ARTICLE DEMANDA PAR LK PREMIER CONSUL
On a répandu que les filles publiques qui ont été enlevées, il y a quelque temps, au palais Egalité, devaient être transportées en Egypte, C'est un bruit injurieux pour Tarmée, c'est une accusation de tyrannie dont le consul Bonaparte particulièrement s'est montré offensé. Le magistrat peut vouloir mettre obsta-
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cle au débordement des moeurs, mais non violer les lois pour sévir sans mesure contre des fautes qui blessent les mœurs; et la république n^a point à craindre que, pour faire cesser un désordre qui n'est ni nouveau ni absolument destructif de la société, ses consuls aillent oRenser la liberté publique et menacer la sûreté particulière.
(Journal de Paris, du 20 frimaire an vn. 13 déoembre 1799.)
(Note de l'éditeur.) Où peut voir à la page 304 du troisième volume, deuxième colonne, la conversation que mon père avait eue deux jours auparavant avec le premier consul, qui lui demanda expressément de publier, sur le bruit qui s'était répandu de la déportation des filles publiques , un article au Journal de Paris, non pas de deux lignes, mais bien détaillé, q/in que la chose restât,,. J'aurais dû placer cet article immédiatement après celui qui le provoquait ; il ne m*est pas tombé à temps sous la main.
ACADÉMIES DE PROVIKCZS.
Quand je fus nommé directeur général de l'instruction publique (le 12 mars 1802), dix académies me nommèrent entre leurs membres : je ne remerciai point d'un honneur qui était déféré à ma place.
LAPSUS LINGUiB.
Une jeune dame anglaise se promenait aux Tuileries avec un ecclésiastique , et s'entretenait avec lui de la révolution religieuse qui vient de s'opérer en France; elle lui dit entre-autres cboses fort solides : Il est certain, monsieur, qu'il faut un refrein aux passions !
(Journal de Paris, du 22 fructidor an x.— 9 septembre 1802.)
SUR LE PAUVRE CaiEN.
Cet hiver, tout Paris a vu, sur la glace, au milieu de la Seine, au-dessous du Pont-Neuf, un chien couché sur un peu de paille pendant plusieurs jours consécutifs , sans prendre de nourriture, et ne relevant §a tête que pour pieu rer son maître qui, en cet endroit, était tombé dans la rivière. Plusieurs journaux célébrèrent la fidéUté de cet intéressant animal. Mais un^ peintre, que je ne prendrai pas pour peuidre la bonté et la fidélité, écrivit dans le Journal de
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Paris que ce chien était resté là par pure obéissance à la volonté d'escrocs qui espéraient le Taire payer cher à quelque spectateur enthousiasmé. Je lui fis, quelques jours après^ la réponse suivante :
Jq réclame pour le chien, ail était^ dit le citoyen Beujearriese (\), attiré par de la viande que des escrocs avaient placée sur la rivière. » Mais si celui-là était attiré par de la viande, pourquoi d'autres ne Fétaient-ils pas? Mais personne ne Ta vu manger; mais il est resté là des jours et des nuits; mais il était toujours couché; mais il n*y avait point de viande près de lui; mais on Ta tué^ parce qu'il ne buvait^ ni ne mangeait^ ni ne quittait la place^ et qu'U pouvait devenir enragé. S'il n'avait été attiré que par de la viande^ la viande mangée, pourquoi serait-il resté? On ne peut expliquer sa persévérance que parla perte d'un bon maître, ou par une extrême docilité au commandement d'un maître brutal qui lui aurait donné quelque chose à garder sur la glace, et qui aurait espéré de le vendre cher à la faveur de cette supercherie; mais cette dernière supposition est très-improbable; car que pouvait demander l'escroc pour aller diercher le chien? lî fr., â4, s^il n'y avait pas de danger. Or, quel chien
(1) Journal de Paris, du 4 pluviôse an v. — 13 janvier 1799.
assez docile pour exécuter si fidèlement un si cruel commandement ne se vendrait pas 13 ou S4 fr., sans tant de peine ? S'il y avait assez de danger à aller sur la glace pour que le marchand du chien fût fondé à demander un haut prix de sa peine, il risquait bien plus de perdre son chien qu'il ne courait la chance de le bien vendre^ et il faisait trafic de sa vie plu-' t6t que de son chien.
Le citoyen Beujearriese trouve qu'il n'y a rien d'extraordinaire dans un chien fidèle. Estr* ce là sa raison pour ne pas croire à celui qu'on cite?
Il a soupçonné un genre d'escroquerie vraiment inouï. Est-ce pour cela qu'il veut qu'on y croie?
Au reste, il nous donne un homme et un chien à mépriser; nous aimons mieux la pre^ mière histoire. D'ailleurs, nous avons b^in de chiens mourant près des hommes morts, et se gelant près des hommes noyés, pour nous consoler de voir, d'un autre|c6té, dans ces gros hivers, des loups fouiller, en hurlant, la tombe où reposent des hommes enterrés.
(Nota.) Cet article a paru dans le Journal de Paris, à côte d*une nouvelle lettre de Dulaure contre Montesquiou.
(Journal de Paris, du ft pluviôse an ▼. — 25 janvier 1799.)
OPUSCULES