PREMIER ÉPISODE
M. Louis y depuis ministre des finances en France.
On lit à la page 314 du tome II des Mémoires du roi Joseph la lettre suivante de Temperear au roi , en date du 24 juin 1S06 :
« Cette mauvaise tète de Rœderer fait des siennes de toutes les manières. Il veut enlever aux ministres les employés de leurs bureaux. Voici la lettre qu'il écrit au chef de la liquidation de la guerre. Cette démarche ne m'étonne pas de Roederer, qui n*a pas de tact, ni de sentiment des convenances ; mais elle m'étonne de la part de Dumas. J'ai chargé le ministre Dejean de le tancer. Rœderer veut aussi nous enlever nos comédiens. Et sur qui crojrez-vous qu'il jette les yeux? Ce n'est rien moins que sur Fleury, Talma. Je n'en parle que parce qu'ils ont déclaré qu'ils ne pouvaient écouter ces insinuations sans y être autorisés. M. R<Bderer ne sait donc pas qu'aucun de mes sujets ne sortira de France sans mon ordre? Et ce n'est pas en les débauchant qu'on les résoudra à venir. »
Réponse du roi.
« Napl«t. le tjaUlct imm.
«... Ce n'est pat la faute de Rcederer, ni de Dumas, si M. Louis a reçu des lettres d'eux; mais bien la mienne, qui les ai chargés de lui écrire pour sonder ses dispositions. Je me réservais d'écrire à Votre Majesté, pour le lui demander, lorsque je saurais si ce voyage était de son goût ; je jie voulais pas le forcer en écrivant directement À Votre Majesté. Je là prie de me l'accorder : n'ayant pas Rcederer pour ministre , il me fout l'abbé Louis pour aider le ministre actuel , qui est un escellent homme, mais qui a besoin d'être aidé par un Français <iui soit élevé dans les finances, ou l'administration française de Votre Majesté. — Si elle me donne Roaderer , je renonce à Louis; mais je demande à Votre Migesté l'un ou l'autre... »
Voici comment les choses se sont passées : Mon père, qui était depuis fort longtemps lié avec M. Louis, et qui le savait employé dans les bureaux de l'administration de la guerre , dans un poste subalterne et fort au-dessous de sa capacité, conçut dès son arrivée à Naples le projet de l'y faire^a|>peler, pour l'y avoiroomme coopérateur, si l'empereur lui accordait l'autorisation d'y être ministre des finances , ou pour le laisser au roi, û l'empereur la refusait. Il le considérait comme un des hommes les plus capables de diriger l'organisation financière du pays ; et le voyant si méconnu et dans un poste si subalterne à Paris, il s'imagina que son absence y serait à peine aperçue , et que par conséquent il était libre et désireux même de quitter. Mais on vient de voir que sur le premier point il se trompait étrangement !