MADAME ROEDERER
des livres d'économie politique, et eh œ genfe ce sont presque tous des livres français. J'y ai remarqué V Ordre naturel et essentiel des saciétés politiques, de Mercier -Larivière, le Compte rendu de M. Necker, son ouvrage sur la légisiation et le commerce des grains.
Valladolid, le 4 mai 1809.
Rœderer est arrivé hier ici, envoyé par le roi pour éclairer ma marche. Nous partons à midi , sous l'escorte de 200 hommes à cheval , dont i30 lanciers polonais. Ce serait assez de 30 pour écarter les brigands...
Je serai cinq ou six jours pour faire les trente lieues d'ici à Madrid, à cause de l'escorte. Je ne vous écrirai qu'à mon arrivée.
Madrid, le 12 mai 1809.
Je suis arrivé avant-hier, ma chère amie, très-bien portant. Rœderer, qui est venu audevant de moi jusqu'à Valladolid, a gagné en route une fluxion qui le retient au lit et le fait beaucoup souffrir; mais cela n'a pas de suite. .. Je ne dirai pas qu'on vienne de Paris à Madrid sans péril , puisqu'un ofBcier de notre escorte qui a voulu la précéder de quelques heures, a été assailli de quatre coups de fusil, dont un a traversé son chapeau; un autre a porté sur sa giberne, le troisième lui a traversé la jambe.
Je ne dirai pas non plus qu'on vienne ici satis dépense, car j'ai déjà dépensé 8,000 francs, sans compter les 0,000 que m'a coûté ma voiture, qui est à demi ruinée.
Je ne dirai pas non plus que je vive ici pour rien, car j'ai trouvé mon fils dans une maison où il y a douze domestiques à nourrir et à payer, et que je ne voudrais pas renvoyer parce qu'ils seraient sur le pavé. Ce sont tous les anciens domestiques de l'émigré à qui appartenait la maison, lequel fait à présent la guerre au roi en Andalousie. Cependant mon fils ne pourra soutenir ce train quand je retournerai en France.
J'ai eu l'honneur de passer hier la soirée avec le roi. Sa Majesté se porte très-bien, et soutient sa position avec courage. Je n'avais aucune idée de la magnifi^cence de son palais. Tous les genres de grandeur et de luxe y sont réunis :
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architecture, peintures, sculptures, dorures, marbres, tapis, pendules, glaces, tout y est au plus haut degré de beauté.
De Bayonne à Madrid on rencontre bien des ruines; pas un visage qui vous sourie, et pas une plainte qui s'adresse à votre pitié. Ils ne veulent ni de notre amitié, ni de notre compassion. Payant à pied dans un village où des lanciers polonais qui escortaient la caisse du payeur de Tarmée exerçaient leur métier ordinaire, je crus entendre qu'un Espagnol rangé le long d'un mur, en ligne avec beaucoup d'autres, m'adi-essait la parole, sans geste, sans mouvement, sans éclat de voix, enveloppé comme les autres dans son manteau; je m'arrêtai, et priai une personne qui parlait fraujçais et espagnol de lui demander ce qu'il disait: à peine daigna-t-il répéter ces paroles en espagnol: Seigneur, je dis qu^ on pille ma maison, Jfe lui fis répondre que j'allais en informer le commandant de la troupe. Il ne remercia point et ne miu'mura point. Par où prendre , comment gagner des gens qui ne tiennent pour la plupart qu'à leur paresse et à leur manteau héréditaire, haillon que le plus effréné pillage ne leur disputera jamais? Et quelle confiance prendre en ceux qui, perdant quelque chose, contiennent leur colère et semblent la mettre en réserve pour un moment propice à la vengeance ? Les sentiments sont profonds dans ce pays-ci ; il ne faut pas se flatter légèrement d'y obtenir de la confiance , ni se confier aux moyens ordinaires d*y imposer la soumission. Mais tout cela, heureusement, ne nous regarde^ ni vous, ni moi; gens de petite fortune qui n'avons à régler qu'un petit ménage: le mien, c^lui de Madrid, me ruinera pour peu qu'il dure. Je vous embrasse. '
Aranjuez, le \b mai 1809.
. Je vous écris, ma chère amie, de ce beau palais dont nous a tant parlé l'abbé Lajeard. Il y a une grande richesse en tableaux, et toujours de Phorlogerie et des bronzes en profusion. Ce que l'art a produit de plus beau en ce genre est ici.
Le roi est ici pour huit jours; j'y suis venu avec Sa Majesté. Le maréchal Jourdan, le général Dessolles, M. Ferri, M. Miot, sont du voyage.
Jusqu'à présent la chaleur ne se fait pas
beaucoup sentir: il y a ce matin du feu dan& toutes les chambres...
L'Espagne est un beau pays , où il est fort aisé de faire beaucoup de bien; mais en France, le bien est tout fait.
... Jereçoisvotrelettredu7. M. ... esta son ordinaire un méchant brouillon. Lorsque je l'ai rencontré, je lui ai demandé s'il allait chercher la reine, et j'ai ajouté : Je crois que vous aurez de la peine à l'arracher de Paris. Où est le mal de cela?
Aranjuez, le 18 mai 1809.
Gomme il arrive quelquefois aux estafettes d'être arrêtées par des partis y je vous envoie un duplicata des lettres que je vous ai adressées avant-hier...
... Je serais bien aise de suivre pendant huit jours la nouvelle fabrication des glaces à Saint- Quîrin, que je n'ai pas encore vue, et pour laquelle j'ai pris à Saint-ndephonse des idées importantes dont je voudrais faire l'essai.
Je serais très-fftché que la reine eût pris en mauvaise part les paroles fort simples que j'ai
difesàM Ellessont fondées sur une opinion
que j'ai- plus que jamais : c'est que les choses ne sont pas encore assez bien assises en Espagne pour que la reine puisse s'établir tranquillement à Madrid; c'est que le roi n'est pas assez riche pour qu'elle puisse s'y établir convenablement ; c'est que les excessives cha • leurs de l'été vont commencer, et que la santé de la reine ne lui permet pas d'arriver au milieu des ardeurs d'un soleil qui dévore. Telles sont mes opinions. Et comme la reine voit toutes ces circonstances aussi bien que moi » et que le roi même ne se les dissimule pas, j'ai bien pu dire à son neveu qu'il aurait de la peine à déterminer Sa Majesté à quitter Paris. Sa Majesté doit croire que je n'ai jamais rintention de faire ou de dire rien qui puisse lui déplaire. Si je n'ai pas obtenu d'elle cette confiance , je renonce à l'obtenir jamais de personne. Je vous prie de revenir sur cet objet avec la reine à la première occasion, et de lui offrir mes respects;
DWranjuez, le 20 mai 1809. .
... Je viens de recevoir une lettre de M. de Gi-
rardin. Je ne lui répondrai que dans quelques