût porté avec lui sa réprobation.

Mais on demande dans quelle vue les écrivains du dix-huitième siècle ont pu se faire les échos des grands, contemporains de Louis XTI? Je réponds : Parce que les grands ont des descendants puissants, et qu'on craint de les offen ser ; parce qu'il en est plusieurs à qui l'on veut faire la cour, et de qui l'on espère quelque avantage.

L'admission des grands, dans l'Académie française, a été utile; dans celle des inscriptions, elle a été funeste. Un académicien craint d'offenser, par un mémoire véridique, des confrères dont le nom est en possession du respect pubUc. Lacume de Sainte-Palaye a lu à l'Académie des inscriptions cinq mémoires sur la chevalerie. Ges mémoires, destinés à être entendus par des confrères grands seigneurs, sont généralement honorables pour l'institution ; mais, comme la conscience de l'auteur ne s'accordait pas avec ses ménagements ou sa complaisance, il a joint à ses mémoires des notes à peu près de la même étendue que l'ouvrage, lesquelles présentent la chevalerie sous le jour le plus odieux. Ges notes n'appartiennent à l'ouvrage que conmie correctif ou réfutation. Si tous nos historiens imprimaient comme Sainte-Palaye, à la suite de leurs ou-

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