M. LE BARON LOUIS
mon départ. J'avais un vif désir de l'avancer. Les revenus du royaume de Naples faisaient l'objet de mes recherches depuis quelques jours, quand j'ai reçu votre précieuse invitation. Ces douanes , intérieures, morcelées, engagées en partie, me présentaient bonne matière pour augmenter les revenus du roi, tout en se faisant adorer des Napolitains, problème dont vous savez combien j'aime à chercher la solution avec vous. J'avais donc le plus grand intérêt à arriver assez tôt pour profiter de vos conversalions instructives avant votre départ, que vous m'annonciez comme vraisemblable pour l'automne. Si cet empressement m'a exposé à l'inquiétude de vous avoir déplu en ne faisant pas un usage assez discret de votre bienveillante lettre, vous voyez que j'en suis bien puni ; je le serais trop, si cette circonstance n'ajoutait pas encore à votre confiance dans les droits que vous avez sur ma reconnaissance et sur mon dévouement. Je croyais que c'était la lettre du ministre Dumas que Tempereur avait voulu garder, et je l'en avais aussitôt prévenu par l'estafette d'hier : mais je viens d'être mieux instruit. J'ai sa lettre, et n'ai pas la vôtre ; je m'empresse de vous en rendre compte à tous deux , bien honteux d'avoir si mal répondu aux offres pleines d'obligeance que je vous dois.
« J'espère que vous voudrez bien, en mettant mes respectueux hommages aux pieds du roi, lui garantir ma reconnaissance étemelle. Je serais trop heureux si je pouvais la lui prouver par mes services. Je ne mets rien au-dessus de l'honneur de les lui consacrer sans réserve.
a II est possible que vous ayez à Naples reçu quelques reproches pour avoir attiré , sans en prévenir, quelques acteurs de Paris , et que vous ayez pensé qu'il fallait les prévenir, même pour un aussi chétif individu que moi. Alors, l'empereur pourrait changer d'avis, car il a dit : Je l'aurais trouvé bon, si on se Jût adressé à moi. Malheureusement Lacuée, qui est en dénigrement de l'administration de la guerre, s'est avisé de me présenter comme un homme qui était nécessaire. Je me flatte d'être agréable à mon ministre , mais je ne lui suis rien moins que nécessaire ; je serais bien humilié si, depuis quatre ans que j'y suis chargé d'une besogne^ elle n'était pas montée en hommes et en habitude de manière à très-bien aller sans moi.
Vous voyez que je ne cache pas mes prétentions. Mais soyez assuré que je n'en ai point auxquelles je tiens autant qu'à celle de vous persuader de ma reconnaissance et du dévouement de votre serviteur,
« Louis. »
Pour termiDer cet épisode, je vais produire un extrait de deux lettres que mon père écrivit à la même époque à madame Rœderer :
« 17 juillet 1806. — ... M. Louis s'est un peu amusé à mes dépens et aux dépens du roi. L'empereur a renvoyé ici la lettre que j'avais écrite à lui, Louis. Je ne l'avais pas écrite pour qu'elle fût remise à l'empereur. Au reste, cela a fait l'avancement d'un homme de mérite , et j'en suis fort aise , quoique j'aie à m'en plaindre... »
« 20 juillet 1806. — ... Je vous ai écrit par M. Lebrun ce que je pensais du procédé de Louis. Je vois par votre lettre du 29 juin, qui me parvient seulement en ce moment, que nous nous sommes rencontrés sur ce sujet. Le résultat de ceci est que Louis m'a fait dire de nouvelles injures par l'empereur , en récompense d'une démarche qui le plaçait entre une place de 25,000 francs à N^ples et un titre de maître des requêtes à Paris... »
On peut juger par tout ce qui s'est passé depuis lors si mon père avait bien conseillé le roi, et s'il s'était trompé sur le mérite de M. le baron Louis , qui s'est, depuis, illustré conune l'un des plus habiles ministres des finances qu'ait jamais eu la France.