ESSAI
SVm LES CAUSES QUI , EN 1649, AMEIfèBKirr KN Alf«LB- TBBKB L'fcrABUSSRMBNT DE LA BÉPCJBUQUB; WOm CELLES QUI DBTAIEirr L*T COlf SOUDER ; SCWi CELLE! QUI l'y nRKlfT PÉBIR;
Par BOULAT (de la Mearthe), représentant du peuple.
L'ouvrage est divisé en trois parties : dans la première^ l'auteur montre les causes immédiates et saillantes de rétablissement de la république; dans la deuxième^ il remonte aux causes éloignées de cet événement; dans la troisième, il fait connaître les fautes qui l'ont détruite et ont ramené la monarchie.
La première partie est très -courte; c'est on tableau abrégé des abus du pouvoir royal, associé à la tyrannie religieuse; abus couronnés par les massacres d'Irlande^ que Charles l*' paya de sa tête.
La deuxième développe avec beaucoup de justesse et de clarté les causes qui, dès longtemps auparavant, avaient miné les deux soutiens de la royauté , savoir : l'oligarchie nobiliaire et l'aristocratie sacerdotale, en élevant sous le nom et la Torme de régime municipal le système démocratique. Ces causes furent d'abord les défiances de la royauté elle-même, à qui les seigneurs féodaux étaient redoutables, et que le clergé humiliait sans cesse; ce fut aussi le droit de représentation donné aux communes dans le parlement; ce furent enfin les intérêts de religion qui s'associèrent aux intérêts politiques et donnèrent aux âmes une vive impulsion. Comme les communes avaient généralement embrassé la doctrine la plus morale, et formaient le parti le plus nombreux, sous le nom de calvinistes, de puritains, de
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presbytériens, elles écrasèrent le parti royal et le parti romain , et la république fut proclamée.
Ainsi ^ comme le remarque Fauteur, a lorsque la république fut proclamée en Angleterre, elle était non-seulement dans la force des choses, mais encore dans celle de Topinion... et une foule de circonstances heureuses concouraient à consolider ce gouvernement. » D'abord, la situation physique de TAngleterre la dispensait d'une force militaire capable d^inquiéter la liberté. En second lieu, la majorité du peuple, qui avait voulu la république, réunissait la plus grande partie des richesses, des talents et des vertus du pays. Outre la connaissance de ses droits à la souveraineté, elle en avait le sentiment, et à quelques égards rhabitude; elle possédait les connaissances nécessaires pour organiser la république ; car on agita dès lors toutes les questions les plus importantes de la politique : N'y aura-t-il qu'une seule assemblée représentative ? srrat-elle divisée en deux branches? y aura-t-il un conseil des anciens, un conseil des jeunes F l'autorité executive sera-t-elle remise à un conseil ou à un seul homme ? aura-t>elle un vélo F y aura-t-il un jury consiilutionnaire ou conservateur de la liberté, pour prononcer sur les débats qui pourront s'élever entre les grands pouvoirs constitués, etc.? L'argent ne manquait pas plus que le savoir ; les biens du clergé et ceux de la couronne furent mis en vente. Assurée au dedans, la' république était respectée au dehors. « N'ayant point affiché la prétention de renverser les monarchies, ne les inquiétant pas sur leur existence politique, celles-ci n'avaient aucun intérêt à l'inquiéter sur la sienne... Même toutes les cours de TEurope briguaient à l'envi la faveur de la république :1a France lui avait cédé Dunkerque; les puissances du Nord lui obéissaient sur un seul mot de ses ambassadeurs ; le commerce espagnol avait été ruiné par elle ; la Hollande avait été réduite à consentir au fameux acte de navigation, heureuse encore de conserver à ce prix son indépendance... Le prétendant, proscrit, fugitif, pauvre et misérable, pouvait à peine trouver un asile en Europe , où il se voyait Tobjet de Tindiflerence et même du mépris universel... » Telles étaient les principales circonstances qui favorisaient l'affermis-
sement de la république en Angleterre. Comment se sont-elles évanouies? C'est ce que Fauteur examine dans la troisième partie.
Il rapporte à six causes générales le renversement de la république.
La première fut la division des patriotes en deux partis, dont Fun, pur dans ses vues et sage dansses moyens, retint le nomde presbytériens; l'autre, violent, avide, ambitieux , prit le titre d'indépendants. Quoique les presbytériens eussent les premiers attaqué et réduit l'autorité royale, ils furent accusés de royalisme par les indépendants, qui leur reprochèrent a de « n'avoir pas voté la mort du roi, et même de «f l'avoir désapprouvée. » Ils furent exclus detoutes les places civiles et militaires, et les indépendants s'en saisirent. Cette division et le triomphe des indépendants furent la principale cause de la chute de la république. La richesse territoriale et mobilière, l'industrie » la vertu, les lumières, enfin, l'avantagé du nombre, tout était du côté des presbytériens, a Les confondre avec des royalistes , les exclure comme eux des places et en quelque sorte de la république, c*était évidemment la placer dans la minorité , et dans le dénûment de toutes les ressources qui font la base d'un gouvernement solide. »
C'est un spectacle curieux que celui dnpard indépendant, de son intolérance et de sa tyrannie. L'auteur les considère comme la seconde cause du renversement de la républi que. C'est l'objet d'un chapitre particulier dont voici les principaux traits.
Les indépendants se divisèrent eux-mêmes en deux classes. Les uns voulurent Fal)olition de toute espèce de sacerdoce, et attribuèrent à chacun le droit de prêcher quand il se s£;nti* rait inspiré, a Les églises furent fermées, les prêtres persécutés, sans aucune distinction de ceux qui étaient patriotes d'avec ceux qui ne l'étaient pas.,. Les femmes se mirent à prêcher aussi bien que le^ hommes... De là une confusion qui effraya la nation autant qu'elle la dégoûta. .. Au lieu de la détacher de sa reli* gion et de ses prêtres, on les lui rendit plus chers.
Les autres a se prêtèrent à Faveu de l'existence de Dieu.,, mais ils imaginèrent de nouveaux systèmes de morale... Et, voyant que la nation ne se prosternait pas devant les rêves
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sublimes de leur imagination, ils devinrent furieux, persécuteurs, et firent cause conunune avec les autres pour tyranniser la presque totalité du peuple, i
Les indépendants furent aussi nommés aplanisseurs y niveievrs, «On les accusa de vouloir le partage égal des biens;... l'abolition des autorités... Les distinctions de mérite ne leur étaient pas moins odieuses que celle des fortunes et des états. Ils se réunissaient en clubs; de là ils menaçaient toutes les puissances de la terre,... et adressaient*leurs ordres à toutes les autorités constituées. »
(( Après avoir chassé de la chambre des conununes les presbytériens, qui en formaient la majorité,... ils entreprirent de gouverner la nation... Us formèrent un conseil exécutif de trente-huit membres,... lequel devint un pouvoir révolutionnaire et tyrannique... On vit alors des arrestations arbitraires ; les prisons furent remplies de gens suspects ; des tribunaux extraordinaires furent créés,... les lois de trahison inventées,... des échafauds partout dressés et ensanglantés, enfin la terreur universelle,... le tout au nom de la justice et de la vertu, que des propagandistes étaient chargés de prêcher paf tout. »
« Cependant... ce parti odieux et ridicule au dedans se montra grand et redoutable au dehors : il conduisit la guerre avec des succès constants; mais ces succès, qui amenèrent d'abord sa domination, contribuèrent ensuite à préparer sa ruine. Malgré la vente des domaines nationaux, malgré les nombreuses confiscations faites sur le parti royaliste, il se vit forcé de mettre sans cesse de nouveaux impôts sur le peuple... qui fit enfin entendre son mécontentement... et, après quatre ans, rassemblée fut dissoute par la force armée, et succomba sous le pouvoir militaire, dont elle avait fait jusque-là le principal instrument de son despotisme. »
Ici sont dépeintes la dictature de Cromwell, la tyrannie militaire, la dégradation de la représentation nationale, toutes circonstancesque l'auteur indique comme troisième et quatrième causes du retour de la royauté.
On sait comment Cromwell se défit de l'assemblée qu'il avait d'abord convoquée luimême et composée, à dessein, sans doute, des plus furieux levellers. Il la congédia après
avoir été Tinstigateur secret des subversions par lesquelles elle avait soulevé tous les esprits, n la remplaça par une seconde^ qu'il épura d'abord, et qu'il cassa ensuite; par une troisième, qu1l épura et cassa encore; par une quatrième, qu1l cassa encore aprè^ l'avoir épurée.
Après sa mort, Richard, son fils et son successeur , convoqua un nouveau parlement de levellers, qui bientôt le força à se dénœtlre du protectorat et créa son président chef de la force militaire, a Les officiers ne pouvaient se résoudre à plier sous des hommes de loi. » Lambert, nommé général par le parlement, le ferma. Les membres de ce corps appeOent Monck au secours de l'autorité nationale; l'armée abandonne Lambert, l'arrête et se n^et sous le commandement de Monck. Le pariement reprend ses fonctions, mais avec plus d'intolérance que jamais; il pousse au dernier excès la persécution contre les presbytériens. Il se défie de Monck, et veut s'en débarrasser; Monck fait rentrer les presbytériens dans la chambre , et ôte ainsi l'avantage de la majorité aux indépendants; mais les presbytériens ne font autre chose que d^ordonner la convocation d un parlement régulier, en prononçant toutefois l'exclusion des assemblées politiques contre les royalistes reconnus, et notamment contre tous ceux qui avaient porté les armes pour Charles I**^ ou son fils.
Ce fut à cette époque que le parti royaliste recueillit le fruit* de sa perfide prudence, pendant les désordres dont il avait été le témoin, et de ses intrigues muettes , pour augmenter le mal. 11 avait favorisé les divisions des patriotes, et rendu leur réconciliation impossible en exerçant sur eux l'art d'envenimer les préventions, les haines et les venge-ances; il s^était attaché au parti le plus violent , l'excitant à tous les actes qui pouvaient rendre la révolution odieuse; il avait contribué puissamment à la mort du roi , dans Fidée que <v ce prince, tombé du faite des grandeurs dans l'abime de Finfortune, et périssant sur un échafaud par la main de ceux qui naguère se regardaient comme ses sujets, devait, malgré la justice de sa condamnation, devenir l'objet d'une compassion générale, laquelle se changerait naturellement eu sentiment d'horreur contre les auteurs de sa niort. d
HISTOIRE Ce ne forent pas seulement les royalistes avisés qui armèrent les indépendants de haines et de vengeance; ce furent aussi ces royalistes lâches qui^ craignant d'être suspects au parti républicain^ cherchaient sans cesse à se signaler par des propositions odieuses ^ et s'étaient fait, comme dit Burnet, républicaine à toute autraïue.
Sous le protectorat, les royalistes corrompirent les patriotes par les exemples de servitude qu'ils donnèrent. Le palais de Cromwell fut une véritable cour. Ils profitèrent de la faveur qu'il eut d'abord pour rendre du crédit au gouvernement d'un seul ; ensuite ils aidèrent à la férocité du protecteur, pour que Tesprit de la nation, rendu à la royauté, voulût un autre chef. Enfin , par Teffet de leurs insinuations, « ce fut la partie la plus fanatique du parti des indépendants qui déserta la première la cause républicaine. Elle chercha à négocier avec le prétendant; lui envoya une adresse signée de plusieurs milliers d'entre eux, pour se jeter à ses genoux , ioaplorer sa clémence et sa pitié, etc. d
La situation du peuple, dans cette fluctuation des pouvoirs et des partis, était et devait être malheureuse; et c'est la dernière cause à laquelle Fauteur attribue le renversement de la république. <tLa masse des impôts allait toujours croissant. La manière inégale et arbitraire dont la plupart des taxes étaient assises était encore plus insupportable que leur poids... La justice était également soumise à l'arbitraire... Les arrestations, les commissions et les lois extraordinaires étaient les moyens les plus habituels de chaque parti dominant... L'institution des jurés avait reçu des atteintes ; il n'y avait, en fait de religion, de liberté que pour les fanatiques novateurs... Enfin, il y avait tant de bouleversements et de coups d'État qu'on se croyait condamné à la perte de tout repos... Dans cet état de lassitude, de dégoût f de souffrance , le peuple ne savait où trouver le remède à ses maux... »
(c Voilà les principales causes qui opérèrent la contre-révolution en Angleterre. »
a Ck)mbien les patriotes auraient été sages, observe l'auteur, si, avant que l'accablement se fit sentir, ils avaient oublié leurs querelles et s'étaient réunis pour asseoir un gouvernement libre, ramener l'ordre et répandre sur le
peuple plus de bonheur qu'il n'en avait eu sous le régime monarchique ! d
Telle est assez exactement la substance de cet ouvrage, qui parait avoir été dicté par l'amour de la liberté, par le regret de l'avoir vue fuir d'une terre si propre à la faire fructifier, et enfin par le désir d'assurer sa conservation parmi nous. Le dernier acte de la révolution d'Angleterre est un grand avertissement pour nous. En rappelant Charles II, les patriotes aveuglés s'étaient flattés qu'elle serait terminée par une amnistie. Ils obtinrent en effejt cette amnistie; mais la royauté, après l'avoir accordée, les égorgea. . ,
(Journal de Paris, du 18 prairial an ni» — 6 juin 1799.)
DES SUITES 0£ LA GONTRB-RévOLUTlON OB 1660, EN ANGLETERBE,
PÀE BENJAMIN CONSTANT.
Boulay (de la Meurthe) a prouvé dans son ouvrage que les fautes des républicains, et particulièrement celles des patriotes violents, emportés, désorganisateurs, avaient amené la chute de la république d'Angleterre. Cette leçon était urgente.
Aujourd'hui, B. Constant montre aux patriotes chancelants, à ceux qui inclineraient vers la royauté après s'être un moment engagés à la république, qu'il n'y aurait point de pardon pour eux si la royauté pouvait se rétablir; et ses preuves sont tirées des suites qu'eut la destruction de la république dans cette même Angleterre où tous les écrivains ont affecté de taire les vengeances de Charles II. a Je veux prouver, dit B. Constant, que a des conditions entre la république et la a royauté ne sont jamais que des stipulations ce mensongères pour désarmer ceux qu'on veut a punir; que les transactions avec les rois sont a toujours sans garantie; que la même impul- « sion qui porte à relever la puissance monara chique porte inévitablement à renverser tou- « tes les barrières dont on veut entourer cette a puissance, et que la nation qui ne sait pas a vivre sans un maître sait encore moins le a contenir, d
A la restauration du trône, Charles II publia une amnistie pour l'Angleterre, et cepen-
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dani il envoya à rëcharaud non-seulement les juges qui avaient condamné Charles !•% Harrison, Thomas Scott^ mais encore plusieurs de ceux qui avaient blâmé sa condamnation et refusé d'y prendre part; tel fut le chevalier Vane, dont tout le crime était d'avoir été secrétaire de la marine pendant la république. 8a défense et sa mort donnent la mesure de la vengeance royale, a Je n'ai commis, dit-il^ «aucun crime pour défendre la république; « j*ai servi mon pays avec zèle et succès; j'ai « affronté la tyrannie deCromwell. » La royauté ne l'en jugea que plus coupable; et comment en effet l'être plus envers elle qu'en consacrant à la république d'éclatantes vertus?
En Ecosse^ où il n'y avait pas d'amnistie, le sang coula par torrents, a On ne prenait en a considération, disent Bumet et Hume, ni les a crimes des accusés, ni leur fortune. On ne « demandait aucune preuve, on ne faisait aua cune vérification^ on n'écoutait aucune réa clamation Les dénonciateurs se présentaient « devant une commission secrète, et el^e cona damnait, d
A la fin, l'Ecosse obtint aussi une amnistie, mats les vengeances n'en furent ni moins générales, ni moins cruelles. Vingt ans après Fanmistie accordée à l'Ecosse, des tribunaux ambulants recherchaient dans tout le pays ceux qui avaient donné asile aux rebelles ou conversé avec eux ; car avoir cmversé avec un rebelle, c'était être un rebelle soi même.
Les vengeances ne frappèrent pas seulement sur les opinions politiques, mais aussi sur les opinions religieuses; les presbytériens, c'està-dire les hommes les plus sages et les plus modérés de la révolution, furent immolés. Un officier qui avait servi longtemps en Russie fut chargé d'exécutions militaires contre ces infortunés. Ce monstre fil pendre un fils pour avoir refusé de déclarer où était son père.
En Irlande, autre guerre non moins sanglante contre Jes acquéreurs de domaines nationaux...
En Angleterre, La vengeance royale sembla quelque temps bornée, par l'amnistie, aux tètes éminentes du parti républicain; mais bien tôt elle 6ut recours à l'artifice pour éluder la loi; elle attribua des délits imaginaires aux coupable^ qu'elle voulait punir de crimes publiquement pardonnes; elle supposa des sédi-
tions pour étouffer des proscrits. Les persécutions religieuses se mêlèrent, comme en Ecosse , aux persécutions politiques : on procéda de la même manière contre les suspects; on employa les mêmes supplices. Le règne de Jacques H fut une continuation d'horreurs. «Après l'insurrection de Montmouth^ deux « monstres, Jefferies et Rirck^ parcoururent « l'Angleterre; ivres toujours et furieux, ils « unirent partout les supplices à la dérision : « c'était au son de la musique qu'ils faisaient « périr à la fois plusieurs centaines de con- « damnés. Innocents ou coupables furent li- « vrés aux soldats; le pays entier fut couvert « de têtes et de membres déchirés. Chaque vil- « lage contempla les cadavres de quëlques- « uns de ses habitants. Une femme , connue « pour sa bienfaisance, avait donné asile jà un « fugitif; le nmlheureux la dénonça : elle fut 0 brûlée vive. »
Quelque étendu que fût un extrait, il ne pourrait donner une idée complète de Ja longue suite dps crimes dont le rédt noits a été transmis par les historiens anglais les plus impartiaux, et que B. Constant a réunis dans \& soixante-quinze premières pages de sa brochure. Les pefôécutions, les vengeance de la royauté contre les patriotes furent si diverses qu'aucune ne donnerait l'idée de l'autre, et il n'est pas de mots généraux qui puissent présenter l'idée de tontes. Chacune demandait donc son tableau sépai*é ; c'est à quoi a satisfait l'effrayante galerie que B. Constant présente aujourd'hui aux Français.
A la partie historique succèdent environ trente pages de réflexions. L'auteur y montre d'abord que la contre-révolution en France serait inévitablement plus meurtrière encore que ne l'a été celle d'Angleterre. « La nation an- « glaise eut un grand bonheur pendant ses « guerres civiles : c'est que jamais les étran- « gers ne s'introduisirent dans son sein... Le «parlement, misérablement timide, qui rap- « pela Charles II, était au moins composé d'An- « glais; les généraux, les troupes qui l'aidèrent « à remonter sur le trône, étaient anglaises*.. « Nous, au contraire, nous voyons aujourd'hui 0 des hommes que Tliurope policée regarde « encore comme des sauvages nous offrir un «joug étranger... Un prétendant, esclave des « Uusses, attend, loin des combats qui se li-
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« vrent pour sa cause^^ que la mort^ le pillage o et llncendie lui aient frayé une route san« <c glante dans cette contrée qui le repousse de «r son sein... Revêtu d'un pouvoir conquis par a d'autres, monarque tributaire, triomphateur ^dépendant, libre seulement dans ses vena geances, mais instrument lui-même des vena geances de ses alliés, il dicterait à des Frana çais les lois que lui dicteraient les Russes, a Ces lois, destinées d'abord à frapper le cena tre des idées républicaines, le seraient bien- « tôt à détruire un empire puissant dans la baa lance de l'univers. La main des étrangers, a dans sa fureur habile, étou fierait toutes nos « ressources en nous enlevant notre liberté; t les premiers efforts seraient contre nos luamières, mais leur seconde pensée serait 0 contre notre force, et leur prévoyance des- « tructive exigerait du roi leur sujet des gaa ranties de faiblesse et d'asservissement éter* a nel. 0
Après cet énergique tableau, l'auteur se demande comment l'esprit public peut rester engourdi , ainsi qu'il parait l'être au milieu des dangers qui nous environnent, et il en trouve plusieurs raisons principales.
La première est l'impéritie et l'aveuglement des dictateurs directoriaux, de qui d'ailleurs il éloigne, et avec justice, ces imputations de trahison a à la faveur desquelles la haine préci pare des persécutions nouvelles, au moment a même de la chute des anciens persécu- « teurs. »
La seconde est l'imperfection de nos institutions politiques. Les deux pouvoirs sont sans garantie l'un contre l'autre. Pour se soutenir, ils sont obligés de violer la Constitution, en affichant néanmoins pour elle une vénération profonde. Cette vénération dérisoire et ces violations éversives semblent très-propres à faire revenir le peuple de son respect pour la loi constitutionnelle comme d'une ridicule erreur. B. Constant est loin de demander qu'on change les bases de la Constitution, mais il souhaite qu'on en remplisse les lacunes, et qu'on fasse promptement cesser une instabilité qui ébranle toutes les opinions républicaines et en détache les affections.
A ces causes de langueur dans l'esprit public, Tauteur ajoute les menaces de persécution qui se renouvellent plus que Jamais contre les
meilleurs citoyens. « Des fragments de factions a ressuscitées remplissent, dit-il, les airs de a dénonciations confuses. La calomnie, qui, a depuis dix ans, parcourt en tous sens ce vaste « empire, pour y moissonner les lumières, les « talents, le dernier espoir d'une génération a décimée, exerce sans interruption sa desa tructive influence... £lle ne respecte ni les a exploits de nos généraux , ni leur efibrt, ni a leur mort glorieuse. J'ouvre ces innombraa blés libelles, qui semblent conspirer de noua veau contre la liberté de la presse; j'y vois a inscrits , au nombre des traîtres, les noms a des héros qui ont ramené vers nos frontières a des armées que l'ignorance avait dispersées; et les noms des législateurs qui , vainqueurs de a la tyrannie, pensent que la nation doit être « de quelque chose dans leurs discours et dans « leurs lois ; les noms des écrivains qui osent a réclamer les principes dont Foubli , durant a dix-huit mois , a causé tous nos malheurs.
a Que prétendez-vous donc, délateurs pera pétuels?N'avez-vous pas précipité dans la a tombe assez d'hommes illustres, assez de cia toyens vertueux?...
« Vous nous parlez d'esprit public; mais si a l'esprit public est mort, c'est vous qui l'avez a tué... L'amitié, la confiance, l'enthousiasme, a vous nous avez tout ravi. Chacun craint de a s'attacher à quiconque peut tomber votre a victime. On s'éloigne du talent parce que a l'on sait qu'il vous fait envie ; on s'éloigne de a la vertu parce que vous menacez de la dé- « chirer; on s'éloigne du courage parce que a seul il vous affronte, et que l'on craint d'être a entraîné dans sa perte. Chacun se tait, chaa cun s'isole. Celui que vous attaquez baisse a la tête , dans l'espoir insensé de vous désara mer par son silence. Celui que vous n'attacc quez pas encore vous ouvre un libre pasa sage, se flattant d'être ménagé par vous, a Faiblesse infructueuse ! inutile lâcheté ! »
L'ouvrage de B. Constant, dicté par un patriotisme éclairé et courageux , est écrit avec un talent digne de ses motifs. Nous en terminerons l'extrait par ces lignes généreuses. « Quel que soit le succès de mes efforts, a-t-il (c dit en finissant sa préface, un sentiment qui a m'est doux ne pourra ni'étre enlevé; j'aurai a prisucnvers la république un engagement de (f plus. Si le danger dont on nous menace n'é-
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a tait pas exagéré^ Fainbition d'un républicain «r serait de réclamer sa part de la proscription a qui se préjwire, et de proGter du temps qui « lui reste pour marquer encore mieux sa place « entre les amis de la liberté, d
(Journal de Paris, des 24 et 27 messidor an TU. — 12 et 15 juillet 1799.)