ETTRES DE M. A MADAME ROEDERER
jours. Il est regretté 4ci<)e toutes les personnes qui ont de rattachement pour le roi, soit Français ou même Espagnols; soit jeunes^ soit vieux; soit de l'écurie^ soit de la chambre. Je ne me serais pas fait une idée de cette considération^ si je ne l'avais pas vue. Miot est très-affligé de sondépart; je savais bien à quel point M. de Girardin est estimable^ mais je ne croyais pas que dans une cour on put autant estimer. C'est une preuve que celle^i n'est pas encore corrompue. • ... Je vois que la chaleur est à Paris de 46 à 48 degrés. Or, elle n^^st pas de 6 à 8 ici. Je vous écris au coin du feu, et, depuis que je vous ai quittée» je n'ai pas passé un seul jour sans me chauffer.
Aranjuez , le 23 mati 1^09.
Hier, ma chère amie, on a célébré ici la fête de la reine. Le roi a fait servir par Méol Une table de cent cinquante couverts aux officiers des différents corps de sa garde, et on a distribué aux soldats triple ration. Le soir, tout ce monde-là était fort gai ; et commç les dîners avaient été servis en plein air dans une des belles allées d*Aranjuez, on n*a pas manqué d'espace pour danser; et toute cette jeunesse s est mise à danser, quoiqu'il ne s*y trouvât pas une seule femme, non plus qu'au château. Nous sommes ici comme dans un couvent.
Le roi va demain à Tolède, et je l'accompagnerai. Je crois qu'il n'y passera que vingtquatre heures, après quoi Sa Majesté retourne à Madrid.
Rœderer y est resté jusqu'à présent, étant à peine guéri de sa fluxion sur les yeux. Le général DessoUes est toujours avec nous. C^st une société très-agréable. Offrez mes respects à la reine^
Madrid, le 29 mai 1809.
... Mon intention est toujours de partir dans les huit ou dix premiers jours de juin. Les chaleurs commencent à se faire sentir, et je ne veux pas faire Tessai de celles du mois de juillet. Je ne sortirais pas de cette épreuve.
Le roi a été d* Aranjuez à Tolède. Il a été très-bien reçu dans cette ville et dans tous les villages du chemin de Tolède à Madrid (4).
(1) (Note de VédUeur. ) Sur un feuillet volant , on lit ces mots :
Le peuple témoigne de l'empressement pour le voir, et, ce qui est mieux encore, il témoigne du plaisir après l'avoir vu. De Tolède à Madrid, îl y a -environ vingt lieues de France, eti plaine. C'est un pays très4)ien cultivé et riche. Le retour du roi à Madrid a donné lieu dans cette capitale à des empressements affectueux : les spectacles l'ont plus applaudi quedecoutume. D s'est rencontré plus de monde sur son passage qu'à l'ordinaire; en6n> hier dûnanche, le cercle du Midi aété extrêmement nombreux. Il y avait affluenoe d'Espagnols distingués, et tous ceux qui ont eu l'occasion de parler au roi lui ont dit quelque chose de flatteur , ou exprimé un sentiment de confiance. Les nouvelles d'Allemagne, celles des Asturies qui sont maintenant dégagées, la bonne position de l'armée d*Andalousie^ et les avantages du général Saint-Gyr dans la Catalogne, contribuent sûrement beau* coup aux bonnes dispositions que l'on montre au roi; mais il est certain que sa vie laborieuse, ses opérations sur la dette publique, son respect pour les engagements des rois ses prédécesseurs, sa sévérité pour les moines, qui sont détestés ici de tous les gens de bon sens (dont en vérité le grand nombre m'étonne), l'arrestation de soixante brouillons que le roi a pris dans toutes les classes et qu'il a fait conduire à Rayonne, tout ce4a fait que l'on se courbe volontiers devant ion autorité : car la force est nécessaire pour soumettre, et elle seule soumet ici; mais c'est quelque chose de faire qu'ensuite la nation se plaise dans sa soumission, et juge qu'il n'y a rien de mieux à faire que d'y rester. — La fluxion de mon fils est trè&-opiniàtre. Il ne fait pas de service et garde sa chambre.
Mesdames Marie, Lucotte, Michel, sont arrivées bien portantes. Je n'ai encore vu aucune de ces dames, car il ne vient point de femmes chez te roi ; je n'ai vu qu'une fois madame de Melito, et chez elle. Elle habite une petite maison du prince de la Paix qui est d'un luxe étonnant , même pour les gens de Paris.
« M. d'Azenza me dit, en visitant à la suite du roi un bel tiôpital de Tolède bâti par le précédent archevêque, qu'on fit dans le temps sur cet édifice une épigramme en forme d'inscription, destinée à y être appliquée, dont le sens était : Cette maison est destinée moins à loger les pauvres qu*à epifiUre,- ou : Cette maison fera plus de pauvres qu'elle n*en logera. •