DE HADAMB DB «BRUS
a Au nom du Père, et du Fils, et duSainl-Es- « prit. Ainsi soit-il. » C'est ainsi que conmience le livre. Viennent ensuite lesprières du Malin :
c Mon Dieu et mon père, qui êtes dans le a ciel , je vous aime et je vous remercie de • m'avoir donné la vie. Faites- moi la grâce de a bien contenter mes parents et tous ceux qui a ont soin de woi. Bénissez-moi , mon Dieu , c et bénissez aussi mon papa, maman, mes € frères, mes sœurs, ma bonne et toute notre a famille. Donnez-nous à tous la bonté et la « scMié. Donnez à mon pays la paix et Tabona dance. Et je vous prie encore, mon Dieu, a pour les honomes de tous les pays, qui sont « aussi mes frères, puisqu'ils sont aussi vos « enfants. Ainsi soit-il. (P. 6.)
« Prières du soir. Mon Dieu, je vous remerct cie de m'avoir conservé et nourri dans cette c journée. Je vous demande pardon des fautes a que j'ai conunises ; failes-iooi la grâce de ne a plus les faire i et que nous passions tous une « bonne nuit. Ainsi soit-il. (P. 7.)
<i Prière de l'enfant malade. Mon Dieu, qui a n'aimez que les enfants obéissants, faitesa moi la grâce d'être assez raisonnable pour a prendre tous les remèdes qu'on me donne c pour nie guérir. Donnez-moi, mon Dieu, la
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a douceur et l'obéissance, et rendez- moi la (c scmté. Ainsi soit-il. (P. 8.)
« Prière de l'enfant convalescent. Mon Dieu^ <f je vous reniei*cie de ma guérison. Donneza moi la reconnaissance que je vous dois^ et et faites-moi aussi la grâce de w* jamais oublier a la bonté de tous ceux qui m^ont soigné pena dantla maladie^ etc. d (P. 8.)
Ensuite^ prières avant la messe; prières pen^ dant la messe; vêpres du dimanche; complies; litanies du saint nom de Jésus; litanies de la sainte Vierge; inédiiations et prières pour la préparation à la première confession; prières pour la cortfession; méditations pour la pre-* mière communion; méditations et prières pour la semaine sainte; enfin, àe& poésies consistant en un extrait de V Imitation de Jésus-Christ, par P. Corneille.' Voilà ce que renferme le nouveau livre de madame de GenliSj intitulé : Nouvelles Heures à t usage des enfants, depuis l'âge de cinq ans jusqu'à douze.
Ces Heures, dit Féditeur, ont été examinées par un ecclésiastique, iufi(iiment respectable à tous égards , qui, après les avoir lues, a déclaré qu'elles sont parfaitement orthodoxes.
Elles sont sûrement un des ouvrages les plus raisonnes du siècle, quoique sortant de la plume et des presses de l'Europe les plus exercées à la fabrique des romans. Cependant il n'est pas moins vrai que les âmes délicates en dévotion y sont étonnées très-souvent par des expressions et même des idées au moins différentes de celles que la religion a consacrées dans ses prières. Nous ne ferons de remarques que sur le petit nombre de celles que nous venons de transcrire littéralement.
D'abord on est un peu étonné que la religion de naadame de Genlis n'inspire à l'enfant malade d'autre prière que celle de le guérir. Quelques mots de résignation à la mort, quelques autres pour demander à Dieu la grâce de bien mourir, si sa volonté est de rappeler à lui sa créature, conviendraient, ce semble, assez, dans des prières d enfanta malades, puisqu'un des bienfaits de la religion doit être de familiariser avec Fidée de la mort et de régler la vie par l'espérance du bonheur éternel, qui doit être la récompense d'une vie pieuse.
Mais ce n'est pas tout. Dans les prières que de saints ecclésiastiques, tels que le Père Griffet, nous ont laissées, le chrétien demande
souvent à Dieu la grâce de permettre ou de vouloir qu'il (lui chrétien) contente ses parents, qu'il ne retombe plus dans ses fautes, qu'il devienne raisonnable , etc. Mais madame de Genlis fait des [prières bien différentes, et demande des grâces bien plus étendues.
Les enfants, au nom de qui elle parle, prient le bon Dieu de contenter lui-même leurs parents, de ne plus faire les fautes qu*i]s ont commises, d'être assez raisonnables pour prendre les remèdes qu'on leur donne. Tel est le sens exact de ces expressions littérales : /attes-moi, mQn Dieu, la grâce de bien contenter mes parents; je vous demande pardon des fautes que fai commif es, faites-moi la grâce de ne les plus faire; faites-mof la grâce d'être assez raisonnable pour prewdre les remèdes qu'on me donne pour me guérir. C'est comme si l'on disait : Mon Dieu , chargez-vous du soin de contenter mes parents... ; ayez soin de ne plus faire de certaines fautes auxquelles je suis sujet ; guérissez mes maladies et gardez pour vous les drogues!
^ Ce ne sont pas là des hérésies, mais ce sont des familiarités un peu libres et des espèces de facéties dont il est étonnant qu'une personne aussi exercée que madame de Genlis à toutes les bienséances n'ait pas été choquée au moins en corrigeant ses épreuves. Nous l'exhortons à expier ces légèretés par la répétition fréquente et fervente de cette autre prière qu'elle a imprimée à la page 16, et dans laquelle, au lieu de dire à Dieu : Faites-moi la grâce de ne plus faire de fautes; faites-moi la grâce d^ être raisonnable , elle s'exprime dans ces termes vraiment pieux : a 0 mon Dieu ! faites-moi la a grâce de mecorriger etDB mb bbndbb raisoni nable. »
Obthodoxus ,
Secrétaire tachygraphe des prochaines conférences du concile avec les incommuniquants.
(Journal de Paris ^ du 13 thermidor an ix. — !•' août 1801.)
ftéFIJ£XIO!l8 SUR UN ARTICLE IMB JOCRHAL.
Le ridicule en toute chose n'est que l'effet de \sl pretendonmanquée. Un honmie marche lourdement, salue brusquement, cela n'est pas ridicule; mais s'il a la prétention de pa-
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raltre léger, et s'il se croit de la grâce, sa marche, son salut sont ridicules. Un homme prend la plume; il écrit dans un journal qu'il vend de la moutarde excellente , qu'il fabrique de jdies perruques; il fait un ou deux solécismes dans son article : il n^est pas ridicule pour cela. Mais un artiste fait de la faïence assez bonne, .revêtue d'une couverte qui n'a rien de dangereux , et il appelle cette marchandise de CkigyO' céramique : cela est ridicule. Un savant fait un livre utile, il laisse échapper de sa plume des incorrections : cela n'est point ridicule; mais un écrivain de pamphlets relève avec dureté et insolence les incorrections du savant » et en les relevant il fait des solécismes et des barbarismes : il est ridicule... A quel propos, va-t-on dire, ces observations ? A propos d'un article que je lis dans une feuille d'hier. On y rend compte d'un ouvrage intitulé : Choix de remarques sur la langue française, extraites des meilb urs ouvrages SN CE OBNBE. L'auteur y traite fort mal tous les orateurs , tous les écrivains modernes ; il prétend ramener le siècle qui commence aux règles de la langue, et le titre de son livre renferme une faute contre la logique et la langue : il est clair que le cher homme est ridicule. Le journaliste, en remarquant la faute du pédant, en fait lui-même d'assez singulières; il consent à trouver channantes les modes à la Louis XI V; il dit que la Révolution est le bouc d'Israël; il dit : En dernière analyse, respectons la langue de Racine. Mais il a trouvé le secret de préser\'er tout cela du ridicule ; il lui suffit d'annoncer quUl se fait gloire d^étre un des barbares écrivains de son siècle; ce qui achève de prouver que le ridicule n'est que l'effet de la prétention tnanquée.
(Journal de Paris, da il fructidor an x.— 29 août 1802.)
MODÈLB D'ÉLOQUENCE.
On se souvient peutrétre que, le 7 fructidor dernier, une commission de l'Institut fut admise à présenter les mémoires de l'année au gouvernement.
La harangue prononcée à ce sujet est du citoyen Leblond ; elle n'a été imprimée que dans le Moniteur. Elle mérite certainement une
plus grande publicité. Parla forme, c'est un modèle d'élégance; au fonds, c'est un diefd'œuvre de convenance.
Nous regardons comme un devoir de la recommander à l'attention de nos lecteurs. Le citoyen Leblond est membre de la classe de littérature; son discours a été prononcé au nom de l'Institut; ainsi il joint à l'autorité du mérite l'éclat de l'origine. Quels modèles contemplera la jeunesse si on ne l'arrête devant un semblable ouvrage?
Il faut d'abord faire attention à l'objet que l'orateur avait à remplir. Sa mission, dans toute sa simplicité, se réduisait à dire aux consuls : V Institut nous a chargés de vous présenter les nouveaux mémoires qu'il vient de publier;wms des députés d'un corps savant, un orateur de la classe de littérature ne pouvaient pas se borner à ces paroles, en s'adressant aux premÎCTS magistrats de la république. Certainement ce n'était pas le cas de se prémunir contre le danger de l'obscurité et de la diffusion, et de craindre pour un discours de quelque étendue cette leçon de la Bruyère à un parleur inintelligible: a Que dites-vous? Comment? Je n'y suis pas. a Vous plairait-il de recommencer? J'y suis a encore moins. Je devine enfin; vous voulez , « Acis, me dire qu'il fait froid. Que ne disieia vous : Il fait froid? Vous voulez m'apprendre a qu'il pleut ou qu'il neige; dites : Il pleut, if a neige. » Ce que l'orateur de l'Institut avait à dire n'était pas aussi indifférent que : ilpfeuf, il ne*^. D'heureux accessoires se présentaient d'eux-mêmes pour donner de la grâce, ainsi que de la dignité, à son hommage, provoquer un témoignage d'estime et de bienveiUance de la part de ceux à qui cet hommage était rendu, et, par une sorte de séduction décente, fwre tomber sur l'offrande des sciences ces fleurs dont les mains du pouvoir doivent toujours être prêtes à les couvrir. C'est ce qu'a parfaitement senti l'orateur de l'Institut. Voici son début :
« Citoyens consuls , l'Institut national a chaîné, par une délibération unanime, ses bureaux réunis, ainsi que les commissaires à qui il a confié Ja publication des arts et métiers, et la rédaction des manuscrits de la Bibliothèque nationale, de vous présenter les volumes qui contiennent ses différents travaux annuels. • La phrase principale est : L' Institut national
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s NOUS a charge de vous pré$enier les volumes : quieofUifinnent ses travaux annuels; mais cette phrase, ainsi réduite, eût été simple comme: il i pleut. Voyez comme elle s'amplifie noblement \ par les phrases incidentes de quatre grandes I lignes qui séparent ces mots : L'Institut natio' I nal a chargé ^ de ceux-ci ; de vous présenter, etc. } Qu'il est heureux d'avoir substitué au pronom r nous (nous a chargés) ce détail important^ h animé^ dramatique : a chargé ses bureaux réu-^ nis^ ainsi qus les commissaires a qui (ainsi que... à qui!) à qui il a confié (Confié, expression touchante I) la publication des arts et métiers (Ellipse remarquable ! ) ^publication des arts et métiers, pour publication de l'histoire ou des descriptions des arts et métiers! (Alliance remarquable de la retenue dans l'abandon, de la sobriété des mots dans l'abondance des idées ! ) et là rédaction des manuscrits de la Bibliothèque nationale, (La rédaction des manuscrits ! Quelle mention lucide d'une opération neuve et mal connue ! On croyait que des commissaires étaient chargés du choix, de l'impression, peut-être de la r^ouc^ton des manuscrits de la Bibliothèque nationale; point du tout, c'est de leur réuAction; on les rédige; on rédige les vieux manuscrits! L'art des moines du quinzième siècle est retrouvé.) Enfin, comment l'Institut a-t-il chargé la députation de présenter, etc. Quomodà? Quandô? Par une délibércUion unanime l Pas une voix n'a manqué. La loi, à la vérité, était formelle; mais la délibération, s'il y avait eu moins de zèle ou de sagesse, pouvait n'être pas unamine. La circonstance était donc bonne à noter. Enfin, nous remarquerons l'heureuse position du substantif travaux (ses différents travaux annuels), entre deux différents adjectifs significatifs,
a Cette commission est d'autant plus flatteuse a pour nous (continue l'orateur) que l'hom- « mage de l'Institut , en s'adressant aux pre- <x miers magistrats de la nation, s'adrpsse en « même temps à des confrères aussi chers que « respectés, qui cultivent eux-mêmes les arts, a les lettres et les sciences avec succès, et qui a les protègent autant par goût que parpoli- « tique, comme le monument le plus propre à a perpétuer la gloire de la natioft et la mé- « moire des grands hommes qu'elle a produits.» Ces paroles nous enseignent que les arts, les lettres et les sciences sont un monument pro-
pre à perpétuer, etc. On avait cru jusqu'à présent que les arts, les lettres et les sciences avaient seulement le pouvoir d'élever des monuments.
Ces paroles nous apprennent aussi que les consuls protègent les arts, les lettres et les sciences, par politique, ce qui est un autre motif que celui dont on fait un mérite aux hommes d'État ordinaires en disant qu'ils les cultivent, les lettres, par principe de politique, ou simplement par principe.
On aurait pu demander quels sont les arts que cultivent les consuls eux-mêmes, car on entend ordinairement, par les arts, tes beauxarts; mais on voit bientôt que l'auteur veut parler de l*art de la guerre; et ce qui lève Tincertitude à cet égard , c'est l'addition de ces mots : Avec succès^ qui cultivent avec succès; addition assurément exempte d'exagération, mais que justifient assez bien les premières campagnes d'Italie, celle de l'Egypte , celle de Marengo, etc.
Enfin, l'on doit être extrêmement frappé de l'attention qu'a l'orateur de rappeler aux chefs du gouvernement qu*ils sont ses chers confrères! Le plaisir de présenter les mémoires de l'Institut à de chers confrères ajoute sans doute à celui de les présenter aux premiers magistrats. Jamais il ne faut manquer l'occasion de faire sentir l'égalité à ceux qui sont dans un rang supérieur. C'est ce que fit si heureusement Poisson, en s'adressant à M. de Colbert, de qui il désirait obtenir une place pour son fils. Tout le monde sait par cœur ce couplet familier :
Ce grand ministre de la paix, Colbert, que la France révère , Dont le nom ne mourra jamais , Eti bien ! tenez , c^est mon compère.
Eh bien! tenez, c'est mon confrère, n'est pas moins aimable que c'est mon compère.
Mais reprenons le fil de la harangue, a Quelle « que soit en effet , citoyens consuls , la céléa brité d'un peuple parmi les nations contem- « poraines; quelles que soient les vertus, la sacr gesse et les lumières des magistrats qui le a gouvernent; quels que soient même ces com- « bats décisifs où, après une guerre meurtrière « et opiniâtre, le génie d'un seul homme fixe en a même temps la victoire, le destin des na-
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t lions et la limite des États ^ tout est perdu ' a pour la postérité, à moins qu'il ne se trouve <f des poètes, des philosophes et des historiens a dignes de décrire les grandes actions des a guerriers et les vertus des magistrats qui « ont illustré leur patrie. »
C'est ainsi que finit le discours.
Pouvait-on mieux dire en prose ce que le citoyen Esménard avait dit en vers, il y a un an, dans son Ode au premier consul, après la bataille de Marengo?
Les peuples et les rois aux nymphes d'Aonie Doivent le souvenir de leurs faits éclatants , Et la gloire a besoin des ailes du génie Pour échapper au temps.
Un poète ne doit jamais manquer l'occasion de dire à un héros : Vous avez besoin de moi pour pan'enirà la postérité; un poète doit toujours mettre en opposition la gloire du grand homme avec les ailes du génie , parce qu'indubitablement Fon peut être grand homme sans ailes de génie, au lieu qu'il en faut pour être poète; et de plus un héros ne peut pas dire au poète : a Vous avez besoin de mes (f belles actions pour faire vos grands vers, b cùOime le poète dit au héros : a Vous avez be- « soin de mes vers pour célébrer vos hautes a actions. » Car il est prouvé que, quand les grandes et belles actions sont rares ou peu accréditées, il se trouve encore des poètes qui savent se rabattre sur les petites et sur les mauvaises, et en tirer un assez bon parti (i). Mais ce qu'un poète a le droit de dire, pourquoi l'écrivain en prose ne le dirait-il pas? Si l'un fait des odes, l'autre n'écrit-il pas This-
(1) Horace a dit :
yixereforUt «ni* ^ JVtf/ti. ied OMJUf UlmcrimalbiUi Vrgetatur, ignùtiquê iomga Noete , eurent gwia vaU ioero.
OoBt,U?. IV.
Mais à qui Horace écrivait-il cela? G*élaîi à Loi* Uns, son ami, alors simple partieulier, instituteur de Galus César. Horace croyait les poètes en droit de parler d^eux-mémes avec enthousiasme à leurs amis, même à l'univers : Exegi monumenium , etc. ; mais il aurait eu la bonhomie de regarder comme contraire à la bienséance, à la politesse, d^adrésser ce langage à Auguste. En le louant , il aurait travaillé à faire des vers inunortels ; mais il n'aurait pas eu la noble assurance de les offrir comme des brevets d'immortalité à son héros.
toireî ne failli pas les baraoguest ne rédiget-il pas lesgazettes? nerédige-t-il pas lésvietix manuscrits de la Bibliothèque nationale ? Quand il n'y avait pas d'imprimeries, de gaiettes^ de gazetiers, sans doute il fallait des odes pour perpétuer les grands souvenirs; mais s'il avait été fait une gazette de la guerre de Troie, nous aurions assez de gens pour faire V Iliade; et quand nous n'aurions pas A' Iliade, nous saurions qu'Achille était un héros, Hector un héros, Pyrrhus un héros. L'orateur a donc bien fait de traduire en prose les vers du citoyen Esménard, avoc une petite variante en l'honneur des prosateurs.
Enfin, ce qu'on ne peut trop louer dans le discours prononcé au nom de l'Institut^ c'est qu'en rappelant entre les consuls et l'Institut l'égalité par la confraternité, et ensuite en prouvant la supériorité de l'Institut sur les consuls par la difrérenc§ des ailes, il dispense délicatement le premier consul de reconnaître ces avantages dans sa réponse. Et, en effet, connaissant son estime profonde pour les savants, son respect pour les sciences, son inclination pour les gens de lettres et son enthouaasme pour la poésie héroïque, l'orateur pouvait craindre qu'en rendant un simple hommage aux travaux, aux vertus du premier magistrat, celuici ne se crût obligé de répondre, avec urbanité : a Les consuls reçoivent en confrères recona naissants l'hommage qui est rendu aux pre- 0 miers magistrats de la république. Us y meta tent d'autant plus de prix qu'ils ne se flattent a pas que la gloire de bien gouverner puisse a se passer des plumes du génie pour écfaapa per au temps, et qu'ils reconnaissent n'avoir « d'autre mérite que celui de faire ce que ies a poètes conseillent et d'exécuter le bien qu'Us a célèbrent. » UAdmxroXewr.
(Jewmat de Paris, du 18 froctidor an ix. — S septembre isoi.)
LlfcPLU€HBim DB L'ÉnUGBBUm JOUBMAUX (1).
11 est fort heureux pour la langue française qu'il se soit établi dans le Publiciste un éplu-
(1) Cette plaisanterie a été imprimée dans le Jm/rnal de Paris , du 23 frimaire an xi , au sujet d une
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cheùr des journaux. Les journaux sont aujourd'hui toute la littérature française; on ne pense^ on n'écrit plus que pour les journaux, et cependant les uns sont rédigés avec une négligence indécente, les autres le sont par des gens qui n'ont pas les premiers princlpes de la grammaire. Il convient qu'une critique saine ^ piquante, soignée > exempte de toute incorrection, toujours claire, toujours élégante, redresse les journalistes négligents, écarte les journalistes incapables. L'écrivain qui s'annonce dans le Publiciste ne tardera pas sans doute à remplir toutes ces conditions. En se déclarant puriste il prend l'engagement d'être pur, et en se constituant éplueheur il promet de ne point fournir d^épluchu-^ res. On pourra trouver quelque chose à redire dans son article du S2 frimaire an xi ; mais il faut considérer qu'il n'est encore qu'à son troisième numéro. Dans le quatrième, le mieux sera sensible, et il lui en coûtera peu pour être parfait an vingtième ou au cinquantième. On pourrait répondre, par exemple, qu'en Pan m il ne fera plus une phrase comme celle-ci : « Je <x ne sais pourquoi ce passage (de Montaigne) a me revient en mémoire en lisant un article a très-spirituel d*un journal qui... (du Journal « de Paris.). » De deux fautes qui sont dans cette phrase, il en fera tout au plus une Tannée prochaine. Laquelle! Je n'en sais rien. Dira-t-il encore : Ce passage me revient Em mémoire f comme s'il y avait en lui plusieurs espèces de mémoires, et comme on dit d'un domestique : Il entre en maison , en laissant indéterminée la maison où il entre t Ou bien dira-t-il : Ce passage mb revient a la mémoire, parce qu'il n'a qu'une mémoire, et comme on dit : // revient a la maison et non en maison, parce qu'on parle d*une maison déterminée, et non de toute maison indéfiniment? Si Véplucheur retombe dans sa première faute, du moins évitera-t-il de dire : Je ne sais pourquoi cepas' sage me revient en mémoire, en lisant. Un passage qui revient en lisant ! Un passage lisant ! L'éplucheur dira quelque jour tout bon-
critique insérée dans le Publiciste de la veille , sous ce titre : VÉplueheur des Journaux, Cet article était de M. Suard, et tombait sur deux articles précédemment insérés dans le Journal de Paris ^ l'un par M. de Boufflera, Tantre par M. Devaînes.
nement: Je ne sais pourquoi ce passage me revient à la mémoire quand je Us, etc. ; ol il évitera ainsi ces deux en en qui me reviennent en mémoire en lisant son article.
Je ne parle pas de quelques petites erreurs de sens qui se trouvent dans ce même n^ 3. C'en est une de dire qu'un hypercritique attire l'attention par les combats qu'on lui livre: ce sont, sans doute, ceux qui lui livrent combat qui attirent sur lui l'attention. C'en est une autre de donner comme chose de mauxHiis ton cette locution tout au plus de mauvais style : Le nombre du genre humain s^est accru, etc. ; mais les fautes de sens ne comptent pas dans les critiques des puristes, et il importe peu à TÉplucheur que vous trouviez à rogner dans ses pages, pourvu qu'il ne se trouve rien à éplucher dans ses mots. L'Épluché.
(Journal de Paris , du 23 frimaire an xi. — 14 décembre 1803.)