CHAPITRE XXVIC
« Et vous, jeunes élèves de la révolution^ « vous à qui Ton n'a rien à reprocher de ses a écarts, mais à qui, peutrétre, il manque en- « core de les connaître , et d'avoir la salutaire « appréhension de ses écueils, apprenez du n siècle de Louis XII à borner vos souhaits. « Pesez le témoignage de vos pères, qui ont a exprimé le bonheur dont il les a fait jouir « par le surnom qu'ils lui ont donné. Apprea nez d^eux celte vérité, qu'atteste aussi FAn- « gleterre, et dont sont pénétrée en France les « hommes mûrs du temps présent , qu'une « monarchie représentative assure aux ci- « toyens plus de liberté qu'aucune autre forme « de gouvernement. N'oubliez pas que Fostraa cîsme entre dans les constitutions républiacaines; et. persuadez- vous que la proscripa tion n'entre pas dans les monarchies repré- « sentatives. Reconnaissez, aussi, dansl'amoiu* « de vos pères pour le meilleur des rois, et tf dans leurs effusions , celte disposition à aia mer qui est si marquée dans le caractère « français , cette disposition qui est pour la nao tion un besoin dans le bonheur et dans la « reconnaissance. Réfléchissez, et jugez, d'àa près une expérience à laquelle vous n*étes « pas étrangers, si cette disposition, peu com- « patible avec l'esprit républicain, n'est pas « un élément de monarchie propre à la nation «française, et qu'on tâcherait en vain d'en « extirper. Craignez^ surtout, que Fanarchie ne « vous entraîne sous le nom de république, et a que, sous des apparences populaires, la déff magogie ne vous livre en proie aux prolétaires, a La France est encore toute meurtrie des op- <f pressions, des exécutions prétendues populaia resde 1793. Sans doute,l'étude et la réflexion « vous ont donné des notions justes du droit « de propriété; mais Texpérience ne vous a « point encore appris à en ressentir les ala> a mes, et ne vous en a point inspiré les a prévoyances. La propriété serait renversée, « et la liberté avec elle, au moment que vous « les croiriez le plus en sûreté. Un sentiment « honorable a pu vous emporter au delà de «la monarchie constitutionnelle : ces figu- «res étranges, qui, en 1814, se donnaient a pour l'élégante représentation de la monara chie du dix-huitième siècle > vous avaient tf inspiré du dégoût pour elle : les forcenés <r de 1815, qui se sont faits forts de la venger,
« vous en ont fait horreur. En provoquant l'aa nimadversion du monde entier contre les « hommes de la révolution , ils ont appelé « le mépris et la malédiction des enfants sur « les pères ; l'indignation vous a fait bondir a au delà des voies où vos parents ont vécu « honorés, et vous a jetés dans celles où vous « leur voyiez des vengeurs. Arrêtez-vous, re- « venez sur vos pas; détournez vos regards de « cette poignée de furieux impuissants ; occu- « pez-vous de votre future destinée; travaillez o à devenir utiles, à devenir grands par vos «services; ne doutez pas de votre triom- « pbe en cultivant votre esprit et votre âme. « Pour réduire au néant ces ennemis du bien « public, vous n'avez pas besoin de nourrir un « ressentiment et de méditer une vengeance; « croissez en savdir et eu vertu, atteignez toute « votre grandeur, et ne craignez rien de ces « pygmées. La science et la vertu sont les sou- « veraines du monde; les puissances instituées « par les hommes ne sont rien sans elles : les « puissances ineptes, usurpées et malfaisantes « sont dévouées de toute éternité à servir d^or- « nement à leur triomphe. Quand vous vous « livrez à d'utiles ou de nobles études, elles « voient déjà en vous de redoutables enne- « mis; elles frissonnent au bruit de vos suc- « ces; elles détournent leurs regards humiliés a de l'éclat de vos talents. Mépriser, est le seul « avantage qu'il vous convienne de prendre « sur de tels ennemis; mépriser, est le droit « du mérite utile envers l'oisiveté parasite ; « c'est aussi son privilège. Ils croient mépriser, « eux ! ils calomnient, ils dénigrent ce qu^ils « redoutent, ils insultent : ils ne méprisent « point. On ne se donne pas le mépris, on ne « s'enseigne pas le mépris; la puissance de « mépriser ne s^acquiert que par le mérite. « Les méprisables ne méprisent point. »
L'historien du quinzième siècle ne pourrait-il se croire en droit d'en tirer quelques observations applicables aux ministres du temps pré sent? Et sortirait-il des bienséances en s'exprimant à peu près ainsi :
« Ministres d'un roi national , comparez la « dignité et la solide puissance des chanceliers « de Charles VIII et Louis XII (je parie de « Guillaume et Guy de Rochefort) avec la fai- « blesse et l'abaissement des ministres dévoués « à des rois absolus, ou la périlleuse témérité
LOUIS XII
ce de ceux qui subjuguent des rois faibles; et « félicitez-vous de votre condition, au lieu de <x vous en plaindre*
a Q peut être doux quelquefois d'exercer^ au « nom d'un prince despotique et dissipé ^ un o pouvoir illimité sur une grande nation : c'est a lorsqu'il y a du bien à lui faire sans qu'elle « le demande, et sans que le despote l'ait corn- « mandé.
« Mais ce pouvoir^ les despotes le laissenta ils souvent tourner à cet usage? Leurs mi- « nistres sont-ils pour eux autre chose que des « instruments d'oppression'^ toujours placés « entre le danger d'être chassés pour le mal a qu'ils n'ont pu faire y ou désavoués et pros- « crits sur la clameur des peuples pour le mal a qu'ils ont fait?
a Un noble et vaste pouvoir est celui que les a ministres^ dans une constitution représentaa tive, peuvent exercer, non pour la cour « contre la nation^ mais en faveur de la na- <i tion^ et d'accord avec une royauté bienveil- « lante, sur une cour corrompue et sur ses a innombrables créatures : celui-là n'offire que a de l'honneur sans péril et sans mélange. Mi- « nistres constitutionnels , tel est le vôtre, a Éclairés sur les intérêts du peuple, pressés « de répondre à ses légitimes vœux par ses rea présentants, soutenus par la volonté royale, « une double égide vous met à couvert de la (( malveillance des plus puissants protecteurs a des abus; vous pouvez même la prévenir, en o leur présentant vos attaques et vos résistau- (c ces sous l'excuse de la nécessité. Dans ce « système, votre sévérité la plus tranchante « envers les subalternes est à Fabri du repro- « che de dureté; votre vigilance, du reproche a d'inquiétude et de tracasserie. Agents cfaoi- « sis par le roi pour défendre les intérêts de la « nation, qui sont les siens, contre des intérêts tf opposés, votre position doit vous paraître « aussi douce qu'eUe est noble et élevée; et vos a relations avec les gens de la cour d'un côté, « avec les représentants de l'autre , sont aussi a naturelles , aussi simples , aussi faciles , <c qu'elles sont sûres avec la nation et la « royauté.
a Franchement unis avec la majorité do la a nation, vous n'avez à vous tourmenter ni de « l'élection de ses députés, ni de la corrupa tion, ni de la séduction des représentants
j a qu'elle aura librement élus. Vous êtes dis- « pensés, vous êtes au-dessus de cette basse « et périlleuse industrie qui s'épuise à compo- « ser, fabriquer, pétrir une majorité d'assema blée, au lieu d'étendre des regards attentifis <f et assurés sur la majorité de la nation, pour a vous y conformer.
a La nation ne nonune que des minislàîels, « quand les ministres sont animés de l'esprit « national.
<r Les factions ne prévalent pas contre la naît tion, pour opposer des ennemis à des minis- « très que la nation compte parmi ses citoyens.
a Et quand une faction nommerait des re- « présentants contre le vœu national, quand « elle composerait de tels députés la majorité - « de l'assemblée : les ministres, aidés d'une a minorité d'accord avec la majorité natioa nale, ne contiendraient-ils pas cette majoa rite factieuse de Rassemblée, ou n'en sea raient -ils pas débarrassés aux premières a élections?
a Et, si vous aviez le malheur d'être opposés a au vœu de la majorité de la nation, à quoi a vous servirait contre elle une majorité d'as- « semblée? Que deviendrait celle-ci, que dea viendriez-vous avec elle, quand la nation se- « rait avertie par une minorité qu'elle avouea rait dans son opposition contre vous?
a Et, quand il vous serait possible de maia triser la nation au gré d'une cour perverse, « par des représentants corrompus, que gadgneriez-vous à tenter une entreprise au a moins difficile, et d'un succès au moins doua teux? Vous vous feriez vils et faibles esclaa ves de cette cour, au lieu d'en rester libres « et généreux censeurs; esclaves, dis-je, et de a plus responsables de la servilité de votre « cortège ; comptables de tous les actes et de a tous les discours des lâches qui auraient a consenti à le composer ; esclaves, et respona sables d'autres esclaves, car malheur à vous « si des députés que vous auriez achetés, et « vendus pour la cour, s'échappaient au mo- <c ment de les lui livrer?
« Vous ne demanderez pas, sans doute, à « quels signes vous pouvez reconnaître que les <x clameurs dont vos oreilles sont frappées exu priment l'opinion publique; à quels signes « vous jugerez que cette opinion est éclairée, a et qu'il est de votre devoir de déférer aux