‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 101 sur 208 · THÉÂTRE DU VAUDEVILLE · texte numérisé non relu

THÉÂTRE DU VAUDEVILLE

MONSIECR «UILLAUHR.

Le vertueux Lamoignon de Malesherbes^ ministre philosophe , voyageait souvent incognito pour consulter l'opinion publique, étudier les hommes et échapper à l'ennui de l'étiquette. Il se faisait alors appeler M. Guillaume, et n'avait pour toute parure qu'une perruque ronde et une modeste redingote. Un jour, dans une auberge du Languedoc où il venait de s'installer sans se faire connaître, il fut forcé de céder son logement à un conseiller du parlement de Toulouse, qui voyageait avec toute la nioi^ue parlementaire, et qui était redouté dans toute la généraUté. Cet orgueilleux robin, ayant pris des informations sur l'espèce d'homme qu*il déplaçait, daigna le mander pour le remercier de sa complaisance; il poussa même la bonté jusqu'à Pinviterà souper. M. Guillaume accepta

DE PIÈCES NOUVELLES ET ANCIENNES

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Toffre, et une longue conversalion s'établit entre les deux convives. Le conseiller, toujours protecteur y toujours po/tmen/ insolent^ accabla de questions le bon homme y que, par cela méme^ il croyait honorer; mais quelle fut sa surprise lorsque celui -ci lui parla du maréchal de Richelieu^ comme d^un égal ; du chancelier de France, comme d'un proche parent; et enfin du roi, comme d'un monarque qui lui accordait toute sa confiance ! Le petit mafçistrat, changeant tout à coup de couleur et de maintien, demanda humblement à l'inconnu si le nom qu^il prenait n'était pas supposé. « Je (f suis véritablement M- Guillaume, lui répona dit le philosophe; mais à Paris et à Versailles « on a coutume d'ajouter à ce nom celui de « Lamoignon de Malesherbes... » A ce mot, le conseiller confus s'épuisa en politesses et en excuses de tous les genres. « N'en parlons plus, « reprit Malesherbes ; vous ne me connaissiez et pas, vous ne m'avez point offensé; mais je a vois que vous n'êtes pas merveilleusement « aimé dans la province, et cela me f^ehe pour « vous. Adieu, monsieur; j'examinerai l'affaire <c qui vous attire à Paris, et si votre cause est ajuste, je vous appuierai auprès du roi; ne « comptez pas sur moi si elle ne Test pas. »

C'est cette anecdote, rapportée il y a plusieurs mois dans un numéro de notre journal (1), qui a fourni le sujet du vaudeville en un acte joué avant-^^hier pour la première fois, sous le titre de Monn^ur Guillaume^ avec le plus brillant succès. Un épisode ingénieux, mais que lé défaut d'espace nous empêche d'analyser, supplée à la faiblesse du fonds, et fait une véritable comédie de ce qui n'eût fourni qu'une scène à des auteurs ordinaires. C'est, nous osons le dire, un des meilleurs ouvrages de ce théâtre.

Parmi les couplets redemandés, nous avons retenu les suivants. Malesherbes reproche à un jeune homme de s'être marié sans le consentement de son père :

Époux imprudent, fils rebelle, Vous aurez des enfants un jour, A rautorité paternelle Vous prétendrez à votre tour; Mais, monsieur, ce pouvoir suprême,

(1) {Noie de t éditeur.) Voir à la page 105 de ce volume.

Ce pouvoir, le plus saint de tous.

De quel droit Teiercerez-vous, Quand vous Tavez perdu vous-même?

Le couplet suivant fait allusion à la destinée de Malesherbes :

Le magistrat irréprochable, L'ennemi constant des abus, Le ptiilosophe respectable, L'aimi des talents, des vertus, Honorant la nature humaine Par son austère probité.

Quelque part que le sort le mène.

Il marche à Vimmorlalité.

On n'a pas moins applaudi celui-ci :

Déloger quelqu'un est un droit Qu'ici -bas l'un l'autre s*arroge; On est actif, on est adroit.

Et tour à toUr on se déloge ; L'égoisme, ce grand ressort.

Donne à tous la ruse et Taudace ; Mais, après maint et maint effort , Chacun se retrouve à sa place*

Les auteurs ont été.demandés et nommés ; ce sont les vrais conservateurs du Vaudeville, c'est-à-dire les citoyens Barré, Radet, Desfontaines et Bourgueil. La pièce a été parfaitement jouée , surtout par le citoyen Vertpré, chargé du rôle de M. de Malesherbes.

{Journal de Paris, du 14 pluviôse an viii. — 3 février 1800.)

PISTO,

COMftf>lB niSTORigCE, FAB IfÊFOMUCÈNB LBMERCIER.

Le reproche qu'on peut faire à Pinto n'est pas d'avoir présenté une conspiration sous son aspect comique, c'est d'avoir mêlé le comique à l'héroïque ; ce n'est pas le genre qui est blâmable, c'est le mélange des genres. Le joueur est de sa nature un personnage tragique : il ruine ses amis, sa famille; il se condamne à l'infamie ou à la mort. Mais il fait aussi mille' choses ridicules. C'est un sujet qui peut fournir Béverley ou le Joueur de Regnard. Si vous en faites im Valère, n'y mettez rien de Béverley. De même une conspiration a un côté odieux et un côté ridicule; le poète peut choisir arbitrairement l'un ou l'autre ; mais si vous voulez d'une conspiration tirer une pièce comique , ne montrez point l'action principale ,

DE LA REPRÉSENTATION

n'en montrez rien; nVn montrez que les accessoires ridicules. En tout, si vous voulez provoquer le rire, gardez-vous d'élever et d échauffer l'imagination.

{Journal de Paris du 15 germinal an viii. — 5 avril 1800.)

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