AUX ACTEUBS DU JOURNAL DB PARU
J'ai lu avec plaisir, messieurs, votre* article sur les banqueroutes. On demande à chaque instant d'où proviennent celles que nous essuyons tous les jours; n'est-ce pas des fausses
(2) Ce mot veut dire, comme dans la lettre de l'aiguiile, en Suissd ou dans les États-Unis d'Amérique.
MGEURS.
spéculations? Et d'où viennent les fausses spéculations?—des fausses dépenses et duluxeeffréné. Après quelques études au Perron^ on se croit au Pérou. A peine a-t on fait l'usure en prêtant sur gage qu'on tranche du banquier de cour. — Petit banquier. Ton veut être un Samuel Bernard; gros banquier, on se croit un LucuUu^. Quand on s'est dérangé par de folles dépenses, on joue quitte ou double dans les affaires les plus hasardeuses. On a gagné un ambe, on dépense comme si on avait gagné un terne, et Fon se perd à jouer le qutne.
0 mœurs de notre ancien négoce ! qu^étesvous devenues ?Modestiey économie, prudence de nos anciens banquiers, vertus par lesquelles s'accumulèrent tant de capitaux et se constituèrent tant de fortunes qui devinrent serviablés aux manufactures et à tous les genres de commerce (i), ne renaîtrez-vons plus? Qu'à l'époque où toutes les distinctions non-seulement de naissance, mais d'état et de rang, ont disparu de la société, où toutes les autorités étaient sans considération et sans subordination, qu'à cette époque les gens qui avaient de l'argent ^e soientcrus des êtres privilégiés, qu'ils se soient crus dispensés de toute modestie, qu'ils aient couvert leurs femmes de diamants et leur enfant au berceau de dentelles^ qu'ils aient étalé et mêlé dans leur palais le luxe des temps les plus brillants de la Grèce, de Rome et de Paris, qu'ils aient rempli le monde du bruit de leurs bals et de leurs fêtes, ce scandale se conçoit. Mais quand tout rentre dans l'ordre, quand une sorte de hiérarchie morale s'établit par la force des bienséances, à côté de la hiérarchie politique, quand des places honorablesobtenues par des services ont marqué des gradations sociales, quand l'opinion a rétabli l'utile distinction des hommes considérables et de ceux qui n'ont que le droit de le devenir, ce n'est ni au plus riche, ni au plus vain, qu'il appartient de faire le plus de bniit.
J'ai dit qu'on se ruinait par le faste ; je n'ai
pas dit assez : on fait pis que se ruiner, on se
(1) Dans les temps leë plus calamiteux de la Révolution, M. Perregaux, M. Delessert, M. Baguenault, et quelques autres maisons, ont toujours eu un ca« pital considérable au service des manufactures, et au plus modique intérêt. Celait là la destination et le service habituel des anciennes maisons de banque; c'est là la destination naturelle de la banque même.
ruine, on ruine ses créanciers, et l'on enrichit sa femme ; c'est-à-dire qu'on perd à la fois sa réputation de bonne conduite et sa réputation de probité.
(Opuscules , tome IH, page 1 79.— 13 fructidor an XI. -A 3i août IS03.)
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