‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 3 sur 208 · BONÀPABTE · texte numérisé non relu

BONÀPABTE

Je ne puis mieux répondre à la missive qui m'a été remise par V Angélus (1), qu'en engageant te Saint-Esprit à venir ap nûiieH de nous ; il est invité à conduire avec lui le^/5, puisqu'il nous parait qu'il procède du père, car nous l'aimons presque autant que hii. Tous les jours sont bons pour les recevoir, et nous sommes tous les jours en état de grâce.

Je les salue très-religieusement,

MorfoDtaine, le 17 germinal an ix (7 avril isoi),

Amiens, le 20 frimaire an x (U décembre 1801).

Mon cher collègue,

Je vous remercie de l'avis que vous me donnez par M. de Sainte-Méme; aidez-le, si vous pouvez.

Votre fils s^occupe; je n'ai pas encore beaucoup d^ouvrage à lui donner.

Nous continuons à être bons amis. Agréez les nouvelles assurances de mon tendre attachement. Je n'ai pas oublié, avant de partir de Paris, la commission que vous m^aviez donnée pour le premier consul : je l'ai trouvé comme je le désirais, et comme il devait être à votre égard. J'espère que vous pourrez bientôt réaliser votre voyage.

J. BONAPAfiTE.

sien chargée de négocier le concordat J^étais alors attaché an ministère des relations extérieures, et placé dans le cahinet de M. de Talleyrand.

(1) (Noie de l'éditeur,) V Angélus, nom donné dans rintimité à M. Regnaud de Saint-Jean û'Angély,

(Note de VédUeur,) Une lettre écrite par mon pèrfl à J. Bonaparte (sans date) , et que j*ai insérée à la page 367 du tome 111 , aurait été placée ici , si je n*avais préféré à l'ordre chronologique la classification par ordre d'intérêt.

Amiens, le 6 nivôee an x (27 décembre 1801).

J'ai reçu , mon cher collègue, votre lettre du 3. Vous ne tarderez probablement pas à partir pour Lyon. Je crois que le premier consul partira dans la décade prochaine , et il m'assura avant mon départ que vous seriez du voyage.

J'ai vu avec peine l'opposition de quelques honmies dont les principes politiques sont tels , qu'ils courraient volontiers les chances d'une nouvelle révolution pour assouvir leur animosité personnelle; je ne crois pas cette coalition de quelques petits amours-[Mropres froissés plus dangereuse pour la nation que la coalition de l'Europe. Le caractère distinctif des passions haineuses et personnelles, qui n*ont pas pour moUle l'intérêt public dont elles se masquent, est de se trahir par leurs éclats indiscrets. Alors les masses saines s'en détachent , et elles restent isolées comme le squelette de l'homme puissant dont l'injustice,' le sang cimentèrent l'autorité, dont la vie fut la mort publique. Mais je deviens tragique, et je voulais seulement vous dire que je ne crois pas cette coalition fort redoutable; elle est composée de liens des intérêts discordants, et la masse est trompée ; elle ne tardera pas à revenir. Je désire vivement finir ici; cependant on ne va pas aussi vite que l'on voudrait.

Mille amitiés.

J. BONAPABTB.

(Note de r éditeur.) Une lettre de mon père à J. Bonaparte, en date du 16 nivôse an x (4 janvier 1802) , est insérée au tome III , page 491.

Amiens, le 12 pluviôse an x (l«' février 1802).

Vous devez me trouver bien coupable, mon cher collègue, vous qui m'avez écrit de si bonnes choses et tant de vérités; vous ne devez pas concevoir que l'on puisse être aussi paresseux. Mais le cit. Girardin, qui vous aura dit que je devais vous écrire, ne vous aura pas dit, à coup sûr, qu'il s'est sauvé de chez moi insalu-

LETTRES DU ROI JOSEPH, 1>E LA REINE JULIE, ETC

iaio hospite , en laissant ma réponse à votre intéressante lettre dans mou écritoire.

Quant à ee cpie vous me dites , vous avez raison; mais je suis de ceux qui s^abandonnent un peu à la Providence^ ou à tout ce qui en lient Ueu. Ce que je pourrais vous dire ne vaudra pas ceci : vos deux fils sont ici , ils sont réellement int^essants. Le militaire fait la guerre à son cadet sur ce qu'il travaille, tandis que lui n'a plus rien à faire. J'espère que bientôt ils n'auront plus de reproches à se faire.

Agréez les nouvelles assurances de tout mon attachement.

J. Bonaparte.

Amiens, le 6 ventôse an x (2â février 1S02). J'ai reçu votre lettre, mon cher collègue ; elle m'a embarrassé pour l'exécution de la commission que vous me donniez de gourmander vos enfants. J'aime donc mieux vous les adresser l'un et l'autre, persuadé que vous vous en acquitterez encore mieux que moi (i).

Mille amitiés véritables.

J. Bonaparte.

Amiens, le 17 veatàse an x (S mars 1802).

Je vous recommande vivement, mon cher collègue, le citoyen Geffrier, négociant de Marseille , instruit et intéressant. Il est parent de ma femme, et je prends beaucoup d'intérêt à tout ce qui le regarde.

Agréez les nouvelles assurances de toute

mon amitié.

J. Bonaparte.

Vous vous êtes sauvé hier, mon cher Rœderer, au moment du déjeuner. Girardin prétend que vous saviez trouver à Paris un duplicata de celui que vous nous avez donné il y a

(1) (Note de Véditeur.) M. J. Bonaparte saisit, avec ton obligeance ordinaire, Toccasion de nous envoyer jmsser quelques jours à Paris , mon frère et moi , me chargeant de porter des dépédies aa premier consul. — - Mon frère, officier de cavalerie , qui était en garjûson à Rouen au moment du congrès d*Amiens, était venu m'y voir. — Le général Saint-Hilaire , qui s'y trouvait comme commandant de la division , le prit alors pour aide de camp jusqu'après la bataille d'Austerlitz , où il fut décoré de la Légion d'honneur. C'est de là qu'U partit pour aller rejoindre le roi Joseph , qui l'appela près de lui comme aide de camp en prenant le commandement de l'armée de Naples.

quelques jours. Quant à moi, j'ai été tout sot de vous savoir parti. Si vous pouvez venir demain et vendredi, nous serons ici. Amenez avec vous le sénateur Garât, qui m'a promis de faire ce voyage. Je pense ne vous laisser ni à l'un ni à l'autre la possibilité de manquer au rendez-vous, en vous proposant d'y venir ensemble.

Agréez tout mon attachement.

J. Bon APABTB.

Morfontaine, le 18 vend, an xii (1 1 octob. 1803}.

Au camp d'Outreau, le 17 floréal an xii (7 mai 1804).

Je n'ai pas reçu de vos lettres, mon cher collègue, depuis mon arrivée ici (1). Nous avons été parfaitement accueillis par tout le monde. Je n^ai encore fait qu'entrevoir votre fils. L'armée signe une adresse d'adhésion au vœu du tribunal : il y avait longtemps que différents corps en avaient signé séparément. Nous ne savons pas ce qui se fait à Paris. Le sénat va-t-il s'occuper de la question qui vous occupe depuis si longtemps (2) ?

Rappelez-moi au souvenir de Regnaud, Nizas et Fréville ; je leur écrirai par une autre occasion.

Agréez toute mon amitié.

J. Bonaparte.

tBTTRE DE STANISLAS GIRARDIN A M. ROBDBRER.

Vendredi, 28 floréal an xii (18 mai 1804), au camp d'Outreau.

Vos lettres, mon cher Rœderer, ont été

(i) {Note de Véditeur,) J'ai inséré au tome 111, page 499 , une longue lettre que mon père écrivit au prince le 16 germinal an xii (6 avril 1804). — Le reproche que lui fait ici le prince, de n'avoir rien reçu de lui depuis son arrivée au camp d'Outreau , semble prouver que la lettre de mon père , écrite depuis un itaois, ne lui était pas parvenue.

(2) {Note de Véditeur.) L'hérédité impériale avec la faculté û'adoptUm, circonstance qui préoccupait vivement le prince et ses amis. L'empereur tenait infiniment au système à^adoption. On voit an tome III , page 516, qu'il disait à mon pèie : « Le système que j'ai adopté est la garantie de mon indépendance. » — Ces mots, et bien d'autres choses éparses dans le troisième volume, doivent s'ajouter à ce que j'ai dit dans une digression (page 528 du même volume) sur l'inquiétude du pouvoir, qui préoccupait incessamment Vesprit de l'empereur. . .

À LETIRES DU ROI JOSEPH

lues avec un vif intérêt et un plaisir extrême; elles contenaient des détails précieux et des anecdoctes curieuses (i). Vous écririez plus souvent, si vous saviez à quel point Joseph aime à vous lire. Les nouvelles données par des mains amies sont un besoin véritable dans la position où nous sommes. Nous avons Tair de nous occuper à faire tourner du matin au soir de pauvres soldats, sur la droite et sur la gauche, tandis que nous pensons à tout autre chose. Le silence des fidèles a été abrolu pendant quelques jours, et ces jours ont été bien longs. Un anonyme a seul rendu compte de ce qui se passait; il paraît être à portée d*ôtre bien instruit, et fort initié dans les secrets. Son compte rendu a été peu satisfaisant; et tandis que vous étiez tous tranquilles, nous étions fort inquiets et a\nons raison de Tétre. Hier enfin nous avons eu le résumé des deux conseils , et un extrait détaillé du sénatus-consulte, lu à la famille assemblée par le secrétaire d*État. La connaissance officielle n'en a point encore été donnée à Joseph par le premier consul ; il est vrai que, ne lui ayant pas tenu positivement tout ce qu'il lui avait promis, il a besoin de chercher un prétexte pour s'en excuser. Joseph n'est donc pas très-content; il ne peut ni ne doit l'être. La faculté d'adopter dans seize ans laisse entrevoir la possibilité d'en faire usage beaucoup plus tôt; c'est s'écarter d'un système favori, en se réservant la faculté d'y revenir. L'exclusion donnée à deux de ses frères diminue considérablement les avantages de l'hérédité. Ce mode, qui doit assurer la tranquillité publique, commencera par introduire la discorde dans la famille impériale. Cette dinsion doit être un jour la cause de grands troubles. La nation a demandé l'hérédité pure et simple, et non la désignation de deux successeurs ou l'adoption d'un neveu. Mais la toute-puissance consiste à faire tout ce qu'on veut. Le premier consul, en cherchant à consolider la sienne, en commence l'exercice par.un acte qui doit tendre à l'ébranler. Si Joseph est consulté , il fera de respectueuses remontrances, parlera de l'intérêt national, se conduira en bon citoyen et en bon

(1) {Note de VédUeur. ) Ceci me fait bien regretter de n*avoir pas trouvé la copie de ces lettres ; mais, je le réprte , mon père n*en gardait presque jamais.

DE LA HEINE JULIE, ETC

frère; il finira néanmoins par accepter, car il est aujourd'hui intimement convaincu que le pouvoir seul peut lui offrir une garantie devenue nécessaire pour lui et ses amis. Avec de l'esprit de conduite, Joseph peut conserver une bonne position, et même l'améliorer. Fréville vous parlera de Boulogne, de l'armée , de no^ tre flottille, des probabilités de succès, du bon esprit des soldats et des officiers. Il vous donnera sur tous ces objets des détails intéressants, et vous inspirera, sans doute, le désir de venir les vérifier. Joseph sera charmé que vous veniez ici; il sera fort aise de vous y voir; c'est un plaisir que je partagerai bien sincèrement. Je vous offre une chambre, non celle que j'habite au camp , mais celle que j'ai dans une maison voisine. Vous serez fort aise d'avoir fait un petit voyage ici, mais vous ne pourrez l'entreprendre que lorsque tout sera fini... Les amis de Joseph ont besoin d'être là pour stipuler pour lui , et empêcher que les absents n'aient tout à fait tort. Il compte entièrement sur vous ; cela prouve qu*il a su vous apprécier ; il a raison, car je ne connais pas un meilleur ami que vous.

Votre fils se porte à merveille , son général en est extrêmement content. Je lui ai remis votre petit paquet; il aimerait à en recevoir souvent de semblables. Rappelez-moi, je vous prie, au souvenir de madame Rœderer.

Au camp d'Otitreau , le 29 floréal an xii (19 mai 1804).

J'ai reçu votre dernière lettre, mon cher Rœderer. Je vous remercie bien des détails qu'elle contient; M. de Fréville m'acquittera mieux que je ne pourrais le faire moimême.

Il vous dira ce que nous faisons ici, comment nous sommes devenus militaires depuis que nous couchons dans une baraque... Militaire ou civil, dans une baraque ou dans un château, vous trouverez toujours en moi un ami tout fier de vous avob apprécié depuis bien longtemps, et de vous avoir estimé c^ que vous valez, en dépit des caquetages des sots.

Agréez donc tout mon attachement.

J. Bonaparte.

(t) (Noie de VédUeur.) Bien que cette lettre se trouve déjà insérée au tome III (page 513), je n'ai pas hésité à la reproduire ici, à son rang de date, attendu •on importance.

LETTRES DU ROI JOSEPH

Au camp d'Outreau , le lo prairial tn xii (30 mai 1804) (1).

J'ai reçu, mon cher Roederer, votre lettre du 6 et celle du 8. Je ne vous conçois pas , ou vous ne me concevez pas avec vos monseigneur; je ne veux Pétre pour personne : ce titre et celui d'altesse , sont tous inconvenants. Que l'on appelle chaque chose par son nom, je le trouve hien; je serai grand électeur tant que Ton voudra, sénateur tant que le sénat voudra, citoyen tant que je pourrai, et toujours votre ami. Si vous croyez à la sincérité de nnon langage et à la vérité de mon caractère, c'est ainsi que vous devez m'appeler. Les événfments extérieurs de l'homme ne changent que les enfants ou les sots : vous savez que je ne puis me classer dans ces deux familles-là.

L'intérêt public doit seul créer de grandes charges publiques; chaque fonctionnaire doit porter le nom de sa charge, mais ni monseigneur ni altesse ne constituent pas les fonctions actuelles que remplissent ceux auxquels on les donne.

Que Pon appelle l'empereur. Votre Majesté bnpériale; sa femme encore, par courtoisie firançaise. Votre Majesté Impériale, je trouve cela très-bien ; mais il n'y a que cette immense charge-là , cet immense et unique intérêt national, qui peut faire trouver bon les dénominations qui expriment le profond respect qu'on doit à l'homme qui est incommensurablement élevé au-dessus de tous, pour le bien de tous. n représente seul la majesté nationale, tous les autres ne sont que des infiniment petits; ils ne sont que des éventualités, et des éventualités ne sont rien , tant qu'elles ne deviennent pas des actualités. Si vous voulez me grandir pour la possibilité où je suis d'être un jour , il n'y a plus de bornes à l'inégalité à laquelle vous vous condamnez gratuitement.

Donnons donc à chacun le nom des fonctions qu'il remplit actuellement : je serai donc colonel, sénateur, électeur; mais pour vous, je vous le répète, je suis quelque chose de mieux que tout cela. Je m'aperçois que M. de Talleyrand a plus d'esprit que vous, soit qu'il voie

DE LA REINE JULIE, ETC. ÎÇ

mieux la chose , ou qu'il ait mieux jugé dans cette circonstance de moi. Ne lisez pas ceci en académicien; donnez-moi toujours de vos nouvelles, et croyez que pour vous à mon égard vos preuves sont faites. Quant à moi, je les ferai; elles seront telles que vous ne douterez plus que je ne sois sincèrement votre ami.

J. BONAPABTE.

P. 5. Je suis assez occupé pour ne pas vous écrire davantage. Croyez à tout mon attachement

LETTRE DB STANISLAS GWARDITC A V. ROtOBRBR.

Au camp d'Outreau » le 21 prairial au x\\ (10 juin 1804).

Votre lettre du 17, mon cher Roederer, contient une demande à laquelle il ne m'est pas possible de répondre d'une manière positive. Vous voulez savoir l'époque de notre retour : c'est à Tempereur à la fixer. Nous restons ici, parce qu'il le veut; nous en partirons lorsqu^l Tordonnera. Son arrivée est toujours annoncée et toujours retardée. Nou^ imaginons qu'il partira lorsque l'affaire de Moreau sera terminée; je ne dis pas jugée, car le jugement en appartient à la postérité. La présence de l'empereur ici est désirée; elle contribuera sans doute à sortir Joseph d'une position devenue tout à fait fausse. Il faut éviter beaucoup d'écueils pour la rendre supportable; il en est d'inévitables. Sa modestie Ta merveilleusement servi dans cette circonstance. L'on reproche à Joseph de n'avoir pas mis d'empressement à prendre et à recevoir les titres qui lui ont été accordés par le dernier sénatus-consulte; mais l'on s'apercevrait facilement que ce reproche n'est pas fondé, si l'on voulait prendre la peine de réfléchir que si l'on eût attaché du prix à vouloir l'en revêtir sur-lechamp, Ton l'eût appelé à Paris pour recevoir son serment de grand électeur, et lui en faire remplir les fonctions. L*on lui a mandé, au lieu de cela, de rester à l'armée ; et le ministre de la guerre a continué à lui écrire pour les affaires de service, comme à tout autre colonel. Pouvait-il , ou du moins , devait-il prendre le pas siu» le général en chef à Boulogne , et courir le risque, en rentrant au camp, d'être mis aux arrêts par un officier de l'état-major? Devait-il faire le prince pendant quatre heures ,

ô LETTRES DU ROI JOSEPH,

pour être subordonné pendant vingt? Joseph a senti que puisque Ton voulait qu'il fût encore colonel, il ne devait pas sortir de cette ligne, et attendre, pour changer de rôle, Tinstant où il prendrait possession de la place de grand électeur. Cette conduite, sans doute , était excellente, puisque c'est à elle qu'il doit le succès prodigieux qu'il a obtenu ici. Elle n'est pas le résultat de mes conseils, mais bien celui de son excellent esprit; c'est lui qui, au milieu de diverses routes, lui fait toujours choisir la bonne. — L'on voulait m'éloigner de la présidence du tribunat, il fallait irouverun prétexte, on Ta saisi. Je n'ai jamais rien écrit à Napoléon qui fût relatif aux titres d'altesse, etc.; mais on Ta supposé. Cette supposition pouvait me nuire, elle a été faite. — Il est désagréable, lorsqu'on ne se mêle de rien, d'être mêlé continuellement dans les caquets, et d'avoir à en redouter les effets. Je conçois facilement que tout cela vous inspire du dégoût; il serait bientôt partagé par tous les gens sensés, si ce caquetage ne devait pas avoir de terme.

Je regrette et regretterai toujouA que vous ne soyiez pas venu faire un petit voyage ici : vous n'aurez jamais une occasion meilleure et ' plus agréable de connaître par vous-même l'esprit qui anime les grands rassemblements appelés armées. Vous auriez pris une juste idée de l'état de la grande expédition qui se prépare; il est vraisemblable aujourd'hui qu'elle sera tentée... Le gouvernement anglais est le seul obstacle qui s'oppose encore à l'exécution de projets ambitieux , il faut le renverser. Les vues de nos chefs militaires ne sont plus secrètes : généraux sous un consul , ils veulent être rois sous un empereur. Il existait dans l'ancienne monarchie des barrières contre Pambition individuelle, il faut les relever, ou la tranquillité publique sera continuellement troublée.

Tous les amis de Joseph pensent qu'il doit habiter le Luxembourg; le passé, le présent, Tavenir s^unissent pour lui en imposer l'obligation; c'est une raison d'État, il faut que madame Julie en soit convaincue. Cela vous sera d'autant plus facile qu'elle veut tout ce qui est bon et tout ce qui est bien.

Adieu, mon cherRœderer; je vous embrasse et vous aime de tout mon cœur.

DE LA REINE JULIE, ETC

Parlez de moi, je vous prie , à madame R(Bderer.

Votre fils est en bonne santé; son général est très-content de lui.

( Note de l'éditeur, ) Entre cette lettre et la soivante, Tordre des dates appelait ceUe de mon père au prince Joseph, qui est insérée an tome III, page 504, où elle est placée à son ordre d'intérêt.

LBTTRB DB STATTISLAS GIBARDIK A M. nOBDERBtt.

Au camp d'Outreau, le 26 messidor an xu (15 juillet 1S04).

J'ignore, mon cher Rœderer , s^il convenait aux intérêts de M. Joseph que vous vinssiez ici; c'est une question que je ne veux pas examiner. Le sentiment de délicatesse qui vous Ta fait craindre est très-louable, et M. Joseph a su l'apprécier. Néanmoins, je regrette, et regretterai longtemps, que vous n'y soyez pas venu. Vous étiez positivement dans une position où Ton éprouve le besoin de se rapprocher de ses amis; vous avez voulu fuir des consolations certaines, pour aller chercher d'incertaines distractions : vous avez mal fait par rapport à vous et par rapport à M. Joseph. Il eût été charmé de vous voir, car il vous aime véritablement : c'est l'effet que vous produisez sur ceux qui ont été à portée de vous connaître bien. Vos conversations eussent été agréables à M. Joseph, et lui eussent été infiniment utiles. Vous seul pouviez lui indiquer la nature du terrain sur lequel il est appelé à marcher. Le rôle que Fon lui destine est difficile; il en a tout l'esprit, mais... Mon cher Rœderer, je vous le dis encore une fois, je suis fâché que vous ne soyiez pas venu ici; vous eussiez eu un spectacle imposant, instructif pour un observateur; vous eussiez pris des armées une idée exacte ; vous eussiez été témoin des égards des militaires envers les hommes civils; vous eussiez été l'objet des honneurs qui sont volontairement rendus aux membres du sénat. Lecouteulx pourra vous en rendre compte , et Jacqueminot vous en dira quelque chose ; il a passé deux ou trois jours à Boulogne. Il nous a dit que dans une circonstance principale votre conduite avait été noble et courageuse ; il nous a répété le

LETTRES DU ROC JOSEPH

bien que nous pensons de vous, et nous avons trouvé du plaisir à lui entendre faire votre éloge.

J'ai pris, d'après votre dernière lettre, des renseignements exacts sur la conduite de votre fils; ils ont été satisfaisants : c'est un excellent sujet; il n'a pas les défauts de son âge, ni même l'arrogance asses désagréable des jeunes militaires. Il est modeste et sédentaire; et ce qui a contribué à me donner de lui la meilleure opinion , c'est qu'il ne m'a pas témoigné le désir d'avoir de l'avancement, et qu'il trouve qu'il n'est pas injuste de ne lui en point accorder. Si M. Joseph a une maison militaire, il le prendra sans doute (1). Il ne serait pas votre fils, que je le lui recommanderais; votre demande sera donc bien accueillie. M. Joseph est d'ailleurs disposé à saisir toutes les occasions de faire ce qui peut vous être utile ou agréable; je vous le répète encore, il vous aime beaucoup.

J'espère , mon cher Rœderer, avoir bientôt le plaisir de vous embrasser. L'empereur est attendu demain, et vraisemblablement M. Joseph reviendra à Paris presque en même temps que lui.

Adieu. Comptez à jamais sur mon inaltérable amitié.

Morfootaine, 13 fructidor an xii (31 août 1804).

Je reçois votre lettre, mon cher Rœderer. Je vous attends ici; c'est la meilleure réponse que je puis vous faire , celle qui est le plus à mon gré. Répondez en venant. Vous pourriez nous amener Nizas ou Toni. Prompte réponse, s'il vous plaît. Vous connaissez toute mon amitié. J'ai vu hier M, de Talleyrand.

J. BONAPABTE.

Paris, le 12 thermidor an xiii (31 juillet 1805) (2).

J'ai causé assez longuement avec l'empereur, mon cher Roederei*, de vous; je lui ai

(1) {NoU de l'édUeur.) Ce prince le prit en effet pour Tun de ses aides de camp lorsqu'il marcha sur Naples , peu de jours après la bataUle d'Austerlili , où mon frère, alors lieutenant, venait d*étre décoré.

(2) {Noie de VédUeur,) Cette lettre est déji insérée «u tome 111, page 690.

DE LA REINE JLLÏE, ETC. T

témoigné le plaisir que vous avait dc^né la< nomination de votre fils à la place d'auditeur, que M. de Talleyrand vous avait annoncée* ï^ m'a dit qu'il n'en était rien; que vous étiez dan» le petit nombre d'hommes dont il était assez l'ami pour ne vouloir jamais rien faire pour eux par des intermédian*es; que si vous aviez quelque chose à lui demander, c'était à luimême qu'il fallait vous adresser. Je lui ai répondu que vous seriez content de cette disposition de son e^t en votre faveur; il ne m'a pas défendu de vous en instruire. Je serai charmé d'avoir de vos nouvelles : j'ai vu madame il y a quelques jours ; je suis toujours sur la route de Saint-Gloud. Je vous [urie de croire que rien ne pourra altàrer les sentiments d'estime et d^affection que je vous ai voués depuis longtemps.

Votre affectionné ami.

J. Bonaparte.

LETne DE M. ROBDBRER AU PRINCE JOSEPH, A NAPLES.

Paris, le 1" février 1S06.

Monseigneur, le départ de M. Miot serait une excell^te occasion pour écrire à Votre Altesse Impériale, s'il ne lui portait dans sa tète toutes les nouvelles que nous pourrions écrire, et dans son c^œur tous les sentiments que nous pourrions exprimer; il ne me laisse qu'à vous offrir mes respectueuses félicitations. Votre destinée, Monseigneur, parait enfin fixée, ou du moins dépendre de vous; vous allez enfin entrer dans le plein et libre exercice des belles facultés dont vous êtes doué. Vous avez eu la sagesse de peu vouloir quand vous étiez sans pouvoir; cette sagesse même prouve assez que vous avez une juste idée du pouvoir, et annonce l'usage énergique et modéré tout ensemble que vous en saurez faire. C'est uniquement au soin de l'établir et de l^afiërmirqu'appartiennent vos premiers six mois; le bonheur public, qui en sera le but, ne peut vous occuper qu'après. Mais je ne crains point pour vous ces six mois; ils seront peut-être une épreuve un peu dure pour votre bonté naturelle; mais c'est un sacrifice nécessaire. Quand une nation est conquise, elle s'attend à de grands désastres; le moment d'une conquête est celui où l'on peut répandre, non, comme dit Machiavel, le mal par torrent, mais des rigueurs nécessaires,

8 LEITRES DU ROI JOSEPH

pour distiller ensuite le bien goutte à goutte. La fermeté, la sévérité, la rigidité de votre avènement ne feront que vous attirer du respect et vous garantir la soumission générale, sans éloigner la confiance qu'on a dans votre caractère. Vous pouvez poser, dans ces premiers moments, les bases des plus grandes améliorations et assurer vos finances. Vos États, par leur position, deviennent d'une importance suprême dans le nouveau système qui va gouverner l'Europe. La France a besoin de la Méditerranée. La Russie est un colosse qui, étendant ses bras puissants par la Baltique d'un côté et la mer Noire de Vautre, vers l'Angleterre, tend à nous étoufier entre deux. L'Angleterre a Targent, la Russie a les hommes, et quels hommes? des dogues, qui mordent le fer rouge prêt à les percer.

Il faut empêcher ces communications, ou prévoir la ruine du système européen. Si nous avions été vaincus à Austerlitz, il ne tenait qu'à l'empereur de Russie de faire le tour de l'Europe avec ses Cosaques; puisque cette meute est éveillée et irritée, il faut lui fermer les passages. Quant à l'Angleterre, il me semble qu'il vaudrait encore mieux s'embarquer sur la Méditerranée que sur la Manche, et aller à Calcutta qu'à Londres.

Vos États, Monseigneur, seront un point de départ pour ce nouveau voyage d'Alexandre, qui au fond ne serait pas aussi difficile que le premier; car il n'y a plus de Darius en Perse, ni de Porus dans l'Inde. Mais à l'égard de TAngleterre, on aura beaucoup fait quand on aura intercepté ses communications avec la Russie du côté de la Méditerranée. Vous voilà , Monseigneur , au centre des plus grands mouvements du monde ; recevez mes vœux ardents pour votre puissance et votre gloire. Je ne vous parle plus de bonheur, c'est un intérêt qui n'entre plus dans votre destinée, et sur lequel il n^appartient pas aux rois de fixer leurs regards.

Daignez toujours compter mon attachement, ma fidélité , mon respect, au nombre de vos propriétés.

A M. ROEDBRER, A PABIS.

Au quartier général d*Âlbano , le 4 février 1806.

J'ai reçu , mon cher Rœderer , votre lettre

DE LA REINE JULIE,^ETC

du 12. L^empereur m'écrit qu^il a donné Tor* dre à votre fils de venir me rejoindre; il n'est pas encore arrivé (I).

J'ai lu avec plaisir les nouvelles que vous me donnez. Dites à Regnaud que je crois à tout ce qu'il vous a dit, et que cette croyance m'est fort agréable; àMiot, que je lui donnerai bientôt de mes nouvelles.

D'où Fouché pouvait-il .savoir ce qu'il vous a dit? J ai été jusqu'ici occupé de l'organisation de l'armée, qui avait de grands besoins; sous peu de jours elle sera en mesure d'entrer en campagne. Il pleut beaucoup ici.

Mille hommages à madame, et à vous toute mon amitié.

Votre afiectionné ,

J. BONAPABTE.

A M. ROBDBEEB, A PARIS.

Au camp devaut Gaête, le 19 mars 1806.

J'ai reçu vos lettres du 4 , mon cher Roederer. Je vous remercie de tout ce que vous me dites d'aimable.

Je suis ici depuis hier; je retourne aujourd'hui à Naples, où j'ai laissé vos enfants (2) , dont je suis très-content.

(1) {Note de l'éditeur,) En prenant le commandement de l'armée de Naples, ce prince avait demandé mon frère à Tempereur pour aide de camp. L'ordre lui parvint à Vienne après la bataille d' Austerlitz.

(2) (Note de l'éditeur.) L'empereur, en prenant possession du royaume de Naples, avait jugé à propos d*y envoyer quatre auditeurs de son conseil d'État. Je fus du nombre. Les trois autres étaient MM. Leblanc de Pomard, Lecouteulx du Molay, et Doazan. ~ On voit, au tome II des Mémoires du roi Joseph^ avec quelle bienveillance et quelle sollicitude l'empereur annonçait à son frère Venvoi de ces quatre jeunes gens, et les lui recommandait.

Je ne puis résister au désir de citer les paroles de l'ompereur; la part qui m'en revient m'est d'autant plus précieuse, que dans toute ma carrière il m'a été permis de penser que la bonne opinion de S. M. à mon égard ne s'est jamais affaiblie.

« 9 février 1806. — Je vous enverrai deux ou trois « auditeurs, jeunes gens sûrs, et qui pourront vous n être utiles.

« 2 mars 1806. — Je vous ai envoyé cinq ou six n auditeurs , jeunes gens d'une grande probité , qui u ont suivi le conseil d'État depuis un an, et qui ont n du talent.

» 12 mars 1806. —Je ne vous ai envoyé dans l'ad- • ministralion que quelques auditeurs, jeunes gens

LETTRES DU ROI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

Les travaux de siège se poursuivent avec vigueur; cette place est très-forte. La Calabre est entièrement conquise. Napies est aussi tranquille que Paris.

Je désire que vous veniez nous voir avec ou sans ma femme; j'écris à l'empereur que je le désire; je lui demande aussi M. Colin, le conseiller d'État.

Mes hommages à madame , mes amitiés à M. de Talleyrand et à Regnaud, Defermon et Boulay.

LETTRE DE LA BEIKB JCLIE A M. ROBDBRBB, A NAPLE8.

Morfontaioe, 12 août 1806.

Je vous remercie. Monsieur, des détails rassurants sur ma santé que vous me donnez dans votre première lettre. Beaucoup de personnes parlent différemment; j'aime à vous croire de préférence, car il vaut mieux espérer que s'effrayer d'avance.

Je ne dirai point au roi que vous avez fait des plaisanteries sur sa promenade favorite ; je serai même assez discrète pour ne pas lui parler de certaines aventures dont vous êtes le héros, et dont le bruit est parvenu jusqu'à Morfontaine. Je savais par le récit qu'on m^en avait fait qu'il y avait une grotte de Pausilippe, qu'on y allait en carrosse, que votre plus grand plaisir était de vous y égarer avec une ex-belle princesse de dix-neuf ans retournés, ce qui est bien plus respectable que la passion de Marins. L'on m'avait bien dit que lés promenades à la grotte de Pausilippe étaient suspectes ; mais c'est vous qui m'apprenez toute l'étendue de leur signification, et je sais par conséquent à quoi m'en tenir sur les vôtres. J'ai eu la prudence de laisser ignorer tout cela à votre femme; elle m'a fait le plaisir de passer quinze joui-s à Morfontaine , j'espère qu'elle y reviendra; elle est d'une société infiniment aimable.

J'ai reçu hier votre lettre du 2 août, et je vous sais bien bon gré d'être si exact à me donner des nouvelles. Je n'ai ignoré aucune des craintes qu'on a éprouvées à Napies, et

• qui apprendront bientôt Titalien , et qui sont « probes.

• 30 mai 1806. — Je vous ai envoyé des auditeurs ; " je désire que vous les employiez : ce sont des hom- « mes sûrs pour la probité. »

j'en ai été fort inquiète; mais je fais comme, vous , j'en ris quand c'est passé.

Je suis fâchée que Méot (1) se néglige; je vois d^ici M. de Girardin qui maigrit à vile d'œil, et M. Rœderer qui soupire en se rappelant les dîners de Paris. Je ne sais pourquoi vous souhaitez qu'il arrive encore des moineaux à Napies, puisque vous vous plaignez déjà de ceux qui y sont. Au reste , de quelque manière que vous l'entendiez, M. de Fréville ne passera jamais pour un moineau, quoiqu'il ait de commun avec ceux que vous mangez d'être dur et sec.

Je ne puis vous donner des nouvelles de Paris, parce que je vis dans le repos et la retraite de Morfontaine. Madame Rœderer vous met sans doute au courant de ce qui se passe dans la grande ville.

Soyez bien persuadé. Monsieur, de ma sincère estime.

JULIK.

LETTRE DE LA BEUIE JULIE A M. ROBDEREB, A NAPLBS.

Morfontaine, 26 décembre 1808.

J'ai reçu. Monsieur, votre aimable lettre. J'ai à la vérité beaucoup regretté de ne vous avoir point vu à Morfontaine cet été ; mais la persuasion où j'étais du plaisir que mon mari avait de vous avoir auprès de lui m'a fait supporter cette privation avec moins de regrets.

Madame Rœderer a bien voulu venir quelquefois partager ma solitude, et la rendre agréable par le charme de sa société.

Je suis éditiée des plaisirs innocents que vous cherchez dans la lecture des belles tragédies de Racine; c'est sans doute par un retour de conscience que vous aimez ainsi à retremper vos cœurs à la verlu. Il faudrait y avoir déjà fait beaucoup de progrès pour résister à toute l'amabilité des dames de Napies.

Vous vous trompez, ce n'est pas M qui

m'a parlé de vos amours ; mais je suis instruite, sans chercher à l'être, de vos distractions sentimentales.

Je n'aurais pas cru que madame d^Avella fût la plus agréable dame de Napies ; je pensais que celle sous les lois de laquelle vous soupirez devait l'emporter sur elle par tous les agré-

(1) {Note de l'éditeur.) Méol était chef du service de la bouche chez le roi.

10 LETTRES DU ROI JOSEPH

ments possibles, idais c*est sans doute par modestie que vous la passez sous silence.

La vertu austère des dames de Naples n'a que faire de se réjouir de mon arrivée ; n'ai-je pas prouvé aux femmes et aux maris ma tolérance en amours ?

Adieu, Monsieur ; croyez à mon attachement et à mes sentiments de la plus parfaite estime.

Julie.

A M. ROBDlOUn.

Vénafro, k 4 janvier 1807.

Je reçois votre lettre du 3. Je ne vois pas d'obstacle à arranger l'affaire du théâtre français comme vous me le proposez.

Je vous envoie des papiers sur lesquels je serais bien aise d'avoir votre avis.

Je serai encore ici jusqu'à samedi : si votre santé et les affaires vous obligent ou vous permettent de venir, vous ne devez pas douter du plaisir que j'ai toujours à vous voir. Je ne vous invite pas trop, pour ne pas mettre votre désir de faire tout ce que je parais désirer aux prises avec votre santé. Tâchez de mettre d'accord une chose et l'autre.

M. l'aide de camp a été mis aux arrêts pour six jours; vous pouvez lui annoncer qu'ils sont levés.

Nous avons fait une assez belleehasse aujourd'hui ; il y a c«it sangKers de moins dans la forêt.

Votre affectionné ,

JotBPfl.

▲ M. BMDBRBft.

Persano, le 16 février i807.

Monsieur, je vous envoie un projet de décret auquel j'ai beaucoup réfléchi ces deux jours. Vous allez dire que je me discrédite moi-même, que je fais de mauvaises affaires. Avant de repousser ce projet, réfléchissez-y jusqu'à mon retour; vous avez deux jours pour cela. Il importe que nous hâtions les ventes des domaines, et je fais beaucoup de sacrifices pour vendre beaucoup, pour peu d'argent. Vous voyez que je mets Tavarice aux prises avec la peur des événements politiques. Si Pavarice l'emporte dans les calculs de quelques acheteurs « je perdrai; mais j'aurai tout de suite l'argent dont j'ai besoin. Si la peur triomphe chez d'autres, cette même peur doit les pousser à se défaire de

DE LA REINE JULIE, ETC

leurs cédules; il fallait pour cela diminuer ce qui leur coûte tant à donner, l'argent comptant.« qui est la seule monnaie des gens pusillanimes dans les révolutions.

J'ai été content de ce que j'ai vu à Campagna : on m'a beaucoup remercié de ce que j'ai at>olt les jeux de hasard. J'en ai rougi pour les princes; maiscomme je sens que je suis et serai toute ma vie plus homme que prince, je me suis intérieurement réjoui de voir des hommes sages et éclairés, qui sentent combien il est important d'éloigner le tison de la paille.

J'ai trouvé ici les coupes de deux ans en retard; on les réser\'e pour de plus pressants besoins et pour de meilleures occasions.

Pensez à me présenter à mon retour toutes les dispositions législatives dont vous jugerez avoir besoin pour faire aller les ventes, les finances.

J'ai promené ce matin dans la neige, et ce soir au milieu des violettes.

Agréez mon amitié. Votre affectionné,

Joseph.

A M. BOEDESSa.

Mola, le 30 mars 1807.

Je reçois votre lettre du ^. La commission du Tavolière....

J'ai trouvé à Bari quatre administrateurs des domaines, tous quatre Français, dont l'un âgé de vingt-trois ans, conséquenmient échappé à la conscription . Il n'y a pas de bon sens à M. Cavaignac de n'envoyer que des Français venus expressément de Paris dans ces provinces ; il fallait au moins des gens du pays. Vous lui donnerez l'ordre général qu'il y ait de rigueur la moitié de Napolitains dans son administration. Qu^ rappelle et renvoie en France le jeune homme de vingt-trois ans; il devait être à. l'armée, et à coup sûr il ne devait pas être chargé de gérer mes affaires, à un âge où il a encore besoin de tuteur ou de curateur.

Je trouve ici bien des abus, mais bien de la bonne volonté, de la reconnaissance, de la docilité, dans les habitants du pays. Ils sont heureux de trouver un homme raisonnable et juste dans un prince. J'ai été forcé à remplacer l'intendant Ricciardi et bien d'autres. Je réunis les notables, et après les avoir entendus en particulier et en public, je leur dis ce que je pense

LETTRES DU ROI JO^PH

des administrés^ des administrateurs^ de moi> du présent et de l'avenir; cela me réussit assez. Je prends goût à cette vie^ et je la prolongerai encore quelques jours.

Adieu^ mon cher Roederer ; je suis très-content du pays, du peuple, et un peu de moi.

Votre affectionné,

Joseph.

LETTEB DB M. BOBDBRBK AU BOI (1).

Les bruits dont la ville de Naples a été remplie à mon sujet, immédiatement après l'arrivée de M, Berthier, les paroles que l'empereur vous a écrites à mon sujet, la mauvaise opinion qu'il a de mon travail, la préférence qu*il a hautement témoignée pour le talent d^un homme à qui je ne trouve que le talent d'un spoliateur, sur ce qu'il appelle ma métaphysique, la conviction où j'ai toujours été qu'un ministre ncm honoré de la confiance de l'empereur ne pouvait être qu^un embarras pour Votre Majesté, et ne pouvait même la servir dans les

(1) (Notede Védiieur.) Cette lettre est sang date ; mais, par la réponse que le roi y fit ( de Tarente , le 7 avril iS07 ) , on va voir qu'elle lui assigne la date du 3 du même mois.

Devenu gendre du général Berthier, deux ans après répoque dont il 8*agit , c'eût été chose fort délicate pour moi d'avoir à m'eipliquer ici sur ce qui le passa à Naples en cette dreonstanoe ; mais je m'en trouve parfaitement dispensé par la publication des Mémoires du roi Joseph, qui renferment une lettre du roi à l'empereur, en date du 15 avril 1S03 (tome 10, page 336\ On y trouve tous les détails de cette pénible affaire.

Au reste, cette lettre de mon père au roi, prouve surabondamment ce que j'ai dit dans une note placée au bas de la page 531 , tome III. ~ En effet, on voit ici que mon père s'attachant à ce que disait le général César Berthier, recueillant dans ses souvenirs toutes les circonstances qui pouvaient se rapporter à la même intention , y rattachant quelques paroles échappées au roi , et combinant le tout , en forma un ensemble qui lui apparut comme une lumière , et aussitôt offrit sa démission , déclarant à S. M. que sa bonté n'ëttUt pas engagée à k garder un moment de plus que sa eortfiance en hU ou sa déférenot envers l'empereur ne le lui conseUkraU. ~ A quû le roi répondit, dans la lettre qu'on va lire : « Il n*esl aucun « changement en moi. Je saurai cette énigme à mon « retour. Jusque-là, f en aurai beaucoup d^knpa- « tience. » — Ce fut quelques jours après son retour que S. M. écrivit à l'empereur sa lettre du 15 avril 1S07.

DE LA REINE JUUE, ETC

ânances> où le ministre a pour ennemis ceux qui lui demandent et ceux à qui il demande> c'est-è-dire tout le monde ; enfin^ Sire^ l'exemple du général Dumas, une parole que Votre Maijesté m'a dite à Capo di Monte [Quoi quUl arrive, jamais je ne remettrai Bisignano aux finances), tout m'oblige à supplier Votre Majesté de se rappeler que sa bonté pour moi n'est pas engagée à me garder un moment de plus que sa confiance en moi, ou sa déférence pour Tempereur, ne le lui conseilleront. Votre Majesté sait que le sénat ne m'a accordé qu'un congé de neuf mois, à compter du i*^ janvier. Me voici au milieu de mon terme. S'il convient à Votre Majesté que j'achève l'ouvrage que j'ai commencé, Forganisar tion de la comptabilité, l'établissement de la contribution foncière, le timbre et les douanes, je m'engage à livrera mon successeur toutesees machines en pleine activité et soumises à un mouvement régulier, avant la fin de mes neuf mois. S^il convient à Votre Majesté de faire sans délai un autre choix, immédiatement après IV doption ou le rejet de la loi du timbre, je puis demander un congé motivé sur mes intérêts de famille; j'irai passer deux mois dans mes propriétés, et j'arriverai à Paris pour le moment où expiré mon congé, et mon retour n'aura rien que de simple et de naturel.

A M. BOBnnuau

Tarante, le 7 avril 1S07.

Je reçois votre lettre du 3. Celle qu'elle contenait ne m'explique pas les changements dont vous me parlez. Je ne puis rien dire làdessus, car il n'est aucun changement dans moi* Je saurai cette énigme à mon retour. Jusque-là j^en aurai beaucoup d'impatience.

Je pars demain; j'ai employé la journée d'aujourd'hui à voir la ville et le port.

Agréez, mon cher Rœderer, toute mon

amitié.

Joseph.

A M. BOBDEmBB.

Vénosa, le 9 avrtt 1S07.

Voici la réponse au projet de M. Toni (i).

(1) (Note de l'éditeur.) Chambellan, et chargé à ce titre de l'administration du théâtre francs que subventionnait le roi, j'avais proposé un plan d'organisation que S. M. adopta. C'est de ce projet qu'il s'agit ici.

LETTRES DU ROI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

Vous voyez que nous avons affaire à forte partie.

Je reçois votre lettre du 8. Je serai à Naples le i2. Je vous remercie de vos lettres.

Adieu, mon cher Roederer. "Votre affectionné,

JOSEPB.

A M. ROBDBBBB.

Persano, le il avril 1807.

Je serai à Naples le 13. Je suis venu ici pour voir le camp. Je me porte très-bien. Avezvous beaucoup d'argent, pour Tannée surtout?

Votre affectionné.

JOSBPH.

LKTTIB DB LA ISOIB JUUB AU ROI lOSBPH (1).

Paris, le 14 avril 1807.

Il y a tn)is jours , mon ami , que je n'ai reçu de tes nouvelles. J'espère être plus heureuse demain.

L'affaire de Larive est terminée; il part dans le courant de ce mois, avec le nombre d'acteurs que tu m'avais indiqué. D'après ce que tu m'avais mandé, j'avais engagé Girardin à s'occuper des conventions déjà arrêtées; il me répondit que ces détails ne le regardaient pas. Pour en finir, j'ai fait écrire par Jame la lettre dont je t'envoie un double , et par laquelle tu auras les conditions qui ont été établies; j'en al même fait donner une copie à Girardin. J'ai consenti à ce qu'il soit donné à Larive douze mille francs à compte du traitement que tu lui fixeras, et vingt-trois mille ont été répartis entre les autres acteurs. Larive doit leur faire à Naples la retenue de la plus grande partie de cette avance sur leurs traitements. Tu verras le reste dans la copie ci-jointe.

J'ai vu l'impératrice hier soir, qui avait reçu des lettres de l'empereur du â; il se portait fort bien.

Tes enfants t'embrassent. Adieu, mon ami.

Copie de la lettre mentionnée ci-dessus , écrite par M. Jame à M. Larive par ordre de S. M, la reine de Naples.

Sa Majesté la reine me charge de vous an-

Ci) {Note de Véditeur. ) Cette lettre et la note qui raccompagne furent remises par le roi à mon père , afin que je fusse informé des dispositions qui avaient été faites à Paris pour l'organisation du théâtre français.

noncer. Monsieur, que l'intention du roi est que vous vous rendiez à Naples pour y être h la tête du théâtre français. Sa Majesté consent à ce que vous preniez pour régisseur du dit théâtre le sieur Belleval. Vos fonctions seront fixées sur les lieux, ainsi que votre traitement et celui du sieur Belleval. Vous emmènerez avec vous cinq acteurs, dont trois femmes et deux honunes, pour y jouer les premiers rôles; vous êtes autorisé à les engager pour l'espace d'une année théâtrale. Leur traitement sera de onze mille francs pour le rôle de reine, de dix mille pour celui de princesse, de huit mille pour celui de jeune première, de dix mille |X>ur celui de roi, de neuf mille pour celui de second roi et de premier au besoin ; ils seront payés sur ce pied à dater du jour de leur arrivée à Naples; jusque-là, en raison de la moitié seulement, depuis le l*' de ce mois. Sa Majesté leur fait don de mille francs chacun pour leurs frais de voyage ; elle leur accorde par anticipation , et pour se monter, le quart de leur traitement respectif, dont vous ferez retenue dans le courant de Pannée. A cet effet les engagements seront faits triples, pour qu'il en reste un dans mes mains. Sa Majesté permet qu'il vous soit fait une somme particulière de douze mille francs, imputables sur votre traitement. Je suis autorisé à vous fabe toutes ces avances dès que les engagements seront pris. Son mtention et celle du roi est que vous partiez tous avant le 1"^ mai prochain. Vous êtes invité à venir vous entendre avec moi pour l'exécution de ces dispositions.

A M. ROBDBKER

Naples, le 24 avril 1S07.

Monsieur, je désire que vous écriviez au rédacteur du Journal de PariSy de ne jamais mettre, le premier, aucun article sur le royaume de Naples. L'article fût-il copié des journaux napolitains, je désirerais qu'avant de le transcrire il attendit qu'il eût été inséré dans un autre journal français.

Votre affectionné,

Joseph (i).

(1) {Note de Véditeur.) On lit dans les Mémoires du roi Joseph une lettre de Tempereur , en date du 2 1 juin 1S06 , qui se plaignait des articles ridicules que

LETTRES DU KOI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

LBTTRB DB LA RBlIfB JVUB ▲ M. ROBDBRBR» A IfAPLBS.

Paris, 18 mai 1807.

Quoique je n'aie pas répondu plus tôt. Monsieur, à votre lettre sur M . D. . ., je n^en suis pas moins sensible à vos bonnes dispositions pour lui. On ne doit point être étonné s'il n'a pas fait preuve d'un grand zèle dans une place si subalterne : on sera beaucoup plus content de lui dans une autre plus lucrative , et je compte sur l'assurance que vous m'en avez donnée.

Je savais que le roi et ses ministres travaillaient beaucoup, j'en étais même sûre. Mais tout le monde ne vous rendait pas la même justice, car on prétendait que Ton s'amusait encore plus qu'on ne travaillait. Vous ne voudrez pas croire , Monsieur, que cette calomnie s'étendait jusqu'à vous, et c^est ce qui m'étonnait le plus; il faut, cependant, avouer qu'on est bien revenu sur le compte de tout le monde.

Larive serait déjà arrivé à Naples , sans une grave indisposition qui l'a surpris la veille de son départ ; il se désespère de ce contre-temps. Son petit nombre d'acteurs est déjà en route ; je désire qu'il puisse le suivre bientôt.

J'ai le plaisir de voir quelquefois madame Rœderer, qui me donne de vos nouvelles, et qui voudrait bien n'être pas si loin de vous.

Recevez, Monsieur, l'assurance de mon attachement. JULIB.

LBTTHB DE LA BBIIfE JDLIB A M. ROBDBRER , A NAPLES.

Paris, 9 juillet 1807.

Je VOUS sais bien bon gré. Monsieur, d'avoir pensé au pauvre M , dont la famille

est vraiment intéressante. Ma réponse à votre lettre du 14 finirait là, si je n'avais du plaisir à repasser votre confession générale. Vous êtes

le Joumal.de Paris insérait sur le royaume de Naples, articles qu'il attribuait très-gratuitement à mon père; car on ne devait assurément pas supposer que ce fût le futur ministre des finances de Naples qui faisait publier en France que Timpôt sur le sel venait d'être supprimé dans ce pays.

On ne voit pas que les plaintes de l'empereur se soient renouvelées; aussi je ne puis concevoir ce qui donna lieu à cette lettre du roi , venant dix mois après celle qu^il avait reçue de Napoléon , lorsque surtout on voit que S. M. avait répondu le 2 juillet 1806, pour repousser vivement les reproches de l'empereur.

bien heureux , Monsieur, de n'avoir pas seulement un seul petit péché véniel à vous reprocher. Convenez pourtant qu'il serait bien commode pour un homme vicieux, par exemple, de pouvoir rejeter ses propres fautes sur les pauvres femmes. Celles de Naples sont donc bien calomniées! Accordez-leur, Monsieur, quelque exception, ne fût-ce que par politesse, en attendant que les nouvelles institutions , et surtout l'exemple des ministres du roi, puissent faire leur effet. Je suis tout à fait de votre avis, que la bonne éducation des femmes contribuera infiniment à celle des hommes, et le roi ne saurait trop faire pour assurer l'une et l'autre. Vous savez mieux que moi l'influence des mœurs sur les événements politiques de tous les temps et de tous les pays.

Vous avez l'air de vous plaindre de trop de travail. On ne succombe pas à ses occupations, et je réponds de votre santé; les hommes en place ne travaillent jamais trop; il en est beaucoup au contraire qui ne doivent leur salut qu'au travail, sans compter le bien qui en résulte. Tant mieux si le roi en donne l'exemple ; sa gloii-e et son vrai bonheur y sont attachés.

Si vous avez bien fêté la prise de Dantzick, vous avez encore de nouvelles réjouissances à faire pour les derniers succès de la grande armée.

J'ai eu la maladresse de lire un des articles de votre lettre à R ; elle veut vous en demander raison , tâchez de vous défendre. J'ai eu le plaisir de voir madame; elle se porte très-bien.

Soyez assuré, Monsieur, de mon attachement.

Julie.

A M. ROBOBRBB.

Vénafro, 21 septembre 1807.

Vous ne m'avez plus parlé de madame

Rœderer, qui devait venir ici avec ma femme? Je n'ai pas changé de pensée; et si elle veut venir à Naples, y vivre avec vous, et vous forcer à un bon et régulier ménage , je la nommerai, comme je vous l'ai dit, l'une des dames de la reine. Je serai à Naples le 27. Nous avons lu l'abbé Morellet. Avez-vous jamais écrit à M. de Boufflers?

Votre affectionné,

JOSBPB.

44 LETTRES DU ROI JOSEPH

A M. lOBDBKBA, A NAPLBS.

Venise, le 5 décembre 1807.

Je reçois votre lettre du 29 novembre. J'apprendnd avec plaisir le résultat de mon décret sur les polices de banque, et la négociation des 400,000 ducats destinés à la solde.

Je suis id depuis trois jours; je compte sous peu être de retour à Naples.

rai lieu de beaucoup me louer de mon voyage, qui m'a procuré la satisfaction de recevoir de Tempereur les marques les plus touchantes de son affection. Je me suis convaincu aussi qu'il vous estimait et vous aimait beaucoup. U m'a souvent parlé de vous avec intérêt.

Votre affectionné,

Joseph.

A M. ROBDBBBR, A 1IAPLB8.

Je vous apprends avec plaisir, moucher Rœderer, que l'empereur vous a nommé grand officier de la Légion d'honneur. Je serai à Na^ pies dans quelques jours. J'ai été très-satisfait de l'empereur (i).

Votre affectionné ,

Joseph.

Venise, le 7 décembre 1807.

A M. KOEDERBR.

Carditdlo , le 26 décembre 1 807 .

Je reçois votre lettre. Il est vrai que M. Rœderer est allé à Paris sans ordres, mais il sera puni au retour (2).

Je vous envoie un sanglier. Le temps est

(1) (Note de l'éditeur.) La réponse de mon père est insérée au tome III , page 533.

(2) (Note de l'éditeur,) Le roi eut à cette époque un motif d'accréditer le bruit de la prochaine arrivée de la reine à Naples. Il fit partir mon frère comme pour aller au devant de S. M., qu'il devait attendre à Bologne. Après quelques jours d'attente inutile, mon frère pensa qu'il ferait aussi bien d'aller au-devant de la reine jusqu'à Turin : là , après quelques jours, il jugea convenable de s'avancer jusqu'à Lyon. Ce fut alors seulement qu'il commença à s'apercevoir qu'il pouvait bien avoir commis une faute. Mais il n'était pas de caractère à s'arrêter en si beau chemin , et il alla droit à Paris. N'y trouvant personne, il se rendit de suite à Morfontaine, et il dit à la reine, fort surprise de le voir, qu'il avait été envoyé au-devant d'elle , le roi l'attendant à Naples. La reine, qui ne s'attendait à

DE LA REINE JUUE, ETC

beau. Si vous voulez venir ici, vous le pouvez;

mais je ne vous le conseille pas. Je compte

être à Naples mardi.

Votre afTectimmé,

Joseph.

LBITRB DB M. ROBDKHBft AU ROI (l).

Naples , le 3 janvier 1808.

are.

Je prie Votre Majesté de ne point désapprouver la confiance respectueuse qui m'amène en ce moment devant elle; mais je ne puis lui

rien moins, et qui craignait par-dessus toutes choses d'être enlevée à sa vie modeste et tranquille pour aller dans le tourbillon de Naples, tomba sans connaissance. >- Plus tard , l'explication apprit à mon frère toute l'étendue de son erreur et de sa faute. La reine le retint quelques jours près d'elle , lui disant qu'après tout, il n'en serait ni plus ni moins auprès du roi. — Lorsqu'il partit , il eut la bonne fortune de rencontrer l'empereur, à Milan , je crois.

11 se présenta franchement pour prendre les ordres de S. M. pour le roi de Naples. L'empereur le reçut, causa avec lui , et le renvoya à Naples. C'était une apparence de mission qui adoucit fort le roi Joseph , et, par suite, la punition qu'il se proposait d'infliger à son aide de camp.

(I) (Note de Véditeur,) J'ai déjà dit que le roi m'avait nonuné chambellan, et m'avait, à ce titre, chargé de l'administration du théâtre français. Un incident survint , dont je dus rendre compte à S. M., qui était momentanément absente de Naples.— Je n'aurais nulle mention à en faire ici , si mon père n'avait jugé à propos d'intervenir en écrivant au roi la lettre qu'on va lire. Pour la faire bien comprendre , je crois nécessaire de produire ici celle par laquelle je rendais moimême compte à S. M. de l'incident dont il s'agit — Le comédien fut ainsi remis à sa place ; et , à quelque temps de là , et pour le consoler , le roi me chargea de lui remettre de sa part une tabatière d'or, sur laquelle se trouvait son chiffre enjïrillants. —Voici ma

lettre au roi :

Naples , le » Janvier laor.

« Sire,

« J'ai l'honneur de remettre à Votre Majesté la copie d'une lettre écrite par le sieur Larive au sieur Verteuil , acteur et régisseur du théâtre français^

« Le reproche que me fait le sieur Larive , d'avoir interverti l'ordre des emplois que doit tenir chaque comédien eu vertu de ses engagements, n'est relatif qu'à une seule occasion dans laquelle j'ai agi par ordre spécial de Votre Majesté, en faisant jouer le rôle de Phèdre par mademoiselle Barrière, alternativement avec mademoiselle Léon, comme cela a lieu à Paris pour mesdemoiselles Duchesnois et Georges, tandis que le sieur Larive le destinait à mademoiselle Léon seulement.

LETTRES DU ROI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

in

taire que la place de commissaire du théâtre français, dont elle a honoré mon fils, est devenue pour moi comme pour lui une source de véritable peine.

Votre lifajesté a témoigné plusieurs foisque le talent de Larive lui était agréable. Vos bontés, Sre, autorisent de l'orgueil, mais non pas l'insolence ; et Larive l'a poussée au delà de toute mesure avec les comédiens de Votre Majesté , au dernier point avec mon fils, et fort loin envers moi-même.

A moins que Votre Majesté ne me l'ordonne, je ne prendrai pas la licence de Tentretenhr des propos, des procédés, des intrigues même que sa femme et lui se permettent ; et j'avoue, Sire,

« La plainte de D'avoir pas répondu aux lettres du sieur Larive ne se rapporte qu'à une seule : c'est ceUe dans laqadle il me faisait des représentations sur l'ordre de bire alterner mademoiselle Léon et raademoîaeUe Barrière. J'avais suffisamment répondu à cette lettre, en disant verbalement au sieur Larive que telle était Tintention de Votre Majesté.

« Sire , je devais ces deux explications à Votre Majesté, pour quMl ne lui rest&t aucun doute sur la manière dont j'ai exercé l'autorité qu'elle a bien voulu me confier sur le tbéAtre français.

« L'injonction du lieiir Larive à Verteuil de ne prendre d'ordre pour la direction et VadnUnistratUmdu théâtre français que de hUsetU Jusqu'à nouvelle disposition , et l'affectatioa indécente de me faire remettre cette lettre par un comédien , m'ont paru tellement intolérables , tellement inconciliables avec les égards dus à une personne honorée du titre de commissaire de Votre Majesté et d'officier de sa maison , et tellement propies à autoriser le désordre du théâtre et les manquements des subalteries , que j'ai cru ne pouvoir me dispenser de signifier au sieur Larive que je le suspendais de ses fonctions.

« Sire, j'espère que Votre Majesté daignera approuver la suspension que j'ai proaoncée jusqu'à sa résolution. Je lui demande de plus de vouloir bien me dispenser de correspondre à l'avenir avec le sieur Larive pour la direction et l'administration du théâtre , et me borner à lui transmettre les ordres de Votre Majesté lorsqu'elle voudra le faire jouer.

• J'ose répondre à Votre Majesté que l'administration du théâtre ira beaucoup mieux, et que le zèle et la ooDcurreace des bons acteurs ne pourront que gagner à ce que M. et madame Larive perdent une autorité qui n'a été employée qu'à des tracasseries.

• J'espère que Votre Majesté voudra bien reconnaître dans ma modération les ménagements que j'ai cru devoir à un honune dont le talent a le bonheur d'être agréable à Votre Bfajesté.

« J'ai l'honneur d'être, etc. >»

que je me sens trës-humilié d'être réduit à m'en plaindre.

Je me borne à dire à Votre Majesté qu'hier, au moment que mon fils me consultait sur la manièife dont il devait demander à Votre Majesté de prononcer sur la suspension de Larive , et de la lever dans une forme qui, sans Thumilier, ne lui donnât pourtant pas l'honneur d'une victoire, le régisseur Verteuil est entré, tenant à la main une lettre de Larive qui se remet de sa pleine autorité en fonction. Votre Majesté m'a ordonné de guider mon fils; j'ai fait plus en ce moment, j'ai répondu pour lui, et j'ai dit que la suspension n'était point levée, puisque le commissaire du roi n'avait point transmis d'ordres de Sa Majesté; et j'ai cru devoir parler ainsi, parce que quand Votre Majesté a daigné confier à mon fils la place de commissaire du théâtre français, ce n'a pas été pour qu'un comédien le destituât deux fois en quinze jours.

Sire, le talent de Larive a le bonheur de contribuer au noble amusement que Votre Majesté s'accorde quelquefois à la fin de ses travaux de la journée. Nous serions au désespoir, mon fils et moi, d'être pour rien dans les causes ou dans les prétextes qui pourraient éloigner ce comédien de Naples.

Mais mon fils et moi, comblés d'honneurs par vos bontés, y attachons trop de prix pour vouloir les dégrader dans des relations sans convenance.

Dans cette opposition des choses. Sire, je supplierais Votre Majesté de retirer dès ce moment à mon fils l'inspection du théâtre français , si son honneur, si la justice de Votre Majesté, et son autorité même, ne demandaient que la retraite du commissaire du roi ne parût pas être sa condamnation , et ne fit pas le triomphe du comédien.

Vous avez. Sire, le second théâtre français de l'Europe; votre salle est devenue à peu de frais élégante et décente : vos comédiens sont pleins de zèle et d'émulation, ils se retranchent le nécessaire pour se montrer sur la scène avec des costumes dignes d'un théâtre royal ; ils savent et s'appliquent à jouer les meilleures pièces de notre littérature ; depuis six mois quMls sont ici , ils ont tous fait des progrès sensibles. Un entrepreneur intelligent et aisé fait toutes les avances nécessaires pour compléter la troupe, et vient d'y ajouter un sujet distingué.

LETTRES DU ROI JOSEPH, DE LA REINE JULIE, ETC

Ce n'est point à M. Larive, Sîre,que ces avantages sont dus. Larive n'a jamais assisté à une répétition; il ne parle aux comédiens que pour leur dire des injures, il les révolte ou les décourage : d'ailleurs, n*ayant jamais joué Racine ni Corneille avec succès, il ne pourrait les conseiller avec fruit que dans les pièces du second ordre, la Veuve du Malabar , Spartacus, Bayard, etc. Enfin, ce ne ne sont pas des élèves de Larive , ce sont des élèves de maîtres plus sûrs, le public et les gens de goût, qui jouent avec succès sur votre théâtre.

Ce qui a excité Témulation des acteurs , du régisseur, de l'entrepreneur. Sire , j'oserai le dire à Votre Majesté, c'est le soin qu'a pris mon fils de tenir toujours présent à l'esprit de toutes ces personnes la volonté, le goût, la munificence de Votre Majesté ; de manière que tous ont été animés du seul désir et du seul espoir de vous plaire, et d'arrêter un moment vos regards.

Un tel soin. Sire , a mieux réussi que n'eût pu le faire le plus terrible professeur de déclamation; et ce serait une erreur fort contraire à vos plaisirs, de faire de votre théâtre une école de déclamation qui consisterait en un maître et des élèves. Quelle idée. Sire, que de donner à Votre Majesté un spectacle composé d'élèves, et d'élèves d'un seul maître ! Et pourquoi donc n'auriez-vous pasdes maîtres, Sire, autant de maîtres que d'emplois, ayant chacun leur caractère, leur talent propre, leur physionomie ? Un théâtre royal n'est pas fait pour être un théâtre de collège. Quand les premiers talents de France briguent l'honneur de venir ici, leur ira-t-on dire qu'on vient ici à Fécole de M. Larive ? Mademoiselle Clairon le dit et le prouve très-bien, les acteurs n'ont de maîtres que leur talent et le public. Mademoiselle Léon, élève de Larive, est ce qu'il y a de moindre ici. Le théâtre de Venise, qui pourtant est formé par une actrice au moins égale en talent à M. Larive, a paru à Votre Majesté audessous du médiocre. Cela prouve, Sire , qu'un grand acteur n'est ni utile comme professeur, ni utile comme entrepreneur; et la raison en est évidente : un grand acteur est jaloux des talents qui peuvent entrer en comparaison avec lui; un grand acteur ne reconnaît de méthode que la sienne, de genre que le sien ; un grand acteur préfère les sujets dociles aux sujets ins-

pirés ; un grand acteur se croit un grand modèle, et se complaît dans les pâles copies de lui-même plus que dans les plus belles copies de la nature.

Je prends la liberté. Sire, de présentera Votre Majesté un projet qui satisferait Larive, sans perpétuer ma peine et celle de moD fils.

Larive a témoigné plusieurs fois le désir d'avoir le titre de premier cotnédien de Votre Majesté. Votre Majesté pourrait le lui donner, et lui faire écrire par le grand maréchal ou par le premier chambellan qu'en cette qualité^ lorsqu'il y aura speclacle à la cour ou spectacle pour la cour au théâtre français , il proposera la pièce à jouer, en distribuera les rôles, en fera faire les répétitions, et aura toute l'autorité de directeur sur les comédiens français ; le tout sous la seule autorité du grand maréchal on du premier chambellan.

Cela laisserait le service ordinaire du théâtre français sous l'autorité du commissaire de Votre Majesté, qui, ayant suffi jusqu'à ce jour pour le faire marcher passablement, pourrait suffire encore. La Comédie-Française à Paris n'a point et n'a jamais eu de directeur. Si l'arrangement que je propose avait des inconvénients. Votre Majesté peut être sûre que mon fils s'empresserait de les reconnaître, et de demander lui-même à Votre Majesté de remettre le tout sous la direction de Larive, dès qu'il pourrait se retirer sans déshonneur. Je supplie Votre Majesté de daigner prendre ma peine en considération, et décider, dans sa bonté et dans sa justice, ce que doit faire mon fils.

Carditello, le 27 décembre 1S07.

Le prince Aldobrandini, frère du prince Borghèse, se rend à Naples pour les affaires de son frère. Je désire le favoriser autant que cela sera possible, et surtout lui faire trouver toutes les facilités propres à la plus prompte expédition. Je vous prie de donner tous vos soins ^ afin que vous puissiez bientôt me faire un rapport sur cet objet, s'il y aura lieu.

Votre affectionné,

JOSBPH.

LEITRES DU ROI JOSKPH, DE LA REINE JULIE, ETC

tBTTaB DE M. BOBDBBBft AU ROI. A M. RORDEBEA , A NAPLES.

NapleSy le 10 janvier 1808.

Sire, je ne m'éveille pas sans avoir de nouveaux motifs de reconnaissance et d'attachement pour Votre Majesté. Il n'est plus personne dans ma famille qui ne soit comblé de ses grâces (1) : il n'est point de ses bontés que je puisse envier pour moi-même; mais il me reste à mériter tant de biens et à les conserver; et cette ambition^ Sire^ est bien plus forte et bien plus inquiète que n^a pu être celle de les acquérir.

Ma reconnaissance me conduirait à VénafrOy si la nécessité du service n'exigeait ici tous mes moments , à ce renouvellement d'année, où il faut régler une foule de choses. Savoir du plaisir à Votre Majesté, et travailler à ses affaires, me dédommagent de son absence.

LETTRE DE LA RBIMB JULIE A M. ROEDERBR, A If APLE8.

Paris, le 10 mars 1808.

Je suis bien aise d*apprendre par votre lettre. Monsieur, que la nomination de madame Roederer à la place de dame du palais vous soit agréable. Je suis fâchée que des affaires qu^elle a encore à terminer ne me permettent pas de vous la mener actuellement, mais j'espère qu'elle pourra bientôt se mettre en route. Je compte partir incessamment. Je me flatte de vous trouver à mon arrivée toujours aussi enchanté de Naples que par le passé.

Agréez, Monsieur, l'assurance de mon estime particulière.

JULIB.

A M. ROSDBRER, A NAPLBS.

Bologne, le 28 mai 1808.

J'ai promis de faire payer à Lucien deux cent mille francs; il les tirera sur M. Falconnet ; préparez-vous à les acquitter : il y aura un mois de temps. Cette somme sera imputée sur le compte de ma maison. J'ai perdu quelques heures ici : je pars à six heures du matin.

Votre affectionné,

JOSBPH.

(1) (Ifote de l'éditeur.) Madasie RoDderer venait d^ètre nommée dame du palais.

Lyon, le 2 juin 1808.

Je n'ai pas eu de vos lettres des 25 et ^. Je n'ai rien de nouveau à vous mander. Votre fils sera parti quand vous recevrez cette lettre.

Vous recevrez un paquet que je désire que vous fassiez remettre à M. Murra; vous l'ouvrirez et l'examinerez avant. Ce paquet, parti de Lyon aujourd'hui, arrivera à Naples dans quinze jours.

Votre affectionné,

Joseph.

A M. ROBDBRER, A NAPLES.

Bayonne , le 8 juin 1808. '

Je vous envoie un décret pour vous autoriser à terminer brevi manu toutes les afTaires de ma maison, de manière que je n'en entende plus parler. Je ne pense pas que vous ayez des sacrifices à faire pour cela; mais si cela était, vous êtes autorisé à prendre toutes les mesures que je pourrais prendre moi-même pour tout solder, et qu'il ne reste pas de queue d^affaires pour cela.

M.Macédonioades ressources dont il pourra disposer avec votre approbation. Je ne veux pas qu'il soit chicané, mais finir. Je n'ai pas lieu d'ailleurs d'en être mécontent sous aucun rapport; je suis, au contraire, dans des dispositions d'estime et de confiance à son égard.

La reine a besoin de beaucoup de ressources en partant ; mais je ne veux rien qui ne soit conforme à mes sentiments, que vous connaissez.

Votre affectionné,

JOSBPB.

A M. ROSOERER, A ZfAPLES.

Bayonne, le 9 juin 1808.

Naples restera royaume tel qu'il est : il n'y aura que le roi de changé.

L'ouvrage fait pour le payement des créanciers de l'État sera assuré par un article constitutionnel. La liste civile sera séparée et distincte du trésor public.

Je suis fâché que vous ne m'ayez pas donné vos idées là-dessus. Vous ne me parlez pas encore du départ de votre fils.

Je vais décidément en Espagne; je trou-

LEITRES DU ROI JOSEPH

verai ce pays dans un état pire que celui dans lequel j'ai trouvé Naples : les troupes, les magistrats, la maison royale même n'est pas payée depuis neuf mois : nulle ressource d'argent. Danscetétatde choses, tout ce que vous pourrez épargner, après avoir exactement acquitté mes engagements, sans nuire aux caisses des rentes et d'amortissement, me sera très -précieux. Je ne pourrai pas vous avoir pour ministre des finances, puisque vous n'êtes et ne pouvez devenir Espagnol; mais l'empereur, voulant me contenter dans un point qui m'intéresse beaucoup , veut bien vous nommer son ambassadeur près de moi : par ce moyen je pourrai vous conserver honorablement.

Les circonstances imprévues dans lesquelles nous nous trouvons ne nous permettent pas de faire les choses en règle, ni d'attendre des réponses; mais vous connaissez ma situation, celle des affaires, ma délicatesse et mes besoins : d'après ces données , faites tout ce que vous me ronseilleriez; supposez mon autorisation, et ne doutez pas de mon approbation, quelles que soient les mesures que vous preniez. La latitude que je vous donne est nécessaire, et n'est pas, j'espère, une preuve nouvelle d'une cqnfiance à laquelle je ne puis rien ajouter.

Si j'ai oublié Bigarré (1), il faut le comprendre dans les 2,000 ducats.

N'oubliez pas de bien terminer pour des affaires qui m'intéressent tant , dont je vous ai tant occupé; faites tout ce que vous pourrez pour cela, et même au delà de ce que j'ai voulu, si vous le pouvez.

Vous devez m'envoyer tous les décrets qu'il est nécessaire que je signe, prêts à l'être. Je suis dans un moment à avoir peu d'instants à donner à Naples , et cependant jamais on n'abandonna avec plus de regret la maison paternelle que je ne me détache de ce beau pays, et d'un peuple que j'ai trouvé si bon pour moi.

Votre affectionné,

Joseph.

A M. ROEDERBR, A NAPLFS.

Bayonne, le 9 juin 1808.

J'ai signé les trois projets de décrets que vous m'avez proposés : vous les trouverez ci-joints.

{Note de Véditeur,) Aide de camp du roi. (Voir la note à la page 2 1 ci-après.)

DE LA REINE JULIE, ETC

Je suis fort occupé aujourd'hui : je vous écrirai demain. Terminez toutes les affaires, afin que vous puissiez partir bientôt.

Votre affectionné,

Joseph.

A M. BOBDBBEB, MINISTRE DES FUVANCEfl , A HAPLES.

Bayonne, le 17 juin 1808.

L'empereur est toujours dans l'intention de vous nommer son ambassadeur à Madrid. Je serais bien aise que vous y soyez le plus tôt possible; mais il faut auparavant que toutes les affaires dont vous êtes chargé soient terminées à Naples. Dès que vous croirez pouvoir abandonner ce pays , vous laisserez le portefeuille au prince de Bisignano, ou à tout autre conseiller d'État que vous jugeriez plus propre à le conserver convenablement jusqu'à l'arrivée du nouveau roi. Vous écrirez que vous faites cette remise d'après mes ordres; mais je n'entends pas nommer un ministre des finances, voulant laisser ce choix à faire au nouveau roi.

Arrangez-vous de manière à ce que M. de Gallo ne paye rien de ce qu'il doit encore ; il est fort utile ici, et je juge devoir lui donner cette nouvelle preuve de mon attachement.

Faites en sorte de ne point laisser de queue d^affaires, et de n'avoir plus rien à démêler avec Naples pour toutes nos affaires.

Les abus et les réformes à faire en Espagne seront les mêmes qu'à Naples; tout est à peu près dans le même état, et je compte sur votre assistance pour payer les dettes et mettre les finances de ce pays en bon état. Portez avec vous tout ce que vous j ugerez pouvoir vous être utile dans ce but : il faut vous imaginer que ce sont les finances de Naples à recommencer.

Partez le plus tôt possible , venez par le chemin le plus court; mais terminez tout ce que vous avez à faire auparavant à Naples.

Agréez naon sincère attachement.

Votre affectionné ,

Joseph.

A H. ROBDEBBR, A NAPLES.

Bayonne , le 19 juin 1*808. ' Je reçois votre lettre du 9. Je suis fâché que

LETl^RES DU ROI JOSEPH, DE LA HEINE JULIE, ETC.

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votre Als soit malade ^ mais il ne le sera plus lorsque vous recevrez cette lettre

.... Vous devez vous tenir prêt à partir au premier moment; mais ne laissez rien en souffrance, et que tout soit terminé, et que vous n'ayez plus rien à demander à Naples lorsque vous l'aurez quitté.

Agréez mes amitiés. Votre affectionné ,

Joseph.

lettre do marquis de g allo , ministre des affaires étrangères, qui avait accompagné le

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