‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 201 sur 208 · D>U19 HOUTEL OUTRAGE DE M. NECKER · texte numérisé non relu

D>U19 HOUTEL OUTRAGE DE M. NECKER

11 paraît un ouvrage de M. Necker, intitulé : de la Révolution française y divisé en cinq parties, qui forment quatre volumes in-8^.

La première concerne les préliminaires de la convocation des états généraux, leur formation, la séance royale du 23 juin 1789, la réunion des trois ordres.

La seconde regarde la révolution du 11 juil-* let, l'assemblée constituante et l'assemblée législative, les événements du ^ juin, ceux du I 10 août, le jugement et la mort de Louis XVI,

mo

HfSTOlRK CONTEMPORALNE.

la Convention^ son asservissement et sa tyrannie.

La troisième embrasse l^adniinistration et les lois de la Convention^ la révolution du 40 thermidor» la perturbation du 13 vendémiaire^ Texamen de la constitution de 1795«

La quatrième contient une discussion sur le système de république fédéraiive» telle que celle des Américains, et une autre sur la monarchie tempérée, telle que celle de l'Angleterre.

La cinquième y enfin, qui est entièrement distincte des pr^^entes, est intitulée : Ré-^ flexions philosophiques sur l'égalité.

Cet ouvrage sera l'objet de plusieurs articles. Aujourd'hui nous nous bornerons à quelques mots sur la première partie^ celle qui concerne les préliminaires des états généraux.

Elle est du plus grand intérêt. M. Necker y prouve fort bien qu*une réformation était nécessaire; que le vide du trésor public la sollicitait ; que la mesure autant que la nature des contributions établies- l'exigeaient; qu'elles étaient inégales d'homme à homme, de province à province; qu'elles étaient vexatoires, oppressives par leurs moyens de perception; que l'autorité royale était insuffisante pour renverser les privilèges des provinces, vaincre l'opposition des cours et opérer une réforma* tion générale, etc.; que cette réformation était provoquée par ceux-là mêmes qui regardent aujourd'hui comme un crime d'y avoir songé; que la convocation des états généraux a été votée par les notables, par les parlements; que le doublement du tiers, auquel l'aristocratie a attribué sa défaite, a été voté par le bureau de Monsieur^ dans la dernière assemblée des notables, etc.

Ces choses n'étaient pas ignorées, mais elles s'oubliaient. Tant d'événements se sont pressés depuis 1789 ; tant d'institutions, de lois, d'usages ont été changés ; tant d'idées se sont effacées de l'esprit, tant d'autres s'y sont profondément imprimées; enfin, tous nos souvenirs se sont tellement dénaturés à mesure que la Révolution s*est dénaturée elle-même, que nous croyons être à cent années de celte époque, et que le tableau qui reproduit fidèlement, dans leur ensemble et dans un bel ordre, toutes les circonstances qui ont amené la Révolution et accompagné ses premiers

mouvements, a encore quelque chose d'étonnant et d'imposant pour ceux mêmes à qui les détails en ont été le plus familier.

D'ailleurs, tant d'écrivains subalternes, tout à fait étrangers aux affaires en 1789, se mêlent aujourd'hui d'en faire l'histoire; on est si las de se laisser apprendre chaque jour une foule de superflui tés, qu'on sait très'bien, par ces gipns qui les savent fort mal, qu'on est bien aise de voir enfin un des acteurs de cette grande scène en retracer le tableau à ses contemporains, et l'offrir sous leur garantie à la postérité.

Enfin k première partie de l'ouvrage de M. Necker importe à tous les bons citoyens ; elle est la défense de tous ces vrais Prançss qui se sont montrés les premiers et sont restés les derniers attachés à la patrie; c'est la justification des sincères patriotes de 1789, de ces hommes de bien que l'envie oa la vengeance voudrait aujourd'hui faire confondre avec les hommes de sang de 1793. On voit par l'ouvrage de M. Necker qu'en 1789 tonte la France ayant pris part à la Révolution, personne n'est en droit d'en censurer mahitenant les préliminaires et les commencenoents, si œ n'est peut-être cette jeunesse qui se désole dans les bals de chaque soirée des malh^ifs de la république, avec laquelle ils sont nés.

Le morceau dont nous parions est écrit avec simplicité et dignité, ou, pour mieux dire, avec cette sérénité qui nous paraît être le plus bean caractère d'un écrit où se trouvent des détails apologétiques, et que les littérateurs nous pardonneront peut-être d'appeler le style de la bonne conscience.

(Journal de Paris, du 24 pluviôde an t. — n février 1797.)

OE LA BÉVOLI7TI0N PRAHÇAI8B^

PAK ■. IfECKBR, 1796.

Nous allons donner un abrégé plutôt qu'on extrait de la première partie de cet ouvrage ; elle est la plus importante et la plus utile des quatre. L* auteur a été témoin et auteur de tous les faits qu'elle renferme, et il les retrace avec fidélité, intérêt et granckur. Ces faits sont la censure des anciens abus, la critique de la conduite tenue par les ordres privilégiés en

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1789^ et Texcuse du zèle, trop ardent peutêtre^ qu*ont montré les amis de la patrie au commencement de la Révolution. Ce volume est tout à la fois un monument historique et une grande instruction de politique. Les volumes, suivants seront Fobjet d'un seul extrait. Nous ferons^ après, quelques observations sur le tout.

Le premier objet qui occupe M. Necker, c'est la recherche des causes qui ont amené la Révolution.

Il ne veut point imiter, dit-il d'abord, ces écrivains philosophes qui, pour expliquer les causes des événements modernes, se transportent aux âges les plus reculés. Us paraissent placer leur génie à une grande hauteur, et pourtant, plus on établit de distance entre les objets de sa méditation, plus il est aisé de les unir par des liens arbitraires; et il résulte trèspeu d'utilité de ces rapprochements fantastiques.

Voici tout ce que Tauteur déclare avoir vu des avant-coureurs de la Révolution :

D'abord, la grande force de l'opinion publique, qu'il appelle une puissance née de nos jours ; et il attribue cette force nouvelle au goût que Louis XIV prit à la louange, à l'essor qu'il permit aux esprits qui le célébraient, à l'émulation qui s'éveilla entre eux, au besoin de gloire qu'ils contractèrent en chantant celle de leur héros, à l'habitude que prit le public de décerner à tous des applaudissements; à la multiplicité des livres sérieux et hardis où l'on a agité toutes les questions de Tordre public, où l'on a censuré tous les hommes en place; à la révolution d'Amérique, qui a fait étudier et la constitution des États-Unis et celle d'Angleterre; à la présomption des jeunes gens, qui, dans le monde, se sont mis à décider de tout; à l'envie de paraître et de faire effet, qui a poussé les jeunes magistrats des parlements à attaquer les plus anciennes prérogatives de leurs compagnies.

En second lieu, t'énormité des contributions publiques, leur inégale répartition, le vide du trésor royal, sa mauvaise administration, les alarmes des créanciers de l'État; toutes circonstances qui donnèrent à Topinion une forte direction vers les affaires publiques.

Ajoutez à ces causes de subversion l'esprit philosophique qui s'est appliqué à ruiner les

fondements de tous les devoirs, en se jouant des opinions religieuses, à substituer l'exagération de la liberté à la sagesse des freins, et les confusions de l'égalité aux prudentes gradations dont l'ordre social se compose.

Et il n'y avait à la tête du gouvernement^ pour résister à l'influence des nouveaux systèmes, qu'un roi honnête homme, mais faible, et du caractère le moins propre à être opposé à de grandes circonstances.

Cependant le retour à une administration sage pouvait prévenir le débordement des esprits; mais le roi appelle M. de Galonné au ministère des finances! M. de Galonné, accablé de sa responsabilité, propose au roi la convocation d^une assemblée des notables. L'assemblée des notables est convoquée. Bientôt ses incertitudes font sentir le besoin d'une assemblée nationale, investie des pouvoirs nécessaires pour opposer une résistance efficace aux désordres des finances.

M. de Galonné est renvoyé. M. de Fourqueux lui succède et est renvoyé trois semaines après. M. de Brieune succède à M. de Fourqueux. M. de Brienne, attiré vers la liberté par système, impérieux par caractère, accroît le mécontentement général en renvoyant précipitamment les notables sans leur laisser le temps de constater régulièrement la situation des finances et les besoins de l'État. Le parlement refuse deux édits bursaux sur l'enregistrement desquels M. de Brienne avait compté pour subvenir à la détresse publique, et il demande les états de recette et d^nse qui avaient été refusés aux notables. Les édits sont enregistrés en lit de justice. Le parlement proteste contre cet acte arbitraire : il est exilé à Troyes. Le peuple lui marque un vif intérêt : le roi le rappelle. M. de Brienne propose alors un emprunt. Le roi porte lui-même au parlement l'édit qui l'autorise; l'édit est enregistré. M. le duc d^Orléans et des magistrats sont exilés pour y avoir apporté une trop vive opposition. Enfin M. de Brienne imagine Tinstitution d'une cour plénière qui partageait entre les courtisans le pouvoir législatif, en dépouillant les cours souveraines de leurs antiques prérogatives.

Alors le mécontentement public est au

comble. Plusieurs associations se forment en

I Bretagne, en Béarn, en Dauphiné. Les lettres

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de cachet sont expédiées contre les députés de la noblesse de Bretagne et ne font qu'augmenter la fermentation.

La cour plénière est abrogée ; maïs le parlement se déclare incompétent pour voter des contributions^ et il demande la convocation des états généraux. La voix publique répète fortement ce vœu. I^ gouvernement essaye d'abord d'y fermer Foreille ; ensuite il prend un délai de deux ans ; enfin^ pressé par la clameur publique et par les circonstances, il annonce une convocation pour le i" mai 1789; et M. de Brienne, sans ressources pour payer les créanciers de l'État, devenu Fobjet de leur fureur, est forcé de se retirer.

C'est dans ces circonstances que M. Necker est rappelé au ministère.

On lui a reproché de n'avoir point empêché là convocation des états, et l'on voit que la convocation a précédé son rappel.

On lui reproche de n'avoir pas trouvé le moyen de rendre vaine cette convocation. Mais^ assisté par l'opinion, sans laquelle il ne pouvait rien faire de bon , devait-il la repousser? D*ailleurs le roi n'a jamais mis en question s'il trahirait sa parole, et quel ministre eût osé le lui proposer? En troisième lieu, lorsque la nation attachait toutes ses espérances aux états généraux, quel homme pouvait se promettre de les suppléer, et n'eût pas porté la peine d'une telle prétention s'il eût pu la concevoir? Enfin M. Necker espérait lui-même (et qui n'espérait pas?) de grands avantages de l'assemblée des états. On s'attendait à voir les deniers publics mis en sûreté, le peuple désormais compté pour quelque chose, la liberté individuelle respectée, les contributions réformées, les rigueurs attachées aux unes, et les inégalités établies dans la répartition des autres , abolies ; on s'attendait enfin à voir les prétentions de la cour et celles des parlements fixées; l'obstacle qu'elles apportaient à toute innovation raisonnable levé; l'impuissance du monarque, pour faire prévaloir les principes d'une bonne administration, suppléée. Peut-on faire un crime à M. Necker d'avoir partagé Tattente générale pour une réformation dont, plus qu'un autre, il devait connaître l'importance?

Après avohr ainsi montré les causes et les circonstances qui ont amené les états géné-

raux , M, Necker examine ce qu'on a fait et ce qu'on a dû faire pour leur composition.

C'était une question très-susceptible de controverse entre les hommes les pli» instraits de l'histoire que celle de savoir comment les anciens états avaient été composés, et c'en était une très-problématique pour les politiques de savoir comment les nouveaux devaient 1'^. M. de Brienne, pendant son ministère, avait invoqué sur ce sujet les lumières des administrations municipales et provincialeset des corps savants.

Tout à coup le parlement réclama les fo^ mesde^eu.

Il était évident que ces formes ne cootcnaient plus au temps présent. Depuis 1614 l'étendue et la population de la France étaient changées. En 4614, les bailliages avaient nommé un nombre à peu près é(^ de dépotés, et en I7S0 leur population variait d'un à trente. Aux états de i 614 , le tiers état avait été offensé, humilié. Ces états avaient duré quatre mois, et ils n'avaient produit, pour les premiers ordres, que la confirmation de leurs prérogatives, pour le troisième, que la honte et la douleur de n'avoir apporté remède à aucun des maux de la patrie.

La proposition du parlement de Paris produisit un mécontentement général, et le gouvernement crut nécessaire de rappeler les notables pour les consulter sur la fonne et la composition de la prochaine assemblée.M. Necker fait remarquer à cette occasion que ce ne fut pas une grande preuve de ce profond esprit de démocratie qu'on lui a reproché de consulter sur ce sujet cette assemblée composée essentiellement de princes du sang, d'évêques, de grands seigneurs, de chefs des cours souveraines.

Les notables font d'utiles recherches, présentent des vues sages^ Une commission de quatre conseillers d'État, et d'un maître des requêtes est nonunée pour résumer leurs avis et proposer une résolution définitive, en tablant toutefois sur ces deux prindpes que le roi avait décidés dans son conseil d*Êtat, le 27 décembre 1788, savoir : 1» que les députés du tiers seraient égaux en nombre aux députés desdeux premiers ordres réunis ; 2* que l'ancienne institution des trois ordres appelés à délibérer séparément serait conservée.

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M. Necker recoonatt qli*il a eu une grande pari à cette décision^ et il s'attache à la ju»tîBer.

Était-ce trop^ au tribunal de Téquité^ demande-t-il^ d'accorder aux quatre-vingt-dixneuf centièmes parties de la nation un nom* bre d'interprètes égal à celui qu'on accordait à la centième?

Qui pouvait prévoir les suites de cette égalité et le concours des autres causes qui Vùni rendue si ^lésastreuseî Ceux qui réclamaient contre elle parlaient-ils^ en ^88, au nom de l'intérêt public ou au nom de leurs prérogatives î

Et^ dans le fait, les députés du tiers , aux états de 1614^ n'avaient-ils pas été^ suivant les bailliages, tantôt en nombre égal^ tantôt en nombre supérieur aux députés des deux premiers ordres? Aux états de Blois de 1576 et de 4688^ la proportion des députés du tiers à ceux des deux autres ordres n'avait^elle pas él6 à pau près égale^ et, à ceux de iMÀ, n'avait-elto pas été de 8 à II?

Le tiers état n'avait-H acquis aucun droit à une représentation plus nombreuse par son industrie et son commerce, qui étaient devenus une des sources les plus abîondantes de la richesse nationale; par son éducation^ ses lumières et ses mœurs, devenues plus respectables que celles des autres classes; par ses richesses mobilières et ses capitaux, qui l'associaient à la fortune publique et à toutes les fortunes particulières^

Et si les lettres de convocation avaient été selon l'anden style ^ les bailliages n'auraientils pas envoyé un bien plus grand nombre de députés du tiers?

D'ailleurs le roi était-il libre de régler arbitrairement la députation des trois ordres? M. Necker n'a point parié dans son rapport de la nécessité qui exigeait du roi une représentation égale ; mais cette nécessité existaitelle moins? Le témoignage des hommes du temps présent ne fait-il pas foi de la véhémeûce avec laquelle on prenait part^ en France, à une décision attendue chaque jour de la part *du conseil?

A-t-on oublié que le pariement de Paris^ qui avait demandé les formes de 1614^ fut forcé lui-même^ par l'ascendant de Topinion générale^ de déclarer que sa demande ne s'appli-

quait point à la fixation du nombre respectif des députés des trois ordres, ce nombre^ ditil, n* étant déterminé par aveune loi^ ni par aucwi usage constant pour aucun ordres et rien n'empêchant la sagesse du roi de faire les modifications que la raison, la liberté, \ajysr tice et le vœu général pouvaient indiquer?

A-t-on oublié que le premier bureau des notables, que Monsieur, personnellement, avaient voté pour la représentation égale; que la majorité des autres bureaux n'avàitétéquede dix pour le système opposé, et que Timmense majorité de la nation s'était si fortement proncfficée contre cette faible minorité des nota* blés qu'on ne peut douter qu'elle n'eût changé ^d'avis, comme le parlement, si leur assemblée ne se fût séparée avant l'explosion de l'opinion ?

Enfin ignore-t-on que le roi n'avait sur ce sujet qu'un droit d'indication, ou, si l'on veut, de direction, et que, les états ayant seuls le jugement des élections, le gouvernement n'avait aucun moyen d'annuler celles qui auraient excidé ses règlements?

Une autre question se présente à la discussion. On demande pourquoi le gouvernement n'a pas du moins exigé une propriété importante pour l'éligibilité dans les trois ordres.

M. Necker fait plusieurs réponses à cette question.

Jamais la propriété n'avait été imposée aux députés du tiers état, non plus qu'à ceux du clergé.

En second lieu, les roturiers riches, pour éviter l'humiliation de la taiile et du droit de francjief, n'achetaient de terres qu'après s'être anoblis par des diarges. Ainsi, exiger des roturiers une propriété, c'eût été exclure les plus considérables de la représentation nationale.

On voudrait que, du moins, le gouvernement eût exigé une certaine fortune m<d)ilière pour condition d'éligibilité.

Hais à quel signe pouvait-on légalement reconnaître la propriété mobilière?

La taille était tarifée suivant les états et professions, et non suivant les fortunes. La taille n'était pas établie partout; elle était abonnée dans plusieurs provinces.

On se plaint aussi de ce que la représentation de la noblesse n'a pas été bornée aux seuls possesseurs de fiefs.

Mais la haute noblesse l'aurait-elle voula ainsi? Une grande partie des fiefe de la France était passée dans les mains des anoldis; les grands seigneursauraient-ilsvuvolontiers ceuxci jouir d'un privilège si éminent sur les cadets des plus illustres familles?

On blâme, enfin^ que ^éligibilité du clergé n'ait pas été bornée aux possesseurs de grands bénéfices.

Mais étaitril possible d'introduire une telle distinction dans un ordre qui n'en avait jamais connu aucune î

Était-il. dailleurs, présumable que tant de curés l'emporteraient, dans les élections, sur les prélats? ,

Enfin le roi pouvait4l croire qu il eût a re*^

douter les curés?

Ce n'étaft pas arWtrairement qu'il convenait de déterminer le lieu oùles états généraux tiendraient leurs séances. On a critiqué amèrement le choix de VersaiUes, ce lieu étant trop près de Paris et trop ouvert aux séditions qui pouvaient s'élever au seta de cette grande cité. M. Necker expose les raisons du parti pris à cet égard.

jyabord, en 1789, les provinces menaçaient les créanciers de l'Étal, dont le grand nombre habitait Paris; le gouvernement a voulu les sauver de l'influence des provinces.

Ensuite, on a considéré qu'un déplacement de l'administration «itralnerait des dépenses énormes, et la pénurie du trésor royal imposait l'économie.

Des exemples venaient à l'appui de ces arconstances : c'étmt à Paris qu'avaient été tenus les étate de i614.

Enfin les communes annonçaient en 1788, comme dans tous les temps, un profond dévouement au roi, et le roi, mécontent alors de la noblesse de Bretagne, croyait devoir fortifier son autorité de l'attachement des. communes- Était-ce une vutf si nouvelle dans un roi de France; et les drccmstances qui l'autorisaient étaient^lles si nouvelles ellesrmômes? Le tiers état tfavait-il pas maintes fois signalé son zèle ipour Tautorité du roi, tandis que la noblesse et le clergé la trahissaient? Et> si Ton jette les yeux au ddiors, on voit que ce fut la bourgeoisie qui, en 4660> conféra la puissance suprême au roi de Danemark, et la noblesse qui, en 1756, avilit la royauté en Suède.

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Telles sont les réflexions de H. Necker sur les avantrcoureurs et les préparatifs des ^ts généraux. Entrons maintenant avec lui dans l'examen de leurs premières opérations. Et d'abord > rapportons en substance ses observations générales sur Tétot de la France à l'époque de leur ouv^ure.

«La France était entièrement changée lorsque les états généraux s'assemblèrent. C'était toujours le môme pays, la même nation ; mais ce n'étaient plus les mêmes lumières, les mêmes mœurs, les mêmes richesses.

a Autrefois les rois, riches de l«u« domaines, n'avaient à demander aux états généraux que de modiques suppléments de rev«ius.

Louis XVI n'avait pas 10 millions de revenus fonciers; en 1789, c'était pour la sonune «atière des dépenses publiques et des intérêts attribués à une dette immense, c'était pour un revenu de 600 millions qu'il se trouvait forcé de recourir aux concessions des états, par la déclaratimi faite dans les cours souveraines de leur incompétence pour voter tout impôt et tout emprunt. Quelle force ne devaient pas tirer de cette circonstance les représentante du plus grand nombre des contribuables?Le clergé et la noblesse auraient perdu eux-mêmes leur antique ascendant dans une délibération à ce sujet, quand les rapports de ces ordres avec le tiers état n'auraient pas d'ailleurs éprouvé un grand changement, qu'il faut considérer avec attention.

oLe tiers état, depuis deux siècles, s'était fait une nouvelle situation. Par ses talents et ses capitaux florissait le commerce, l'un des fondements de la puissance publique. Une éducation proportionnée à son aisance avait étaadi ses lumières. Enfin il valait d'être appdé à l'administration dans les assemblées provinciales. Ce n'était donc plus le tiers éUt d'autrefois. Comparez les orateurs les plus renommés des états de 16U avec les Mounier, les Thouret et les Bamave : vous sentirez la différence.

<c Pendant que le tiers état s'élevait, les deux autres perdaient de leur considération. I^ respect pour la reUgion était affaibli , et les prélats, qui s'en ressentûent , n'en menweat pas mo'ms à Paris une vie au moins irrégulière. 0 Tous les yeux , dans la détresse générale, I étaient fixés sur leurs richesses, et les dévo-

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raient comme Tunique moyen de sauver les fortune9 particulières,

«r L'ordre de la noblesse n'était pas moins déchu de son ancienne considération. Richelieu^ en attirant les nobles à la cour^ avait affaibli le respect de leurs vassaux pour eux; il uvait tout aplani autour du trône. Les habitants des campagnes ne virent plus de la grande noblesse que ses châteaux, ses riches propriétés et ses imprudents régisseurs. De plus, la haute noblesse, non contente de faire salarier ses services, se fit combler de grâces; elle devint un sujet de jalousie et de mécontentement général. De son nouveau genre de vie résulta la dégradation de ses mœurs, le goût de l'intrigue et l'habitude de la bassesse. Biais ce n'est pas tout. La noblesse devint vénale, et près de la moitié de l'ordre fut bientôt composée d'anoblis ou de nouveaux nobles; ce qui, sans nuire individuellement aux nobles de haute race, fit tort au corps de la ii(d>lesse : le discrédit d'une portion affaiblit le crédit de l'ensemble. Quel ascendant pouvait avoir sur le tiers état un ordre qui s'y mêlait par sa partie inférieure?

a Les mésalliances, que le besoin d'argent multiplia, et qui unirent la haute noblesse à la finance, aidèrent aussi à effacer la séparation des deux ordres.

« Enfin, à la même époque, la cour ellemême avait perdu de la magie de son pouvoir, en s'affranchissant de l'étiquette et en permettant trop de familiarité avec elle.

«Alors, ce qui convenait le mieux à la France, ce n'étaient pas les états généraux, mais une constitution approchante de celle de l'Angleterre.

a Une chambre de pairs reprenait tout l'éclat perdu par la noblesse.

« l.es Communes reprenaient tous les anoblis et les nobles, hormis les pairs.

cr Enfin les délibérations étaient remises à deux Chambres au lieu de l'être à trois ordres, ce qui favorisait Taction nécessaire aux circonstances.

« Mais le roi avait de l'aversion pour toutes les institutions politiques de l'Angleterre. Il chan-. gea d'opinion à la suite; il n'était plus temps.

« Nous aurions aujoiu*d'hui le gouvernement d'Angleterre perfectionné, si le roi, la noblesse et lé tiers état, qui l'ont chacun désiré dans un

certain moment , avaient pu le vouloir h une même époque.

« Le moment de Pétablir était celui où l'on voulut établir une cour plénière. Alors une représentation de cinq eents citoyens à côté de deux cents pairs eût été reçue avec acclamar

tiOB.

« Mais écartons de vains regrets t Les états généraux étant devenus inévitables, il aurait fallu, du moins, se faire un appui de l'opinion publique et la ménager avec habileté. Il fallait parler aux uns de sacrifices nécessaires, aux autres d'une modération généreuse II fallait parler d'ordre public à ceux qui voyaient tout dans la liberté, et de l'importance du pouvoir exécutif à ceux qui voyaient en tout la loi. Il fallait défendre le présent contre l'avenir, le certain contre le possible, et les idées réelles contre l'invasion des idées métaphysiques. H fallait se montrer fidèle à la justice, à la bonne foi, aux principes.

a Les états s'assemblent. Depuis quelque temps on agitait la question de savoir si les trois ordres délibéreraient réunis ou séparés. La nation voulait la réunion. Il s'agissait du système entier des finances, et, au préalable, d'une Constitution dont on regardait l'établissement comme la condition sans laquelle les états ne devaient point voter d'impôts. Il fallait donc une action forte et rapide. Or la division en trois Chambres la rendait impossible.

« De plus, pour la répartition de 500 millions dimpôts, la nation devait-elle être soumise à la volonté de deux ordres en possession de toutes^^ortes de privilèges? La délibération en commun n'était-elle pas, d'ailleurs, établie dans les assemblées provinciales, composées aussi de trois ordres, et où le tiers état était en nombre égal aux deux autres? »

M. Necker, dans le discours qu'il tint aux états le jour de leur ouverture, leur fit entendre qu'il serait possible et convenable que les trois ordres convinssent de délibérer en commun sur certaines questions et séparément sur d'autres, mais que, pour traiter cette question avec impartialité, il faudrait d'abord que les deux premiers ordres abdiquassent librement et séparément leurs privilèges.

On voudrait, d'un côté, que le roi eût défendu la réunion ; de l'autre, qu'il l'eût ordon? née.

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Il ne pouvait la défendre; elle dépendait de la volonté des états : anciennement les états avaient plusieurs fois délibéré en commun. L'ordonner eût été agir durement emefs les deux premiers ordres et leur enlever le nnérite do céder librement.

Ce qui eût bien mieux valu , c*eût été que les deux premiers ordres^ se montrant attentifs à la détresse du trésor public , déclarassent qu'ils étaients prêts à se réunir aux députés du tiers pour délibérer en conmiun sur les affaires générales de la nation; qu'ils renonçaient à toute espèce de privilège pécuniaire^ et voulaient contribuer en proportion de leurs facul* tés. Cette déclaration eût concilié aux deux ordres supérieursropinion publique, qui, alors, était pure et modérée ; elle leur eût donné une grande autorité dans la nation ; elle leur eût assuré Talliance de tous les députés du tiers qui désiraient concourir au bien public par les voies les plus simples et les plus tranquilles; et, après tout, ces ordres n'eussent fait que devancer la loi de la nécessité.

Au lieu de cette conduite, la noblesse, di*» jrigée par des légistes fort occupés des vieilles traditions, très-peu de l'esprit du présent, renferma longtemps la disposition où elle était de renoncer à ses privilèges pécuniaires ; elle voulait en faire un objet de compensation avec le tiers état, tandis qull fallait laisser le tiers état à récart pour traiter directement avec son maître > Topinion publique. Elle se livra à des discussions sans fin sur la manière de vérifier les pouvoirs des députés des trois ordres; le dergé et la noblesse voulaient chacun vérifier les pouvoirs de leur ordre ; le tiers voulait une vérification en commun. En 1614, elle s'était faite par le gouvernement, et par conséquent sans distinction d'ordres. Le gouvernement intervint inutilement dans ce débat. Cependant le clergé en vint à consentir une vérification par commissaires des trois ordres réunis, sauf le rapport à leur Chambre respective et la décision définitive du roi , en cas de dissentiment entre les Chambres; mais la noblesse refusa cet arrangement.

Alors le tiers état se déclara assemblée nationale.La nation, fatiguée des controverses qui rettardaient la discussion des affaires publiques, goûta avec enthousiasme ce moyen d'activité qu'avaient saisi ses représentants, quoiqu'il fût

une véritable usurpation. Elle supposa à la noblesse le désir secret d'arrêter la marche des états, et même le projet d'amener le roi à les dissoudre, le tout dans la vue d'assurer des privilèges dont rien n'annonçait l'abdication.

Cependant le clergé et la noblesse se tenaient en arrière; le tiers état annonçait la volonté d'aller seul; ainsi tout était en stagnation par le fait des uns, et près d'un mouvement irrégulier par le fait des autres. Le monarque ne pouvait différer d*intervenfar dans cette grande querelle* Ce fut alors que M. Necker proposa une séance royale, mais sur un plan différent de celui qu'on suivit -dans la séance du 23 juin 1789.

Quel parti les circonstances conseillaientelles au roi?

il était moralement impossible de dissoudre les états généraux. Trois assemblées traitant des affaires publiques sans ccmcert ne pouvaient que les jeter dans la confusion. Le roi n'eût pu , sans compromettre son autorité, ordonner au tiers état de renoncer à une délibération coounune; il ne pouvait convenir à sa dignité que cette réunion fût l'ouvrage du tiers état assisté de l'opinion publique. On savait, d'ailleurs, qu'une partie de la noblesse et du clergé ne tarderait pas à se réunir ao tiers état. Le roi n'avait donc rien de mieux à faire que de favoriser avec prudence la réunion des trois ordres, de marquer avec éclat ses intentions, non-seulement pour rehausser le prix de son intervention , mais aussi pour rendre moins pénibles aux deux premiers ordres leur déférence aux circonstances. C'éttit d'ailleurs, pour le roi, une occasion de se déclarer contre les privilèges , et d'assurer en même temps les propriétés et les distinctions honorifiques des deux premiers ordres, en interdisant à tous d'en faire Tobjet de discussioDS communes.

Ce fut dans ces vues que M. Necker rédigea un plan de séance dans lequel le roi enjoignait aux trois ordres de se réunir pour délibérer en commun sur les affaires générales, La cour substitua à cette injonction une simple exhortation, à la suite de laquelle, par une contradiction choquante, on laissa subsister ces paroles : Je vous ordonne^ messieurs, de vous séparer tout de suile, et de vous rendre demain matin chacun dans les chambres af-

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feclées à votre ordre^ pour y reprendre vos séaneet.

Dans le projet de H. Necker, le roi se réservait aussi formellement le droit de sanction ou de réjection des lois civiles et politiques^ et, de plus, il déclarait d'une manière positive qu'il refuserait son assentiment à toute espèce d'organisation législative qui ne serait pas composée au moins de de^ Chambres. Au lieu de ces déclarations, la cour fit excepter formellement de toute délibération commune ia forme de eonsiituti(in à donner aux prochains états généraux; et le premier article de la déclaration suivante fut conçu ainsi : Le roi veut que t'aneienne distinction des trois ordres soit conservée en son entier.*, que les députés librement élus par chacun des trois ordres^ formant trois Chambres, délibérant par ordre 9 et pouvant, avec V approbation du sou-verainy convenir de délibérer en commun, puissent seuls être considérés comme formant le corps des représentants de la nation.

Ainsi les trois ordres séparés auraient dû former la loi, hors les cas où quatre volontés «e seraient réunies en faveur d'une délibération commune. L'idée était-elle sage, la nation disposée à Faccueillir, le roi , le clergé et la noblesse assez forts pour la faire prévaloir?

Dans le plan de M. Necker, le roi abrogeait de la manière la plus décisive les privilèges pécuniaires, et la déclaration conseillée par la cour promit seulement la sanction de leur abolition lorsqu'il aurait plu aux deux ordres privilégiés de la voter. C'était dénaturer le but de la séance royale, c^était irriter la nation au lieu de la gagner à soi; c'était perdre l'autorité royale que M. Necker avait soignée autant qu'il était en lui , et qu'il aurait sauvée avec Tassistance de la justice et de la raison, peutr être aussi , à ce qu'il croit, avec celle de sa popularité.

Son plan avait d'abord été agréé au conseil du roi. Après plusieurs délibérations relatives au moyen de l'exécuter, les ministres, assem^ blés à Marly, convenaient du jour où la séance pourrait avoir lieu; un dernier mot du roi ter^ minait le conseil , et déjà les portefeuilles se refermaient lorsqu'on vit entrer inopinément un officier de service. II s'approcha du fauteuil du roi, lui parla bas, et, sur-le-champ. Sa Majesté se leva, en ordonnant à ses minis-

tres de rester en place et d'attendre son retour. Ce message surprit les ministres. M. de Montmorin, assis près de M. Necker, lui dit sur-lechamp : // n'y a rien de fait; la reine seule a pu se permettre d'interrompre le conseil d'Etat; les princes apparemment Pont circonvenue, et l'on veut, par sa médiation, éloigner la décision du roi... En effet, le roi, rentré dans le cabinet du conseil après une absence d'une demi-heure, suspendit sa décision et la remit à un conseil suivant. Deux jours après, ce conseil eut lieu à Versailles ; mais, outre les ministres ordinaires, s^y trouvèrent quatre magistrats ^t les deux frères daroi. Il s'éleva une forte opposition sur la réunion des ordres; on ne conclut rien ; et, à la veille de la séance, on obtint du roi de ne point l'exiger et d'adopter même un système absolument opposé. MM. de Montmorin et de Saint-Priest, de concert avec M. Necker, firent ce qu'ils purent pour ramener le roi à sa première résdution; ils ne gagnèrent rien.

Quel motif détermina cette variation? un prétendu respect pour ce qu'on voulait appeler la co$istitution française, c'est-à-dire pour une chose sans existence certaine, pour l'idée abstraite d'usages contradictoires, variables, qui n'étaient rassemblés nulle part, manquaient même pour la plupart d'authenticité, et étaient l'objet de débats sans cesse renaissants entre tous les dépositaires de l'autorité publique.

M. Necker n'assista point à la séance royale du 13 juin. Le lendemain il voulut se retirer du ministère ; le roi , de concert avec la reine, lui demanda, le pressa d'y rester, tandis que, d'un autre côté^ le peuple entourait sa maison pour l'en solliciter. Il se rendit aux volontés du roi ; il l'annonça publiquement. Le calme se rétablit, et l'on considéra la séance comme une affaire d'intrigue»

Bientôt la clameur publique et le mouvement des Communes rendirent plus nécessaire la réunion des trois ordres. Quarante-sept députés de la noblesse et un plus grand nombre de députés du clergé s'étaient réunis au tiers état. Ils étaient applaudis partout où ils se montraient ; les autres étaient menacés d'insultes. Il n'y avait plus un moment à perdre pour sauver la considération du trône. Le 27 juin , une invitation du roi au clergé et à la noblesse décida la réunion des trois ordres.

Cet événement causa une joie générale et éclatante. Les deux premiers ordres évitèrent par leur réunion un mouvement; mais le moment était passée pour eux et pour le roi^ de mettre à cette réunion des conditions utiles.

Après la réunion des ordres^ l'assemblée nationale se divisa en bureaux et annonça le projet d'un travail assidu et fructueux.

Mais de nouvelles alarmes s'élevèrent On appril que la cour faisait approcher des trou* pes de Versailles^ que le maréchal de Broglie élait demandé à la cour, qu'il y arrivait.

Plusieurs ministres, et M. Necker était du nombre^ n'eurent connaissance de ces ordres qu'au moment où il était devenu impossible de les dissimuler à personne; le ministre de la guerre en parla comme d'une précaution motivée par les mouvements séditieux qui avaient eu lieu à Paris et à Versailles. M. Necker déclare qu'il n'a jamais connu d'une manière certaine le but où l'on voulait aller, qu'il y eut des secrets et des arrière-secrets; il croit même que le roi n'était pas de tous. Le temps seul peut éclaircir complètement ce mystère. Au reste, c'était avec M. Necker surtout qu'on se tenait en réserve; et on le devait, puisque son éloignement était résolu.

On avait cii*convenu le roi; on lui avait fait adopter un plan de conduite absolument opposé au système de ménagements conseillé par ses principaux ministres, dont on calomnia la prudence. Des ambitieux sans sagesse, sans principes, sans connaissance de l'état des cho* ses, se présentèrent avec assurance; ils promirent tout^ argent, crédit, amis, subsistances; ils répondirent de tout. « Le 4i juillet, a dit M. Necker, le roi m'écrivit de quitter le a ministère; on lui avait donné, je le crois, tfdes conseils plus violents, mais il résista a avec fermeté; et cette particularité, parmi n les événements que je me rappelle, est la a seule qui soit restée gravée au fond de « mon cœur; les autres ne tiennent qu*à ma a mémoire. • Le roi exigea qu'il quittât le royaume, mais sans le commander, doutant peut-être dès lors qu'il pût exercer un tel acte d'autorité.

« Je le dis avec vérité (c'est M. Necker qui or parle), lorsque je reçus l'ordre du roi, les « dangers attachés à cette résolution inconsi- « dérée fixèrent seuls ma pensée. J'hésitai

« même si je ne chercherais pas à entretew a une dernière fois un prince que j'aimais, et « que je voyais égaré par des guides indignes a de sa confiance. 11 me semblait, emporté a sans doute par mon zèle, qu'il était posaôbie a encore^de le désabuser, de l'arrêter sur les « bords du précipice. Je me trompais. D aurait a cru, selon les idées communes, que c'était a de moi dont j'étais en peine, et il eût consitf déré ma démarche coomie le dernier déàai a d'une ambition malheureuse. J'eusse été ca- « pable, cependant, de m'exposer au déplai* c sir d'une pareille interprétation^ et j'eusse ft trouvé de quoi la braver dans le sentiment a de ma conscience et dans la pureté de mes a motifs; mais je craignis, en différant d'oa béir, de donner un commencement d'édat a à l'ordre que j'avais reçu, et dont Texécu- « tion prompte et silencieuse m'était reeoma mandée. Je me soumis donc avec réâgna- 0 tion à ce coup de la destinée... J'étais à a trente lieues de Paris que personne à Vo^ a saillea n'était instruit de mou départ, et sans « courrier, sans passe-ports, sans me faire « connaître, je fus d'un seul trait de Versailles c à Bruxelles.

a Cette conduite diligente et secrète me fut a inspirée par une idée de devoir; mais, comme a il arrive presque toujours, j*eus à m*en apa plaudir sous le rapport de mon intérêt pera sonnel; car, si Ton m'avait reconnu, le peuce pie, vraisemblablement, se serait attroupé; a l'on m'eût empêché de continuer ma route; a et les bons amis que j'avais laissés à la cour 0 n'auraient pas manqué d'attribuer ces obstaa des à mon savoir-faire. »

L'exil de M. Necker fut accompagné du renvoi de trois autres ministres. Le choix des successeurs qu'on leur donna, leur disgrâce, rappel et rapproche des troupes excitèrent dans Paris une fermentation violente, et à laquelle les plus honnêtes gens prirent part Plusieurs chefs d'intrigue en tirèrent parti. Le tocsin fut sonné, les sections s'assemblèrent, l'on arbora des signes de ralliement, les citoyens s'armèrent, accoururent sur les places publiques; la Bastille fut attaquée, prise; le commandant du fort et deux magistrats furent sacrifiés à l'aveugle emportement d'une multitude effrénée. Une nouvelle municipalité est formée par le vœu du peuple, sans aucune

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participation de Tautorité royale; la garde nationale est sur pied sous le commandement de M. de la Fayette^ et sans aucune relation avec le monarque. Bientôt cet exemple est suivi dans toute la France : quatre millions dliom* mes^ relevant uniquement des municipalités, sont sous les armes, et subjuguent ou séduisent la troupe de ligne, dont le ministre de la guerre ne peut plus diriger à son gré les mouvements, et qui se trouve ainsi prisonnière au milieu de Tannée de l'insurrection.

Ainsi fut détruite, en un instant, la force de l'autorité royale, par la conduite impolitique que des conseillers sans prévoyance firent tenir au monarque. Quelle faute d*avoir bravé l'opinion dans des circonstances si critiques! Quelle faute d'avoir donné la mesure de la force militaire aux ordres du prince! a Cette a force, en restant dans le vague, en demeu- « rant voilée, aurait servi Tautorité royale; « mais lorsqu'une épreuve indiscrète eut disa sipé les illusions, eut fixé les incertitudes, et tout fut dit, tout fut connu, et le peuple apa prit en un jour que l'union des volontés « était la puissance suprême. » Quelle folie de prétendre imposer par l'appareil militaire à l'assemblée nationale établie près de Paris ! C'était à Compiègne, et à la portée des garnisons du Nord» qu'il fallait réunir la cour et les états avant d'engager le roi dans une querelle avec ceux-ci. Quelle folie encore d'entraîner un prince hors de son caractère, et de lui surprendre de demi-résolutions qu'il ne peut soutenir I Quelle folie, enfin, de s'exposer à un mouvement populaire dans un moment où la disette rend le peuple irascible et l'indispose contre l'autorité I

L'insurrection est à peine déclarée que princes, seigneurs, courtisans, magistrats, tous les conseillers secrets qui avaient entraîné le roi s'enfuient ou se cachent. La cour en alarme , la cour en repentir promet tout ce qu'on veut. Le nouveau ministère est dispersé, le précédent rappelé, le roi obligé de se réfugier sous la protection de Tassemblée nationale, et d'aller à Thôtel de ville constater la chute de son autorité.

« Toute cette révolution, dit M. Necker, s'efa fectuait pendant que je voyageais de Paris <f à Bruxelles et de Bruxelles à Bàle. C'est là a que je reçus deux lettres, l'une du roi, Tau-

(X tre de l'assemblée nationale, pour m'mviter a à venir reprendre la place dont on in'avàit « éloigné. J'obéis aux lois du devoir en me a rapprochant d'une cour dont j'avais éprouvé « les caprices, d'un peuple dont j'avais épuisé a la faveur, et d'une assemblée représentative «qu'un triomphe éclatant venait de rendre a encore plus superbe. J'obéis aux lois du dea voir en me rapprochant, comme administraec teur public, d'un trésor où il n'y avait plus € d'argent et d'une capitale surtout où la àw a sette devenait chaque jour plus menaçante.. • < Pouvais-je me conduire différemment sans a m'exposer à des remords continuels? J'eusse a imaginé, dans ma retraite, que telle ou telle « faute aurait été prévenue par mes soins, telle Q autre par mes conseils, telle autre par ma a vigilance, et je me serais ainsi dévoré moict même... »

M. Necker revient, et ne voit sur sa route que des preuves de la chute de l'autorité royale. A Vei^sailles il trouve tous les rapports changés entre le monarque, l'assemblée et le peuple. Le gouvernement avait laissé croire à sa malveillance et divulgué sa faiblesse.

Dans ces circonstances, que devait faire M. Necker? tâcher de regagner l'opinion par une conduite prudente et irré{Nrochable, et pourtant de calmer l'animosité populaire; c'est ce qu'il fit. Convié à l'hôtel de ville, il y emploie la faveur qui l'y appelait à sauver la tête de M. de Besenval, que le peuple avait proscrit. « On m'avait prévenu, dit M. Necker, a que ma tentative compromettrait ma popu* a larité ; mais je n'ai jamais imité l'exemple a de plusieurs hommes marquants, qui, après a avoir acquis la popularité, n'ont songé qu'à « l'étendre et à l'agrandir, et se sont constam* € ment refusés, comme les avares, à la dé- « penser, à en faire un généreux emploi , ou « pour le bien de l'État, ou pour aucun of-* « fice particulier. » Non-seulement M. Necker sauva le malheureux'proscrit, mais il imprima à la Commune un mouvement dans lequel on prononça pour tous, et au nom de tous, les mots d'oubli, de paix et de rapprochement, et la place publique et tout Paris les répétèrent par une acclamation générale.

Ce fut M. de Mirabeau, tribun par calcul , patricien par goût, et toujours immoral, toujours homme d'esprit, qui s'opposa à ce pre*

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mier retour vers Tordre et la paix, c On le vii^ | « le soir même de celte heureuse journée, par- « courir les clubs, et présenter ce qui s'était « passé à rhôtel de ville comme une compoa sition faite avec Tartstocratie; il décria la (I clémence, insulta la bonté, rappela les es* a prits à la dureté, à la vengeance, et posa, « sans le prévoir peut-être, les fondements du « système terrible dont on ne s'est jamais « écarté dans le cours de la Révolution. » La délibération de l'hôtel de ville fut déférée à l'assemUée nationale, qui, si on en croit les accusations du temps, jalouse d'un succès obtenu par un ministre du roi, la détruisit...

Ici, M. Necker relève les fautes des deux partis, et caratérise leur conduite de la manière suivante :

c Je le crois, et sans aucun doute, sans au- « cune incertitude : toutes les grandes fautes « politiques, depuis l'ouverture des états juste qu'au 14 juillet, appartiennent aux deux « premiers ordres; mais, après cette seconde o èpoqoe, le parti populaire, le parti triom- « fbani dans rassemblée nationale est de- (c venu comptable à lui seul de toutes les déa libérations politiques qui ont amené la a destruction de la monarchie, et préparé le « triomphe des principes subversifs de l'ordre a public et de la liberté réelle. »

On cite sans cesse aux gouvernements étrangers la révolution de France pour les engager à déployer hâtivement les moyens de rigueur; M. Necker leur prouve que la révolution française est due à des actes inconsidérés d'autorité.

a II faut gouverner sagement, dit^-il, pour a ne rien risquer au développement indéfini « de l'autorité; mais si l'on a bouleversé les « finances, dissipé les revenus publics, » si l'alarme est partout, entre les créanciers, entre les oMitribuables, on doit condescendre avec prudence aux mécontentements dont on est cause.

Lorsque les diefs de l'assemblée nationale eurent constaté de toute manière que rien ne pouvait plus s'opposer à leur empire, c'était le temps de bien faire. Us étaient alors les maîtres de fonder un gouvernement heureux. Tout les favorisait : l'esprit public^ encore atta- €hé à la royauté et en même temps entraîné vers la liberté, et le caractère du prince qui j

convenait parfaitement à une monarchie tempérée.

Mais la peur conduisait les uns, et f ambition de la popularité gagna les autres. On prévit que la faveur publique départirait bienlM le pouvoir, et, alors l'émulation, la rivalité se mêlant au désir de l'acquérb, U n'y eut ptos de mesure ni dans les discours, ni dans les actions qui se rapportaient aux deox dboses dont le peuple s'occupait uniquement : k liberté et l'égalité.

Une fausse idée aida à toutes les soUicitations des passions : ce fut celle qu'on pouvait maintenir en France un gouvernement monarchique en plaçant un roi à la tête d'une constitution démocratique. On écarta même toute discusion sur l'institution du pouvoir exécutif, sur sa composition, sa création et sa vie, et l'on supposa qu'un roi pouvait subôster sans aucune des gradations de rang qui entretiennent les hommes dans l'habitude du respect, sans aucune des pompes qui relèvent la majesté du trône.

L'abolition des titres, des rangs, des distinctions honorifiques parait à M. Necker avow été la subversion du gouvernement monarchique. Il en représenta les conséquences au roi, sans s'embarrasser du tort qu'il se faisait auprès du parti populaire. Le roi, malgré l'avis de son conseil et son propre avis, sanctionna sans délai la loi d'abolition. Des suggestions secrètes lui faisaient apparemment croire qu'une prompte adoption d'un décret si oMitraîre à ses intérêts constaterait aux yeux -de l'Europe qu'il n'était pas libre. Peut-être aussi qu'animé par la piété il voulut réserva ses forces pour résister au décret destructif des instituts ecclésiastiques.

Lorsque le roi sanctionna l'abolition des titres, il était à Paris, et c'étaient les événements du 5 octobre qui l'y avaient amené. M. Necker ne parie pas des causes de ces événements; mais il rappelle la réponse faite par le roi sur les articles constitutionnels qui étaient présentés à son acceptation. Le roi les approuvait, mais à cette condition q^e le pouvoir exécutif aurait son entier effet entre les mains du monarque^ L'insurrection du 5 octobre le força à une acceptation pure et simple.

Ceux qui avaient voulu que le roi s'établit à

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Paris avaient très-bieu calculé qu'ils affaibliraient la résistance de son conseil en le plaçant au milieu des périls que la fermentation g;énérale pouvait faire naître au gré des chefs du parti populaire.

Malgré sa répugnance pour un éloignement qui le faisait paraître un roi fugitifs le roi résolut un moment de s'éloigner, lorsqu'il eut appris l'arrivée du peuple de Paris à Versailles ; mais bientôt, la rumeur populaire étant devenue extrême, le roi, la reine, les princes balancèrent sur le parti à prendre. Un seul membre du conseil voulait le départ du roi ; les autres tergiversèrent. Les principaux membres du conseil , et particulièrement M. Necker, furent d'avis que le roi se rendit à Paris.

D'abord à la tète de l'insurrection était M. de la Fayette, et l'on pouvait espérer le retour du parti populaire au respect dont il ne croyait même pas trop s'écarter à l'égard du roi.

S"" On avait à craindre, et le roi craignait, d'après des notions particulières, que M. d'Orléans ne ftki proclamé régent, si le chef de l'État s'absentait.

d"" Partout les grains manquaient, et le roi n'aurait rencontré partout que des mécontents.

A'^ Le trésor public ne renfermait que l'argent nécessaire aux payements le^ plus urgents.

5<^ Le roi craignait de compromettre les personnes connues par leur attachement à ses intérêts.

11 se rend à Paris. De ce moment le peuple fut le maître; l'assemblée nationale elle-môme passa sous sa domination. Heureuse encore , dit M. Necker, de pouvoir déguiser ses timides complaisances en feignant de vouloir la première ce qu^elle était obligée de faire.

A ce nnoment s'élève la société des Jacobins, grande réunion d'agitateurs politiques sans responsabilité, qui jetèrent l'assemblée dans la démocratie outrée.

Bientôt après vint le papier-monnaie, institution qui, donnant la faculté de dépenser sans recevoir, dispensa l'assemblée constituante de voir que le gouvernement était sans force et de lui en donner.

C'est dans ces circonstances que fut composée, par une assemblée d'aiUeurs trop nombreuse et occupée de trop de choses pour

accomplir un aussi grand ouvrage qu'une constitution, c'est alors, dis-je, que fut composée cette constitution de i7di, qui fut cotée monarchique, quoiqu'elle dépouillftt le roi de cette ingénieuse autorité qui permet de gouverner les hommes par des moyens doux, et dispense de recourir à tous les appareils de la tyrannie.

Cette Constitution qui porte tout entière sur cette opinion si fausse : qu'il sufBt d'écrire des lois civiles, des lois pémdes pour établir Tordre; cette Constitution, où l'on trouve «un « désir glorieux d'originalité, une répugnance a vaniteuse et pusillanime pour toute espèce a d'imitation ; enfvn, une confiance crédule « 9LUX figures tracées par la théorie, et un mé- « pris inconsidéré pour les réalités gravées a par l'expérience; b cette Constitution qui a péri parce qu'elle était recommandée au lieu d'être garantie, tandis qu'une constitution n'est nécessaire que pour contenir les réfiractaires que le vœu le plus général rencontre toujour».

Avant de passer à l'histoire de l'assemblée législative, M. Necker fait un dernier retour sur sa conduite publique et sur les reproches qu'on lui a adressés.

11 y a dans cette partie des réflexions, un mouvement et des expressions que nons ne pouvons conserver dans un simple extrait. Nous nous bornons donc à présenter le fond de ce morceau.

La malveillance accuse M. Necker d'être l'auteur de la Révolution.

Elle lui reproche d'abord son esprit novateur, ses assemblées provinciales, la publicité de ses comptes de finance. 11 répond que les assemblées provindales et la publicité de ses comptes étaient des nouveautés, mais étrangères aux principes politiques. Ce fut M. de Brienne qui, en feisant élire les membres des administrations par les trois ordres, leur conféra un pouvoir représentatif. 11 est, ajoute M. Necker, une vérité bien certaine : c'est qu'en perfectionnant l'administration d'un pays on soutient sa constitution politique, et lesrecherdies des nations sur la contexture des gouvernements ne commencent jamais qu'avec leur mécontentement.

L'on a accusé aussi M. Necker d'avoir vécu avec les philosophes du siècle. <c Je ne sais pas,

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a r^lKmd-il , œ qu'en veut dire avec cette accu- « satiMi de philosophie moderne^ qu^an nen-* a tend pas trop soi-même. » Il oppose à cette accusation son ouvrage sur les opinions religieuses. Il a souvent combattu les agresseurs des vérités utiles; jamais on ne l'a vu dans leurs rangs.

On Fa accusé d'être avide de popularité et toujours occupé de l'étendre et de la conserver. Il observe que^ s'il en a obtenu^ ce n'a été que par les moyens qui concilient l'estime publique; il rappelle l'usage qu'il en a fait pour l'intérêt de la justice et de la raison > ainsi que l'empressement avec lequel il l'a hasardée toutes les fois qu'il a cru utile de le faire. Ce qu'il dit à ce sujet est la récapitu* lation des actes courageux dont on a vu le détail dans ce qui précède. Il ajoute que, dans sa retraite même^ il a donné des preuves de ses préférences pour la vérité et la justice sur les affections populaires. Il osé combattre le système de l'égalité et la constitution de 1791^ même sous le règne de l'assemblée cons* tituante; il s'est présenté pour défendre Louis XYI^ tout sûi* qu'il était de compromettre sa fortune; et^ en effets tous ses biens ont été séquestrés^ ses deux millions déposés au trésor royal honteusement retenus (et notez quHs le sont encore).

On lui a reproché d'avoir apporté dans la monarchie l'esprit de simple citoyen d'une république, et En m'examinant bien sur ce reproache, répond-il^ je dirai avec vérité que j'ai <f toujours aimé dans les autres tous les genres a de grandeurs conventionnelles; car^ ne m'é- «ctant jamais senti imposé par aucune^ et a n'ayant pas la faculté de relever les hommes^ a à ma volonté^ par des qualités morales^ j'auu rais voulu ^ pour le charme de mon imagia nation^ et peut-être aussi pour ma plus grande a aisance^ leur donner une stature d'apparence^ a et leur prêter à tous^ faute de mieux, des a panaches ou des échasses. o

Enfin on a reproché à M. Necker d'être protestant. Il observe que le reproche qui le suppose bon calviniste est en contradiction avec celui qui le suppose philosophe. Il rappelle son respect pour les opinions religieuses et pour toute piété vraie.

Cette apologie est terminée par le morceau suivant, qui nous parait exprimer une affec*

tion des plus vertueuses, de la manière la plus éloquente.

« Ah! je le dis aux ennemis que je n*ai pas a mérités, je le dis pour leur faire plaisir : c'est a en vain que j'ai défendu, que je défends en- « core, et toujours de bonne foi, les diverses « parties de ma vie publique; c'est en vain que « mes souvenirs me retracent le zèle et l'esprit c pur dont je fus animé; il me suffit d'avoir a été placé, par la fortune, au milieu des ana técédents de tant de fureurs et de crimes a pour être à jamais malheureux. Je me re- « prodie en ce moment jusqu'aux sentiments <x d*espérance que je partageais avec toute la a France à la première aurore des états géa néraux; et combattant, par mes regrets, la « distance de cette époque au temps présent, a les difficultés de la prévoyance s'effacent ind sensiblement à mes yeux; et il m'arrive de « me demander compte de toutes^ les pensées a que je n'ai pas eues, de tous les présages qui a m'ont échappé... »

L'assemblée législative reçut la Constitution avec une solennité éclatante. On jura sur cette charte même de l'observer religieusement; quatre vieillards l'étaient aHés chercher pompeusement aux archives pour cette cérémonie. On la déclara la plus parfaite possiôUy et Pon improuva le doute élevé par l'ex-capucin Chabot sur la justesse de cette expression.

Mais bientôt la prétention de paraître et de faire effet, l'ambition des louanges et des applaudissements, le souvenir des acclamations prodiguées à l'assemblée constituante, fit adopter aux nouveaux députés, dans leurs relations avec le monarque, un nouveau protocole et une nouvelle étiquette, et supprimer toute marque de respect. Bientôt après on mit en question si l'intervention d'un prince sans pouvoir et sans considération valait la dépense du trône, et si un gouvernement monarchique où le roi n'était rien ne ressemblait pas à une république, avec cette seule difTérence qu'elle avait à sa tête un chef mécontent de sa part, et, dès lors, l'ennemi naturel de cette constitution populaire. Enfin on projeta décidément la destruction de la royauté. C'était le seul pas en avant dont l'assemblée constituante avait laissé la faculté, tant elle avait serré près de la démocratie sa prétendue institution monarchique.

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Dans cette vue on s'attacha à rendre Louis XYI suspect et odieux.

On présenta à sa sanction un décret qui sé^ questrait les biens des princes et condamnait les émigrés à mort s'ils n'étaient pas rentrés îivant le !•' janvier 1793. Le roi refusa la sanction, voulant essayer auparavant un moyen de persuasion pour faire rentrer les princes et la noblesse émigrés. Aussitôt son refus est imputé à une coupable connivence. Cependant son refus prouvait sa liberté, et il fallait qu'il la prouvât pour que les émigrés et les princes pussent être ramenés à la France, une invitation libre de sa part étant plus propre à les faire rentrer qu'un décret dur et méprisant. Le ton de celle qu'il leur adressa, ses remerchnents à la ville de Francfort pour le refus qu'elle avait fait de vendre aux émigrés des armes et des munitions, enfin ces paroles de son testament : Je pardonne aux personnes qui, par un zèle inconsidéré^ m'ont fait beaucoup de mal; toutes ces circonstances sont autant de preuves que Louis XVI désapprouvait les rassemblements et les projets de Coblentz.

Cependant le projet de trouver chaque jour de nouveaux torts au roi le fit accuser d'avoir suivi trop longtemps un système d'égards enversl'empereurquisouffraitdes rassemblements d'outre-Rhin; a et lorsque, forcé par le vœu a de l'assemblée nationale, par le mouvement « public, par Pavis unanime de son conseil, de a demander une réponse décisive à la cour de a Vienne, les mêmes gens qui accueillirent a cette réponse d'un cri de guerre entrepria rent, aux premiers revers, de faire oublier « leur conduite ; et, en peu de temps, le peu- «pie crut, sur leur parole, que Louis XVI, a dirigé par des vues personnelles, avait mis c TEurope en feu ! »

Deux autres circotistances adroitement ménagées par ce parti achevèrent de détruire le roi dans l'opinion populaire.

« Le ministre de la guerre osa proposer de a son chef, à l'assemblée, l'appel et le ras« « semblement, dan$ la capilale (nous verrons « qu'ici M. Necker est inexact), de vingt mille € hommes extraits des départements, et dont a l'inscription libre en apparence aurait été di^ a rigée par tous les clubs de jacobins, d Le roi refusa sa sanction à ce décret hostile; et

Fon dit aussitôt qu'il voulait ouvrir Paris à l'étranger.

Il avait pareillement rejeté un décret qui ordonnait l'emprisonnement de tout prêtre insennenté qui serait dénoncé comme suspect par vingt personnes ; et l'on répandit qu'il voulait la guerre civile pour seconder l'invasion de l'étranger.

Bientôt on licencie la garde que la Coiistitution lui avait accordée, et on le laisse sans défense.

Bientôt après une multitude armée arrive des faubourgs à son palais : c'était le 20 juin ; elle enfonce les portes; le roi est en butte à tous les outrages; sa vie, celle de la reine, de madame Elisabeth, du prince royal, sont mille fois menacées. On lui commande la sanction du décret concernant les prêtres : Ce n'est , répond le roi, ni le moment de le demander , ni le moment de l'obtenir. Deux jours après, il le refuse encore dans une proclamation cou*^ rageuse.

Enfin arrive la journée du 10 août. Depuis le 20 juin, la faction ne dissimulait plus rien. Les délibérations publiques des jacobins, les adresses des sociétés affiliées, les pétitions des sections, les pétitions des fédérés, les clameurs des carrefours, toutes eurent une même fin, la déchéance. Dès l'aube du jour, toutes les rues, toutes les places adjacentes, du palais des Tuileries sont couvertes d'honunes armés et de canons. A sept heures, toute résistance ayant paru inutile, le roi se rend avec sa famille au sein de l'assemblée nationale, laissant dans son palais sept à huit cents gardes suisses, qui, n* ayant pas reçu assez promptement l'ordre de se retirer, défendirent le château après la sortie du roi et furent les victimes du plus sanglant combat.

On répandit ce jour-là dans Paris que la cour avait conspiré contre le peuple, et qu'en massacrant les Suisses le peuple n'avait fait que prévenir sa propre destruction. Mais tous les antécédents du 10 août, et cent discours tenus depuis par les députés les plus marquants, prouvent assez que le parti avait seul médité une attaque, et que la cour n'avait eu d'autre projet que celui de se défendre.

L'assemblée législative suspend le roi de ses fonctions, l'envoie prisonnier au Temple, et convoque une convention nationale.

mSTOIRE CONTEMPORAINE.

Cependant la Commune s'était renouvelée dans la nuit du 10 août et avait été composée des hommes les plus violents du parti populaire^ des suprêmes directeurs de Tinsurrection de ce jour. Elle s'arrogea des pouvoirs supérieurs à ceux du corps législatif; elle le fit trembler. Elle fit faire d'innombrables arrestations le 26 août, et d'innombrables assassinats le 2 septembre; elle disposa un massacre universel par une circulaire où elle recommandait à toutes les communes du royaume d'imiter les massacres du 2 septembre; elle envoya enfin des commissaires dans toutes les grandes communes pour écarter des élections tous les hommes probes et éclairés que quelque inadvertance des jacobins pourrait y laisser introduire. Ce fut sous ces auspices que finit l'assemblée législative et que commença la Convention.

Elle est à peine assemblée qu'un histrion propose en deux mots l'abolition de Pantique royauté qui durait depuis quatorze cents ans en France, et en deux minotes l'abolition de la royauté est décrétée. L'assemblée veut ensuite juger elle-même Louis XVI , et Louis XVI est accusé, jugé, condamné, mis à mort.

La mort de Louis XVI décida de toute la conduite de la Convention; elle s'engagea par ce crime à tous les crimes ; elle eut besoin d'en commettre chaque jour pour s'étourdir sur le premier et pour qu'on ne lui en demandât pas compte. Ayant abdiqué solennellement toute justice, toute morale, il ne lui restait pour gouverner que le fanatisme, la guerre et la tyrannie.

Aussi rassemblée se divisa-t-elle en deux partis, la majorité, qui avait voté la mort, et la minorité, qui ne l'avait pas votée; et la guerre s'alluma entre ces deux parties, qui, jusquelà, avaient semblé rivaliser de violence et de déchaînement contre l'ordre public. Ces der* niers furent qualifiés de mocf^f s, d'hommes d'État. En 479i, ce parti était nommé la Gironde; le 31 mai fut l'époque de sa ruine. Vingt-six de ses membres périrent à Paris sur Péchafaud, le 31 octobre 1793, d'autres à Bordeaux; d'autres se tuèrent; et soixante-treize autres furent emprisonnés pour avoir protesté contre les événements du 31 mai.

Le parti modéré étant écarté le 31 mai, on se met à faire, au plus vite, une constitution

démagogique; on la bit jurer à la nation avec solennité, et aussitôt on en suspend l'exécution, et l'on crée le gouvernement révotutionnaire.

A la tête de ce gouvernement fut Robespierre, ce monstre qui, né pour le crime, avait divisé le monde vivant en deux parts, lui et l'espèce humaine, et était toujours prêt à immoler ce qui n'était pas lui.

11 avait inventé le 2 septembre; il inventa le tribunal révolutionnaire, l'armée révolutionnaire, la législation révolutionnaire. Bientêl les {Mrisons ne suffirent plus pour contenir les hommes suspects; bientôt les échafauds ne suffirent plus pour faire place dans les prisons. Il fallait, pour que personne ne prétendit partager son empire, que personne ne pût l'égaler en crime, et il passa toutes les bornes coonties.

Une diose pailieoière à sa sitiuition, ce §A le besoin d'avoir pour oompRces une assem- Mée de sept cents députés qui donnftt la couleur de loi à toutes ses institutions, et de jugement à tous ses caprices. Aussi, ce qui est remarquable dans sa conduite, c'est l'art qu'il a employé pour llnUmider, la tromper, la séduire, à l'aide d'un comité de salut public et de cet orateur Barrèrê, dont la charge parut être de ployer le langage de la vérité, celui de la vertu, à toutes les combinaisons du crime et de Tatrocité.

Tous les grands traits de cette époque sont exactement rapprochés et fortement marqués par M. Necker, qui, en finissant, s'adr^se, comme on va le voir, aux législateurs témdns muets des maux qui ont désolé la France.

et Et vous, législateurs, vous vous assembliez <x soir et matin, sans dire un mot des forfaits a qui se commettaient près de vous!... N'a* oc vez-vous pas entendu le sombre roulement et de ce char funèbre qui traversait, chaque « jour, à la même heure, les rues de la ^le «r hospitalière où vous teniez vos séances? N'aa vez-vous pas entendu les cris d'une popua lace effrénée... applaudissant au sacrifice de CI soixante à quatre-vingts victimes désignées et par les juges infernaux pour consacrer la et fête du jour?... Législateurs, vous aviez à a l'avance interdit les habits de deuil , et la a frayeur, l'épouvante retenaient les larmes a de la pitié. Mais les cris dé douleur et de dé-

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« sespoir des mères, des épouses, des enfants a et des frères... ces cris multipliés, ces cris a déchirants, et qui ont retenti jusques aux exce trémités de TEurope , né les aves-vous pas a entendus? Vos souvenirs aujourd'hui vous a poursuivent , mais serez-vous absous par vos a regrets tardifs? le serez-vous par votre rea pentir? Le monstre qui faisait trembler la a France, et qui vous épouvantait vous-mêmes, a avait des pieds d'argile, et cependant vous a n'avez osé l'attaquer qu'aumomentoù il était « près de vous disperser. Sans doute le séance dale éclatant de ses Crimes vous a servi dans ce cette lutte, mais les ombres plaintives de cent « milles victimes seront -elles consolées en ce apprenant que leur sacrifice a décidé votre « triomphe? Ah! c'était pour les prévenir^ ces a crimes abominables, quil fallait vous mon- « trer, qu'il fallait hâter votre courage I Quelle a réparation offrirez-vous à la nation pour un m si grand nombre de pertes? Quels adouci&a sements tenez-vous prêts pour tant de lara mes? ou quels éminents services, quels traits « de talent et de génie , en faisant affluer aua tour de vous les sentiments de reconnaisa sance et d'admiration, pourront dérober à a la sévérité de l'opinion publique votre lona gue indifférence à tou^ les actes de barbarie a dont vous avez été les témoins? Une tache a de sang se présentera partout dans le tableau a de votre administration, et rien de près, rien « à distance n'en distraira les regards. »

La Convention rassemble dans ses mains des biens de la valeur de 8 à i 0 milliards : c'est plus que le double de toutes les anciennes richesses de la France ; et elle fait banqueroute à tous ses engagements ! Comment expliquer ce prodige de dissipation? par l'oubli de toute morale dans le gouvernement.

il Callut soudoyer une multitude innombrable de clients et de satellites, acheter des uns l'assistance nécessaire pour opprimer les autres. Il est nécessaire de payer en argent ce qu'on ne peut obtenir par estime et par confiance; la morale fournit au meilleur marché l'obéissance et la subordination.

11 fallut donner aux plus habiles et aux plus avides l'exploitation des entreprises publiques, afin que, s'opposant à toute bonne manutention, ils trouvassent dans les rapines de chaque jour un moyen de rapine pour le jour suivant.

Le grand abtme, toutefois, c'est la guerre, qu'une conduite sage et morale aurait prévenue. Ce n^est pas la liberté de la France, mais son éclatante immoralité, que les États voisins ont considérée comme un fléau dont ils devaient se préserver.

La seule immoralité des assignats servirait d'explication à la plus désastreuse des calamité. La Convention, s'abandonnant à un système de tromperie, s'est servie, par la voie des enchères, de la rivalité de la peur pour donner aux biens nationaux une valeur fictive; et, joignant ^hypocrisie à la fraude, elle a soutenu que les assignats, quoique multipliés à l'infini, avaient toujours leur gage.

Les rentes, les droits d'héritage, les titres de possession, les fruits d'un long travail, les besoins de la vieillesse, garantis par cette loyauté française dont on a fait tant de bruit, tout a été méprisé; l'autorité suprême s'est jouée de toutes les propriétés.

Arriva enfin la chute de Robespierre, et alors se déploya un singulier spectacle. Ses camarades de crimes essayèrent d'élever un mur de séparation ^tre eux et l'homme qui n'était plus, et, comme on le pense bien, entre leurs vertus et ses iniquités; et parmi ces gens de bien étaient un CoUot d'Uerbois, un Billaud-Yarennes, un Barrère. Un seul député éleva sa voix contre leur insolente prétention à l'estime publique, et il fut déclaré calomniateur par un décret de l'assemblée. C'est qu'elle ne pouvait douter que ces hommes, pressés dans leur dernier retranchement, n'appelassent en cause l'assemblée elle-même; ils auraient soutenu, et avec une logique éclatante, que leur conduite avait été tracée; ils auraient commenté le mot du député Carrier, qui, interrogé de près au milieu de la Convention, dit hardiment que, si toute l'assemblée était examinée avec le même soin, il n'y aurait que le fauteuil et la sonnette du président qui pussent se tirer ^affaire. La Convention s'affranchit de tout embarras en décrétant l'exportation des trois grands coupables.

Lors du mouvement de germinal, elle ordonne l'emprisonnement de plusieurs des siens, dont ensuite elle refuse d'ouvrir les lettres, après huit mois de captivité.

Elle sévit contre ceux des députés qui s'étaient montrés favorables à la révolte des pre-

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miers jours de prairial; plusieurs furent envoyés prisonniers dans une forteresse ; sept autres^ jugés militairement^ furent condamnés à mort; et toujours les formes sont violées.

Elle veut enfin achever de s'épurer : elle fait examiner la conduite des proconsuls, et, après avoir trop souvent rendu des décrets d^accusation sur de simples aperçus, elle se jette dans un autre extrême : elle se prête à écouter paisiblement les détails les plus honteux; ils sont consignés dans le recueil des débats. M. Necker en copie une partie , mais sans y annexer les noms propres. « Je n'aime points dit-il, à me mêler de la punition des personnes, encore moins quand elle peut rejaillir sur leurs familles, b

Mais M. Necker, en ménageant les individus, ne ménage pas la masse, a Non, dit-il, ce n'est pas en masse que la Convention nationale peut se défendre. Elle l'essayerait en vain, soit qu'elle s'adjoignît à Robespierre, soit qu'elle s'en séparât; et les hommes dont cette assemblée se compose doivent nécessairement soigner leur fortune à part devant le tribunal de l'opinion publique.

a La postérité demandera plus librement que nous si ce n'est pas la Convention entière qui adoptait quelquefois avec humilité, souvent même avec enthousiasme, les projets de son comité suprême; si ce n'était pas elle qui disputait avec des tribunes corrompues l'honneur d'applaudir aux discours hypocrites de Robespierre; si ce n'était pas elle qui se levait spontanément, en signe de respect et d'admiration, à l'oide de quelques principes révolutionnaires servant de précurseurs aux proscriptions les plus féroces; si ce n'est pas elle encore, si ce n'est pas la Convention entière qui voyait périr chaque matin un nombre indéfini d'innocentes victimes sans se permettre, avec tout son pouvoir, je ne dis pas une observation » mais un simple gémissement, mais une simple expression de commisération et de pitié?

a La Convention veut expliquer sa longue retenue par la crainte que lui avait inspirée cet homme; et rien ne prouve plus combien elle a honte aujourd'hui de cette conduite, car l'aveu d'une grande faiblesse doit lui coûter aussi. Mais ce Robespierre, qui sert d'excuse à tout après sa chute, avait dans l'assemblée ses rivaux en dureté, et quelquefois même on l'a dé-

passé. Les soixante-treize députés qui snûe&t signé dans le secret une protestation relative à l'acte de tyrannie exercé le 31 mai auraient tous été Idécrétés d'accusation si Robesperre ne s'était pas déclaré contre cette mesure. . . On a vu quelques députés exprimer avec sécurité des sentiments généreux; on pouvait impunément se lever en masse pour les sout^iir, et on ne l'a pas fait. . . Et on a applaudi quand il fut demandé que la Convention décrétât que le tribunal révolutionnaire n'avait cessé de bien mériter de la patrie. »

Était-ce d'ailleurs Robespierre qui obligeait ses collègues à se montrer des premiers dans les actes d'oppression étrangers aux grandes mesures révolutionnanres et à la politique du tyran? C'est de leur propre mouvement qu'ils interprétèrent le mot d'émigrer ; c'est de leur propre aveu, de leur propre ignorance, que le système banqueroutier des assignats s'est préparé ; c'est par un décret nominal que quarante fermiers généraux ont été envoyés au tribunal révolutionnaire, et par conséquent à la mort; C'est de leur propre goût qu'ils applaudissaient, qu'ils riaient au récit des insultes prodiguées à des ministres de la religion. Ce n'est pas Ro» bespierre qui enjoignit aux représentants de la nation de se rendre tous ensemble à l'église métropolitaine, pour y consacrer le culte de la Raison ; ce n'est pas lui qui leur enjoignit d'accueillir révêque de Paris et son clergé lorsqu'ils vinrent renier leur foi ; ce n'est pas lui qui leur enjoignit d'accorder las honneurs de la séance et le baiser fraternel à un essaim d'écoliers qui vinrent à leur tour se parer du mépris pour les opinions de leurs pères. Elle n'était pas non plus commandée par Robespierre, cette scène scandaleuse du 30 brumaire (20 novembre 1793), où la section de l'Unité vint faire serment de ne reconnaître d'autre culte que celui de la Raison, d'autre divinité que la Liberté. Nous le jurons! nous le jurons/ s'écrie^ t-^n de toutes parts; et la salle retentit d'applaudissements.

Toutefois, la chute de Robespierre devint le signal d'un nouveau règne. Les prisons s'ouvrirent ; le tribunal révolutionnaire eut d'autres juges et d'autres jurés. Mais, au milieu des réparations les plus méritoires, jamais l'assemblée n'a montré cette plénitude de moralité qui attire l'estime publique et qui la cautionne.

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Elle à renoncé aux confiscations^ elle a rendu les biens des condamnés , mais elle ravit celui des parents des émigrés. Elle a fort bien dirigé la guerre^ mais elle n'a pris aucun intérêt auv dilapidations; elle a détruit le maximum ^ mais, lorsque cette disposition a fait baisser les assignats^ elle n'a donné aucune attention à la détresse des rentiers et des autres créanciers de PÉtat.

Et Quiberonî s'écrie M. Necker, où le nombre des victimes ne fut pas compté !... Et le démenti donné au récit des soins donnés aux enfants deCAPBT, enfermés au Temple!... Et cet enfant à qui Ton criait : C apet , es-tu là?,.. Et le rachat de la fille de tant de rois !

Cependant la Convention va s'acquitter de tout; elle va s'absoudre elle-même dans la mémoire des hommes : elle a entrepris, elle a fini la Constitution.

Avant de faire l'examen de cette constitution, M. Necker parle de sa présentation aux assemblées primaires.

11 importait sans doute au succès de la Constitution qu'un certain nombre des anciens députés fût admissible de droit au nouveau corps législatif. Il n'y aurait eu aucune opposition marquante à ces arrangements si la Convention avait joui de l'estime publique ; mais on s'effrayait d'une continuité de domination entre les mains des mêmes homnœs qui avaient laissé répandre tant de sang, qui s'étaient joués si longuement de tous les principes de la morale. Les chefs n'existaient plus, mais bien en* core les lieutenants, les sous-lieutenants et tous les témoins pacifiques des atrocités. Plus ces considérations avaient de force, plus la Convention se trouvait avertie dd combattre pour obtenir une supériorité de suffrages utile à sa sûreté. C'est encore par la ruse et par la feinte qu'elle y est parvenue.

Elle s'adjuge par un décret les deux tiers des places. Ce décret, artistement accolé à la charte constitutionnelle, est soumis à la sanction du peuple. Le même jour où 958,2% citoyens ont donné leur vote sur la charte, 270,358 seulement se sont prononcés pour ou contre le décret des deux tiers. Le silence d'un si grand nombre d'assemblées primaires, sur une question d'un intérêt commun à toutes, était une particularité singulière , dont l'explication devait être donnée par la Convention;

elle ne l'a point fait, et, de cette manière, laissant errer tous les genres de soupçon, on se demandait : Pourquoi la Convention n'a-t-elle point fait passer les procès-verbaux par les départements ? Pourquoi a-t-elle exigé qu'ils lui fussent adressés directement? Pourquoi s'en est-elle réservé le dépouillement? Pourquoi la promesse de publier les procès-verbaux n'at-elle été qu'une vaine parole? Pourquoi, lorsque les assemblées primaires de Paris se sont présentées pour faire entendre leurs griefs, les a-t-on repoussées, sous. prétexte que la constitution interdit les pétitions en noms collectifs?... C'est là sans contredit une réunion de moyens très-suffisants pour entretenir sans fin le pouvoir le plus arbitraire.

Les Parisiens avaient été témoins de plus près des mesures astucieuses employées par les conventionnels pour garder l'autorité. Leur irritation fut au comble quand la Convention appela autour d'elle les terrt*ristes comme ses défenseurs et amis, et qu'elle les investit du titre de pa/r/o^e^ de 1789. Les Parisiens, ou plutôt un petit nombre de sections seulement, se rassemblent le 1 3 vendémiaire (5 octobre 1795); elles n'avaient point de poudre, point de canons, point de chefs ; elles ne savaient encore ce qu'elles voulaient, ce qu'elles devaient faire; et des batteries chargées à mitraille, dirigées contre cette foule en désordre et resserrée dans les rues, ont donné la mort en peu de moments à deux ou trois mille citoyens.

« C'étaient des royalistes, » a dit tranquillement, la Convention pour s'abstenir d'aucun regret, et elle avait tenu le mê^ie langage aux troupes de ligne afin d'animer leur violence. Ce fut toujours le grand art des chefs populaires que cet emploi de certams mots pour guider la haine au gré de leur politique. Les sections de Paris acceptent sans aucune réserve la constitution républicaine, et toutes eu même temps, toutes, à une près, rejettent un décret qui assure aux hommes dont elles sont mécontentes les deux tiers des places. Où est le royaUsme en tout cela? On peut aimer la république et haïr ses chefs, comme on peut aimer la monarchie et haïr le monarque; orgueilleuse fatuité à la Convention d'imaginer qu'on ne saurait, sans être royaliste, se refuser à l'admirer et à la chérir.

« Elle touche à son terme, dit M. Necker,

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au moment où je trace ces lignes. Puisse son esprit fmir avec son nom^ et ne pas se perpétuer avec les personnes dans le gouvernement nouveau. »

M. Necker examine la Constitution^ d^abord considérée en général^ ensuite dans quelques dispositions de détail.

a Voyez comment les législateurs de 1791 ont été traités par les parents de la première constitution de 1793, dont M. de Condorcet fut le rapporteur. Voyez comment ceux-ci furent bafoués par les auteurs de la constitution publiée la même année, sous le règne des nouveaux maîtres. EnBn, voyez comment tous ont été déclarés de pauvres hères en législation par les érudits de 1795. Tous les faiseurs de constitution^ antérieurement au comité des onze, n'avaient pas le sens commun.

« Le dioix des onze était bien fait, et l'on se montrerait injuste si , pour déprécier le talent de ces commissaires, on comparait le résultat de leurs combinaisons au chef-d'œuvre de la constitution d'Angleterre ou aux sages pensées des Américains. Us n'avaient pas la liberté de prendre pour terme de leur méditation ni une monarchie tempérée, ni une république fédérative ; et dès qu*ils étaient obligés de donner à 25 millions d'homme% un gouvernement indivisible, sans admettre aucune gradation de rang, sans altérer le principe de Végalité absolue, ils ne pouvaient, je crois, imaginer aucune organisation politique capable de résister au mouvement social et aux atteintes du temps. »

Le gouvernement de la France est composé de trois grands anneaux : d'un conseil de cinq cents jeunes gens, qui doivent rédiger les lois; d'un conseil de deux cent cinquante anciens , qui doivent les approuver ou les rejeter; et de cinq directeurs, qui doivent exercer en commun la puissance executive.

La disposition essentielle, c'est la séparation absolue de la puissance législative et de la puissance executive. II n'y a point d'exemple de cette séparation, ni dans les temps anciens^ ni dans les temps modernes.

Si le Directoire avait quelque part à la confection des lois, il aurait deux ambitions : celle de concourir à de bonnes lois, et celle d^en surveiller l'exécution; il n'en a donc qu'une, et, pour attirer les regards, il usera bruyam-

ment de son droit de contrainte et de répression. Ce qu'on doit craindre également^ c'est qu'il n'aime la guerre, afin de se donner une grande administration sans partage.

On veut que^ des cinq menibres du Directoire, trois au moins assistent aux délibérations. Cela se peut-il? Toutes les affaires peuventelles se traiter collectivement? Ils se partageront les affaires et se promettront taciteinenl une déférence mutuelle et un échange de signatures.

Qu'est-ce que leur responsabilité ? Quel acte administratif et quelles fautes, hors le cas de trahison^ poiuront décider à un décret d'accusation contre cinq hommes indivisibles, qull faut attaquer en masse ; qui sont en place pendant cinq années; qui ne sortent qu'un à nn; dont le sortant sera protégé et Feutrant subjugué par les quatre autres; qui, enfin, au moment où ils redeviendront des hommes privés, n'auront le plus souvent pour juges, dans la législature renouvelée en trois ans^ aucun des témoins de leur conduite publique?

On a rendu les ministres respectivement responsables tant de Vinexécution des lois que de ^inexécution des arrêtés du Directoire. Comment imposer deux responsabilités qui peuvent se trouver en contradiction? II fallait au moins désigner les occasions où l'une des deux doit céder à l'autre.

On a ordonné l'arrestation d'un directeur en cas de flagrant délit : c'est un manquement aux convenances. Pouvait-on supposer qu'il fût jamais arrivé à un directeur de commettre en public une action à laquelle le mot de fior grant délits une expression si basse^ pût être rapporté?

Une autre inconvenance est de rappeler à l'administration suprême un directeur rabaissé dans l'opinion par le long cours d'une procédure criminelle, et absous par la haute cour nationale.

(cMais, dans les petites comme dans les grandes choses, dit M. Necker, les souverains législateurs de la France ont supposé constamment que les moralités n'étaient rien ; et cependant elles résistent à tout^ même au despotisme. »

M. Necker n'approuve pas non plus que les directeurs sortants se trouvent confondus dans l'immense cohue des égaux : ailleurs ils sont

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replacés dans le premier conseil de l'État; ni que le Directoiro ne puisse que proposer des mesures^ mais non des projets rédigés en forme de lois, tandis que bien des lois s'appliquent et correspondent à des particularités de fait dont le gouvernement seul a connaissance.

Le conseil des Anciens ne peut dire que ces paroles : Le conseil appréuve; le conseil ne peut adopter. Nulle explication ne lui est permise. En Angleterre^ les deux Chambres nomment des députés qui confèrent ensemble et qui cherchent à Tenvi des moyens de conciliation. Voilà la marche de la raison. Le style irritant qu'on a prescrit au conseil des Anciens^ et TinterdicUon de toute explication entre ce conseil et le conseil des Cinq-Cents^ deviendront une source de discorde et de confusion.

Le conseil des Anciens ne peut rien proposer ; il faut qu'il attende^ et cependant qu'il soit là pour sanctionner à tout moment les décrets d'urgence. Que fera-i-il dans ses moments de loisir î...

Il fallait au moins donner l'initiative au conseil des Anciens. Le petit nombre est mieux appelé que le grand à préparer les lois^ à revenir d une première erreur, à n'être point offensé de l'improbation.

M. Necker critique aussi l'amovibilité des juges. Les tribunaux ne peuvent obtenir de l'éclat que par des degrés insensibles; souvent la vie n'y suffit pas; il faut même qu'un corps de magistrature hérite de la renommée de plusieurs générations avant d'en avoir une à lui. Voilà le raisonnement; et les grands juges d'Angleterre sont le meilleur des exemples. Les législateurs de France ont cm qu'en disant au peuple : Choisis, et choisis sans cesse, ils faisaient tout pour lui. Mais est-il un principe de gouvernement qui soit franc d'exception ? Je ne le connais pas.

M. Necker passe de ces observations générales à l'examen de quelques dispositions particulières.

40 Tout citoyen doit ses services à la patrie et au maintien de Fégalité, de la liberté et de la propriété, toutes les fois que la loi l'appelle à les défendre.

Ainsi la législature a le pouvoir indéfini d'enrôler pour la défense du pays, pour celle des colonies, pour celle même de nos alliés.

telle classe et telle portion de la masse entière des citoyens qu'il lui plaira, et de les metlre à la disposition des directeurs, seuls en droit de parler de paix , lorsqu'une fois la guerre est résolue. Cette faculté indéfinie ne peut être confiée à aucune autorité dans l'État. C'est un pouvoir exagéré qu'un père ne donnerait pas à son fils, ni un fils à son père, et il estdécerné en France à une troiâème et quatrième génération d'élus; car le Directoire a été choisi par la législature; la législature a été choisie par les corps électoraux ; les corps électoraux ont été choisis par les assemblées primaires; et peut-être, dans ces assemblées, les trois quarts des votants ont donné leurs suffrages sur l'avis d'un discoureur. Quelle extension de caractère représentatif! Il est déjà bien idéal , ce caractère, dès la première élection; que devientil à travers plusieurs substitutions? On ne voit plus alors qu'un sommaire métaphysique, et qui ne peut servir de titre à l'exercice d'une autorité sans limites. Par une suite du principe de l'égalité, les enrôlements se font sans aucune distinction d'état, de fortune et d'éducation, et l'on se refuse à aucune espèce de rachat. Il y a donc une sorte de brutalité politique à ne voir dans les hommes que l'être vivant , et à détourner ses regards de toutes les moralités préparées par la nature et fortifiées par l'état social. Dans les anciennes républiques, les citoyens allaient à la guerre en personne ; mais eux-mêmes en avaient pris la résolution. On ne connaissait pas aloi*s ce système représentatif, qui, par une sorte d'escamotage, nous est présenté comme l'empreinte des volontés individuelles, et qui met tout une nation à la discrétion de cinq cents élus de troisième main, sans même exiger d'eux aucune preuve de propriété et de propriété importante. A-tron jamais donné une autorité pareille avec si peu d'inquiétude, avec si peu de précautions?

^ Le droit de pétition. Voyez avec quelle adresse on l'a rendu presque nul. Voici l'article : « Tous les citoyens sont libres d'adresser a aux autorités publiques des pétitions, mais a elles doivent être individuelles ; nulle assoa dation ne peut en présenter de collectives, d si ce n'est les autorités constituées, et seua lement pour des objets propres à leur attria bution. » Il semble, au premier coup d'œil,

qu'en permettant les pétitions aux autorités constituées c*est assez pour l'intérêt général. Mais H'iron pris garde à ces paroles : Et seulement pour des objets propres à leur attribution? Une telle restriction exclut tous les objets généraux; les pétitions, par exemple^ sur la paix , sur la guerre^ sur les emprunts, sur les billets de monnaie, sur la liberté de la presse, sur le droit de pétition lui-même, et sur une multitude d'abus de pouvoir ou d'actions législatives qui, pour être hors du cercle d'une administration particulière^ intéresseront peut-être d'autant plus gravement le destin de PÉtat. Remarquez encore que la plupart des autorités constituées sont révocables à la seule volonté du Directoire; feront-elles des pétiiions^ même sur les objets propres à leur attribution?

3<* La liberté de la presse. Elle est annoncée avec solennité, mais avec la réserve d'une responsabilité pour tous les cas prévus par la loi. Ainsi le droit rt'ste dans le vague, ou plutôt il n'existe pas jusqu'à ce que la loi se soit expliquée.

4^ La suppression formelle des lois antérieures, et dont plusieurs sont en contradiction avec les principes de la liberté personnelle. Cette suppression formelle n'a pas été faite ; au contraire, le décret solennel de l'abolition de la loi du ^2 prairial , sur l'emprisonnement des gens suspects, annonce tacitement le maintien de tous les autres décrets. Ainsi le Directoire conservera le droit de déclarer les villes en état de guerre, le droit d'exiler de la France les étranges, le droit de renvoyer dans leurs communes les Français mêmes, le droit d'empêcher les Français de voyager hors de l'enceinte de la république; et si le conseil des jeunes gens ne voulait pas mettre en délibération Fâbolition de pareilles lois, l'abus n'aurait aucune fin. .

5*» Emprisonnement. On permet au Directoire des mandats d'arrêt contre les gens suspects, mais il doit, au bout de deux jours, les traduire devant le juge de police. Devant quel juge de police ? Si le Directoire a la faculté de choisir les juges, il en trouvera ( peut-on en douter) qui voudront ce qu'il voudra. La Constitution n'en dit rien , non plus que du moment où le prévenu sera présenté au jury d'accusation et soumis au jury de jugement.

Ces déterminations méritaient une place au milieu des 377 articles de la Constitution, la plupart moins essentiels à la sécurité des citoyens.

6® On peut regretter aus^i que l'acte constitutionnel n'ait pas désigné d'une manière irrévocable l'autorité appelée à former la liste des jurés criminels : aucune disposition n'était plus importante, surtout au milieu des souvenirs de la dernière tyrannie; et qu'il n'ait pas établi une magistrature publique tenue d'écouter les plaintes des citoyens lésés par im abus d'autorité. Les administrations de département sont loin d'en tenir lieu, puisqu'elles sont dans la dépendance du Directoire.

7^ Les administrations de département ont perdu leur première considération et leur consistance; elles étaient composées de dix citoyens, tous hommes principaux dans l'opinion : elles sont réduites à cinq ; le Directoire peut les destituer; chacun des ministres a même le droit de suspension provisoire. Le peuple, appelé à nommer de pareils admini«trateurs, n'est-il donc appelé qu'à une sorte de comédie?

S^ La Constitution défend aux tribunaux de connaître des affaires soumises à l'aulorké de ces administrateurs. Or, ces administrateurs répartissent les impôts directs et jugent les réclamations des contribuables. Ainsi, des hommes révocables à la volonté du gouvernement décideront des intérêts pécuniaires les plus importants et les plus continuels. Que diraient les Anglais, que diraient les Américains, s'ils ne trouvaient que des hommes d'administration pour juges contre les abus des agents de l'administration, et, pour dernier trait de forme asiatique, s'ils étaient obligés de payer leur taxe avant de se permettre aucune représentation?

9^ Le caractère représentatif qui doit dédommager de tout a été rendu indéfiniment précaire. Les électeurs sont tenus de se séparer au bout de dix jours, et s'ils n'ont pas couiplété leurs élections, et si les élus n'ont pas pu faire connaître leur acceptation, et si les élus refusent, voilà le droit représentatif d'un département restreint de fait et perdu pour l'année... On agrandit le territoire,. tandis que le nombre total des représentants est fixé. On s'est mis dans la nécessité ou de n'accorder

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aucune dépuiation à des pays conquis, ou de diminuer d'autant le nombre des représentants de Tancienne France... On a autorisé le conseil des Cinq-Cents à délibérer au nombre de deux cents; on devait du moins déclarer qu'une assemblée plus nombreuse serait indispensable pour résoudre une guerre^ un nouvel impôts un papier-monnaie.

On ne dit rien sur Tépoque de la vérification des pouvoirs^ ce qui tient indéfiniment le nouveau tiers en suspens.

On laisse à une majorité quelconque^ môme d'une seule voix^ le pouvoir de terminer une discussion, le pouvoir d'enlever la parole à un député, le pouvoir de l'interrompre, le pouvoir enfin de forcer le président à être luimt^me l'instrument de cette vexation.

Enfin, ce droit d'une nation à être représentée, ce droit tant célébré, comment s'exercerat-il? uniquement par l'élection des électeurs. Et si la plupart des citoyens ne se rendaient pas à l'assemblée primaire, que deviendrait en réalité le droit représentatif? Il fallait du moins imposer une amende aux propriétaires d'une certaine classe qui se seraient absentés de ces assemblées sans une raison valable.

40<^ La révision de la Constitution. On la soumet à trois examens, h trois renvois, à trois ans de distance chacun. I!s ne sont applicables m aux grandes corrections, ni aux petites : aux grandes, parce qu'un doute prolongé sur la durée d'une disposition principale aurait plus d'inconvénients que son changement subit : aux petites, parce que jamais une législature ne voudra^ pour un léger défaut, provoquer l'appel d'une assemblée de révision. Cependant, supposons-la convoquée. Elle doit se borner à la révision des $êuL< articles qui lui ont été désignés par le corps législatif. Qu'arriverait- il si elle manquait à si^ consigne? Obligée de se dissoudre dès que ses résolutions ont été adressées aux assemblées primaires, elle ne pourrait revenir d'aucune erreur. Cependant les assemblées primaires voudraient former un vote sur ces résolutions; le corps législatif s'y opposerait, et il ne résulterait de tout cet apparat qu'un accroissement de désordre et de confusion. Ce serait une nouvelle comédie; car c'en fut une de présenter à tout un peuple une constitution en ai 7 articles pour dire oui ou non $ur une seule lecture, et d'appeler cela

une acceptalion libre et solennelle. Tous les pays ont leur oracle de Delphes.

11* Enfin M. Necker demande ce qu'il doit arriver de l'indifférence qu'ont marquée les législateurs français pour l'établissement d'un culte et pour la perpétuité d'une religion: c'est que, cette indifférence s'étant communiquée par degrés à vingt-cinq millions d'hom^ mes , il faudra nécessairement ou les contenir par le despotisme, ou les abandonner à tous les écarts d'une imagination déréglée.

M. Necker termine ce troisième volume par des réflexions générales, dont le résultat est qu'il était impossible que le comité des onze donnât une bonne Constitution dès qu'elle devait avoir pour base le principe de l'égalité absolue, qui réunit autour d'une seule passion vingt-cinq millions d'hommes solennellement affranchis des sentiments d'égards et des habitudes du respect.

L'égalité parfaite et l'indivisibilité du gouvernement sont inconciliables avec l'ordre et la liberté dans un grand État. Nous parlons tou- * jours au nom de M. Necker.

Une autorité centrale dans un grand État a besoin des habitudes du respect pour se faire obéir. La séparation en différents États de pays peuplés d'hommes égaux, comme en Amérique, peut seule concilier l'égali é avec l'ordre.

La division fédérale sauve là le corps politique des convulsions que produit l'égalité; elle lui conserve l'éclat propre à une grande nation, et les mœurs qui sont le partage des petites. Là ce sont tous les gouvernements particuliers de chaque Étal qui exercent la partie délicate de l'autorité civile et politique. L'autorité centrale est une sorte de tutelle commune et de garantie étrangère, à l'abri, pai* son objet, de tout démêlé avec les intérêts et les passions des particuliers.

L'autorité fédérative, soutenue par les autorités locales, s'y étend à un petit nombre d'intérêts, l'autorité locale à un petit nombre d'hommes.

Cet admirable système aurait dû être suivi par la Convention.

Le caractère national et les circonstances où se trouvait la France le rendaient encore plus nécessaire pour elle que pour l'Amérique; l'impétuosité des Français, leur inconstance ,^

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1 abolition des liens religieux^ Thabitude dp libertinage , l'attrait qu'a la France pour tous les vagabonds de l'Europe, tout rendait son gouvernement plus difficile.

Mais les Américains se contentant du bonheur; il faut plus aux Français : il leur faut de la gloire et du bruit; ils ont besoin d'un grand théâtre.

C^est l'intérêt de Paris qui oppose le plus puissant obstacle au système fédératif. Paris veut toujours être le centre du pouvoir, pour en recueillir de la premiv re main toutes les faveurs.

On reproche au gouvernement fédératif d*ètre moins propre à la guerre que les gouvernements indivisibles. Jusqu'à présent ce n'est pas par l'indivisibilité que la république française a réussi dans la guerre, c'est par la tyrannie et la terreur. Qui peut dire ce qu'elle serait devenue sans ces deux moyens?

Si la vanité française n'avait pu souffrir patiemment uu chef pris entre les citoyens égaux, > ayant difficilement supporté celui qu'elle avait autrefois» quoique issu de la maison de l'Europe la plus illustrée > il y aurait eu peu d'inconvénient à placer en plusieurs mains ou à leur faire passer successivement les affaires peu nombreuses dont aurait été chargée la suprême autorité.

Les Français tenant obstinément à l'indivisibilité et à l'égalité, ils devaient prendre pour modèle la monarchie tempérée de l'Angleten*e.

Youliez-vous l'ordre public sans despotisme : a Le principe de cet ordre n'est-il pas l'honneur qu'on porte à la loi et le respect qu'impose le pouvoir chargé de la faire exécuter ? N*estce pas l'habitude d'un peuple aux sentiments d'égards et la tendance de l'esprit public vers la morale? N*est-ce pas entin une sorte d'estime silencieuse, mais universelle, pour le gouvernement établi? »

Eh bien ! l'on [)ortera peu d'honneur à la loi en France, parce que la loi sera l'ouvrage de deux Chambres qui ne donnent aucune caution de leur intérêt à la chose publique, ni de leur éducation libérale, et dont Tune, réduite à improuver ou approuver les résolutions de l'autre, ne pourra soutenir sa considération ni son rang.

En Angleterre, au contraire, les lois sont

l'ouvrage de trois volontés différentes, savoir: de la volonté de deux Chambres égales eo droits, composées, l'une de propriétaires foociers, l'autre de tout ce qui constitue la graadeur d'opinion, et ensuite de celle du roi, dont l'expression est relevée par tous les genres de majesté. Ainsi la propriété^ les dignités et U majesté royale apposent le sceau aux lois anglaises. Quelle différence entre elles et les nôtres!

Le respect pour le pouvoir exécutif est «usbi plus as.suré en Angleterre qu'en France. Là il est exercé par un monarque héréditaire inviolable, qui participe à la formation de la loi par lui-même et par ses ministres, et qui est environné d'une majesté imposante. En France, au contraire, vous avez cinq directeurs pris dans la classe commune des citoyens, sans titre inhérent à leur personne» sans titre précurseur de leur élection ; cinq directeurs exposés à l'accusation du premier venu; cinq &• i*ecteurs toujours au moment de .se désunir, car l'harmonie ne peut être longue entre cinq copartageants d'im même pouvoir. Nullajidef reyni sociis, omnisgue pot e^ las impatiens consortis erit.

L'habitude des égards et des sentiments du respect est fondée, en AngleU rre, sur la plus juste et la plus sage gradation des rangs; le législateur y a établi toutes les distinctions nécessaires, mais sans les excéder. Les supériorités sont tellement adhérentes à l intérêt social , et si étroitement renfermées dans son enceinte, qu'elles semblent ordonnées et décrites par une volonté générale. « La pairie est la seule distinction de naissance avouée par la loi, et l'éclat jeté sur deux ou Ut* cents magistratures suffit, par une heureuse combinaison, et pour relever la majesté du corps législatif, et pour donner au trône cel accompagnement qui achève en quelque ©*• nière la royauté. Était-il possible d'accomplir une si grande intention avec un si petit sacnfice de la part de tous les amour-propres el de toutes les vanités? n

La pairie n'est pas une division de lanatio» en deux classes distinctes ; c'est seulement une magistrature héréditaire qui n'a rien de ^^ contraire à Tordre social que la richesse pa»"' moniale. « N'est-ce pas une belle idée que d'avoir fait servir les supériorités de richesses

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à un avantage politique? Et n'est-ce pas aussi une pensée prudente que d'avoir mis en action, pour le bien de la patrie, l'esprit d'hérédité, et d'en avoir fait une sauvegarde de la liberté contre les invasions de l'esprit populaire et les tentatives ambitieuses du monarque? » Ce sont les pairies qui, en Angleterre, sont le lien secTct de tout le système des

Qu'a-t-on pour suppléer à ces avantages en France, où la vaste étendue du pays rendait le lien du respect encore plus nécessaire qu'ailleurs? Les élections du peuple? Mais si elles ne tiennent pas aux hasards de la naissan<^, elles tiennent à ceux des passions; et ce sont les plus dangereux.

Le gouvernement anglais veille à Thonneur et à l'entretien des idées morales et religieuses, tandis que le gouvernement français les traite avec indifférence et avec mépris; de sorte qu'en France l'édifice n*a plus de lien et que toutes les pierres chancellent. On n^y a pas seulement calculé <x ce qu'était en plus ou . en moins, dans l'ordre social, l'admission ou le rejet du serment, de cet engagement qui combat à lui seul contre tant de séductions. On n'a voulu tenir aucun compte de tout ce qui était vieux et sanctionné par l'expérience. On a nargué le temps; craignons qu'il ne se venge. »

Enfin l'Angleterre est habituée depuis un siècle à une estime silencieuse et universelle pour son gouvernement, et nul sentiment sans doute n'est plus propre à l'entretien de l'ordre social; au contraire, l'amour qu'on porte en France à la république est incertain , et s'il n'était soutenu par des intérêts tout à fait personnels, tels que l'acquisition des domaines dits nationaux et le sacrifice fait à la Révolution de tant de devoirs sacrés, on ne peut dire ce qui la soutiendrait, a Tant de crimes ont souillé les premières années de la république française qu'il est impossible à tout homme pur de cœur et d'esprit de la chérir autrement qu'en espérance et en imagination...

« Il n'y a eu d'assentiment universel à aucun système politique en France, après l'époque des premières espérances que l'assemblée constituante avait données. Aussi n'existait-il alors aucune limite à la liberté de la presse, et Ion no proscrivait pas les gazelles étrangères.

On ne craignait ni les éloges ni les regrets donnés à l'ancien régime, et voilà le véritable signal de la confiance des novateurs dans le mérite de leur doctrine.»

Le gouvernement d'Angleterre est non-seulement propre à maintenir l'ordre public, il l'est aussi à maintenir la liberté. C'est une conséquence de la dignité attachée là à tous les pouvoirs publics. La majesté des pouvoirs diminue la somme des sacrifices demandés à la liberté au nom de l'ordre public. Là où le respect pour la loi ne peut être que de réflexion, et où il ne tire aucun appui de nos sentiments habituels, les dépositaires de l'autorité ont besoin de despotisme et de terreurs pour se faire obéir. Et voilà ce qui arrivera inévitablement à cette législature, au pouvoir exécutif de France, a revêtus l'un et l'autre d'une grande autorité, mais à l'improviste, aujourd'hui pour demain, et sans aucun préparatif de la part de l'opinion publique... »

a En France, on a voulu composer l'autorité toute de pouvoir. Était-ce bien saisir le principe de l'ordre public? Était-ce bien entendre le mystère de la liberté? N'était-ce pas inviter les uns à n'avoir du respect que par crainte, les autres à se sauver de l'oubli par le despotisme?»

Aussi quelle tyrannie n'a-t-il pas fallu endurer en France depuis la république? « Les républicains français, les Français républicains ont été jusquesà présent asservis plus arbitrairement, plus tyranniquement que les Grecs de Constantinople, que les derniers sujets des soudans de l'Asie, s^

Dans les Étals de peu d'étendue, de légères supériorités établies par L'opinion et reconnues de tous les citoyens suffisent au maintien de l'ordre social; «Mais dans, les grands États il est indispensable de frapper les esprits par des signaux plus éclatants, o

La Constitution anglaise, en plaçant le pouvoir exécutif dans une seule main , et en l'y faisant parvenir par l'hérédité^ condamne les ambitieux à la soumission, a En France, au contraire, on a considéré l'exercice du pouvoir exécutif comme une sorte d'aubaine politique qu'il fallait mettre en conmiunauté, et par un partage et par une succession continuelle d'agents et de dépositaires. » De là procèdent deux grands maux : le premier, que l'ambitieux tra-

hM

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vaille sans relâche à renverser Thomme en fonctions pour le remplacer ; le second , que les moyens de gouvernement simples^ doux, insensibles, sont toujours rejetés. On refuserait le gouvernement d'un ange, s'il s'en présentait un pour remplir à lui seul tant de fonctions qu'on regarde comme le patrimoine commun, a Entendez-vous, dirait-on, cet éire superbe qui parle d'agir seul? Nous ne voulons, à ce prix, d'aucune intervention, et nous refusons une autorité à laquelle (ous les citoyens ne sont pas appelés. Vous êtes, monsieur Tarchange, vous êtes, nous le voyons bien, de la classe des aristocrates; remontez au ciel, et diligemment^ sinon nous allons vous traduire au tribunal révolutionnaire, ou vous faire courir sus par le peuple. » En Angleterre, au contraire, tout content qu'on fût été de l'autorité du roi, en vertu du prii^ci(>e même qui Va fait instituer, le peuple, après avoir entendu la proposition de l'ange, aurait dit au roi : Vous nous coûtez quelque chose, et vos moyens sont bornés. Nous trouvons mfeux. Retournez en Hanovre, ou vivez simple citoyen au milieu de nous... Cette double fiction ne montre-t-elie pas clairement que la Constitution anglaise tend toujours à adoucir le gouvernement, et la Constitution française à l'aggraver?

Le pouvoir exécutif d'Angleterre peut se passer, pour son maintien, de l'adhérence du corps législatif. Le pourrait-il en France? Le corps législatif et le pouvoir exécutif se soutiendraientrils, n)éme par leur réunion, s'ils ne paraissaient environnés de l'opinion de Paris, qui forme une sorte d'aristocratie départementale fort nécessaire à leur soutien et à leur crédit?

L'on objecte qu'en Angleterre le pouvoir exécutif est moins dangereux entre les mains d'un seul homme qu'il ne serait en France, où rétendue du pays et ses frontières méditerranées exigent une force militaire immense.

On peut répondre d abord par l'exemple de la force que l'opinion avait sur l'armée en France même, il y a dix ans, force que 1 existence d'une chambre des représentants, d'une cour des pairs et d'une Constitution auraient augmentée, et à laquelle on aurait pu encore ajouter d'autres précautions.

En second lieu , la liberté serait encore plus en sûreté en France avec le système du gou-

vernement anglais qu'avec le système constitutionnel.

Supposez un usurpateur, un nouveau Robespierre, ayant à lutter contre des représentante propriétaires, des pairs, un onmarque héréditaire, un gouvernementdouxet protecteur; il ne saurait comment aveugler le peuple et le faire sortir de sa ligne pour seconder des desseins ambitieux. Quel parti, au contraire, il pourrait tirer de la Constitution française ! Devenu directeur, il commencerait par irriter ses collègues contre le corps législatif; il les engagerait dans de fausses démarches ; il les eflrayerait ensuite par le tableau des persécutkms auxquelles ils se trouveraient exposés, le jour où ils deviendraient particuliers; il leur inspirerait aloi^ le désir de se perpétuer au rang suprême ; il leur montrerait les moyens et les probabilités de succès; il les lierait avec l'opposition du corps législatif; au moyen de cette opposition, il mettrait la division dans les deux conseils ; bientôt il les discréditerait dans l'opinion publique; il gagnerait les dernières classes du peuple par des invitations artificieuses et populaires; enfin ils agiteraient la nation... Et, aussitôt que le nouveau Robespierre aurait décidé ses collègues à un premier pas, il leur commanderait le second au nom de leur sûreté. Alors il deviendrait leur maître absolu, parce que seul il apaiserait leurs doutes et leurs inquiétudes, et que seul il en aurait le pouvoir. . .

Ajoutez, à la différence des moyens qui s'offriraient à l'ambitieux dans les deux Constitutions, celle des motifs, a Un roi d'Angleterre ne pourrait sans folie désirer une meilleure situation politique que la sienne, tandis qu en France les gens assis au rang suprême se trouveront placés entre l'obscurité dont ils viennent de sortir et l'obscurité qui les attend. »

L'infiuence de la cx)uronne eu Angleterre sur le corps législatif a été fort exagérée. Le roi', il est vrai, contribue à l'élection de plusieurs membres; mais l'égalité de représentation eni[)êcherait cet abus. Le roi gagne aussi par argent quelques suffrages de députés; mais cette corruption balance celle qui s'exerce par des applaudissements populaires; d'ailleurs elle ne peut aller bien loin, tous les députés étant propriétaires de trois à cinq cents

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IcMiis de revenus. Et croit-oo que les députés de la république française, à qui aucune fortune n'est imposée, seront plus difficiles à corromjH'e, et que le Directoire ne saura suppléer à la liste civile qui lui manque par des fonds obtenus pour dépenses secrètes, et qu'il appliquera à sa politique privée?

Enfin, en Angleterre la corruption est circonscrite par l'opinion publique, qui, dans un tel pays, conservera toujours son autorité. En I*"rance, dans une vaste démocratie, cette autorité s'évanouit. Sans doute elle est forte dans les mouvements révolutionnaires, dans les grandes circonstances qui la provoquent violemment. « Mais ce n'est point ainsi que l'opinion publique exerce une censure utile, une censure journalière. Elle ne peut remplir une si importante fonction que dans les États où les gradations de rang sont établies, dans les États où ces gradations prêtent de la force aux idées de considération et aux sentiments de mépris. »

On regarde le droit d'élire dans les assemblées prinmiires comme Téquivaient de l'opinion. Cependant, « cette prérogative si vantée est peut-être ce qu'il y a de moins pénétrant . (le moins efficace dans la puissance morale d'une nation... Supposez en France de vérita blés propriétaires à la tête de la république, et dépositaires à eux seuls des pouvoirs législatif et exécutif, et appréciez, par un calcul moral y le degré de leur autorité dans la nation; vous le trouverez encore inférieur au degré d'autorité dont ils jouiraient sous une monarchie tempérée , sous un gouvernement où ils n'auraient, comme en Angleterre, qu'une part à la législation. C'est que, sous un gouvernement de ce genre, Topinion publique serait dirigée par eux, par la masse des hommes de fortune et d'éducation, au lieu que, dans une démocratie représentative, les propriétaires, y eussent-ils momentanément toutes les places, ne seraient pas moins en respect continuel devant les préjugés et les pas sions de la multitude. Ainsi, mal défendus par une opinion publique errante ou en discrédit, leur autorité serait toute en apparence, et n'aurait aucune hardiesse, aucune stabilité.

« Voilà pour le pouvoir, voilà pour son action ; et la surveillance , la censure sont de même altérées dans leur essence, lorsque To-

pinion publique est déplacée, lorsqu'elle lie siège plus aux premiers rangs de la société, lorsqu'elle ne s'associe plus aux lumières, lorsqu'elle n'émane plus d'un généreux instinct. On impose encore aux homn^es en autorité une responsabilité de vie et de mort ; mais celle du déshonneur, celle de la honte sont presque évanouies, ou n'inspirent aucune frayeur.

a On ne peut trop le dire : rien ne peut égaler l'opinion publique en bons services et en services journaliers. Elle est vague dans son existence, mais ses effets sont précis , son action continuelle. Elle est plus forte que la loi , plus forte que les gendarmes, et pourtant on doit s'attendre aujourd'hui qu'après l'avoir rendue craintive, au milieu du tumulte de l'égalité, elle n'aura plus de confiance en ellemême et fera vide partout. »

M. Necker termine pai* des réflexions d'un autre genre.

Dans la monarchie tempérée, dit- il, un prince peut, en renvoyant un ministre, rendre le calme, la confiance au peuple mécontent. Dans une république, on ne peut apaiser la multitude à si peu de frais.

Dans la monarchie, la succession des princes, leur avancement en âge, leur déclin intéressent, occupent les craintes ou les espérances. Dans la république française, on doit éprouver de l'ennui à la vue de celte longue et monotone oligarchie composée de cinq personnes réunies sous un seul nom. Le Dh*ectoire ! toujours le Directoire ! et point d'images, point de variétés, rien au dehors, rien de figuré, rien de saillant, rien de mobile...

a Croyez que le Directoire apercevra le peu d'analogie du caractère national avec l'uniformité de sentiments que semble exiger, de la part des Français, l'uniformité d'une magisture suprême, destinée à représenter une éternelle abstraction. Et alors, pour se varier lui-même dans l'imagination des spectateurs, il cherchera les événements, il appellera les inquiétudes ou il ne les éloignera point, et la GUEBBE, enfin, la gubrbb lui plaiba mieux

QUE LA PAIX, ti

Enfin, dans la monarchie tempérée, et cette réflexion s'adresse aux âmes sensibles, M. Necker remarque l'utile distinction établie entre l'être collectif qui mûrit les délibéra-

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iions^ en écarte Tarbitraire^ et rassemble dans un foyer une plus grande étendue de lumières^ et rétre unique^ Têtre simple que presse la véritable responsabilité^ le véritable besoin de plaire^ )a véritable ambition d'une noble gloire. «C'est, continue-t-il, Tunité qui pompe tout, parce qu'elle jouit de tout; c'est l'unité qui évalue^ qui calcule tout^ parce qu'elle souffre de tout. Enfin ^ ce que j'estime véritablement^ c'est par l'unité seule que la compassion et la bonté sont représentais. Oui^ ces précieuses vertus^ ces vertus daùs leur belle nature^ sont rarement Papanage des êtres collectifs. Le courage^ l'audace et quelque* fois le faux héroïsme conviennent mieux aux assemblées : chacun peut y prendre part, chacun le peut en paroles et à titre encore d'en* chérissement; mais la bonté est un sentiment d'un seul jet, la compassion de même, la générosité de même^ et tous ces mouvements appartiennent privativement à Têtre simple... Il y a donc une perfection de plus dans les gouvernements ob, comme en Angleterre, on a su faire usage aveo convenance et de yôlre unique et de l'être collectif, et d'un roi et d'un parlement, et d'un parlement et d'une nation; où Ton a su réunir ces divers agents avec harmQnie^ et où l'on n'a rejeté aucun des éléments, dont l'ordre social se compose... d

OBSERVATIONS SUR L^OVVRAGE DE M. NECKBR.

Nous croyons avoir assez exactement présenté dans ce qu'on vient de lire la substance de l'écrit de M. Necker sur la révolution française. Nous allons maintenant exposer les observations dont cet écrit nous a paru susceptible. Nous reviendrons dans un autre moment sur le discours relatif à l'égalité^ que l'auteur a placé à la suite de son ouvrage sur la Révolution^ et qui en est absolument distinct.

Trois objets différents semblent avoir occupé M. Necker dans la composition de son livre ^ et véritablement trois ouvrages sont renfermés dans le même.

Son premier objet a été l'histoire de la Révolution; le second, l'apologie de sa conduite dans le ministère ; le troisième , la critique de la Constitution.

La partie historique peut être divisée en quatre : la première se rapporte aux événemeuts qui ont amené la révolution de i 789 ; la seconde, aux événenientsqui ont amené celle de 1792 ; la troisième, à ceux qui ont produit et signalé la tyrannie de 1793 ; la quatrième, à ceux qui ont eu lieu ensuite.

On peut reprocher à M. Necker , dans la partie qui renferme l'exposé des circonstances auxquelles il attribue la Révolution^ d*avoir marqué avec plus d'humeur que de justesse les bornes au delà desquelles il convenait d'éteodre la recherche de ses causes, et d'avoir voulu jeter du ridicule sur ceux qui les ont cherchées trop loin dans le |>assé. Il n'y a pas un point de durée dont on puisse dire^ d'une manière absolue , qu'il est trop loin ou trop près d'un si grand événement pour avoir part aux causes qui y ont contribué^ et il n'est pas d'un esprit sage de s'enfermer dans un espace de tenaps tr^bomé jpour y rechercher des choses qui peuvent ^e au delà. Qu'importent les distanças des causes aux effets? Dès que vous voulez connaître et indiquer celles-d^ cherchezles où elles sont , et ne conunencez pas par dire : Je ne les chercherai que là où je veux qu'elles soient. Allez jusqu'au déluge, si c'est là seulement qu'est ce que vous cherchez; revenez à la dernière minute qui a précédé l'événement^ si vous n'avez rien découvert en remontant. U ne s'agit pas de trouver la vérité près ou loin^ il s'agit de la trouver.

On peut encore critiquer dans cette partie que M. Necker exclue du tableau des causes de la Révolution non-seulement ce qu'il appelle des rapprochements fantastique$, mais encore des cUfstraclions, deux choses fort différentes^ et qu'il affecte de confondre. C'est comme s'il disait que ni le vice^ ni la vertu, ni la sagesse, ni la folie^ ni la crainte^ ni l'espérance^ ni la passion^ ni la raison n'ont joué de rôle dans la Révolution; car toutes ces choses ne sont que des abstractions , aucune n'ayant une existence matérielle^ une existence pro[N« et indépendante dans la nature. Des trois grandes causes auxquelles M. Necker attribue la Révolution, savoir: le désordre des finances, la force de l'opinion publique^ et l'imprudence que la cour a faite de l'affronter, la première doit, ce semble, être retranchée, et la seconde expliquée. La première est assignée trop près

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des événements; la seconde n'est qu'une alh alravtion formée par emprunt de toutes les causes^ et qui n'en explique aucune. Le désordre des finances a été Toccasion et non la cause de la Révolution ; lorsque le d4ficit fut connu^ tout le monde s'écria : Le bienheureux déficit! La force de Topinion ne pouvait rien sans sa direction ; mais d'où venait sa direction? Voilà ce qu'il faut expliquer^ si on ne veut pas s'en tenir à un vain mot parla crainte de remonter trop loin, dans le passé. Cette direction venait des lumières qui avaient éclairé sur les droits^ et de la civilisation qui avait approfondi le sentiment des besoins. Ces lumières^ d'où venaient-elles? De l'imprimerie, de la boussole, de la poste aux lettres^ du C/onimerce^ etc.^ et de toutes les inventions accessoires. Les besoins, les droits, d'où procédaientils? De la nature. On ne risque rien, ce semble, à remonter jusque-là pour s'entendre; la chaîne n'est pas bien longue, ni le premier anneau bien difficile à saisir.

La troisième cause que M. Necker indique méritait peut-être d'être plus observée qu'il ne l 'afait ; c'est l'irritation de Topinion. On n'a point encore évalué la puissance de la colère dans la contrariété prolongée; on a bien remarqué l'explosion de ses premiers mouvements, mais point ses effets permanents. Il y a mille choses qu'on ne peut expliquer ni par le sentiment des droits, ni par celui des besoins, ni pai* les vues de la raison , ni même par celles des passions, et qui sont de purs phénomènes de la colère. C'est par elle que l'aristocrate modéré, maltraité à Cobleutz, s'en revient être patriote enragé à Paris, et que le patriote modéré, maltraité à Paris, s'en va être aristocrate à CoUentz. M. Necker n'aime pas l'étude des causes éloignées, des causes abstraites, des causes morales; il n'y a pourtant que celles-là d'utiles à connaître. Ce n'est pas tant l'histoire des individus qui est instructive que celle des passions qui les ont fait mouvoir. L'histoire digne des hommes d'État est celle dont on peut eflacer tous les noms d'hommes sans qu'elle perde son intérêt.

Ce qui est bon, ce qui est utile dans cette première partie de l'histoire de la Révolution, ce qui est fidèle et éloquent surtout, c'est le tableau dans lequel l'auteur représente, d'un côté, l'existence importante, honorable, qu'a-

vait acquise le tiers état, par ses mœurs, ses connaissances, ses services continuels; de l'autre, les préjugés, les prétentions qui le faisaient traiter avec mépris par les classes supérieures de l'État, toutes dégradées qu'elles étaient par tous les genres de corruption, et la cupidité qui faisait rejeter sur lui seul les charges publiques. Les pages consacrées par M. Necker à ce tableau sont tout à la fois le supplément ou la rectification de sa théorie des causes de la Révolution, et une réparation envers la philosophie, qu'il a aussi accusée d'y avoir contribué en ruinant les fondements de tous les devoirs. Certes M. Necker, en montrant, en philosophe sensible, à quel pdnt l'ancien régime violait tous les droits particuUers et les intérêts publics, justifia bien la philosophie de la part qu'elle peut avoir prise à sa destruction.

M. Necker attribue, dans la seconde partie de son histoire, la chute de la royauté à l'abolition de la noblesse, à la constitution de 1791, qui n'a remplacé la noblesse par aucune institution équivalente à l'établissement des jacobins, au besoin qu'avait l'assemUée législative d'aller plus loin que l'assemblée amstituante pour satisfaire l'opinion populaire dont la violence était devenue extrême.

Rien ne nous parait plus juste que cette opinion, et nous nous empressons de le reconnaître, quoique nous en ayons eu longtemps une contraire sur plusieurs points.

Montesquieu l'avait dit : Point de noblesse^ point de monarque; l'événement l'a bien prouvé. Et M. Necker use bien de l'avantage que lui donnent et Montesquieu et l'abolition du tr6ne, après celle de la royauté; il use bien, disons-nous, de cet avantage sur l'assemblée constituante, pour la traiter, ainsi que son ouvrage^ avec un insigne mépris.

U faut l'avouer, elle n'a su faire ni la royauté ni la république. Les plus éclairés d'entre ses membres n'étaient que des écoliers dans la haute science d'instituer des sociétés politiques. Mais où étaient les maîtres plus habiles? M. Necker, sans doute, savait bien la maxime de Montesquieu : Point de noblesse, pomt de nHHiarque; mais il voulait, et il voudrait encore une noblesse sans privilèges, sans prérogatives réelles, une noblesse réduite à des décorations et à des distinctions honorifiques. Et, en cela,

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comprend il bien Montesquieu? en cela^ connatt-il bien la nature des choses? N^est-il pas aussi vrai de dire : Point de privilèges, point de noblesse^ que : Point de nob'esse^ point de monarque?

Nous ne craignons pas d'assurer que ni Montesquieu^ ni BlacLstone, ni aucun défenseur de la noblesse n'ont jamais séparé l'idée de privilèges utilfis de celle de distinctions honorifiques; nous ne serions pas embarrassés de citer plusieurs passages de leurs écrits qui le prouvent positivement. C'est, en effet, des privilèges réels qu^ls font dériver Tintérèt de la noblesse à la défense du trône contre les invasions du peuple, et du peuple contre les invasions du trône. Et, au fond , quand M. Necker suppose que les respects du peuple et ses égards ne sont déterminés que par des signes extérieurs d'une dignité purement honorifique, il juge le peuple plus dupe quil ne Test. Ce qui impose au peuple dans les distinctions extérieures des grands , ce ne sont pas ces distinctions elles-mêmes, ce sont les avantages de fortune ou de puissance qu'elles supposent; du moment qu'elles ne seraient plus le signe d'aucune prérogative réelle, elles ne produiraient plus d'effet. C'est une erreur de croire que les yeux du peuple ne le conduisent que parce qu'ils le trompent, que Tèclat des rangs ne servent qu'à l'éblouir, et nullement à lui montrer les avantages qu'ils supposent.

L'erreur de M. Necker relativement à l'influence des distinctions d'appareil nous paraît être la même que celle des colons de nos îles d'Amérique, qui regardaient la blancheur de leur peau comme la seule cause de l'obéissance aveugle qu'avaient pour eux leurs nègres, tandis que leur empire était uniquement fondé sur leur savoir, sur leur police, sur leur richesse surtout, et qu'il n'y avait pas de maître plus rigoureusement obéi dans les colonies mêmes qu'un nègre devenu propriétaire, malgré sa noirceur, égale à celle de ses esclaves.

Si donc on peut prouver à M. Necker qu'abolir les prérogatives réelles de la noblese c'est détruire les prérogatives d'opinion, il sera forcé de convenir, lui qui a toujours trouvé cette première abolition nécessaire, qu'il n'eût pas été meilleur organisateur d'une monarchie que l'assemblée constituante, et que, s'il eût été chargé de faire la Constitution, il eût tout aussi

bien que nous mérité l'éloge oii le blâme, non d'avoir établi la république, mais d'avoir puissamment préparé la chute de la monaidiie. L'histoire de l'assemblée législative et des commencements de la Convention nous a paru parfaitement exacte; le tableau des machinations employées contre la cour est tracé, nonseulement avec fidélité, mais aussi avec la force, l'intérêt et la grandeur qui conviennent au sujet. Seulement les amis de la concorde et delà paix regrettent que M. Necker n'ait pas rerois à d'autres temps son récit du jugement et de la mort de Louis XVI. Plus ce récit est pathétique, plus il était dangereux au moment où il a été publié. Et qu'est-ce qui pressait de le publier? Était-il à craindre que cet événement ne tombât dans l'oubli? N'était-il pas au contraire très-désirable que les esprits restassent distraits de souvenirs qui ne pouvaient être encore que trop vifs? L'opinion avait-elle besoin d^être redressée, et de l'être sans délai, sur les prétextes de la mort de Louis XVI? Sa cause était-elle périclitante pour attendre, supposé, ce qui n'est pas qu'elle eût besoin d'être plaidée pour être entendue et bien jugée? N'étaient-ce pas les ressentiments personnels, les ambitions et tous les sentiments de discorde qui devaient, plutôt que la justice et la morale, se saisir et profiter de l'intérêt ranime par M. Necker sur cette grande catastrophe? Et, au fond, qu'importent les idées justes sur un événement iiTéparable, et peut-on dire de même : qu'importe l'amortissement de souvenirs qui ne peuvent exciter que des troubles? Quel serait le regret de M. Necker s'il s'en élevait en ce moment dont le fanatisme de It royauté fût la cause ou le prétexte (l)î Un homme de son caractère, de son esprit, de son âme, ne serait-il pas inconsolable qu'on pût

(1) M. Necker n'est sans doute pas instruit que, tout ce que|craint la Montagne, c'est d'être punie de b mort du roi; que, ce qui la rend souvent furieuse, c'est celte crainte , et que rien n'est plus propre à faire renaître cette crainte , qu'un tableau cloquent A» derniers moments du roi. L'ouvrage de M. Neeker pouvait servir pour empêcher la réélection de ceux qui ont voté cette mort, et, comme un grand nomltf* d'entre eux ont été d'ailleurs très-coupables, ce pouvait être un bien ; mais l'ouvrage a paru plus lot qu i ne fallait pour remplir cet objet , et asser tôt cour produire l'autre.

HISTOIRE COtNTEMPORAlNE.

compter cinquante pages d'un de ses écrits^ entre les mille histoires de la Révolution^ où depuis trois mois on a fait aussi un récit pathétique de la mort du roi; entre cent journaux qui citent soigneusement de ces histoires ce qui se rapporte à la mort du roi; entre cent es* pèces de dessus de boîtes et de gravures d'éventails qui offrent aux yeux Tume cinéraire du roi? D'autres auraient besoin de parler aussi de l'événement qui entraîna Louis XVI à la mort^ et ils seraient excusables de l'avoir fait peut-être, après les calomnies qu'ont attirées sur eux l'ignorance parfaite où est la France des détails du 10 août, calomnies que leur silence peut avoir accréditées. Mais il faut savoir attendre le moment où il convient de parler de soi. L'intérêt personnel doit toujours s'ajourner, quand Fintérét public lexige.

L'histoire des crtmes de la Terreur est parfaite. Rien de plus éloquent que les reproches que l'auteur adresse sur ce sujet à la Convention tout entière ; mais l'histoire de la Terreur elle-même manque dans cette partie. C'était le sujet d*une grande instruction pour l'humanité de montrer comment, par quel déclin des principes, par quel progrès des erreurs qui paraissent d'abord le plus sans conséquence, par quels artifices, par quels attentats, et par quels concours d'agents et de circonstances on parvient à étendre la terreur sur un peuple; de dire ensuite tout ce qui la concerne et la fortifie ; de faire voir enfin comme elle se détruit entre les mains de ceux qui l'exercent, dans deux cas fort différents, c'est-àdire lorsque c*est un seul homme qui en dispose, ou que c'est plusieurs.

L'histoire du 9 thermidor; celle des temps postérieurs, où la justice reparut au sein de la Convention, mais toujours incertaine et timide; celle des événements de prairial , de Quiberon et de vendémiaire sont aussi écrites avec autant d'éloquence que d'exactitude ; mais il y manque quelque chose comme à l'histoire des temps de la Terreur; il y manque l'histoire des principes de réaction qui alors se sont développés avec énergie. On dit qu'un ouvrage nouveau de B. Constant , intitulé : des Réactions politiques^ suppléera à cet égard à l'omiission des histoires connues de la Révolution. Quant à l'histoire de la Terreur, elle se trouve, et très-bien, dans deux chapitres d'un ouvrage

anonynie qui paratt en ce moment sous ce titre : des Causes de la Révolution et de ses résvltats{i).

Il nous semble, pour nous résumer sur la partie historique du livre de M. Necker, qu'elle laissera plus de sentiments que d'utilesiumières ; qu'elle sera plus fructueuse à la morale privée qu'à la morale publique; qu'elle aura plus de prix aux yeux des hommes vertueux et sensibles qu'aux yeux des hommes d'État. Si nous comparons ainsi cette partie telle qu'elle est avec ce qu elle aurait pu être, ce n'est point par l'intention de faire remarquer ce qui lui manque, mais par l'étonnement de ne pas y trouver tout ce qu'on était en droit d'attendre de M. Necker.

La partie apologétique de son ouvrage porte avec elle un caractère particulier, qui nous parait être, plus que l'éloquence passionnée, le signe d'une conscience sûre d'elle-même et forte de ses bonnes intentions. C'est une noblesse de diction et une sérénité de ton où l'on croit reconnaître plutôt un juge impartial, prêt à prononcer franchement entre ses adversaires et lui, qu'un accusé chargé du soin de se défendre. On y voit moins l'homme d'esprit, l'homme de talent, que l'honnête honune, le bon citoyen, le philosophe même ; car, malgré le mépris trop affecté de M. Necker pour cet honorable titre, il réussit mieux à le mériter qu'à le déprécier.

La critique que M. Necker a faite de la constitution de 1795, à la fin de son troisième volume, nous a paru manquer de justesse dans les points principaux, et pointilleux dans les détails.

Le grand défaut qu'il y relève, c'est la séparation absolue de la puissance législative et de la puissance executive ; mais cette séparation n'existe ni de droit ni de fait. Le Directoire a, par la Constitution, l'initiative de toutes les lois, à une seule condition, qui assurément ne porte aucun préjudice à la chose : c'est qu'il ne présentera pas ses projets en forme de lois. L'expérience a déjà prouvé que l'initiative du Directoire n'était point illusoire; qu'il savait soutenir son droit par des moyens propres à le faire valoir, ou , pour parler sans

(1) (Note de Véditeur,) Voir les deux articles qui \ suivent celui-ci.

détour, qu'il savait ménager un parti à ses vues dans le corps législatif, soit par la persuasion de ses discours^ soit par la promesse de ses faveurs.

Il nous'paratt aussi très-contestable que le partage du pouvoir législatif entre les deux Chambres soit aussi désavantageux à celle des Anciens que le suppose M. Necker. Parcela même que la proposition des lois appartient exclusivement au conseil des Cinq-Cents, l'autre n'a point à craindre la défaveur qu'attirent les lois odieuses, telles que les lois de contribution^ et il a l'honneur de leur rejet. D'un autre côté^ sa rejection a d'autant plus de gravité que, n'étant exposé à aucune revanche^ il n'est jamais présumé l'avoir prononcée par humeur.

C'eût été, ce semble^ un contre-sens de donner, comme le voudrait M. Necker^ la proposition des lois aux anciens et l'adoption aux jeunes. C'est dans les jeunes qu'est l'esprit d'amélioration et de réforme, et dans les anciens l'esprit de conservation. Mettre l'esprit inventif à la place où l'on ne peut que conserver, et l'esprit conservateur où il faut inventer, serait les détruire tous deux; ce serait arrêter le perfectionnement des bonnes institutions et empêcher la destruction des mauvaises.

Nous appelons poîntiHeuses toutes les critiqnes qui ne tombent que sar des aecessoîres de la Constitution, ou sur des possibilités éloignées, ou sur des imperfections dont l'amendement est très-facile; par exemple, c'est une crainte chimérique que celle de voir un directeur accusé rentrer en fonctions après avoir été acquitté par le tribunal. C'est d'abord une crainte chimérique que celle de voir même un directeur en accusation : nous aurons occasion d'en dire ailleurs les raisons. En second lieu, c'en est une autre de le voir acquitté quand il aura été accusé, précisément parce que, l'acquittement le remettant en place en face du corps législatif qu'il pourrait narguer à son aise, le corps législatif ne le mettra en accusation que quand la condamnation sera bien évidemment méritée. Ainsi, ce que M. Necker regarde comme le fftcheux résultat d'une accusation mal fondée n'est autre chose qu'un puissant obstacle à une accusation de cette nature.

La partie de l'ouvrage de M. Necker où il se montre homme d'État et législateur, c'est

le dernier chapitre, où il compare le gouvernement d'Angleterre avec le gouvernement de la république ; c'est là qu'il dit sur notre Constitution des choses vraiment importantes, et qu'il rassemble des observations profondes. A la vérité, il Ven résulte pas que nous devions remplacer le système républicain par la Constitution anglaise; mais on peut en conclure qu'il est nécessaire de réfléchir de bonne heure aux légers amendements dont notre or^ ganisation est susceptible; et nous croyons qu'il sera bientôt du devoir des écrivahis politiques de s'en occuper et d'en écrire avec franchise.

Nous laissons aux journaux littéraires l'éloge et la critique du style de M. Necker. Notre tâche est remplie, puisque nous avons fait connaître sa morale et sa politique. Nous ne ferons qu'une observation sur la contexture de son livre : c'est que lenchevêtrement des trois parties très-différentes que nous y av(His distinguées, c'est^à dire de l'histoire de la Révolution, de l'apologie de l'auteur et de ses réflexions politiques, a partout entrecoupé le style de la narration par le style polémique, et l'un et l'autre par le style didactique, ce qui nuit à riiiférét, etméifie Catigiie Talteution, en obigéaiti reaprit de f hi»ei ■ wwt de bmtche et de mouvement. Ce défaut, an reste, nous a paru plus que racheté par des morceaux de logique forte et d'éloquence ravissante.

( Journal d'Économie ptûdiqw, de Morale et de Politkqtte^ des 10 et 20 nivôse, 10 et 20 germinal an v. — 30 décembre 1796, 9 janvier, 30 mars et 9 avril 1797.)

DBS CAUSES DE LA EévOLITTION ET DE SES RéSCLTATS.

Cet ouvrage mérite, d'être distingué, même entre les meilleurs écrits que le talent et l'amour éclairé de la liberté ont produits depuis quelque temps sur la révolution française, tels que Y Histoire de la Révolution , de Graine, les Vues philosophiques^ de Lachapelle, sur le même sujet, etc.

C'est une esquisse vigoureuse, hardie, et pourtant sage et judicieuse, de cette grande scène que personne n'a peinte encore. Jusqu'à présent on a cherché l'histoire de laRévo-

HISTOIRE CONTEMPORAINE

lution dans celle de quelques hommes qui y ont figuré; on a pris des projets obscurs ou des manœuvres sourdes pour ses grands mobiles, et de misérables anecdotes pour des germes des grands événements qui se sont succédé depuis six années. C'était le moyen de satisfaire les passions; ce n'était pas le moyen d'être utile et juste.

Adrien Lezay^ je le nommerai aussi, puisque tout le monde lui attribue les Causes de la RérolutUm, en a considéré le spectacle de plus haut; il en a mieux jugé les agents et les ressorts^ et il a osé la retracer dans son ensemble. H n'a pas nommé un seul homme^ pas cité une seule anecdote; mais il a montré tous les intérêts qui ont agi , toutes les passions qui ont poussé, résisté^ vaincu ; il les montre dans toute leur force, dans tout leur caractère^ chacun à sa place, et dans l'action qui lui a été propre.

a La Révolution, dit-il, ne doit à quelques hommes ni sa naissance, ni ses progrès. Qui s'en dira le père n'a qu'à se présenter : je veux le mesurer à son enfant. Que ceux qui s'en prétendent les conducteurs se nomment : je leur rappellerai l'humble posture où elle a tenu devant elle, sans préférence ni distinction, ses partisans et ses ennemis. »

Écrire l'histoire des passions nationales au lieu de celle de quelques ambitions privées, rhistoire du peuple français au lieu de celle de quelques gens de Paris, c'est le moyen de tracer en peu d'espace un tableau riche et complet de cette Révolution, de le tracer avec justice au milieu des préventions, des prétentions, des passions les plus désordonnées; avec justesse, malgré l'ébranlement de toutes les opinions établies dans la société et de tous les principes consacrés; c'est le moyen de le rendre insCructif pour les hommes qui veulent apprendre l'avt de gouverner et mettre à profit l'eipérience du passé; cette expérience qui a d'autant plus besoin d'être étudiée que tout le monde oroit l'entendre, et y trouve la justification de ses idées.

Mais aussi quel talent n'exige pas un semblable ouvrage! Observer la multitude n'est pas un travail si facile, n'est pas d'ailleurs un travail aussi souvent essayé que celui d'observer, les individus. Étudier les hommes est tout autre chose

qu'étudier un homme. On peut étudier l'homiuo en soi-même; mais les hommes agissant en masse sont des hommes hors d'eux-mêmes.

Traduire en paroles les causes de ces mouvements populaires qui paraissent plus rapides que la pensée, énoncer les principes qui déterminent ces émotions qui paraissent l'effet du pur caprice ou du seul hasard, c'est, ce semble, la plus grande difficulté où puisse s'engager le talent décrire et Fart de penser. D'ailleurs il est facile d'intéresser le commun des lecteurs par des anecdotes relatives à des hommes connus; il ne l'est pas d'attacher les esprits médiocres à des causes dont il ne peuvent trop mesurer la force et l'étendue, et qui résident dans la multude.

Nous ne dirons pas à quel point l'auteur a surmonté les difficultés de son entreprise ; nous invitons les hommes versés dans l'art d'écrire à en juger eux-mêmes par la lecture de l'ouvrage. Voici seulement quelques lignes qui pourront donner une idée de son style et de son ton. L'auteur, après avoir réfuté et les écrivains qui attribuent la Révolution à des causes fort reculées, et ceux qui l'attribuent à de petits événements de la veille, résume son opinion particulière en ce peu de mots :

a La Révolution eut pour cause le progrès « des lumières, pour occasion la chute des « finances.

a Tout pouvoir absolu, quand il ne peut a plus payer, tombe : chez les peuples barbares, a on lui aide à se relever; chez les peuples 0 éclairés, on lelaisseparterre. Ainsi tomberont a toutes les monarchies absolues de l'Europe, H lorsque les peuples auront connu leurs droits, « et que les princes n'auront plus le moyen « d'en payer l'oppression. »

Yoid comment l'auteur parle de la Terreur^ qu'il regarde, non pas comme nécessaire à la France, non pas même comme nécessaire à une révohition, ainsi qu'il pbdt à la méchancheté de le dire, mais seulement conmie inévitable dans une révolution faite par un peuple corrompu, et dont les principaux personnages se sont signalés par des crimes :

a Alors (quand la Terreur fut établie) il n'y <c eut plus qu'une règle pour tous : obéir ou a mourir. Vingt et un membres du corps lé- « gislatif voulurent s'élever contre la tyrannie a naissante; ils moururent. Quelques départe-

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a menis s'armèrent en leur faveur ; ils furent « saccagés, Lyon et Toulon bombardés, une (f partie de leurs maisons rasées, de leurs haa bitantsfusillés; le reste se contint, etc. Tout, a jusqu^au crime, était crime alors. On ne saa vait plus où trouver son salut; car si, pour « se sauver, on embrassait le crime, on était (c puni comme criminel, sinon comme innoa cent, etc. »

a La Terreur dura dix-huit mois, etc. Elle a devait moins durer, et si elle dura si longce temps^ c'est que chacun voulait la détruire, a Comme elle avait atteiirt toutes les classes, c< elle était en horreur à toutes, et la grande a popularité qu'eût obtenu celui qui Teût déa truite Faurait facilement mis au-dessus des d autres. Ainsi ce fut à la fois à qui la déa truirait, et à qui empêcherait qu*un autre « la détruisit. Camille Desmoulins proposa la «clémence, il périt; Danton la proposa, il «périt; Robespierre la proposa ^ il périt, a Mais étant beaucoup plus puissant que les (c autres, et le comité de salut public étant «c divisé^ il fallut intéresser l'assemblée natioa nale à sa perte, et la puissance ainsi disper- « sée, la Terreur fut détruite. »

Voici comment l'auteur termine son chapitre sur la constitution française :

c Malgré tous ses défauts, j'en vois peu en « Europe qui lui puissent être comparées; et « si les choses suivent leur cours naturel, on a verra celle de TAngleterre aller toujours en a déclinant, et celle de la France toujours en se a perfectionnant. La première est polie à force a d'être usée; si celle-ci est encore brute^ c'est a qu'elle est neuve. Ceux qui fondèrent larépua blique française ne savaient pas ce qu'ils fon- « daient. C'étaient pour la plupart des hommes a perdus de crimes, qui avaient ouï dire que, <x dans les républiques, c'étaient les plus fua rieux qui étaient le plus en crédit. Rome fut . (C de même fondée par les brigands, et cette « Rome devint la maîtresse du monde.»

Voici l'aperçu que l'auteur offre des derniers résultats de la Révolution :

a II restera de la Révolution un esprit de lia berté qui s'opposera désormais à toute ty- (K rannie durable, quand même la constitution a républicaine de la France serait renversée; « Ce résultat est le plus solide de tous, mais a c'est aussi le moins brillant.

« n en résultera pour tous les peuples, ménic « pour ceux qui resteront sous le pouvoir le a plus absolu, un grand adoucissement d'op- « pression, de la part des rois, par l'exemple « d'un roi détrôné, de la part des peuples, par « celui d'un peuple affranchi.

a Cette révolution avait diminué la popula- « tion et fort ébranlé l'ordre. Un de ses prina cipaux résultats devait être de fortifier l'or- 0 dre et d'augmenter la population. Soit par (K des lois sur le partage des successions, soit a par la vente à vil prix des biens nationaux, « elle avait doublé le nombre des propriétaicf res, c'est-à-dire des intéressés à l'ordre soc cial, et cette multiplication des propriétaires (C devait à son tour augmenter la population , « bien plus que ne l'avaient diminuée les émi- « grations et la guerre.

« Des émigrés desauti*es pays devaient aussi « remplacer à la France ceux qu'elle avait pera dus. Comme les ennemis de la liberté l'aa vaient fuie, ceux de la tyrannie devaient y «fuir, et cette espèce d'émigrés convenait « mieux que l'autre à son nouveau gouveme- « ment; enfin, la justice et la paix devaient lui « ramener tous ceux que la persécution ou la « terreur avaient forcés de fuir.

« Les grands et continuels dangers dont « chaque citoyen fut environné pendant sept « ans accoutumèrent à les braver, et l'audace « devint une vertu commune.

« La longue durée de la Révolution et la vio- « lence avec laquelle toutes les classes la res- « sentirent usèrent pour longtemps le goût du « changement.

« La naissance de la république au milieu « des victoires, et la puissance avec laquelle a elle accabla de son berceau tous ses ennemis, « donnèrent à son enfance la majesté des vieux ff empires et imposèrent la gloire à tout son « avenir.

«L'éducation devait devenir plus soignée « dans un pays où il n'y avait de différence a entre les citoyens que celle qu'elle y mettait. « Les arts et les sciences devaient donc s'y per- « fectionner, et, par une autre conséquence, le a sort du peuple s'améliorer.

« Mais il y avait bien d'autres causes, car tous « les capitaux du luxe et du commerce exté- « rieur ayant passé pendant trois ans à l'agri- « culture, elle en avait tiré de grands moyens

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« d'accroissement. Le sol^e^ à vil prix, des « rentes et des impôts, avait dû augmenter « encore son capital; et la déperdition conti- «nuelle du papier s'opposant aux thésau- <i risations, les agriculteurs avaient dû conver- « tir la plus grande partie de leurs profits en « biens moins périssables.

« La disette fit aux Français le plus beau <( présent que puisse recevoir un peuple : en « lui enseignant Téconomie des comestibles , « ils s'accoutumèrent ^ chercher dans la soce briété le moyen de se passer de l'abondance, (f La loi du maximum, loi qui devait tout « perdre, favorisa la multiplication des bes- « tiaux, ce grand meuble de Tagriculture ; car, « ayant réglé le prix de la viande et ayant « oublié de régler celui de la béte vivante, on « conser>'a sur pieds les bestiaux , parce qu'il a y avait à perdre à les tuer.

« Enfin , le haussement des salaires et la a baisse des marchandises, ce dernier terme 0 de la prospérité des nations, devait être le « résultat de cette grande révolution. Le com- « merce, étant affranchi de toute gêne, devait «devenir plus étendu; et, ouvrant un plus « grand marché, il devait, par la plus grande ce concurrence des marchandises, faire baisser a leur prix.

ic Ayant d'ailleurs besoin de plus de bras, à <c raison de sa plus grande étendue, il devait « les faire payer plus cher qu'auparavant, en « augmentant la concurrence parmi ceux qui «les employaient. Ainsi, le double effet de « cet affranchissement devait être de mettre «les marchandises au rabais, et les bras à « l'enchère.

« Il est vrai que l'abolition des maîtrises de- « vait aussi ouvrir une plus grande concur- « rence entre les ouvriers, mais la facilité de « quitter un métier désavantageux devait les « faire sortir de la dépendance- des entrepre- « neurs, et obliger ceux-ci à payer mieux , « ceux qu'ils avaient envie de conserver.

« Bien des révolutions politiques ont agité « le monde ; la plupart ont échoué ; quelques- « unes ont eu une partie des résultats de la « révolution française; aucune ne les a réu- « nis... »

Il y a six semaines que cet écrit est imprimé. Alors bien des esprits, revenus depuis à la république, ou du moins phis déclarés pour elle

qu'ils ne l'avaient été jusque-là^ donnaient au royalisme des espérances, et aux amis de la paix et de la liberté de vives appréhensions. Alors donc il y avait du courage à défendre la Révolution , et c'est de quoi il nous sera du moins permis de marquer à Tauteur de l'estime et de la reconnaissance. Nous honorerons aussi en lui la fierté qu^il a unie à son courage, cette hauteur d'âme, de ton , de langage, qui lui a fait dédaigner de prendre dans cette défense aucune précaution, d'employer aucun ménagement envers Tc^sprildu moment; il est des temps et des circonstances où c'est se montrer faible que de se montrer adroit. A la vérité, il ne suffit pas, pour se présenter ainsi au combat, d*ètre fort de sa conviction et de son talent; il faut Tétre aussi du sentiment d'une probité sans tache et de Tascendant d une considération bien établie. Sans doute il n'appartenait pas à tout le monde de donner du poids à une apologie de la Révolution ; il n'appartenait sans doute ni aux hommes qui ont trempé leurs mains dans le sang, ni à leurs témoins muets, ni à leurs spectateurs volontaires, ni à leurs amis, ni à leurs apologistes, (Ztf laver, comme le dit l'auteur, le tableau de cette révolution de la couche de sany innocent dont ils l'ont couvert; mais cet homme avait le droit de le faire, et a pu le faire avec succès , qui compte un grand nombre de parents, d'amis, et peut presque se compter luimême entre leurs victimes, et qui surtout a osé les affronter dans leur puissance. C'est à un tel homme qu'il convenait de dire, comme Ta faitA. Lezay :

« J'appelle du jugement poiié sur la Ré • « volution ; comme elle je serai condamné. « Comme beaucoup n'ont vu en elle que ses a désordres, ils ne verront non plus dans Tex- « plication que je fais de ses causes^ et dans a l'indication que je donne de ses résultats, « qu'une apologie de ses horreurs. Peu mima porte. Si j'osai m'élever contre elle lorsqu'elle a renversait tout, j'oserai la défendre lorsque « tout la menace, et je défendrai ses principes « avec la même ardeur que j'ai mise à attaquer « ses excès. »

{Journal de Paris^ des 24 et 25 floréal * an V. — 13 et 14 mai 1797,)

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