CHAPITRE XXVII
Applications.
Il me semble qu'une fidèle histoire du quinzième siècle^ siècle rénovateur, dont le règne de Louis XII fut une des belles et heureuses périodes, serait d'une utilité particulière dans le temps présent» et offrirait des leçons aiq[>licablés à notre situation. Heureux l'écrivain qui, digne de cette tâche, Taurait assez heureusement remplie pour se sentir en droit d'exprimer à la nation, à ses représentants, à son gouvernement, à son roi, les sentiments, les opinions, les vœux que le souvenir de cette belle époque fait naître ou justifie.
S'adressant d'abord à la génération forte et mûre qui a rétabli la liberté, ou qui en est aujourd'hui le principal soutien , ne pourrait-il s'exprimer à peu près ainsi : a Français, ce « n'est pas à la conmiotion de 1789 que vous c( devez la liberté; vous ne lui devez que son « réveil. A la^ force que la liberté a déployée « alors, on ne peut ni reconnaître son enfance^ a ni méconnaître en elle une puissance dès « longtemps développée, immense, sans égale, a La révolution n*est pas votre ouvrage; elle a est celui de vos pères. Elle n'est pas l'oua vrage d'un jour; elle est le produit de plua sieurs siècles. Elle n'est pas le résultat d'un « moment de bonheur et de courage ; elle est a le prix d'un travail opiniâtre, d'une longue tt suite d'efforts toujours redoublés, d'une mul- « titude d'actes de dévouement, où le peuple a n'a épargné ni ses sueurs ni son sang. Elle « n'est point fondée sur une victoire obtenue a des hasards d^une guerre momentanée, et « dont une victoire du parti opposé puisse ara racber le fruit; elle est établie sur l'immense t* développement des facultés intellectuelles.
a morales et physiques qui brillent en vous; a sur un grand accroissement de lumières dont a rien ne peut désormais vous priver; sur une a accumulation de richesses qu'aucune puiser sance ne peut vous extorquer : elle est fondée a sur la base inébranlable de Tutilité générale, a d'une utilité commune entre vous et vos « ennemis mêmes; disons mieux : sur la néce cessité.
« Le quinzième siècle, le, commencement « du seizième, ont vu la liberté florissante; la « France rapossédéesanscontradiclion durant « tout le règne de Louis XII. La liberté a vu a tous les privilèges s'abaisser devant elle ; et la a royauté, relevée, illustrée par elle, s'honorer a de reconnaître ses services, et de la garantir a contre les dangers de l'avenir.
a FYançais, si la liberté n'est pas votre oua vrage, vous n'avez ni le droit de la négliger, « ni celui de transiger sur ses intérêts. Si c'est a l'œuvre de vos pères, elle n'est qu'en dépôt a entre vos mains ; elle est un fidéiconunis « dont vous devez compte à vos derniers ne- « veux. Si elle a coûté trois siècles d'efforts et 0 de peines, on peut dire que douze généraa tions successives ont consacré par leur vo- « lonté souveraine le vœu de la nature hu- « maine, qui de\Tait suffire pour régler vos a pensées et vos actions.
« Manquer, tout à la fois, au vœu de la na- « ture, à la volonté de vos pères, à celle que a vous avez manifestée vous-mêmes en 1789, a serait le dernier opprobre.
a Vous avez tiré la liberté d'un sonuneil pasce sager : sera-ce pour la laisser tomber dans « une léthargie profopde, et dont vous ne pource rez prévoir le terme? Vous avez montré que <f vous connaissiez la liberté : sera-ce pour qu il a soit plus manifeste que vous étiez incapables a de la servir?
a Puisque vos pères ne vous ont laissé d'au- « tre gloire à prétendre que celle de rétablir « dans son éclat cette liberté qu'ils ont fait a resplendir, la négliger, la trahir serait vous « montrer indignes d'eux comme de vous- « mêmes. Vous reconnaîtrez-vous dans la hona teuse impuissance de soutenir ce qu'ils ont a eu la force de faire? Avouerez-vous que la a conservation est plus difficile pour vous que « n'a été pour eux la création? Placerei-vous A le dix-neuvième siècle au-dessous du quin-