‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 137 sur 208 · SUB UN V8AGB AUOUKL ON POURRAIT FAIRE SERVIR LES ROMANS · texte numérisé non relu

SUB UN V8AGB AUOUKL ON POURRAIT FAIRE SERVIR LES ROMANS

Je VOUS remercie y mon cher ami , de m Savoir procuré la visite et la connaissance de

madame S'il y a des esprits qui ne font

profit de rien , il en est d'autres, en revanche,

qui tirent parti de tout, et madame est de

ce nombre A peine eûmes-nous lié connaissan(!e, ce qui ne fut pas long, grâce au bien que votre indulgente amitié lui avait dit de moi et au bien que sa réputation m'avait appris d'elle , qu'aussitôt la conversation tomba sur l'assemblée constituante. Nous parlâmes des principaux personnages qui ont eu le malheureux honneur d'y figurer, de Barnave, de Mirabeau, de la Fayette, de la Rochefoucauld, etc. Elle les peignit tous avec des traits si justes, des couleurs si vraies, des nuances si délicates, avec tant d'ordre et tant d'effet , que je ne pus m'empôcher de l'interrompre, pour lui demander où elle avait pris cet art de peindre, auquel le talent seul ne pouvait atteindre. — Dans les romans, me répondit-elle. Les romans font ma lecture favorite; j'y trouve de l'intérêt pour le cœur et de la nourriture pour l'esprit. Il est rare de ne pas rencontrer, je ne dis pas dans les plus mauvais, mais dans les plus médiocres, quelques caractères originaux, soit en bien, soit en mal. Je les observe, je les étudie, je recueille les peintures qu'en font les auteurs; je les peins moi-même d'après les actions et la conduite qu'ils leur prêtent. Quelquefois j'ajoute un trait, quelquefois j'en supprime un , suivant - que l'ensemble me parait l'exiger, et d'après les observations que je fais dans la société sur les originaux. Quant à l'ordre que j'obsei*ve, lorsque je ne trouve pas mes portraits tout faits , le voici : les grands traits d'abord, ensuite les traits accessoires, ensuite le coloris, enfin le jeu de toutes les parties dans quelques positions propres à les faire toutes ressortir. C'est là tout le secret de cet art que vous voulez bien me supposer et louer.

— Ahl répondis-je, c'est savoir faire profit

de tout, que de tirer un tel parti des romans: que feriez-vous donc d'une tragédie, ou d'une comédie?— D'une tragédie, d'une comédie moderne? Peu de chose. D'une comédie de Molière? D n'y a rien de mieux à en faire que de la savoir par cœur ; car à quoi bon resserrer dans le portefeuille les caractères qu'il a traduits sur la scène? Mais des tragédies de Corneille j'en ai extrait plusieurs caractères grands, forts, imposants. Racine m'en offre aussi de tels, mais agités et développés par une passion tendre qui en fait encore ressortir les traits et ajoute à leur intérêt; je les ai recueillis, et leur ai donné le nom que j'ai cru leur convenir.

— S'il y a longtemps que vous exécutez ce travail, vous devez avoir un portefeuille à peu près assorti de tous les caractères qui peuvent se renconti^er dans le monde. — Un portefeuille ! dites une galerie de portraits, qui plaisent par leur variété, qui amusent par l'application qu'on ne manque jamais d'en faire à quelques gens de sa connaissance (et il n'en est guère auxquels on ne finisse par donner un nom propre), qui d'ailleurs retracent le souvenir des plus agréables lectures, sont le résultat des observations les plus utiles, et enfin forment un petit ouvrage littéraire et moral, dont on s'attribue au moins quelque chose. — Cette galerie doit être à peu près complète? — Que dites-vous ! Il y a deux ans que j'y ajoute chaque jour ; j'ai réuni de deux à trois cents portraits, à peine ai-je les caractères principaux ; les variétés sont infinies; le même vice, la même vertu offrent des nuances toutes différentes, suivant ceux auxquels il s* associe dans la même personne, suivant leurs passions, leurs goûts, leur tempérament, leur âge. D'ailleurs, il y a deux côtés à chaque vice et à chaque vertu; chaque vice a son côté odieux et son côté ridicule; chaque vertu , son côté aimable et son côté touchant : vous voyez combien de variétés naissent de cette circonstance.

— Ce doit être un amusement aussi utile qu'agréable de considérer cette galerie , d'en rapprocher les différents morceaux, de suivre les gradations qui mènent d'un genre à un au-

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