‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 11 sur 208 · LETTRE DE LA REINE JULIE A M. ROEOEREB · texte numérisé non relu

LETTRE DE LA REINE JULIE A M. ROEOEREB

Plombières, le 10 mai l8io.

Monsieur, j'ai envoyé de suite au roi votre lettre, qui était à son adresse. A mon retour à Paris, je vous dirai si je puis partir avant le mois de septembre. Il me sera toujours agréable de faire le voyage avec vous. Le beau temps n'a pas encore rétabh ma santé. Elle est toujours dans le même état. J'espère que les eaux de Plombières me la rendront.

Je vous prie , Monsieur, de dire bien des choses de ma part à madame Rœderer. Soyez assuré de mon attachement.

^ Julie.

EXTRAIT DCTfE LETTRE DE M. RŒDERER A MADAME ROBDERBR.

De Plombières, le 14 juin 1810(1).

..» .Je suis arrivé ici il y adeux jours. La reine d'Espagne avait eu la veille un évanouissement d'une heure et plus. Elle se trouvait très-bien la veille de cet accident, et depuis six ou sept jours elle espérait un grand et salutaire effet de la saison qu'elle a recommencée. Je pense que cette défaillance ne doit point la décourager. C^est tout simplement défaut de forces, et peut-être qu'un bouillon ou une cuillerée de vindeMalaga, pris un quart-d'heure avant, elle aurait continué à se mieux porter. Moi, je l'ai trouvée mieux qu'à Paris, sensiblement mieux. Hier elle était bien : elle s'est promenée longtemps en voiture, même à pied et très-légèrement. J'ai obtenu d'elle qu'elle changeât l'heure de son dîner : elle s'est mise à dîner à quatre heures; cela lui permet de prendre un bain le soir et de se procurer ainsi un peu de sommeil. Elle a un peu dormi hier, mieux aujourd'hui. Je parierais que ce sera mieux demain. Au reste, sa tête est excellente; elle est une réunion admirable de qualités solides et éminentes; la raison et l'esprit, beaucoup de grandeur et de dignité, avec un dégagement parfait de toute vanité ; un fonds de bonté et de douceur qui ne se dément jamais, avec beaucoup de force de caractère; un discernement

(1) (Note de Véditeur.) J'ai cru devoir introduire ici cette lettre, parce qu'elle contient, en quelques mots bien sentis, une esquisse du portrait de l'excellente reine Julie.

LETTRES DU ROI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

LRTTRB DR M. BOBDERER AU ROI d'eSPAGNI^.

et un tact parfaits, sentant tout, le bien et le mal, l'empressement et ^offense; et n'ayant jamais d'autre arme contre l'offense et le mal, que le mépris, et d'autre expression de son mépris que de petites moqueries piquantes et gaies; car la gaieté est un de ses dons et serait un de ses avantages, si sa modestie extraordinaire lui permettait Tidée de se faire valoir en quelque chose.

La reine de Hollande est arrivée ici , il y a huit ou dix jours, crachant le sang, ayant la fièvre, et en tout fort malade. La fièvre l'a quittée avant-hier; hier soir elle était bien, mais elle n'a pu encore se baigner, et M. Court dit qu'elle ne pourra se baigner de douze jours. Elle ne reçoit personne que la reine d'Espagne.

Les deux reines ont ici un tram fort modeste, mais décent ; c'est ce qu'il doit être. La grandeur et là mauvaise santé vont si mal ensemble!..

J'ai le projet de rester ici jusqu'au Î2, comme je vous l'ai écrit, à moins que mon mal ne soit plus opiniâtre que je ne croyais, ou surtout que la reine n'aille pas aussi bien que je l'espère; car, bien que je ne sois pas de sa maison , je suis du nombre des gens qui lui appartiennent par l'affection.. . .

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