‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 163 sur 208 · A LA SOCIÉTÉ CHOISIE DES DAMES NATURALISTES · texte numérisé non relu

A LA SOCIÉTÉ CHOISIE DES DAMES NATURALISTES

Qui, h 11 fructidor , se sont trouvées à ta réunion du Jardin des Plantes,

Je VOUS félicite, mesdames, du spectacle curieux et nouveau en turvp^. quisansdovte voffs a aussi singulièrement intéressées qup. les eurieuxet messieurs les savants, depuis midi jusqu'a quatre heures du soir, au Jardin des Plantas, lorsque les deux éléphants se sont trouvés si prêts à douner un démenti formel à tout ce que M, de Buffon et les naturalistes ont écrit stir la pudeur des éléphants. Le journal des Ebats nous fait de leurs dispositions une peinture si chaste, si décente, si conforme au ton habituel de ses auteurs, et surtout au juste mépris qu'ils professent pour les grossièretés de l'histoire naturelle, que celles d'entre vous, mesdarties, dont les filles n'avaient pu les accopopagner, pourront leur offrir un dédommagement dans la lecture de cette feuille. Heureu3^ pays où les papiers publics donnent l'exemple de la décence dans la critique, dans la pensure, dans la discussion et dans les dfscn'plions I Comment le peuple qui l'habito ne serait-il pas le plus décent et le plus aimable des peuples?

Rappelé à Moscow par des affaires particulières, et d'ailleurs un peu mécontent de Faris, où l'on me conteste ma qualité de comU? russe parce qu'on a, dit-on, aboli les titres en France, je suis fort aise, njesdçmes, d'avoir trouvé une occasion d'offrir un dernier hommage à une partie de ce beau sexe de qui j'ai eu tant à ne louer pendant mon séjour ici ; daignez l'agréer. Je nio;ite en voiture avec la consolation depeqser que le journal (^es Ébafs

ne tardera pas à ni'apprendre en Russie les heureux résultats d'une union opérée sous de si favorables auspices. Adieu, Rome! je pars. J'ai rhonneur d'être très-respectueussment^ mesdames, votre très-bumble et très-obéissant serviteur.

Le comte OatOBOàLOF.

(Journal de Paris , des 13 et 16 thermidor, 10 et 21 fructidor et 1*' complémentaire ao XI. — r% 4 et 2S août , 8 et 18 septembre 1803.)

LBTTBB DE M. FADAÈS AUX DAMBS DB PABIS.

Savéz-vous^ mesdames^ pourquoi vous mourez d'ennui au milieu des plaisirs; pourquoi vous êtes tourmentées de fantaisies et n'avez jamais de jouissances; pourquoi vous êtes accablées de créanciers^ sans savoir même que vous faites une dépense scandaleuse; pourquoi vous ruinez vos maris en vous plaignant de leur lésine ; en deux mots, pourquoi vous êtes ruineuses et ingrates^ indigentes dans l'abondance^ malheureuses au milieu de tous les biens ? Je vais vous le dire : c'est que vous n'avez rien à faire ^ c'est que vous tuez le temps misérablement, et, pardonnez-moi le mot^ c'est que vous ne vous occupez point de

votre MÉNAGE.

Pas une de vous^ mes belles darnes^ ne sait que le désœuvrement et le plaisir ne vont jamais ensemble ; toutes ignorent ce que c'est que tenir une maison^ avoir de Tordre^ empêcher le gaspillage^ se faire honneur de ce qu'on dépense / régler sa dépense sur sa recette.

Qui de vous^ mesdames^ pourrait dire com> bien coiïte sa table^ combien sa toilette, combien l'entretien de ses meubles^ combien ses enfants^ combien ses domestiques^ combien la cave^ combien le feu^ combien la lumière^ combien l'écurie, combien les contributions? Qui de vous pourrait dire ce que coûte en tout sa maison^ et à quelle somme doit être bornée sa dépense d'après les principes d'une sage économie ?

Qui de vous ^ mesdames^ pourrait dire depuis quand elle n'a pas payé M. Leroi^ son mai'cband de modes; madame Germon^ sa couturière; M. Foncier, son bijoutier; M. Du-

MOEURS

cheflie, son sellier; M. Sandos, le tailleur de ses enfonts; M. Bodard, son tapissier? Vous ne le direz pas^ mesdames; mais eux, pour le dire, n'attendent pas peut-être qu'on le leur demande.

Ëst-il une de vous, mesdames, qui jette seulement un coup d^oril sur le compte de ce cuisinier qui lui fait de si mauvais dîners si chers ; sur les mémoires de ce valet de chambre qui éclaire et chauffe si mal sa maison?

Je sais bien , et qui ne le voit pas ? que vous avez toutes plus d'élévation et de grâces dans l'esprit que cette madame de Sévigné à qui les détails de la vie domestique étaient si familiers et dont elle parle avec tant de précision. Mais, enfin, puisque vous pensez, parlez et écrivez mieux qu'elle, il vous en coûterait encore moins qu'à elle pour faire le compte de votre dépense et mettre de l'ordre dans vos ménages.

Lorsque Voltaire maria mademoiselle de Varicourt au marquis de Villette, qui avait cent mille écus de rentes, il lui fit im singulier présent de noces; il la fit approcher de son lit, et, après lui avoir donné sa bénédiction, il lui présenta un livre rtlié en maroquin et doré sur tranche. La jeune personne l'ouvrit avec empressement : il était de papier blanc; seulement Voltaire avait écrit de sa propre main, sur le premier feuillet : Registre de dépense pour madame la marquise de Villette. Elle parut surprise; il lui dit : Ma chère enfant, je n'ai rien à vous apprendre sur la manière de vous faire aimer de votre mari; mais je vous . diraiqu'une femme quiveut être considérée dans sa maison et par son mari lui-même doit veiller èursa maison. A la vérité, mesdames. Voltaire était un homme de l'autre siècle; mais toutes jeunes, toutes belles et tout aimables que vous pouvez être, vous ne Têtes pas plus que ne l'était belle et bonne.

J'ai ouï dire qu'une dame fort célèbre, se trouvant un jour à dîner avec le général Bonaparte , après ses premières campagnes xiltalie, se monta au ton de la poésie épique, lyrique, dramatique, et fatigua le héros d'éloges sans mesure. Que peut-on être dans le monde, s'écria-telle dans son enthousiasme, gtianrf cm n'est pas le général Bonaparte ? 11 lui répondit : Madame, on peut être une bonne mère de famille.

MOEURS

Vous ne direz pas, mesdames^ que je vous cite ici une autorité surannée^ que j'invoque un homme de Pautre mondc^ de Tautre siècle. Eh bien! être bonne mère de famille, est-ce seulement donner des maîtres à ses enfants, se faire tutoyer et caresser pareux^ surtout quand on a beaucoup de témoins y ou bien ménager leur fortune, leur donner l'exemple de Tordre et de la bonne conduite ?

Je vous salue ^ mesdames^ avec respect.

Fadaès.

(Journal de Paris ^ du !•' brumaire an xn. — 24 octobre 1803.)

MOBILIBB.

On peut juger IVsprit et les mœurs d'un homme, d'une famille, sur son mobilier, et si j'avais un fils ou une fille à marier, je me contenterais, pour toute information sur le parti qui me serait proposé , d'un bon inventaire du mobilier de la famille et de celui dn prétendu ou de la prétendue, et je ne demanderais pas de meilleur conseil qu'uu huUsier^p/isevr,

Il m'apprendrait, par le détail de l'écurie et de la remise, si la famille est sédentaire ou coureuse et dissipée; parle mobilier de la cui> sine, par la cave surtout, le degré degourmandise ou de sobriété des maîtres ; par la bibliothèque, leur instruction ; parleurs meubles d'aj^rtements, la mesure et la nature de leur luxe; s'ils sont gens qui donnent plus au brillant qu'au solide, et à la vanité qu'à la commodité, et à la bienséance plus qu'à Tune et à l'autre , etc. Je pourrais étendre ce détail fort loin^ mais j'en ai dit assez pour me faire entendre.

Maintenant, je m'élève à un plus haut intérêt, et je demande si Pinventaire d'une nation, depuis les charrues de diverses natures qui labourent les champs, et les chemins de fer sur lesquels on voiture jusqu'aux éventails et aux Cure-dents, ne donnerait pas l'idée la plus nette de ses mœurs et de son esprit?

Je demande aussi aux amateurs des méthodes analytiques s'il en est une plus simple, plus claire, plus familière, plus amusante, de connaître l'état d'une société civilisée et trèscompliquée, que l'inventaire raisonné dont je présente l'idée?

Je donnerais pour exemple trois genres de meubles dont on n'a pas remarqué les rapports avec les mœurs, et qui en ont de trèsétendus:

i** Meubles d'éclairage, lampes, bougies, chandelles, lampes à courant d'air, gaz, réverbères;

'2** Les montres et les horloges;

3^ Les glaces et les mkoirs.

Voici un sujet de proverbe, de parade ou de comédie bouffonne : ce sont ies désolations de la vie privée. Je prends le mot désolations dans le sens ironique. Celles que je voudrais mettre en scène ou en parade, ce sont les contrariétés qu'on éprouve habituellement dans l'usage de la théière.

Du nécessaire de voyage.

Du quinquet ,

Du briquet (Aosphorique,

De la veilleuse.

Des cheminées fumivores, pour la chaleur, contre la fumée, etc.

La moralité serait qu'il n'y a aucun raffinement, aucune recherche, aucune industrie suffisante pour nous éparçner une inultitude de petites contrariétés, et que le plus sûr moyen de les éviter est de réprimer les vaines délicatesses, de s'aguerrir aux petits inconvénients, de s'afTranchir des besoins de fantaisie, des sujétions que la mollesse et les habitudes voluptueuses imposent; en un mot, de nous guérir d'infirmités volontaires, au lieu de vouloir que l'industrie y satisfasse.

^Le lieu de la scène serait une salle d*exp<H sUiùn des produits industriels du pays.

Les interlocuteurs seraient des curieux de difrérentsexe,de différents âges etdedifférento condition, qui s'arrêteraient devant chacun de& objets ci-dessus indiqués; et on mettrait suc^ cessivement en scène des personnages dont le sexe et la condition seraient les plus propres à fournir des remarques gaies sur l'objet dont ils. parleraient. Par exemple, ce serait une jeuneet une vieille, ce seraient de vieux Anglais

LITTÉRATURE

qui discuteraient sur la théière^ le quinquet; deux petits maîtres et un vieux général sur le nécessaire de voyage, etc.

On pouirait présenter le même sujet sous un autre aspect : ce serait la manie prise des Anglais du confortable^ des petits raffinements de commodités en toutes choses^ qui font qu'on

se prive souvent du nécessaire pour se procurer tant de superflu. On pourrait supposer un maniaque de ce genre au milieu de tous ses meubles nouveaux. G^est le dernier jour du mois; on lui en montre le mémoire qu'il faut payer. Il se trouve que^ pour payer, il faut vendre un meuble nécessaii-e.

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