‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 77 sur 359 · CHAPITRE XXVn · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVn

<K et cette place est au premier ministre; au <x lieu que^ dans le système de la sévérité popua laire^ il y a autant de places où le talent peut a se déployer qu'il y a de branches d'adminis- <» tration ; il ne faut donc pas s'étonner que le a talent s*y attache.La gloire du talent s'obtient^ cr peut-être^ par une véhémence quelquefois « peu maîtresse d'elle-même^ mais non par des « extravagances. L'amour de la gloire est^ sans a doute^ un sentiment moins pur que l'amour « de la patrie; mais il est forcé de s'y unir et c[ Im est rarement suspect. D'ailleurs^ la gloire «du talent est aussi une propriété française. <r Enfin^ lés'orateurs les plus passionnés parais- « saient alors persuadés que les esprits modé- « rés et conciliants étaient utiles et sans d^mger a avec des ministres qui ne sont ni opiniâtres^ «ni corrompus^ ni insolents; qu'il était bon a qu'un peu d'indulgence s'interposât entre les « emportements ou la rigidité de certains carac- « tères^ et le relâchement inévitable dans les « cours. Ils n'étaient pas éloignés de croire que «l'intérêt public demandait une digue opposée « aux débordements d'un enthousiasme immo- « déré ou d'une popularité ambitieuse. Enfin, « ils semblaient savoir gré au parti modéré de « permettre à leur éloquence un abandon sans «réserve 9 en prenant le soin de rabattre de «leurs discours ce que leur conscience en «aurait retranché elle-même^ si l'éloquence « pouvait toujours entrer en compte avec les « moindres scrupules.

«Députés de la n^ition^ telles étaient les « opinions et les sentiments que vous avez pu «reconnaître dans les assemblées nationales «du quinzième siècle. l!es états de 1484 sont « un monument de discussions animées et dé- «centes, d'opinions opposées et de sentiments «conformes, d'esprits marchant par des voies « différentes et decitoyensréunisauméme but.»

Le véridique historien de Louis XII ne pourrùtril élever sa voix franche jusque vers le trône, et adresser au monarque qui nous gouverne quelques paroîes inspirées par l'intérêt public? La mémoire de Louis XII doit lui être chère; il se plaira, sans doute, à voir revivre une gloire qu'il est appelé à partager.

Les grandes circonstances du temps présent ont appartenu à celui de Louis XII : son exemple peut servir de guide aux intentions du roi, et ajouter à Tautorité de ses œuvres.

Louis XVni a eu, comme Louis XII, une révolution nationale à consacrer, une constitution libre à cimenter.

L'un et l'autre, avant de montei' sur le trône, ont reconnu les droits recouvrée par la nation ; ils ont tous deux invoqué une assemblée de ses représentants contre les abus de la cour. Ils ont pensé, l'un et l'autre, que le roi devait être à la tète de la révolution ; que l'autorité royale devait être le rempart de la liberté nationale, et la liberté nationale la base de l'autorité royale (1). L'un et l'autre, ils ont reconnu que, dans cette assemblée, les ordres privilégiés ne devaient point apporter la prépondérance du nombre (â). Là est le solennel aveu de la révolution; là est le fondement d'une constitution libre.

La France les a vus, l'un et Tautre, armés au delà de ses frontières; l'un, contre les ennemis personnels qui l'avaient forcé de les franchir ; l'autre, contre les ennemis qu'il a cru voir dans des hommes qui depuis le sont devenus, peut-être, par haine pour ceux qui l'ont entraîné dans leur cause, en lui persuadant qu'ils avaient embrassé celle du trône, par eux seuls compi*omise.

Tous deux ont été proscrits : l'un, renfermé dans une étroite prison, où, durant trois années, il attendait chaque jour la mort ; l'autre, confiné dans la partie de l'Europe déserte de Français.

Tous deux, en montant sur le trône, se sont montrés supérieurs aux ressentiments : l'un, en comblant de biens ses persécuteurs et ses cruels vainqueurs; l'autre, en admettant aux premiers rangs de l'État les auteurs d'un arrêt de mort prononcé contre lui (arrêt qui fut le germe d'un autre plus fatal), et en honorant de sa confiance le fameux provocateur de cet arrêt, l'homme qui, en 1815, détourna la longanimité royale de l'oubli d'offenses moins graves que les siennes (3).

Tous deux, en montant sur le trône, ont donné à la liberté une garantie : l'un par la

(1) Propres expressions du discours de Monsibcb, aujourd'hui Louis XVllI, à la commune de Pans, le 26 décembre 1789. {Moniteur, n° 36.)

(2) Assemblée des notables, 1787.

(3) Vknnot'Vaublatic,

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