C.4HPACNK DU DUC DE BAUNSWICK
COItrmR LB9 FEAIIÇAIS, Bit 1792.
La première partie de cet ouvrage fait connaître les HKBurs des émigrés en Allemagne , les moyens qu'ils employèrent pour engager la l'russe dans leur querelle, les mensonges avec lesquels ils parvinrent à déterminer le plan de campagne du duc de Brunswick. Les émigrés ne formaient que des rassemblements parasites et oiseux à Trèveset à Ck)blentz : rinlrigue était l'occupation de quelques personnages principaux ; la multitude n'en avait d'autre que celle de faire bonne chère^ de corrompre les femmes. A Worms, une mère et ses sept filles se trouvèrent en même temps grosses de leurs œuvres. H n'y en avait pas en 1792 plus de douze ou quinze cents sous les armes. La po^ lice des oisifs était au reste fort curieuse ; ils avaient leurs guspects qu'ils chassaient.
Ils en avaient tellement imposé à toute TAllemagne sur les dispositions de la France que le duc de Brunswick^ à qui l'on ne peut refuser de la sagesse d'esprit et des talents militaires ^ ne fit aucune disposition pour assurer les vivres de son armée ; les vivandiers seuls pourvoyaientaux besoins ; on s'attendaitqu'une fois le pied en France rien ne manquerait à des troupes attendues comme des libératrices du pays^ que tout le monde s'empresserait à offrir tout ce qui leur serait nécessaire^ utile, agréable. L'armée croyait aller à un festin, ou tout au plus^ comme l'avait dit Calonne^ faire une promenade; et le duc de Brunswick semblait aller bien plutôt prendre le commandement momentané d^une armée de Français contre quelques factieux que marcher contre les Français.
Viennent ensuite des détails curieux sur la redditiim de Longwi et de Verdun. L^auteur a eu plusieurs entretiens avec des paysans, avec des ouvriers des villes : il les a trouvés tous patriotes; il indique plusieurs signes et rapporte plusieurs discours (entre autres ceux d'un ferblantier de Verdun ) auxquels il a re
connu que la révolution de 89 avait déjà profité aux campagnes^ aux arts et an commerce, ainsi qu'à Ja morale et à l'esprit des Français. Aprè^ quelque temps de séjour à Verdun, le bruit se répand que Louis XVI est arrivé à Gh&lons. Ce bruit avait pour objet de précipiter la marche des Prussiens vers Ghàlons. Mais dans le même temps les officiers de l'armée apprennent que la France entière est indignée du manifeste du duc de Brunswick; quelques papiers publics annoncent que l'esprit de la nation est loin de ressembler à celui qu'on a supposé ; enfin, continue l'auteur, plusieurs sarcasmeH de* Parisiens, qui couraient de bouche en bouche y ne présageai*^ rien de bon(i). Alors aussi ladyssenterie, triste résultat de la mauvaise saison, plus encore de la mauvaise nourriture, devint une épidémie dans l'armée prussienne... De ce moment, souffrante et inquiète, elle ne marche plus que par obéissance.
La seconde partie des Mémoires comprend la mai*che de Tarmée depuis Verdun jusqu'en Champagne. L'auteur y raconte, d'une manière philosophique et piquante, l'impression que produisit sur les soldats prussiens le premier combat qui s'engagea entre eux et les troupes françaises à Grandpré.
« Il fallait voir, dit-il, tous nos soldats s'incliner profondément , quand le boulet passait sur nos tètes , et se quereller entre eux lorsque, dansée mouvement précipité, l'un marchait siur le pied de l'autre. Ils s'écriaient presque tous : Seigneur Jésus! Plusieurs s'empressaient de se défaire de la viande qu'ils avaient volée la veille, et engageaient fortement leurs camarades à en faire autant : ils craignaient que Dieu ne les punit pour ce vol. Telle est la philosophie militaire ; ces bonnes gens faisaient dépendre les événements physiques des causes morales. »
L'auteur fait quelques réflexions sur les manœuvres qu'il serait bon de prescrire à l'infan-
(I) C'est à cette époque que Chamfort, dînant chez le ministre Lebrun avec plusieurs personnes trèsalarmées de l'arrivée des Prussiens, dit ces paroles , où la pusillanimité Irouve de la sottise, et qui sont pleines de dignité, ou, si l'on veut, de morgue républicaine : Oui.,, oui,., vous avçz raison,, . On dit; qu'il y a des Prussiens !
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terîe exposée au feu du canon. Il entrevoit cette vérité, que Ton traitait de folie il y a dix ans, et que nos troupes ont justifiée depuis deux, savoir : que le canon ne fait de mal qu'à ceux qui en ont peur, et qu'il faut foncer sur les batteries au lieu de leur tourner le dos. Cette vérité apportera un grand changement à Part des batailles, et peut-être à la politique universelle; car il fait dépendre le sort des combats de la valeur et du courage, qui dépendent eux-mêmes de Tenthousiasme de la liberté, et ne peuvent avoir un autre principe.
Il transcrit ensuite deux lettres de Gorani au duc de Brunswick , lettres qui, par les détails qu'elles donnent relativement à Tesprit dont les Français étaient animés au mois d'août 4792, servaient très-bien de commentaire à la canonnade française qui avait fait périr et trembler tant de Prussiens à Grandpré. Cette canonnade, ces lettres, la nouvelle que les nouveaux Francs rassemblés en Alsace allaient entrer en Allemagne, déterminèrent la fameuse retraite du Clermontois.
Et en effet la campagne de Custine justifia que les troupes allemandes auraient mieux fait de garder PAIIemagne que d'entrer en France. L'auteur raconte plusieurs particularités du camp de la Lune. Il fait ensuite d'utiles observations sur les hôpitaux militaires.
La troisième et dernière partie renferme des réflexions judicieuses sur le sort à venir de la révolution française. L'auteur pressent que, le despotisme ayant été plus écrasant et plus persévérant en France qu'en Amérique, la réaction de la liberté y sera aussi plus violente. Qu'on ne s'étonne pas, dit-il, si Hercule y frappe des coups terribles. « A Sparte même, la liberté fut illimitée ainsi que l'esclavage (Plutarque), et là aussi la puissance qui assujettit tout pjrécéda les lois qui arrangent tout. » Observons, sur ces paroles dont le régime décemviral pourrait se prévaloir, que, l'Hercule dont il s'agit ici, c'est le peuple en insurrection , et non Barrère, Collot ou Billaut, assis et trônant sur la guillotine. L'auteur; au reste, a soin de distinguer lui-même les violences, même les excès révolutionnaires antérieurs à 92, des fureurs atroces qui ont suivi. Il déteste les derniers excès; il excuse les autres, mais sans y applaudir, sans prétendre même les justifier.
Il examine ensuite à qui doit rester la victoire.
du nouveau Franc ou de son enneoii, des princes ou des peuples. Une analyse très-déliée des éléments qui constituent la force politique, une comparaison exacte et méthodique des uns et des autres, amènent sur la question une solution très-plausible, et permettent de croire que la raison, pour triompher en Europe, n'aura pas besoin de la force des armes.
Cette partie renferme quelques observations neuves qui méritent d'être pesées.
Les dernières lettres qui composent ce volume renferment les détails de la retraite de l'armée prussienne depuis le camp de la Lune jusqu'à Luxembourg : la pluie, le froid, le vent, la misère, les maladies accablaient cette armée, qui se traînait plutôt qu'elle ne marchait. Tout ce qui périt, en hommes, en chevaux, en munitions de guerre, est incalculable. Et où se retirait l'armée? dans le pays de Luxembourg, pays autrichien, pays fanatique.
Quel refuge pour des Prussiens, pour des hérétiques !
Cependant que faisait le comte d'Artois à Trêves?
a Malgré le 40 août, qui avait mis fin à U liste civile, il n'en entretenait pas m<Hns deux cents chevaux et tout le train de son andeone cour. Des parfums, des dames pour amuser monseigneur, une table de Sybarite, rien n'était interrompu. Une seule chose inquiétait ce grand prince : c'était de savoir si la marche sur Paris était déjà effectuée; en attendant, pour se désennuyer, monseigneur alla à Spa pour y visiter la banque. Là il hasarda un jour, en riant, unva-tout de cinquante mille ducats; il perdit. Il recommença, il perdit encore; et, riant de son malheur, il s'en alla en sautillant!... » Royalistes! voilà les gens que vos vœux rappellent et à qui vous voulez rendre k clef du trésor public? Nous avons eu, il est vrai, dix-huit mois de pillage depuis la république;* mais aimez-vous mieux voir recommencer un pillage de quinze cents ans sous la royauté?
Les mémoires finissent par l'histoire de l'établissement de Custine à Mayence et à Francfort.
Nous aurions dû dire en commençant cet extrait qu'ils sont l'ouvrage d'un officier prussien, qu'ils ont été composés en allemand, et que nous en devons la traduction à un Suisse,
HISTOIRE CONTEMPORAINE
C'est par cette raison qu'ils renrerment des anecdotes qui sont nouvelles pour nous» Depuis deux ans nous ne savons que fort mal et fort tard la plupart des choses qui se passent en France même; nous n^avons rien appris de ce qui se passe chez l'étranger. L^ouvrage que nous annonçons répare^ à plusieurs égards^ les lacunes de notre propre histoire, et^ de plus^ il jette sur les principes de notre révolution des lumières utiles qui méritent d'être recueillies par la philosophie et par la politique.
{Journal de Paris, du 26 germinal an ui. — 15 avril 1795.)
LfiS €tt1Htf8 DES tEBBOBlStES,
Poème, Par GRàii€E«, arUfte da Théâtre Italien.
On trouve dans ce poème des vers heureux qui expriment des sentiments honnêtes ou des idées très-justes; par exemple^ celui-ci^ où le poète peint l'état des t^^rançais sous le terrorisme:
Une moitié gémit et l'autre est abusée...
et ceux-ci^ où il peint le retour de la justice :
... La justice enfin ramène le bonheur ! Pardonnons à Terreur, au repentir sincère; Dans un homme égaré cherchons encore un frère; A son coBur combattu montrons la vérité.
Il y a aussi des morceaux pathétiques par les images qu'ils rassemblent^ par le mouvement qui les anime. Tel est celui où l'auteur représente les proscrits du 31 mai errant dans les forêts^ cherchant un asile dans les rochers^ ou traînés à Téchafaud^ ou réduits à se donner eux-mêmes la mort.
Cette production de Granger n'a été annoncée par aucune autre; on ne connaissait à cet artiste qu'un talent distingué pour le théâtre; son coup d'essai a excité de la surprise^ et cette surprise a servi à son succès. C'est un poète né au sein des malheurs publics; c'est un homme honnête et sensible ^ inspiré par l'horreur de tant de crimes, et pressé d'exhaler la plainte de tant de maux.
D'ailleurs (et nous hasardons cette conjecture, non moins pour l'honneur de Tart du comédien que pour celui de Granger), le ta-
lent d'un acteur distingué est peut-être plus près du talent du poète qu'on ne le croit communément. Il est rare, disons mieux, il est impossible que l'artiste qui rend fidèlement au théâtre les beautés de l'auteur dramatique n'en ajoute pas beaucoup de son propre fonds et ne devienne par conséquent auteur luimême. Sans doute, les grandes conceptions, la belle ordonnance des scènes dramatiques appartiennent exclusivement au talent du poète; mais serait-il absurde d'avancer que le Kain avait autant de verve tragique que Voltaire, et Préville autant de vis eomica que Destouches ou Regnard? Le grand acteur n'exprime-t-il pas autant de choses, et d'aussi belles, dans son langage d^action, que le poète dans son discours articulé? Est-il sans exemple qu'un grand acteur ait donné à un grand auteur une idée plus belle, plus forte, plus grande^ plus juste, d'un r61e, que cet auteur ne l'avait conçu lui-même? Le poète a sur l'acteur l'avantage de l'avoir inspiré, et d'avoir arrêté et fixé son expression de manière qu'elle peut être transmise à de longues distances de temps et de lieux; mais, au fond, et en com- ))arant l'expression de l'un à celle de l'autre, ne peut-on pas dire qu'il n'y a entre eux de différence que celle de la langue dans laquelle chacun a traduit ce qu'il avait à dire?
(Journal de Paris, du 9 floréal an m. — 28 avril 1795.)
LES PBEBUBRS JOI71IS DE PRAIEIAL,
PAK L*AirrEDK DBS JOURlf ÉBS DES 12 ET 13 fiERMINAL.
Ce titre arrête peu l'attention des curieux. Tout Paris a eu part aux événements des premiers jours de prairial, ou au moins en a été témoin ; toute la France en a lu les détails au moment de leur conflagration; et personne n'a besoin encore de repasser cette histoire ailleurs que dans ses souvenirs.
Mais si le désœuvrement fait lire vingt lignes de l'écrit dont il s'agit, un intérêt vif et soutenu le fait lire tout entier sans interruption. Non-seulement il offre des particularités ignorées ou peu connues, qui rappellent la curiosité vers des objets sur lesquels elle croyait s'être épuisée, mais même il reproduit ces Journées avec une vérité si parfaite que Ton
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croit s'y retrouver encoi*e; il en enchaîne les faits principaux dans un ordre si exacte il en rapproche les circonstances avec tant de bonheur^ il en peint les personnages avec tant de fidélité, qu'on démêle dans ce tableau ce que tous les yeux n'ont pas vu dans l'action même, c'est-à-dire les causes qui ont agi sur ses commencements, conduit sa marche et amené son dénoûment.
La diction est en général correcte, quelquefois élégante, plus souvent énergique ; mais ce qui distingue surtout le style de Tauteor, c'est son mouvement, tellement naturel que le lecteur croit plutôt s^abandonner à 9es propres pensées que suivre le eoura d*uiie leetiire. L'auteur s'avance d'abord à grands pas, comme la curiosité, vers les événements qui s'annoncent; il s'arrête bientôt, comme l'effroi, devant les catastrophes qui se préparent ; il mar« che mal assuré, comme Pégaremeot, au milieu des désastres; il s'arrête de nouveau, comme l'étonnement, devant des ressources inattendues; il s élance enfin, comme l'espérance, vers la victoire, et s'élève, comme l'enthousiasme, dans les jouissances du plus glorieux triomphe et dans les présages du plus heureux avenir.
L'ouvrage est suivi de notes anecdotiques et politiques. On dit que l'auteur est jeune encore. S'il nourrit sa pensée, il pourra un jour prendre une place distinguée entre les historiens. Puisque nous ne sommes pas destinés au bonheur de vivre dans des terres stériles pour l'histoire, félicitons-nous du moins de voir naître des hommes capables d'observer et de recueillir pour elle les événements dignes de l'occuper.
{Journal de Paris, du 10 fructidor an ui. — 27 août i795.)
MBILAH,
RBPRÊSBNTANT DU PEUPLE , DÉPUTÉ PAR LE DÉPAR- TEMENT DBS BASSES-PYRÉNÉES.
C'est une histoire précise, exacte, judicieuse, de la convention nationale, depuis son ouverture jusqu'au 9 thermidor. Tous les faits importants y sont rappelés; on y voit en action tous les personnages qui ont eu part aux événements; on y trouve le développement de
toutes les combinaisons du crime et de toutes ses théories. Tout y annonce un esprit sage et éclairé, une ftme honnête, pure et exempte de passions. Le style en est simple, clair, noble. Cet ouvrage servh^ plus à Thistoire que beaucoup d'autres qui ont été entiepris avec la prétention d'en tenir Reu, et qui ne sont que des plaidoyers déguisés en faveur de quelques hommes, de quelques passicms, et même de quelques crimes.
(Journal de ParU, du 6 nivôee an iv.
— n décembre I79S.)
Kïï DO UAMCKL RÉTOUmORlIAIBS, DS
C^est ooe terribie engeance qœ cette mmfh rifé de la noblesse, doftt on a tant pnrié et dont on devrait tant parler encore ! On ne oofiçoil pas conmient la république a tenu depuis deux ans cx)ntre la minorité de la noblesse ! On sait que, ce qu'on appelle de ce nom, c'estles cinquante-trois membres de la noblesse qui, dans rassemblée constituante, se sont réunis les premiers au tiers état. Cinquante- trois membres! quelle masse effrayante / qui se sont réunis au tiers état, quelle cause de suspicion aux yeux de la république ! H est vrai qu'aujourd'hui plus de la moitié n'existe plus, que la Rochefoucauld a été assassiné, Alexandre Bauharnais, Ciistine, Victor Broglie, etc. assassinés; que le traître la Fayette, le/rfll/r«Latour-Maubourg périssent dans les prisons de leurs amis les Autrichiens; que deux ou trois autres meurent de fairo en Suisse , deux ou trois à Hambourg, deux ou trois à Philadelphie. Il est vrai que les deux intrigants qui ont été signalés dans cette minorité sont, l'un, marchand libraire à Londres, Pautre, chevalier d'industrie, <m ne sait oîi; de sorte qu'on retrouverait diificilemeot dans toute la France plus de dix ou douze membres de cette minorité de la noblesse , et plus de cinq à Paris. Et encore assure-t-on qu'il» ^y*'tent jusqu*aux hasards qui pourraient les faire rencontrer ensemble.
Mais n^importeî ces hommes suffisent chacun séparément à tout ce qui peut tendre au renversement de la république. Savez-vons de quoi ils s'avisent maintenant pour troubler Ilstatî L'un cultive son champ, un autre fait un
fflSTOlRE CONTEMPORAINE.
livre l - Un livre! — Oui , el «n livi-e philosophique> un recueil d'observations sur les mouvements et les circonstances d'une révolution, sous te tiire de Manuel révolutionnaire. — Et Fesprit de faction y perce , sans doute^ à chaque page? — On le voit dès la première ligne : Pouvrage est précédé d'une épltre dédicatoire aux factions, a Je vous dédie mon ouvrage^ leur dit Tauteur, comme jadis les Athéniens dédièrent un temple aux bonnes déesses; conrmie eux je reconnais la supréma* tie de votre puissance ; et, c(Hnme eux , tandis que je rends grâces aux autres dieux du bien qu'ils font, je vous remercie, vous, du mal que vous ne faites pas. Je reconnais, avec gratitude, que la patrie vous doit son existence; car, si elle n'a pas été détruite, c'est» sans doute, que vous ne Favez pas voulu, puisqu'il est incontestable que vous l'avez pu. »
-— L'auteur feint de se jouer des factions; niais sans doute il est bien perfide royaliste, et il fait par ses insinuations plus qu'il ne ferait par des intrigues? 11 soutient, je le parie» qu'après des victoires une république doit faire la paix l — Pas tout à fait ; mais il avance quelque part qu'une république ne peut la faire après une défaite, ce qui n'est que plus astucieux. Voici sa phrase :
a Les républiques ont presque toujours vaincu. Outre l'énergie qu'elles donnent, une autre cause les force à vaincre : c'est qu'elles ne peuvent poser les armes qu'après la victoire. Le parti qui, dans une assemblée délib^ rante, proposerait la paix après une défaite, serait renversé par le parti opposé, qui profiterait de la circonstance pour le perdre devant le peuple. Les dangers de la guerre sont loin de la tribune, et la rodie tarpéienne est à côté. D
— Je suis bien sûr que c'est un grand prôneur de réactions, et qull ain^ la cotnprension des partis vaincus. — En doutez-vous ? Voici sa maxime XIV : « En révolutions, il faut que le plus fort cède une fois le premier^ sous peine de les éterniser. Le vaincu ne cède jamais ; il n'a pas caution suffisante à donner. Auguste ne termina qu'en cédant à Cinna coupable et convaincu. » Il dit plus loin : « Ni la justice, ni le droit, ni la raison ne peuvent terminer les révolutions; c'est au raisonnement seul qu'il appartient d'en finir. La justice dit de juger tout, et cela ne
finit pas; le droit dit d'exiger tout, et cela ne finit pas; la raison dit d'apprécier tout, et cela ne finit pas. Le raisonnement seul dit d'effacer tout. » Plus loin encore on lit : o Les révolutions ne finissent ni par l'épée, ni avec la plume; c'est avec l'éponge. »
, Quelle espèce tracassière et dangereuse que ces gens de la minorité de la noblesse!
(Journal de Paris , du 24 prairial an iv. — lî juin 1796.)
SUR LE SESafENT DES PRÊTftES.
Félix Faucon vient de faire imprinier son opinion sur la loi du 3 brumaire.
On lit à la page 11 la déclaration suivante, à laquelle j'adhère comme ex-constituant.
ROEDBItBB.
« Je déclare dans cette enceinte, où la loi qm a impose un serment aux prêtres fut rendue, a et où moi-même je contribuai à la rendre, (c je déclare, dis^je, hautement, et je ne crains « point d'être démenti par mes anciens coHè- « gués, que jamais les premiers représentants a du peuple français n'auraient fait mention a du serment s'ils avaient pu prévoir que ce a serment , dont ils avaient fait une cèliga- « tion purement facultative, servirait un jour <K de prétexte pour proscrire en masse et tourne menter outre mesure une classe entière de « citoyens, parmi lesquels tous les hommes c( probes s'honorent de compter des amis. »
(Journal de Paris ^ du 8 brumaire an v. — 29 octobre 1796.)