‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 74 sur 359 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

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o zième dans Topinion des siècles à venir? « Consentirez-vous que l^âge des lumières soit « mis en accusation devant la postérité^ par « celui que vous citez toujours comme appara tenant à la barbarie?

a Eh ! ne s'agit-il pas de votre bonheur aua tant que de votre gloire? Sans doute^ vous a n'avez pas ajouté trente années de travaux et « de sacrifices aux trois siècles d'efforts et de a dévouement consacrés par vos pères à la li- « berté; vous n'avez pas sonné de nouveau le a tocsin que les communes firent entendre a sous Louis le Gros , repris le chaperon dont « le Cocq et Marcel coiffèrent Charles V, retf commencé dix fois les victoires de Char- « les Vn^ pour laisser vos descendant^ exposés a à la destinée que subirent les protestants et a les Yaudois sous François !•', les protestants tt sous Charles IX , tolis les Français sous a Louis XIII et sous Louis XIV? Sans doute^ tf vous avez espéré, pour la nation , qn'heu- « lieuse famille d'autres Louis XII y honorée a comme la génération qui appela ce prince le o Père du peuple, elle vivrait à l'abri de lois o impartiales et d'une justice indépendante^ a sous la garantie d'une constitution libre; et « vous n'avez pas entendu léguer à vos des- « cendants une aveugle et stupide soumission « pour les princes qui^ comme François I*% a font brûler les hérétiques sous leurs yeux; « qui^ comme Charles IX, les tuent de leurs a propres mains; ou enfin qui^ comme a Louis XrV^ après avoir essayé le pouvoir ab- « scAu dans le temple des lois mémes^ le fouet « à la main^ bottés en vrais Tartares^ signalent « leurs derniers jours par la domination des « consciences^ par leur direction à main ar- « mée^ par la proscription et la spoliation des « hommes engagés dans des opinions difTérena tes des leurs?

« Descendants de ces Français qui furent la a famille de Louis XII, renonceriez-vous à Pé- « galité, qui, sous son règne, ne voyait auc dessus d'elle, dans \e système politique, a qu'un petit nombre de grands dont la préroa gative était nécessaire à celle de l'hérédité a de la couronne? et consentiriez-vous à a transmettre à vos neveux, au lieu de Téa galité, l'obligation de respecter, dans une o humilité profonde, une multitude de pré- <x tendus grands, dont la plupart ne sont

« connus que par des noms usurpés (1); dont a une autre partie est descendue au-dessous a des simples citoyens par ses mœurs, et par a ses alliances avec des familles enrichies dans a la rapine? Leur imposerez-vous de honteux a respects pour cette tourbe d'anoblis qui, de- « puis six ans, se scmt titrés et qualifiés de leur (c propre autorité, et de bourgeois vaniteux a qui ont acheté la noblesse avec de l'argent a bien ou mal acquis? Les placerez-vous entre a le danger des factions séculaires, comme <f celles des Guises et des Armagnacs, et celui a d'une oligarchie sanglante, conmie celle dont « nous avons vu l'essai?

a Descendants des Français qui furent la face mille de Louis XII, et jouirent fièrement de a la liberté sous un prince occupé sans relâche a à contenir leurs ennemis et à les préserver « de toute oppression, laisseriez-vous vos nea veux exposés, sous une royauté arbitraire, « au règne de favoris et de mignons, conune « les Boisbourdon, les Quélus, les Concini ; au a pouvoir de ministres despotiques et sanguia naires, comme un Armand du Plessis, ou eues pides et dévorants, comme un Mazarin ; de a confesseurs corrompus, conune les la Chaise « et les le TelHer ; de maîtresses, ou insolen- 0 tes et altières, conome les Diane de Poitiers, n les Montespan; ou hypocrites et intrigantes a conome une Maintenon ; ou ignobles et déver- <s gondées, comme une du Barri ; toutes proa digues, toutes ruineuses pour TÉtat?

a Renonceriez-vous à assurer, dans les géné- « rations à venir, la pureté de mœurs dont la a nation reçut et donna l'exemple sous le rèa giie de Louis XII et d'Anne de Bretagne; le

(1) Le comte d^Entragues, dans son Mémoire sur les états généraux, publié en 1789, p. 62, se récrie sur un abus dont les dix volumes in-folio de Moréri mettent les détails dans U plus grande évidence, et qui s'est déclaré dans le biède dernier : c'est que des noms oubliés, et depuis dix siècles ensevelis avec leurs vrais possesseurs, ont reparu, et ont été tout à coup ressuscites. En 1788, Chérin, généalogiste des ordres de France, assurait que, « de cette multitude innom-

• brable de personnes qui composent l'ordre des pri- (C vilégiés, à peine un vingtième (c'est-à-dire 4 ou 500

• familles) peut-il prétendre véritablement à la no- « blesse immémoriale et d'ancienne race. » (Discours préliminaire de V Abrégé chronologique des lois concernant la noblesse, p. 456.)

ne

LOUIS XU.

« respect pour l'honneur des femmes y pour a l'union conjugale^ pour les liens du sang, i( principe des affections^ des intérêts et des a devoirs de famille , seul fondement de l'état « social? Consentiriez-vous à voir renaître un « ordre de choses d'où procédèrent la proa fcHide corruption des mœurs^ l'habitude de a l'adultère public^ la désunion des époux, H l'incertitude des pères et des enfants sur tes <c sentiments qu'ils se doivent mutuellement ; a tristes résultats des mœurs de la cour^ de- « puis François ^' jusque vers la fin du siècle <c passé?

« Français, vous seriez sans excuse si vous « laissiez périr la liberté ; votre négligence sea rait aussi criminelle que la plus éclatante traa bison. On n'avait point encore appris, au « quinzième siècle, à se prémunir contre l'au- (( torité royale : elle ne faisait que de naître. A « peine émancipée, on ne pouvait qu'entrevoir tf confusément jusqu'à quel point elle serait « entreprenante. Louis XII avait eu, avant la « nation, l'idée de mettre la liberté en état de (( défense contre ses successeurs ; mais l'art de « la défense ne pouvait être qu'imparfait lorstt que celui de l'attaque n'existait point encore. « Aujourd'hui nous sommes plus avancés. Le a sort des seizième , dix- septième et dix-bui- « tième siècles vous a instruits des artifices qui c( peuvent être employés contre la liberté. La « science de l'organisation sociale s'est déve* « loppée. Au lieu de l'opposition parlemen- « taire, vous avez une représentation nationale « annuellement assemblée ; vous êtes autorisés « à refuser le payement de tout impôt qui ne « serait pas voté par vos représentants ; vos « représentants sont autorisés à stipuler vos « intérêts en votant les contributions. Que vous « fautril pour maintenir vos libertés? Une seule « chose : choisir pour députés des hommes a pénétrés de vos hitérêts, capables de les dis- « cuter et de les défendre. En remplissant cette <c seule condition, vous assurez à la France la a destinée qui lui est marquée par le titre de 4c Grande Nation, que la fortune a pu obscura cir un moment, mais non lui ravir. »

L'historien du quinzième siècle serait aussi en droit de s'adresser, non à tous les vieux ennemis de la révolution, parmi lesquels il s'en trouve un si grand nombre que le plus stupide orgueil rend intraitables, mais à ceux

qui se sont éloignés d'elle par défiance pour des changements qu'ils ne croient point avoués par l'expérience, et de leur dire :

a Cette révolution que vous repoussez comme a nouvelle , remarquez qu'elle est plus an* a cienne que vous. Vous craignez les novateurs «et les innovations: c'est' vous, c'est votre a père, c'est votre aïeul, qui ont innové dans a ce que leurs pèi'cs avaient fait d'utile et d'ho- « norable. Vous croyez avoir pour vous l'exa périence d'une longue suite de siècles : vous a n'avez qu*une contravention à rexpérience « d'un siècle glorieux; et cette contravention a fut, à plusieurs égards, imparfaitement con- « sommée. L'inquiétude des despotes moder- 0 nés dans l'exercice de l'arbitraire, leur hy- (c pocrisie, leur retenue, leur embarras dans a leurs entreprises mêmes, le soin qu'ils ont « pris d'en distraire ' ou d'en dédonmiager, « leur repentir et leur honte après l'exécution, « étaient des témoignages non équivoques a d'une grande disproportion entre leurs voa lontés et leurs moyens, çles preuves irrécua sables de la terreur secrète que leur inspia rait l'esprit de liberté empreint dans les ac- « tes mêmes d'une soumission qui ne devait « pas être éternelle, ni rester sans vengeance. « Enfin, le temps présent est une preuve do « l'impuissance du despotisme contre une na- « tion en qui la liberté a une fois pénétré. Les « événements de 1789 montrent que les supa pots du pouvoir absolu se flattent en vain de a faire évanouir les traces d'une révolution ca* « ractérisée. Qu'ils renoncent donc à d'odieu^ « ses et funestes illusions, en considérant que « c'est la révolution du quinzième siècle qui, « après s'être tenue en arrière durant quelques « règnes, s'est reproduite plus terrible à la fin « du dix-huitième. Qu ils se persuadent que si a elle pouvait être de nouveau comprimée, ce « ne serait que pour reparaître inexorable. Ses a principes ne peuvent pas plus s'extirper du « fond de la nation , que la nature humaine (c ne peut s'arracher du cœur des hommes. Le « genre humain peut rester longtemps dans (c 1 ignorance de ses droits; mais, quand il a (S passé des siècles à les apprendre, et Versé c( son sang pour en jouir, un si cher enseigne- « ment le force à s'en souvenir. »

L'histoire, s'adressant ensuite aux jeunes Français, pourrait leur dire :

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