‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 104 sur 208 · DE LA REPRÉSENTATION DE PIÈCES NOUVELLES ET ANCIENNES · texte numérisé non relu

DE LA REPRÉSENTATION DE PIÈCES NOUVELLES ET ANCIENNES

ger de système : on nous a donné Phèdre , SémiramiSy Androînaquf sous le titre d'Astfja» nax y r Orphelin de la Chine sons le titre de Tamerlariy etc. ; et ces pièci^s, qui n*ont eu qu'un médiocre succès à l'Opéra pendant quelque temps^ ont fait moins de plaisir depuis au Théâtre-Français. A l'Opéra, les paroles ont paru refroidies par la lenteur du chant ; et aux Français, la pièce a ensuite paru dépouillée de sa pompe naturelle , parce qu'on y portait des yeux encore éblouis de la magnificence de rOpéra.

L'administration de TOpéra a donc très-bien fait de revenir au principe de Quinault, el à QuinauH lui-même, lorsqu'il a été question de donner à M. Paësiello un poëme sur lequel il pût exercer son beau talent. CVst à M. Célérier, alors directeur, que Ton doit l'heureux choix de Proserpiney ainsi que les premières idées et les premiers dessins qui ont été suivis pour établir convenablement cette pièce. Le sujei de Proserf.ine n'a pas beaucoup d'intérêt; mais Quinault a bien prouvé que ce sujet était susceptible d*un charme infini. Les plus heureux contrastes naissaient de tout ce qui appartient à Taimable déesse des moissons , à Pinnocencede sa fille, et de tout ce qui caractérise le dieu des enfers et les enfers mômes. C'était un tableau charmant h o'frir que celui de PluUm , à qui TAmour inspire Tidée de suspendre les tourments des coupables voués par le destin à d'éternels supplices, et qu'il revêt du pouvoir d'ajouler encore du bonheur au suprême bonheur qui remplit l'Elysée ! Quel spectacle que le séjour de la félicité, animé d'une félicité jusqu'alors inconnue !

La musique dePaësiello, digne en tout du poème , concourt à son effet ; l'ambition du musicien ne l'a point séparé du poëte : Paêsiello paraît avoir composé sous la dictée de Quinault. Sa musique n'étonne point, elle entraîne; elle occupe Tâme, sans provoquer l'admiration; et c est en cela surtout qu'elle est admirable. Des accents et point d'éclats de voix, voilà le caractère du chant; de la mélodie el point de fracas, tel est le caractère des accompagnements. L^orchestre, subordonné à la puissance naturelle de la voix, l'aide, l'anime, et ne la couvre jamais. La voix, toujours subordonnée au sens et à l'action , ne fait qu'y ajouter le charme d'une expression harmonieuse. Les

musiciens paraissent avoir toujours pensé que, pour se faire entendre des Parisiens , il fa'lait commencer par les faire taire à force de bruit; Paêsiello, en introduisant ici une bonne méthode d'exécution , prouvera peut-être qu'un secret plus sûr pour se faire entendre, c'est de se faire écouter.

On lui a reproché de trop nombreuses répétitions : il en est plusieurs qui , je crois, seraient difficiles à justifier. Telle est celle do séparons-mous y que dit Proserpine à ses compagnes, lorsqu'elle les invite à ramasser des fleurs pour sa mère. Mais il en est d'autres aussi qui sont nécessaires et qui sont charmantes : telles sont celles du duo de Pluton avec Proserpine , dans le second acte. Elle demande sa liberté ; il sollicita sa tendresse : quand on prie, quand on implore, on se répète; et ce qu'il y a de remarquable dansu les répétitions de ce morceau, c'est que chacune est d'un mouvement plus animé que celle qui prêche, ce qui sauve la monotonie, et produit l'effet convenable à la situation. La musique de cette scène est d'ailleurs ravissante. Le chant de Pluton est sur un ton incertain, mêlé de volupt<» et d'âpreté, qui sied admirablement h une passion si nouvelle pour son cœur, et dont il essaye pour la première fois l'expression.

La musique de la scène où Cyané, compagn<* de Proserpine, essaye en vain de dire à Cérès le nom duravisseur de Proserpine,est sublime. On sent la puissance du dieu qui arrête la parole sur ses lèvres, lorsqu'elle est près de l'accuser.

Toutefois l'ouvrage de M. Paêsiello n'est pas sans imperfection. On peut en citer une qui provient sans doute de son peu de familiariti* avec la langue française. Dans le chœur lointain qui commence la iv" scène du premier acte, Proserpine et les Nymphes chantent : Dans ces lieux pleins d'uttratts l^ plaixir nous rassemble. Il y a une espèce de roulade sur ('e mot plein, de sorte qu'on entend quatre fois de suite cette nasale ein, emy ein, ein. Les musicien^ qui connaissent le vice de notre langue, ne s'arrêtent jamais sur une semblable syllabe. Le poëte peut aisément remplacer ce vers.

Lulli et Quinault firent la gloire de l'Opéra du temps de Louis XIV. Quinault encore et Paêsiello le feront briller d'un nouvel éclat sous le grand consulat de Bonaparte.

(Tome III, page 117, des Opuscules.)

PERSONNEL DES ACTEURS, CONSEILS, etc.

2ri3

M. — PERSONNEL DES ACTEURS, CONSEILS, ETC

Page 1