‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 159 sur 208 · FRASCATI · texte numérisé non relu

FRASCATI

Ce n'est ni Carchi^ ni ses excellentes glaces^ ni son orchestre^ ni son jardin; en un nM>t, ce ce n'est pas Frascati qu'on va chercher à Fratcatiy c'est Paris tout entier.

Quand je dis tout entier^ je dis bien : Frascati est le Panorama vivant et mouvant.

On y voit des gens de tout ftge, de tout état^ de toute fortune; et le rentier qui vient sous de beaux lambris se rappeler son opulence^ et le riche traitant qui vient y étaler la sienne, et le créancier qui vient oublier son débiteur insolvable, et lé débiteur solvable qui vient oublier son créancier, et le militaire mutilé avec sa jambe de bois, et le réquisitionnaire myope avec ses besicles^ et le vieux sage, et le vieux fou , et le vétéran voluptueux , et Fadolescent honteux de son tardif noviciat.

L'assemblage des fenunes n*est pas aussi varié. Il n'y a plus de vieilles , plus de laides. Celles qui n'ont pas de figure ont une si belle gorge ! celles qui n'ont pas de gorge ont de si beaux brasl Là, tout est jeunesse^ depuis seize ans jusqu'à soixante. La fausse pudeur qui autrefois habillait les femmes faisait dépendre leur beauté d'une ride et d'un bouton à la figure. Depuis qu'elles ont le$ bras nusjusquà la ceinture , leur beauté a acquis un si grand développement qu'elles sont Ûen malheureuses si elles ne se sauvent des critiques de détail par l'imposant de l'ensemble.

Je remarquais hier que les habits des femmes s'étaient d'autant plus allongés par le bas qu'ils étaient plus raccourcis par le haut. Les robes ont des queues avec lesquelles on ferait d'autres robes; il semble qu* elles soient plutôt destinées à vêtir l'ombre que le corps. Les allées de Carchi ont été hier balayées par tant de queues de mousseline qu'elles étaient ce matin lisses et lustrées comme du satin. Les jardiniers conviennent que, pour adoucir les allées d'un jardin, il n'y a rien de mieux que deux ou trois mille robes de femmes.

Comme il y a foule chez Carchi, et que ehacun marche malgré soi sur la robe qui traîne devant ses pieds, on entend à tout moment tntiquer et déchirer les ceintures de ces robes. On se flatte que, quelque jour, des belles se trouveront ainsi déshabillées, sans s'en apercevoir, par le rang qui les suivra.

On a bien du plaisir chez Carchi ; mais on y a aussi de pénibles spectacles.

J'ai vu -des femmes employer jusqu'à trois chaises pour elles, leurs pieds et leurs chiens, tandis que cent autres tombaient de lassitude. Peut-on être plus impitoyable ?

Mais j'ai vu pis encore. J'ai vu une femme de quarante ans, fort respectable, assujettie pendant quatre heures de suite dans une position qui, à la longue, devait être un supplice. Elle avait le corps en avant, incliné sur une table placée devant elle, un coude très-pointu appuyé sur cette table fort dure, et la main toujours occupée à sa figure. Cela a duré ainsi depuis huit heures du soir jusqu'à minuit. Quelle autorité cruelle a condamné cette femme, quatre heures de suite, à cette pénible attitude? L'autorité de deux diamants assez beaux qu'elle avait à ses doigts, et qui, étonnés de s'y trouver ensemble, voulaient s'y montrer. Pauvre coude 1 cruels diamants 1

Pierre l'Étonnié.

(Journal de Paris, du 1 5 fructidor an vu. — 1*' septembre 1799.)

DE QUELQUES OPINIONS SUR LES AMiUMCAlKH.

On trouve mauvais que, dans les États-Unis d'Amérique , chacun mesure exactement son estime pour les autres sur leur richesse. Mais pourquoi donc? si, dans un pays anciennement habité^ les grandes fortunes sont pour la plupart héritées et ne prouvent rien pour les possesseurs; si les grandes fortunes qui s'y font sont pour la plupart le fruit de l'intrigue ou de la rapine, au coninure, dans les pays nouveaux, la plupart des fortunes sont acquises y et le sont par le travail et l'économie. L'estime accordée à la richesse dans ces pays est donc juste et fondée.

Au reste , si en Amérique on demande habituellement d'un inconnu : est-ilricheFen France on demande quelle figure il fait et quelle Mai--

MOEURS

son U tient. Toute la différenoe qu'il y a entre ces deux questions est bien légère. La première se réduit à demande : quel est le revenu de tel homme? et l'autre, quelle est sa dépense? Fermis à vous de trouver que Tune est une question d'avare; mais passez-moi que l'antre est une question de parasite. L'Observateur.

(Jcumal de Paris ^ du 15 floréal an vm. — 15 mai 1800.)

LETTRE DU aTOTBN D***,

Marebaml miroitier.

AUX AUTBVmS OU JOUElfAL.

Vous avez très-bien fait sentir, citoyens, Futilité des articles des modes pour les modistes, et celle des modistes pour la ville de Paris. Je vous en fais mes sincères remerctments , car les modes font vendre les tniroirs, comme les miroirs à leur tour font vendre les modes. En reconnaissance je veux vous faire voir combien les miroirs ont d'influence sur les mœurs. C'est ce que bien des gens , d'ailleurs doués de beaucoup d'esprit, sont fort loin de soupçonner. Quand, dans le siècle passée feu Tlnstitut de première création, et de glorieuse mémoire, a proposé la question de savoir quelles sont les institutions les plus propres à fonder la morale d'un peuple, il ne pensait guère qu'on poiurrait y comprendre les miroirs ; et cependant les miroirs fourniraient le meilleur chapitre de l'ouvrage» J'ai été fort surpris de voir que, dans les ouvrages envoyés au concours, aucun n'avait parlé de la fabrication €t du commerce des miroirs. Non-seulement le commerce des miroirs est une institution économique et politique de première ligne, mais il est aussi une institution profondément et éminemment morale. — Vous riezî Regardez-vous au miroir ; vous ditril que ce rire-là ait l'air qùrituel? Eh bien I vous ne répondez pas? vous ne riez plus ? Estr-ce que ce miroir vous aurait dit franchement que votre rire?... Eh bien! s'il voils a dit cela, il vous a dit une vérité que votre amour-propre vous cachait. U est donc très-moral I Et ce que votre amourpropre vous cachait) votre conscience ne vous le disait pas, parce que ce qui ne regarde que Fesprit n'est pas affaire de conscience. Il est donc très-moral I II faut donc avoir la main siu*

la conscience pour les choses qui intéressent la probité, les yeux sur le miroir pour ce qui regarde l'esprit. Le miroir est donc un avertissement de modestie.

Tous les jours , dans la conversation , on fait , sans s'en apercevoir, l'éloge de la moralité des miroirs. Quand on parle d'un bon mi roir, on dit : C'est un miroir vrai , c'est un miroir fidèle ; on prend, dit-on encore, conseil de son miroir. Madame de Staal (mademoiselle Delaunay) dit, en pariant de l'esprit juste, net et rapide de madame la duche^e du Maine : Frappé vivement des objets, il les rend comme la glace d'un miroir tes réfléchit ^ sans omettre, sans ajouter, sans rien changer.

Un miroir est le symbole de la sincérité, de la véracité; or, comme il est reconnu qu'un ami vrai est le plus beau présent que puisse nous faire le ciel , il est très-clair que le second de ses bienfaits est de nous avoir donné des miroirs.

Depuis quand les manières se sont-elles polieées en France au point où nous les voyons? C'est depuis la multiplication des miroirs sous le ministère de Colbert.

Pourquoi était-on poli en Italie avant qu'on le fût en France? C'est qu'on fabriquait des glaces à Venise avant qu'on n'en fabriquât à Saint-Gobain.

Pourquoi est-on plus poli à Paris qu'en province ?C*est qu'en province les glaces sont moins commîmes qu'à Paris.

Pourquoi, depuis<lix ans, nos femmes sontelles mieux vêtues et mieux chaussées qu'auparavant? Pourquoi ont-dies aboli les talons de quatre pouces et les vertugadins? C'est que, depuis dix ans, on a vendu des glaces mobiles dans lesquelles les femmes ont pu se voir depuis les pieds jusqu'à la tête.

Quand im enfant est méchant, colère ou pletureur, sa bonne lui présente un miroir et lui dit : Voyez comme il est laid ; et il s'apaise.

Ce qui fait que les honunes et les fenmies, même des grandes villes, ne portent pas sur leurs figures l'empreinte de leurs vices, et ne sont pas la plus hideuse espèce de la nature, ce sont les miroirs, qui leur ont appris à se composer.

Si les miroirs ont appris à se déguiser, c'est qu'ils ont appris à se connaître.

MCEURS.

Ce n'est pas seulement de belles apparences que nous devons à nos nibx)irs^ c'est aussi un meilleur fonds.

Quand nous avons observé ^impression que la physionomie des autres faisait sur nous^ nous ayons été bien aises de connaître Timpression que nous devions £»ire sur les autres: Nous nous sommes regardés au miroir ; et en apprenant comment les autres nous voyaient, nous avons réfléchi sur ce que nous étions réellement^ et sur ce que nous devions être pour paraître tels que nous voulions ôtre vus.

Il y a des gens qui se sont faits doux parce qu'ils se sont vus laids dans la colère.

Il y a des gens qui se sont faits bons parce qu'ils se sont vus beaux dans la bonté.

Comme la conscience est le miroir de nos pensées^ un miroir est la conscience de notre extérieur : l'un réfléchit sur l'autre.

Les miroirs ont pourtant quelques torts en- Ters la morale : ils ont rendu les belles, orgueilleuses, et les beaux, fats; mais, en revanche , ils ont appris aux laids qu'ils ne pouvaient se passer de mérite, et aux laides à être modestes; et pour un beau visage il y en a ooti qui ne le sont pas.

Au reste, les miroirs n'ont pas seuleiiient le mérite de contribuer à l'améKoration de l'espèce humaine, ils sont encore un moyen de consolation pot^ certaines peines, et une sourcede plaisirs véritables, même assez vifs.

Vous jugerez du plaisir qu'ils vous font en en supposant la subite privation. Qu'on dégarnisse votre appartement des glaces qui le déco^ rent, même pour le décorer mieux, pour y mettre de beaux tableaux, par exemple; ce sera pour vous la même chose que si Ton bouchait une fenêtre. Pourquoi les religieuses sontr-elles sorties avec tant d*empressement de leur cloître en 90? C*est parce que dans les couvents il n'y avait point de miroirs, et qu'elles s'y rappelaient celui de leur chambre dans la maison paternelle.

Voulez-vous égayer la cellule , la chambre, la prison, où vous êtes seul : mettez-y une glace, et vous serez deux. Voulez- vous agrandir votre chambre trop petite : mettez- y une glace, vous en doublerez l'étendue.

Sentir qu'on existe est une jouissance pour peu que l'existence ne soit pas douloureuse. Voir son existence est une autre manière de la

sentir qui est toute différente : c'est une aug-* mentation d'existence.

Se comparer à d'autres , quand on n'est pas difforme , est un plaisir. Devant son miroir, on a soin de ne pas se comparer à de plus beaux que soi, et Ton s'en rappelle ou Ton s'en figure toujours de plus laids.

Les architectes n'ont pas encore bien saisi le secret d'employer les glaces le plus convenablement. On les juche sur des cheminées, sur des consoles; elles ne représentent, ainsi placées , que le buste des personnes , les corniches et les plafonds des appartements. Ce n'est qu'à fleur de terre qu'elles font illusion et qu'elles font plaisir.

Toutes les portes d'appartement devraient être en glaces, du haut en bas. Elles figureraient une suite d'appartements tout ouverts, et communiquant les uns avec les autres.

Dessinez au fond d'un salon un vaste portique ; remplissez de glaces tout l'intervalle des chambranles, à partir de terre et en montant jusqu'au cintre ; éclairez ce salon , ouvrezle à une société brillante; ce sera coomie si votts avies ouvert une suite d'antres salons contigns à eehu Uu... A ta vérité cela ae trompe qn*une fois; maïs cela flM tOK^/onts.

Je ne finirais pas si je voulais vous dire Umê^ ce qu'on peut faire d'agréable avec des glaces.

Je conclus donc que les miroirs sont une invention d'une suprême utilité. J'en tiens dans tous les prix, dans toutes les grandeurs, d'étamées et en blanc , à trente pour cent au dessous du tarif. Ma demeure est rue des Bourdonnais, n. 3945,

{Journal de Paris, du 19 floréal an vin. — 19 mai ISOO.)

AUX AVTEUBS DU JOUENAL DB PAEIS»

•um LB8 iiOBums DU jooa.

Dans lePubliciste d'hier 8, un Bordelais écrit de Paris à son ami, à Bordeaux, une lettre assez curieuse sur les mœurs actuelles des femmes de la capitale. Il lui dit d'abord que les femmes auteurs se querellent et se sont faites auteurs tout à fait. Bientôt, ajoute-t-il, on ne serapas plus étonné de ce qu'une fenmie fait des livres que de ce qu'elle isài des enfants.

MOEURS

aEst-ce un bien, est-ce un mal ? se demandece l-on *an5 cesse; moi, je trouve cela tout na- « turel. De quoi veut-on qu'elles s'occupent? « de leur toilette ? Le sujet est bien borné. Plus « de parure, moins de vêtements, voilà la rè- « gle ; il ne faut pas beaucoup de réflexions « pour la comprendre , ni de temps pour s'y « conformer. »

Ce rapport n'est point du tout exact; j'en appelle à madame Germon et à madame Raimbaud, nos deux plus illustres couturières, et au citoyen Leroi, qui est notre nuurchande de mode la plus distinguée (i). Elles attesteront , j'en suis très-sûr, que jamais on n'a mis plus de soin et fait plus de dépense qu'aujourd'hui pour la parure; c'est une vérité qui saute aux yeux de tout le monde, et surtout des maris qui payent les mémoires. Au lieu de dire à son corre^ndant : Plus de parure, moins de vé» tentent, le Bordelab aurait dû écrire : Point de vêtement, prodigieusement de parure. Je crois que, quand une femme est vêtue d'une tunique de dentelle de 100 à 500 louis, on peut bien dire qu'elle n^est pas Yêtue et qu'elle est parée. Mais passons sur cet article* Le Bordelais continue ainsi :

« D'intrigues, d'amour? Ah ! mon ami, de « nos jours le misérable passe-temps qu'une a intrigue! C'était autrefois l'affaire de la vie a d'une femme; je défie qu'à présent elle y a trouve l'emploi de plus d'une heure de sa « journée. Rien de plus libre que les entrées , a de plus simple que la sortie, de moins mys- « térieux que les rencontres; point de précaua tions à prendre, point de craintes à concevoir, a De là un sujet de conversation absolument nul, a et le tète-à-tête le plus tendre raccourci au <x moins d'un tiers. Voulait-on autrefois se re- « trouver au spectacle : que de conventions à a faire, de combinaisons à former ! Il ne s'a- «c git plus maintenant que de louer une loge , a ce qui est plus conunode et sans doute bien « plus tôt fait. Plus de tracasseries de société, de a ces anecdotes si secrètes pendant deux jours, c jusqu'à ce qu'elles fussent publiques le troi- « sième; rien à s'apprendre, rien à se confier;

(1) Je dis marchandCf et non marchand, parce qQ*uD homme qui vend des chiffons n'est qu'une marchande. L'autorité des modes doit toujours être eu quenouille.

« une nouvelle du jour dont on parle par em- « barras de se taire , une visite qu'on prolonge a par embarras de la finir. Pendant ce temps^ a là on calcule ; la bienséance exigerait encore a quelques instants, et, comme de coutume , a on accorde à la bienséance la moitié de ce « qu'elle demande. Joignez à cela ce qu'on ga- « gne d'ailleurs sur les moments de trouble , a d'inquiétude, d'attente, qui, à la vérité, n'é* « taient pas perdus pour tout le monde; sur Cl les longues rêveries du jour et les mauvais « rêves de la nuit; et vous v.errez que, dans « l'arrangement de sa vie, une femme ne peut « plus regarder l'amour, ou , ce qui est à peu « près la même chose, la galanterie, que comme a un accessoire, d

En langage de Gascon cela veut dire qu'à Paris les femmes sont très-faciles et les hommes très-heureux. Eh bienl je proteste contre ce langage, et je vous prouverai demain que jamais les femmes n'ont été plus sages, ni les mœurs plus régulières qu'aujourd'hui, et qu'il s'est fait une grande révolution à cet égard» Mon témoignage est d'autant plus croyable que j'enrage de la vérité qui me Tarrache.

Léandbb.

Oui, citoyens, je vous soutiens que les mœurs des femmes sont meilleures que jamais. Vous avez sans doute pensé, en lisant mon nom, qu'amant infortuné de quelque infidèle , ou adorateur exténué d'une inhumaine, je n'avais pour preuve de la sagesse de toutes les belles que la rigueur de quelques-unes. Non, citoyens, non, je ne suis pas l'homme que mon nom semble annoncer ; je suis, en même temps, un métaphysicien qui observe et médite, un géomètre qui calcule; je suis, par conséquent, un célibataire à toute épreuve.

Or, voici mes observations et mes calculs.

D'abord, il n'y a pas plus de dérangement qu'autrefois dans toutes ces femmes qu'on appelle de la bourgeoisie, qui sont occupées de leur commerce dans un comptoir, ou qui dans leur chambre travaillent à l'aiguille ou au fuseau. Le travail est toujours le gardien des bonnes mœurs, et, quand on a voulu en vœr de mauvaises, il a toujours fallu tourner ses regarJsverslesbelles dames qui n'ont rien à fabe.

Je distingue celles-ci en trois classes. Les

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unes sont des dames de l'ancien régime , cpii ont fait vœu de rester religieusement fidèles à ses maximes. Elles se sont jetées dans toutes les manières de la dévotion, et n'ont à la bouche que paroles d'homélie. Comme elles se déchaînent particulièrement contre le divorce , elles ne veulent pas que quelque mauvais plaisant leur réponde : Et faduUère f Elles se conduisent en conséquence.

La seconde classe est celle de nos femmes d'enrichis. Comme elles n'ont apporté en dot à leurs maris que leurs grâces, qu'elles ne tiennent ni à des familles considérables, ni a des personnes puissantes, les maris' peuvent, d'un moment à l'autre, s'en séparer ou les mettre à la pension, et faire ainsi qu'on n'en entende plus parler. Ces dames ont donc un grand intérêt à conserver la confiance et l'estime de leurs maris; elles ont arrangé leur conduite làdessus, et se font de nécessité vertu. Vous savez bien que Montesquieu dit, dans VEsprit des lots, que, dans les républiques, les femmes doivent être très-faiblement dotées, parce que celles dont la fortune est indépendante de leurs maris introduisent le luxe dans TÉtat et les mauvaises mœurs dans les familles. Il cite , à ce sujet Marseille , qui fut, dit-il, ia plus sage des républiques de son temps : Les dots, selon Stralxm, ne pouvaient y passer cent écus en argent et cinq en habits. Vous voyez que la plupart des femmes de Paris A' aujourd'hui sont dans la nécessité d'être sages comme les femmes de Marseille iïautrefois.

Enfin la troisième classe de nos dames est composée des femmes de nos jeunes militaires de tous grades; et c'est la plus nombreuse. Ma foi ! celles-là ont de si bonnes raisons pour être fidèlesà leurs maris, elles trouvent en eux tant de beauté, de jeunesse, de force, de gloire et d'amour, qu'elles seraient les plus folles de toutes les femmes et les plus dupes de toutes les folles si elles se permettaient la moindre distraction.

Voilà, citoyens, ce que m'a appris l'observation. Les gens qui ont connu rancien régime, et qui connaissent celui-ci, sauront bien vous confirmer qu'il y a une grande différence à l'avantage de ce dernier.

Salut. LÉAWDBB.

(J<mrnal de Paris ^ des 10 et 1 1 prairial an ix.)

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