CHAPITRE XXVn
ce vœux qu'elle manifeste.... Tenez pour cera tain^ que des plaintes générales sont l'ex- « pression d'une souffrance ou d'une inquiéa tude profonde; tenez le peuple pour infailcr lible dans un point, le sentiment de ses a maux : fermez ensuite^ si vous voulez, Toa reille aux demandes, aux propositions qui « accompagnent les accents de sa douleur; « doutez, si cela vous plait, de ses lumières «pour sa guérison, et soyez convaincus de « l'étendue des vôtres : mais^ tenez aussi pour a devoir indispensable de chercher le point « douloureux, de le reconnaître, et d'y appli- « quer le remède que, dans votre conscience, « vous aurez jugé le plus salutaire; laissez de a côté ses vœux et ses demandes pour répona dre à ses besoins, et il ne vous chicanera a point sur la préférence que vous aurez dona née à ses vrais intérêts sur ses paroles.
«Ministres, vous avez vu, dans l'histoire a que j'ai mise sous vos yeux, comment Guilm laume de Rochefort rendit la cour maltresse « des élections, pour les états de 1484. On sam tisfait à toutes les demandes de la nation, on « ^>aise toutes les plaintes; la cour réduit les m impôts, diminue les dépenses, réhabilite une « partie des malheureux proscrits, renvoie six « miDe Suisses dans leurs foyers : telles sont « les manœuvres employées pour obtenir des « députés favorables; et on les obtient.
a Et comment le chancelier s'assure-t-il des « suffirages de l'assemblée dans tout le cours « des discussions? Par son respect pour les « droits et les intérêts des communes; par la « précision et l'urbanité avec lesquelles il dis- « cute les opinions des députés; par sa frana chise à réparer la faute de ces orateurs ro- « gués et insolents que le conseil du roi lui « avait donnés pour assistants, et celle du « prince du sang qui 8*était oublié. Ministres, « vous n'avez pas, sans doute, le malheur de re- « garder avec surprise cette patience du chan- « celier, qui ne se lasse pas d'éclaircir, et d^é- « claircir^encore, ce[qui parait louche dans les « finances; d'être clair, toujours plus clair, tf sans être moins poli , dans ses explications, a quoique écoutées avec prévention, ou mal a saisies;; cette décence qui n'oublie jamais « les égards dus à un représentant de la naa tîon, soit qu^il se trompe, soit qu'il s'oublie ahiinnême; cette mesure dans ^expression.
If.
a cet ordre dans le discours, ce calme dans la «pensée, qui annoncent un homme d'État « maître de lui et des matières qu'il traite, « également en garde contre l'enthousiasme « qui s*enivre de ses propres paroles, et contre « la colère qui s'allume aux paroles des au- « très.
« Tel était le respect de ce ministre citoyen « pour les droits du peuple, qu^il était loin de « soupçonner qu'on pût jamais qualifier d'oppo- « sition, parti ou faction^ une section du parti « national, quelque outrées que pussent être «ses opinions. Il ne serait jamais parvenu à « concevoir qu'on pût regarder un parti popu- « laire comme opposé à un gouvernement po- ' « pulaire, un parti comme opposé à lui-même. « Q aurait cru s'avouer d'un autre parti que « celui de la nation, s'il avait qualifié d'opposi- « tion des députés plus populaires que d'au- « tres^ C'était aux ennemis du parti populaire « tout entier qu'il attachait l'idée d'opposition, a Ne déguisez rien, disait-il aux députés des « communes, ne craignez point que vas plain- « tes soient importunes. Et vous, disait-il aux «grands, vous, princes qui m*écoutez,je vou* « adjure, au nom de la patrie, de laisser aux « députés une pleine liberté. Dans les censures, « dans les reproches, même dans les menaces « des députés parlant au nom des communes, «il ne voyait qu'un accroissement de force «pour son ministère, un appui donné à sa « probité et à son courage, une facilité pour « les réformes nécessaires, une sûreté dans les « résistances pénibles. II sentait l'utilité de l'cxi- « gence extrême, et quelquefois même des cla- « meurs des députés, pour l'aider à faire préc valoir des règles d'économie dans le séjour a des prodigalités; des principes d'ordre dans « le séjour de la dissipation et du gaspillage; « et du respect pour les droits des citoyens, « dans l'enceinte où tous les genres de pouvoir « voient à leurs pieds tous les genres de ser- « vilité.
« Premiers agents du gouvernement, voilà « un ministre que vous vous plairez à entendre « citer, si vous avez l'ambition d'être honora- « blement cités à votre tour. »
Après avoir ainsi parié aux ministres, le fidèle historien du quinzième siècle pourrait dire aux représentants de la nation :
«Les états de 4484 nous montrent deux
LOUIS XII
a partis dans l'assemblée : ce furent les prélats « uUramontains d'un côté^ les Français de « l'autre. Entre ceux-ci il y eut des différena ces; les uns furent conciliants et modérés^ a les autres sévères^ pointilleux et outrés : mais, a ils ne se regardèrent point comme opposés « les uns aux autres; ils se gardèrent bien de <r s'affaiblir par de funestes divisions, en préasence de l'ennemi commun. Les députés a exagérés n'eiu*ent pas lieu, il est vrai, d'ac- « cuser les modérés d'être afBdés au ministère ; a ceux-ci n'assiégeaient ni les salons ni la table a des ministres; ils ne sollicitaient ni places i< ni argent, ni pour eux ni pour les leurs. Us « se réunissaient à leurs collègues pour la cen* 0 sure de toute proposition fausse, qui avait pu « échapper au ministre le mieux intentionné. « Ils étaient tous d'accord sur les questions qui «intéressaient la liberté, la propriété; tous a d'accord pour demander Tindépendanoe des a tribunaux, réclamer le rappel des proscrits; « tous d'accord pour invoquer, recommander, c( prescrire Pordre des finances et l'économie. <x Ils tenaient pour dirigées contre tous, les in- «jures adressées à quelques-uns de leurs col- « lègues, quoiqu'ils pussent leur reprocher de «l'obstination à soutenir une erreur que la « majorité ne partageait point.
« Les députés avaient, dans ce temps-là, des « idées fort smnes de leurs droits et de leurs « devoir^. Ils regardaient une censure sévère, « une exigence excessive dans leurs orateurs, «comme nécessaires au gouvernement, soit « pour dégager sa route des obstacles dont les « ennemis du bien public pouvûent la semer, « ou lui donner la force de les .surmonter ; soit « pour le tenir en haleine, de crainte qu'il ne a sonuneillàt; ou en respect, de crainte qu'il « ne se jetftt dans quelque écart, et n'entreprit « sur l'autorité- de la nation ou sur celle du «prince. Ds croyaient la censure nécessaire « même pour une partie de l'assemblée, afin « qu'elle ne perdit jamais de vue le but où il « fallait tendre, et ne se relâchât point du zèle « qui pouvait y conduire. Ds avaient la sagesse « de craindre que trop de facilité avec les mi* « nistres ne servît à donner des forces à la cour « contre la nation, et ils aimaient un langage « sévère qui donnât des foiTes au numarque « et aux ministres contre la cour. Ils aimaient «la sévérité dans quelques-uns, précisément
a parce qu'elle n'était point en tous. Ils se ras- « suraient sur la sévérité de quelques collègues^ «contre les dangers d'une indulgence dont « plusieurs auraient eu à se défendre sans cette «garantie. La conscience de ceux-ci même « était soulagée du devoir de combattre leur « propre faiblesse, à la vue des collègues qui se « trouvaient bien dans la sévérité par conscience « et par caractère. Ds n'osaient accuser de trop « d'inquiétude des amants jaloux de la liberté; a ils craignaient plutôt d'en être eux-mêmes a de faibles amis. Ils ne trouvaient pas mau- « vais qu'on veillât pour eux plus qu'ils ne a veillaient pour les autres; et ils résistaient à « la faiblesse de blâmer une sollicitude d'où ils «voyaient naître la sécurité générale, et de «s'afOiger pour des ministres d'une fatigue « qui faisait le repos de la nation.
« Ils regardaient l'exagération d'une partie « de l'assemblée comme nécessaire pour don- « ner aux lois une grande autorité, et leur « soumettre tous les esprits, en montrant à la « France que tous les vœux formés dans son « sein avaient été exprimés dans l'assemblée «nationale, y avaient été soumis à une dis- « cussion solennelle, et en représentant à cha- «que citoyen, dans des débats publics, ses « arguments victorieux ou renversés, consacrés « ou détruits.
« Ils la regardaient comme légitime. Ils ju- «geaient que le droit d'exagérer n'était pas «moins sacré <|ue celui -d'atténuer; que, la a liberté et la propriété étant des drcMtsde cba^ <t cun, nul n'était f(»idé à reprocher à l'autre « d'en être trop jaloux. Enfin, ils n'avaient pas « la présomption de marquer la ligne précise « où commençait l'exagération, et la prêta»'» « tion de tenir seuls la juste mesure. Ils res^ « jiectaient les droits de chacun, et laissident « à la nation à prononce.
« D'un autre côté, les esprits ardents se met^ «talent au-dessus de tout soupçon injurieux; « ils étaient exempts d'ambition et éloignés de « tout système subversif. Un seul intérêt per^ « sonnel se mêlait, peut-être, à leur patriotisme : « le désir de la renommée et de la gloire du « talent. Ce motif avait pu en attacher plusieurs «à la cause populaire, qui offre et demande «pTus qu'aucune autre de l'éloquence : en « effet, il n'y a qu'iuie place pour le talent dans « un parti qui s'entend avec le gouvernement,