‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 176 sur 208 · AUX AUTEURS DU JOURNAL · texte numérisé non relu

AUX AUTEURS DU JOURNAL

Deux mots, citoyens, sur un article de votre feuille de ce jour, 24 ventôse, que je viens de lire en ouvrant ma boutique.

a Les jeunes garçons de boutique de la rue a Saint-Denis continuent à porter le chapeau a russe, et entre eux ils appellent cela le chaa peau à la mode; mais les jeunes militaires, a la jeunesse française portent le chapeau a français. »

Vous êtes mal informé, citoyen, et dans cet article de cinq lignes il y en a au moins quatre d'injurieuses et fausses.

Les jeunes garçons de boutique de la rue Sajnt-Denis, occupés de leur état, retenus à leur comptoir du matin au soir, n^ont pas de temps à perdre dans Fétude des modes, et s'ils avaient à s'en occuper, tout, même leur intérêt, les porterait à préférer les modes françaises. S'ils portaient le chapeau russe, la faute en serait à vous, citoyens, à vous qui nous donnez gravement deux fois par décade un article Modes, et qui nous appreniez, il y a quatre jours, que le chapeau russe était passé des sociétés dans la ville.

Il y a plus que du ridicule dans l'affectatton à distinguer les jeimes garçons de boutique des jeimes militaires, de la jeunesse française. Un très- grand nombre d'entre nous étaient hier dans les rangs de vos défenseurs, beaucoup y sont encore ; les autres peuvent y être demain. Il est sorti des boutiques et des ateliers au

MODES

moins autant de bons soldats que des salons. Nous croyions n'être plus dans le temps où le travail était un titre au mépris^ et nous pensions qu'après douze années de révolution il ne restait plus entre les hommes de distinctions personnelles que celles des vertus et des ta* lents ^ de distinction sociale que celle des fonctions publiques. Nous avons encore l'orgueil de croire que des jeunes gens occupés^ laborieux, qui se destinent à une profession intimement liée aux progrès de industrie et à plus d'un genre de prospérité publique, ne sont pas la partie la moins intéressante de lajeu" nexne française.

Votre article pourra faire dédaigneusement sourire dans quelque salon où l'inutilité et le désœuvrement sont en honneur; mais dans nos boutiques on ne le trouve ni juste ni poli; et comme assez ordinairement, citoyens, votre feuille réunit ces deux qualités^ je crois devoir vous en avertir, en vous priant d'insérer ma lettre dans un de vos prochains numéros.

Je vous salue.

Y., Garçon de boutique, rue Saint-Denis.

OBSRRVATIOKS DU RÉDACTEUm DBi MTITBI NOUVELLES.

Le citoyen Y. a raison. Nous nous sommes aperçus trop tard qu'il manquait un mot k notre chapitre f/es chapeaux. Au lieu des jeunes garçons de boutique delà rue Saint-Denis, nous avons voulu dire les jeunes garçons (fe boutiques de chapeaux de la rue Saint-Denis , etc. En effet, l'Invention des chapeaux russes est due uniquement aux chapeliers. Ces citoyens, pour faire mettre au rebut les chapeaux achetés chez eux la veillç, ont fciit porter à leurs garçons des chapeaux de ce nouveau modèle, les ont envoyés ainsi au bal et au boulevard, et ensuite ont fait crier : Cext la mode. Cette ruse est usitée depuis longtemps dans le conw merce des chapeaux. On pourrait la définir : l'art de faire vieillir en deux jours les chapeaux neufs. Réparation aux jeunes garçons de boutique. Toutefois nous sommes bien aises que notre lapsus calami leur ait donné occasion de désavouer aussi cette vilaine forme de

chapeau, qu'il faut laisser aux garçons chapeliers, pour châtiment de leur complaisance à servir d'échantillons (1).

(Journal de Paris, du 17 ventôse ao x. — 12 mars 1802.)

— On danse peu cet hiver ; il y a peu de bals ; ceux qu'on donne ne sont pas animés. Pourquoi? C'est que, pour danser, il faut trop bien danser. On danse pour les autres, non pour soi. Les bals sont devenus des spectacles, et ne sont plus des amusements. Le bien danser tuera la danse.

— Ce qu'on appelle aujourd'hui une danseuse, en société, est une artiste qui travaith le matin les pas qu'elle doit exécuter le soir.

M"** a mal dansé hier; c'est qu'elle n'avait

pas eu le temps de travailler avant le bal.

— Les danseurs ont aussi la prétention d'être admirés. Une dame disait à l'un d'eux : a Vous avez dansé hier à merveille. » 11 répondit : « Étiez vous bien placée ? »

— Les bals ne redeviendront un plaisir que quand ils cesseront d'être un spectacle; ils ne cesseront d'être un spectacle que quand les mères de familles diront aux maKres de danse de leur fille : « Monsieur, je ne veux pas que « ma fille danse comme une femme de théâ- « tre D ; et diront à leur fille : <x Mademoiselle, a c'est être immodeste que de se faire regar- « der. » {U Observateur.)

(Journal de Paris, du 15 pluviôse aa x. — 4 février 1802.)

— Les curieux ont été voir, ces jours derniers, chez M. Leroi, marchande de modes à la mode y des robes de cour qu'il a faites pour l'infante d'Espagne, qui épouse le prince héréditaire de Naples. Une dame, trop jeune pour avoir vu des habits de cour en France, étonnée de la longueur des queues et de l'ampleur des paniers sur lesquels doivent être portées les

(1) (iVo/e de l'éditeur ») Les deux articles ci -dessus et celui qui y a donné lieu , et dont les termes sont rapportés dans le premier , sont tous trots de mon père.

robes de la façon de M. Leroi, lui adressa naïvement cette question : Monsieur, c'est donc l'usage de porter tes robes de cour sur des paniers? — Ont, madame y a répondu gitivement M. Leroi,^^ cela est d^unetrès-bonne politique.

— Les gens du peuple sont choqués de voir les voitures si basses ; ils Tout mokoè été de les voir excessivement élevées. La belle voiture!

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disait hier une femme du peuple en voyant passer une berline anglaise ; c'est dommage qu^elle soit trop basse. — Pourquoi trop basse? demanda un passant. — Cest , répondit cette femme, parce qu'elle est bassb. — Il semble qu'en France ce mot n'ait besoin d'explication pour rien ni pour personne.

(Journal de Paris , du 7 fructidor an x. — 26 août 180S.)

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