‹ Œuvres du comte P. L. Rœderer (volume 4)Chapitre 85 sur 359 · LE PÈRE DES LETTRES · texte numérisé non relu

LE PÈRE DES LETTRES

Donnooê i l'ordre politique de •oafTrir palieaiaenl tes r«js indif oes, de celer leurt TÎcee, d'aider de nottre reconmandatMa leurs aclioM indifTerentesy pendant que leur autorité a beaoinf de noatre appuy. Mais nostre connerce 6nj, ce n*est pas raison de refuaer à la justice et à nostre liberté Teipression de nos trays ressentimests.

Essais de Momtmigme , liv. I, chap. tu.

AVANT-PROPOS

Que des spéculateurs aient imaginé d'annoncer la construction d'une ville sur un terrain sans valeur^ au sein d'une autre ville ; qu'ils ûent enclos ce terrwn; qu'ils y aient tracé des rues, des places^ des fontaines; qu'ils l'aient ensuite divisé en autant de lots qu'il leur a plu de prévoir de maisons; et, enfin, qu'ils aient placé à l'entrée de l'enceinte ces mots : ville de François I^; c'est une spéculation mercantile comme une autre, c'est l'ouverture d'un marché qui n'a rien de particulier, si ce n'est que le terrain même est la marchandise à vendre ; et, enfin, l'affiche qui appelle la future cité ville de François I'', est encore une enseigne comme on en voit mille. Cette enseigne fera peu pour le succès de l'entreprise; et l'entreprise, quel que soit son succès, contribuera peu à répandre ou à illustrer le nom de François 1^ ; ce peu sera néanmoins un scandale, parce que François P' fut un détestable roi.

Mais on se permet de faire un autre usage plus condamn2d)le de son nom trop fameux : ' on Tunit au nom du prince qui nous gouverne. On parle de l'un des deux monarques comme du modèle, et de l'autre, comme de l'imitateur. On veut, qu'à ce nom de François I*', soient attachées particulièrement les idées à'honneury de franchise y de loyauté et de courtoisie; et l'on fait du nom d'un Valois, d'exécrable mémoire, une espèce de prénom, ou de surnom, pour l'héritier de Henri IV.

Ceci est un abus que ne peuvent tolérer les Français qui ont quelque connaissance de l'histoire, et quelque sentiment de morale.

C'est faire à François P' un honneur dont il est indigne, et au prince qui gouverne la France une injure encore moins méritée, que de les assimiler l'un à Tautre pour la courtoisie, la franchise, la loyauté et Thonneur.

François I" était-il si courtois, lorsqu'il menaçait les députés du parlement de Paris, qui lui faisaient les plus justes représentations

contre le conc(»Nlat, de les faire jeter dans un cul de basse-fosse?

Était-jl si courtois, quand il faisait sur les dames de sa cour de ces bons contes auxquels Brantôme rapporte qu'il prenait tant de plaisir, et qu'il n'interdisait qu'aux gens de bas

Ëtait-il d'une haute courtoisie à l'égard de Charles-Quint, qui était venu avec confiance à sa cour après le traité de Madrid, lorsqu'il lui dit : a Cette belle dame (la duchesse d'Étampes) me conseille de ne pas vous laisser partir de Paris que vous n'ayez révoqué le traité de Madrid? » était-ce courtoisie, de faire naître dans l'esprit de Charles-Quint l'appréhension d'être retenu prisonnier à Paris ?

Eut-il de la noblesse et de 1» franchise , eut-il même de la pudeur, à la manière dont il éluda le combat singulier qu'il avait proposé à Charles^uint, et dont celui-ci lui faisait notifier l'acceptation?

Ëtait-il un modèle de franchise, de loyauté, d'honneur; respectait-il seulement la probité, lorsque, indigné au fond du coeur des conditions que lui avaient imposées, dans un traité honteux, des seigneurs italiens dont il croyait avoir besoin pour la conquête du Milanais, il maltraita en leur présence le parlement qui avait refusé l'enregistrement de ce traité, et les menaça des plus indignes traitements?... et n'ajoute-t-il pas la bassesse à l'injustice et à l'abus du pouvoir, lorsque, faisant ensuite rappeler les députés du parlement, il les loue en particulier de la résistance qu'il avait blâmée dans les termes les plus flétrissants devant des étrangers, prie ces dignes magistrats de soutenir leur opposition, de prendre sur eux l'odieux d'un refus çu'f'/ nefautpas qu'on lui impute (I),

(i) Gaillard, Histoire de François /«^ t. VI, p. 403.

AVANT-PROPOS

d'oublier^ enfin, des outrages qu'il leur a faits publiquement : croyant, sans doute, avoir suffisamment réparé ces outrages, en apprenant à ceux qpi les ont reçus qu'il fait servir leur verlu de complice à son manque de foi?

Étaitril un modèle de loyauté, quand il abandonna toutes les petites puissances d'Italie qui l'avaient secondé pour la conquête du Milanais, et les sacrifia à Léon X qui se moquait de lui? Était-il un modèle de franchise et de loyauté lorsque, obligé de recourir à la ligue de Smalcalde, il fit lâchement assurer les protestants réunis de cette ligue que, parmi les hérétiques quMl avait fait brûler à Paris, il ne s'était point trouvé de protestants d'Allemagne?

Gomment assimiler à ce prince celui de ses successeurs qui forme avec lui le plus parfait contraste?

Une parole de parfaite courtoisie dans laquelle on voit le fond de l'âme, c'est celle du prince qui, rentrant dans Paris après vingt années de révolution, dit : « Je ne vois rien de changé ici, si ce n'est qu'il y a un Français de plus. »

Un trait de parfaite franchise et de parfaite loyauté est celui de ce même prince, dans l'assemblée des notables de 1787. Il présidait un des bureaux qui avaient été formés pour prendre connaissance des causes du déficit des finances : Le secrétaire qui faisait lecture du mémoire du ministre des finances , étant parvenu à l'article des dettes où la jeunesse avait entraîné le prince même qui présidait le bureau, lut rapidement et peu intelligiblement l'article qui concernait ses dettes. Le prince l'arrêta, et, d'un ton grave à la fois et modeste, lui dit : a Monsieur, arrêtez un moment, et relisez distinctement l'article sur lequel vous venez de passer. » Voilà de la loyauté du genre le plus^levé.

Le secrétaire ayant relu l'article, le prince adresse à rassemblée ces nobles paroles : a Messieurs, tout ce que je puis vous dire sur cet article, c'est que cela n'arrivera plus.» Voilà le langage de l'honneur, qui reconnaît un tort, et promet à l'intérêt public de lui épargner de nouvelles atteintes.

Quelle distance entre ces traits et ceux dont la vie de François l" est remplie !

Et quand François !•' pourrait être cité comme un modèle de courtoisie, de franchise,

de loyauté, d'honneur, il suffirait qu'on ne pût lui reconnaître aucun autre mérite, pour qu'on dût s'interdire de lui comparer un prince qui ne veut pas se borner à de si faibles avantages pour mériter l'amour de la nation. La courtoisie qui annonce l'aménité des mœurs, la franchise qui prouve la pureté des intentions^ la loyauté qui montre qu'aucun intérêt personnel ne l'emporte sur le respect pour la vérité et sur le sentiment du devoir, l'honneur même qui ne compose jamais avec la bassesse et la lâcheté; toutes ces louables et belles qualités ne sont pourtant point une garantie contre les méprises du gouvernement, contre les préférences imméritées, conti-e les exclusions offensantes et injustes, contre la lésion des droits du grand nombre que le monarque ne voit pas, au profit du petit nombre de privilégiés dont il est entouré. On peut être injuste très-franchement et très-loyalement; on peut être prince courtois et régner durement. Dans ce siècle de lumières, il n'est point de monarque qui se contentât de la réputation de courtoisie et de loyauté.

Mais, François l" n'a pas été seulement privé des qualités essentielles pour bien régner, il a eu tous les vices qui font un mauvais roi. Ainsi, quand il serait un modèle de loyauté et de courtoisie, son nom ne pourrait sans inconvenance être associé à celui d'un prince exempt des reproches qu'il s'est atti- . rés.

Quel danger ce serait , sous un jeune roi, que de lui offrir comme modèle un prince doué de quelques qualités aimables , mais, au fond, vicieux et dépravé î Ce serait un attentat sur sa morale, de lui montrer ce prince par son côté aimable. On risque de faire aimer le vice , en faisant aimer le vicieux. Ce serait aussi une imposture et une déception pernicieuse, de supposer que les agréments dispensent un prince de mérite réel , le font absoudre de toute espèce de faute, et qu'un prince charmant soit fort au dessus d'un prince excellent. Ce serait encore une imposture et une déception criminelle, de faire croire à un jeune prince que l'ophiion des esprits légers, qui tiennent les princes charmants pour acquittés envers les peuples, soit l'opinion générale et le sentiment national.

C'est, au reste, une chose rem<irquable et

AVANT-PROPOS

difficile à comprendre^ que l'on regarde un prince de la maison de Bourbon conmie héritier des droits et des qualités de François P', qui était de la maison de Valois. Les Bourbons et les Valois n'ont rien de commun, depuis Louis EX, que la gloire de descendre de Louis IX. Ces deux maisons ont toujours été opposées Tune à l'autre par les mœurs^ les opinions^ les principes en morale y en politique et en religion. Elles ont toujours été en guerre. La maison de Bourbon n'a cessé, depuis François P', d'être persécutée par ce prince et par ses indignes fils. Le connétable de Bourbon a été

dépouillé par François P'. Le prince deCondé, frère d'Antoine, i*oi de Navarre, allait avoir la tête tranchée quand François II mourut. Ce même prince de Gondé fut , quelque temps après, assassiné par le capitaine des gardes du duc d'Anjou, qui fut depuis Henri III. Enfin , Henri III n'épargna rien pour faire déchoir Henri IV de ses droits à la couronqe.

La maison de Bourbon est héritière de Henri IV. Ce sont les Charles IX, les Henri III, c'est l'assassin des Guises, c'est l'auteur de la Saint-Barthélémy, qui sont les héritiers de François l".

MÉMOIRE

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