‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 179 sur 208 · COPIE DUNE LETTRE · texte numérisé non relu

COPIE DUNE LETTRE

ftCRFFB Par un JBIJIIB HOMME A ini DE SES AMIS A ROUEN.

Tu me demandes comment vont les bals à Paris; ma foi, charmants! Mais au bal de rOpéra d'hier on ne parlait que d'aller donner le bal aux Autrichiens , et nous t'attendons pour être de la partie. Tu m'annonces que Vi viens d'acheter deux beaux chevaux de selle , à la foire de Caen; j'en suis charmé , tu m'en céderas un. Tu espères, dis-tu, qu'on te remarquera cette année sur le chemin de Longchamps. Mon ami,Longchamps, cette année, est sur le chemin de Dijon ; nous irons ensemble. Je me suis inscrit pour être volontaire^ et je compte sur toi pour compagnon. On nous donnera un uniforme très-élégant. Nous marcherons avec Bonaparte; et, ma foi, sais^tu que, bi nous ne finissons pas cette année-ci cette diable de guerre , Tannée prochaine , au lieu . de marcher comme volontaires et d'être à cheval , nous marcherons comme conscrits, à pied, et le sac au dos. Nos plus jolis et nos plus élégants danseurs veulent être des volontaires de Bonaparte. Il y a trente de nos amis qui se sont enrôlés. P.... a déjà pris une humeur si martiale que, ce qu'il craint le plus aujourd'hui, c'est qu'on ne fasse la paix. La mère de S.... faisait de grands hélas pour permettre l'enrôlement de Frédéric ; mais le vieux général L. .p Pa décidée en lui disant : a Madame, ma foi , il sera honteux, dans deux ans d'ici, à un Français de vingt-deux ans, de n'avoir été de rien dans toute la guerre. Votre fils sera-t-il là comme une poupée , entre tant de jeunes gens qui auront deux, trois campagnes à raconter, et des blessures à montrer ? Et pardieu ! ajouta-t-il, le moment est bon. La guerre n'est pas encore sûre; votre fils, en se présentant aujourd'hui , aura tous les honneurs du dévouement sans courir peut-être une minute

les dangers de la guerre. Et puis combattre avec Bonaparte ! Allons, allons, madame, envoyez votre fils, il y a presse. »

Ma foi , la chère dame a pris son parti, et nous cherchons un bon cheval pour Frédéric. On dit qu'il y aura des bals à Dijon et des fêtes charmantes; je l'espère. C'est comme cela qu'on doit ouvrir une campagne, et Bonaparte entend cela. Il nous traite bien comme des Français. Nous Paimons beaucoup aussi. Tâche d'arriver pour la parade du 25, ou au nooins pour la grande revue du 26. Cela sera superbe. On dit que ses braves guides vont partir pour prendre les devants. Le général Murât reste à Paris ; il en pleure comme un enfant , et pourtant il a la plus charmante petite femme ! C'est une maladie, jeté dis, que Tenvie de s'en allez-en guerre avec Bonaparte. // remets dra-i'à Pâques ou zà la Trinité. Ça m'est égal : je ne reviendrai qu'avec lui. Bonjour. Dépêche-toi.

P. S. — J'oubliais de te dire que d'anciens officiers généraux de l'ancien régime sont venus demander à Bonaparte d'être ses aides-decamp. Chacun veut entrer dans la révolution, depuis qu'on voit le dévouement du Premier Consul pour la République et son talent pour la servir.

(Journal de Paris , 22 ventôse an vu. — 15 mars 1800.)

DR LA UBBEtA de TBAVAILLEE,

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