‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 72 sur 359 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

fluences morales qu'il a fait concourir à ce dessein. Son règne a produit un grand changement dans les esprits^ et un autre plus grand dans les mœurs; et ces changements ont tourné au profit de la monarchie libre et constitutionnelle.

C'est de lui que les lettres, à leur retour en France, ont reçu le premier accueil qui ait favorisé leur essor. J'ai remarqué que Tadulation seule avait donné à François ^' le titre de Père des leUres; que les lettres étaient rentrées en France, comme en Italie, par leur propre force, et n'avaient laisse aux princes d'autre mérite que celui de les accueillir; qu'à l'avénement de François I"' au trône, elles imposaient déjà les hommages qu'elles reçurent de ce prince; qu'il fut, il est vrai, pendant quelques années, le bienfaiteur d'un petit nombre d'hommes de lettres, mais qu'il en fut ensuite le persécuteur, et qu'il fit aux lettres tout le mal qu'il était alors possible de leur faire, en obtenant d'elles, pour un peu d'argent, des louanges que démentait sa vie habituellement désordonnée et souvent criminelle (t). J'ai dit que les lettres et les beaux-arts étaient amis de la monarchie constitutionnelle, ennemis du despotisme, ennemis de la démocratie; et j'ai cité des faits à l'appui de cette opinion.

C'est à Louis XII, c'est à sa juste considération pour Anne de Bretagne, c'est aux honneurs dont il l'a entourée, à la cour qu'il a formée pour elle, à la noble école de vertus et de talents aimables qu'il a mise sous son autorité, que remonte l'existence actuelle des femmes, existence qui a été le principe d'un changement non moms remarauable dans celle des hommes. Le développement qui s*est opéré dans les deux sexes par une balaiice plus équitable entre leurs droits respectifs, par plus de réciprocité dans les devoirs, me paraît être la plus sensible amélioration qu'ait jamais reçue l'espèce humaine.

Je me suis appliqué à la faire connaître, et j'ai averti de ne pas confondre cette révolution si avantageuse et si honorable aux deux sexes, avec celle que le président Hénault, et à son exemple les historiens modernes, ont attribuée

(f) Fénelon, Dialogues des morts, dUUogue de louis Xli et de François i'^

au règne de François 1*% A ce règne de François I"", a commencé la corruption des mœurs des femmes, que le règne précédent avait épurées et embellies. A ce règne, a commencé Tavilissement d'une partie de ce sexe que le règne de Louis XII avait ennobli. A ce règne, ont commencé les scandales des maltresses avouées , de l'adultère public dans les classes riches et oisives de la société. Mais ce n'est point là la révolution dont j'ai parlé; c'est, au contraire, la déplorable altération de ses résultats dans une partie heureusement peu nombreuse de la société. Certes, ce ji'est pas du scandale de la cour de François I*' que la condition des femmes françaises a tiré sa nouvelle dignité; c'est du sein d'une cour oii les mœurs conjugales furent en honneur; où une reine, de grand caractère, apprit aux femmes à quels égards elles pouvaient prétendre de la part de leurs époux; et où un roi, vertueux et éclairé, se plut à donner à tous les maris l'exemple des égards qu'ils devaient accorder aux femmes qui les méritaient.

J'ai établi, au reste, que les femmes, depuis le quinzième siècle, formaient en France une république indépendante, mais qui agissait toujours dans l'intérêt de la monarchie libre, étant également ennemie de l'àpreté démocratique et de l'oppression despotique.

Après avoir restitué» autant que je l'ai pu, à la mémoire de Louis XII, le lustre dont les historiens ont dépouillé son règne, je suis revenu à ces historiens mêmes; et, cherchant les motifs de leur infidélité, j'ai cru en trouver l'indication positive dans ce qu'ils ont dit des temps de la vie de ce prince qui ont précédé son avènement au trône.

A l'occasion des prétendus écarts de sa jeunesse, ils ont mis à découvert les fausses doctrines d'après lesquelles ils ont jugé sa maturité et son gouvernement, doctrines qu'ils ont craint d'avouer en prononçant sur un règne que l'autorité parlementaire et le surnom de Père du peuple obligeaient de respecter; leurs systèmes se trouvent être exactement conformes et aux discours factieux des grands qui à son avènement essayèrent de se mettre en révolte contre lui, et aux sentiments des rois qui parmi ses successeurs ont été le plus en opposition avec ses principes et sa conduite. J'ai osé conclure de ce rappix)chement, que le dé-

LOUIS XII

sir de plaire aux grands, et la crainte de déplaire aux rois absolus, avaient causé la prévarication des historiens de Louis XII.

Il ne me reste donc qu*à exprimer le vœu de voir refaire une histoire aussi importante que celle de la France au quinzième siècle, sur un nouveau plan, sur de nouveaux principes, et sur un fonds d'observations nouvelles, dont les lois du temps fourniraient la matière.

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