J.— NOTICES SUR QUELQUES OUVRAGES QUI ONT PARU DE 4796 A
D'iTIf «BlfRE DR CONQUÊTES PARTICULIER, ET d'uN CONQUÉRANT MODERNE QUI N*EST FAS AS§RZ CONNU.
C'est à la vue des victoires, des triomphes, des conquêtes, c'est au bniit des nouveaux conbats où conduit l'intérêt de la paix , quil sied à la morale de rappeler les principes de la modération et les vues d'utilité que des vainqueurs doivent se proposer. C'est à des guerriers triomphants^ à des gouvernants glorieux^ qu'elle se plaît à montrer un genre de conquêtes qui s'exerce dans la paix , et doit être le dernier résultat de toute guerre; qui demande ^ non un courage héroïque, mais un long courage; qui^ sans détruire ^ produit; sans dépouiller, enrichit; sans envahir, étend et fortifie; sans changer les Ihnites des empires, change leurs rapports de puissance; et sans éblouir, immortalise.
Le hasard, qui me fait tomber entre tes mains un petit livre de 200 pages , m'offre un exemple de ces conquêtes.
Ce soat les Voyages et la Vie de Pierre Poivre.
Voici une page de ses exploits : ii a apporté des Moluques à l'Ile de France, et y a naturalisé le muscadier et le gérofflier; de Ceylan , le canellier; de Madagascar, le mûrier à gros fruit vert; des Moluques , le sagoutier; d'Yolo, le maran , le magoustan , le meilleur fruit du inondo; de la Chine, le savonier, le thé, Varhre
à suif; il y a fait connaître aussi le rimu ou arbre à /wm; enfin, le riz sec ^ de la Cochinchine , ce riz , le meilleur et le plus fécond de tous , qui mûrit quinze jours plus vite que les autres , croît dans les terres sèches, sur les plus hautes montagnes, et ne demande ni inondation, ni même arrosement.
Héros de nos armées , nous vous honorons, nous vous chérissons. Mais qui de vous ne serait jaloux de voir sur sa tombe une pareille page pour épitaphe !
{Journal de Paris, du 30 messidor an iv. — 18 juillet 1796.)