PENDANT SON VOYAGE
conformément à la version que je vous envoie. Il n*y a que ie géaénA Suchet qui perdra à tout cela; car il est un peu différent pour lui d'avoir battu des troupes réglées et anglaises^ ou d'avoir battu des paysans. Au moins* il est juste que madame Sucbet sache la vérité, et la reine aussi.
Lyon, le 3 Juillet 1809.
J'ai reçu hier, ma chère amie, quatre lettres de vous... Je pars demain pour Genève... je compte voir Genève et Ferncy dans la journée du 7, arriver le 8 à Colmar, le 9 à Strasbourg, le 10 à la Verrerie.
J'ai vu hier Hamiet, joué par Talma; c'était sa dernière représentation. La pièce ne vaut pas mieux à Lyon qu'à Paris. Si Hamlet n'était timbré, on ne pourrait faire cinq actes d'un sujet sans action, où il ne s'agit que de savoir comment on devinera (non comment on découvrira) si le père d'HamIet a été tué ou empoisonné, ou s'il est mort naturellement; mais Lyon est dans l'ivresse, et cela répond à tout.
Madame de Staël et son cortège ordinaire sont ici pour voir jouer Talma. Je ne l'ai pas vue. Madame Récamier y était aussi il y a huit jours, très-brillante, très-accompagnée, ayant souvent à dîner Talma et sa femme, qui ne joue pas; j^ai compris qu'il est à sa troisième femme, ou trente-sixième, et que celleci ne se montre pas sur la planche.
Je vous embrasse de tout mon cœur.
Modon (Pays de Vaud), le 8 juillet 1809.
Nous avons rencontré aujourd'hui à Lausanne toute la maison Falconniet de Naples, et M. Portalès qui a épousé l'atnée. Nous avons dîné ensemble; ils seront à la fin de ce mois à Paris. C'est une famille charmante de toute manière.
Les yeux de Rœderer vont passablement depuis deux jours. Mais il a fallu ralentir notre marche, ce qui heureusement nous retient dans le plus charmant pays de la terre. Nous couchons demain à Morat, après-demain à Berne, le jour suivante Strasbourg, et, enfin, le lendemain à la Verrerie.
Je vous embrasse tendrement.
EN ESPAGNE EN 4809. lâl
Verreries de SaÎDt-Quirin, le 18 juillet 1809.
Nous sommes arrivés ici» ma chère anûe, il y a déjà deux jours. Les yeux de mon fils se guérissent. Moi, je souffi^ beaucoup du bras droit, de la suite d'une chute que j'ai faite il y a trois mois à Bordeaux, et dont je n'avais pas prévu que je dusse me ressentir si longtemps et si vivement...
J'ai reçu, le 45, à Strasbourg quatre lettres de vous; j'en ai trouvé autant ici. J'ai reçu hier celle que vous m'avez écrite le 42. Il parait que vous m'attendiez au plus tard dans cette semaine. Je pense que mes précédentes vous auront fait entendre que ce ne sont pas mes affaires et mes intérêts seuls qui m*ont fait prendre la route de l'Alsace, au lieu de retourner à Paris. J'ai écrit de Strasbourg à l'empereur. J'attendrai ici douze jours ses ordres. Il ne serait pas impossible que j'allasse à Vienne. La souffrance de mon bras me fait
désirer vivement d'en être dispensé
Je crois que la cause de la tristesse de la reine est un méchant médecin, atrabilaire jusqu'à l'extravagance, qu'elle a envoyé à Madrid et que le roi a nommé médecin de sa maison. C'est un homme qui ne rêve que conspirations, assassinats, empoisonnements. Il trouve que les éléments même sont conjurés à Madrid contre les Français. L'air les tue. Peau les tue, la chaleur, le froid, tout leur est également contraire. Je ne parle pas d'autres rapports qu'il peut faire, et qui n'intéressent pas la salubrité ou la sûreté du pays. C'est un mauvais esprit, supposé qu'esprit y soit. Je vous embrasse de tout mon cœur.
(Rentré à Paris dans les premiers jours d'août 1809.)
NOTB.
Une personne digne de foi m'a dit avoir vu entre les mains de M. Ouvrard un traité de société, fait entre lui et le prince de la Paix en 4195 (ou environ)» poiv faire à profit commun la traite des piastres d'Espagne.
C'est une prévarication infâme. Un premier ministre, qui accorde ou fait accorder un privilège à un particulier pour en partager le profit, vole l'État de tout le profit qu'il fait, puisque le concessionnaire eût pu payer à l'État tout ce qu'il donne à cet associé.
H n'y a pas d'excuse pour celte conduite :
\n LEITRES DE M. A
L'affaire est utile à TÉtat^ dira le prévaricateur Eh bien ! elle Teût été plus encore.
En supposant qu^il fût possible à un ministre y en s'intéressânt dans une entreprise , d'assurer à TÉtat un profit qui autrement serait douteux^ la probité sans doute ne s'opposerait pas à ce qu'il s'y intéressât ; mais la délicatesse s'y opposerait encore.
Bayonne, le 20 juiu 1809.
i. De Madrid à Bayonne^ toutes les terres qui étaient cultivées avant l'entrée des Français en Espagne l'ont été cette année comme les années précédentes , et la récotte de Madrid à Bayonne sera d'une abondance extraordinaire. Encore que l'exportation par mer ne soit pas présumable^ cette abondance n'est pas moins une richesse qui^ un jour ou l'autre, aura sa valeur, et qui , en attendant , préservera le gouvernement du danger d'une disette ou même des appréhensions de disette^ appréhensions toujours fâcheuses pour l'autorité^ et qui sont des levains de révolte plus puissants qu*aucun autre.
3. J'ai remarqué sur toute la route, à partir de Guadarama^ que les conunandants des postes et garnisons établis dans les villes et villages étaient animés d'un esprit très-conservateur. Us veillent sur les troupes qui passent et qui ne sont pas^ en général , animées du même esprit; étant nécessairement occupées de leurs besoins du moment^ auxquels les circonstances n'ont pas toujours permis de pourvoir.
3. Entre les conunandants qui m'ont paru mériter des éloges particuliers, je citerai celui de Guadarama, celui de Brivieska, qui est Tonde de madame Regnaud de Saint-Jean d'Angély^ et qui a fait payer à des voituriers de notre caravane un dédommagement pour du blé coupé en vert dans le champ d'im particulier qui est venu se plaindre de ce dommage;^celui de Mondragone; celui de Tolosa.
4. Au haut de la montagne d'Emani (Biscaye) est un poste composé moitié de Français^ moitié d'Espagnols (troupe bourgeoise). Ces Espagnols font excellemment leur service. Tous les jours ils font des arrestations. Ce poste existait déjà il y a deux mois, et le clief est un propriétaire qui a servi.
MADAME ROEDERËR,
5. Le général Dufresse et le général Tbouvenot; mais plus encore celtii-ci que le premier^ paraissent fort occupés de la tranquillité publique et de la sécurité dés habitants. Le générai Thouvenot a, je crois, rencontré le vrai moyen d'assurer les routes, en établissant des gardes bourgeoises ^ c'est- à^ire en obtenant un service volontaire des Espagnols, en reconnaissance de ce qu'il ne les pille, ni ne les laisse piller.
6. On ne m'a pas parlé à Burgos du général Thiébault aussi favorablement qu'il y a deux mois. Je pense que le roi pourrait charger son ministre de la police de demander à son beaufrère, don Andréas del Castillo^ des détails sur le général Thiébault.. .
7. Les routes ne sont pas plus infestées de brigands qu'il y a deux mois. Le passage dangereux est la contrée de Santa-Maria de la Nieve, Goca^ etc. Quand on a passé Vittoria, on voit aller et venir les gens du pays^ sans inquiétude^ sans caravane, sans précaution. Là, tous les chemins sont couverts de voitures et de mulets qui annoncent du commerce et de la confiance. Ce seul aspect du pays m'a déterminé à quitter la caravane que j'avais suivie depuis Madrid, et à venir à Bayonne avec quatre soldats seulement, que j'ai placés sur mes voitures; de sorte que j'ai bit, en treize jours, le chemin pour lequel la caravane en aura mis vingt-deux.
8. Le prioee d'Isembourg fait partie de cette caravaoe. Il a dans sa voiture une petite fille de tpebe ans; au-dessus, un singe dans une cage; derrière, deux torches qui ne sont point incendiaires^ et que le soleil a tout ployées et à demi fondues. Son Altesse a la goutte, ou du moins marche conune s'il l'avait Elle est suivie d'un caisson qui renferme des médailles^ des tableaux , des livres et manuscrits précieux , des dessins. Il a, entre autres, 139 dessins originaux de la Flora peruviana. ^ .
9. Le capitaine (corsaire) Desmolands^ le même qui avait été à Madrid offrir ses services à Sa Majesté , et qui crmt avoir été éliminé ou froidement reçu par M. Cflarill^ a reçu^ autre Burgos et Vittoria, sur le grand chemin^ une lettre du maréchal Soult qui l'appelle en toute diligence. Cette lettre lui avait été remise par un courrier qu'il. avait expédié depuis trois mois au maréchal, et qui est revenu avec
M. Alexandre Girardin , que le maréchal a envoyé vers Teinpereur.
M. A. Girardin court à franc étrier, en casque doré; il s'est arrêté à ma voiture tout le temps nécessaire pour me dire qu^ii ne pouvait rien dire ; mais un bâtiment , venu de la Corogne à Bayonne en vingt- sept heures^ avait appris ici la marche du maréchal longtemps avant que M. de Girardin y arrivât.
iO. Le général ... a fait partir, un grand nombre de chaloupes chargées dlndigo^ de sucre ^ café et autres denrées coloniales^ pour Bayonne^ où il a chargé un négociant de les lui vendre; mais on fera, à l'arrivée, des difficultés pour laisser entrer le convoi, l'empereur ayant défendu l'introduction de denrées coloniales sans sa permission directe.
Le maréchal ... a fait aussi des expéditions de quinquina et autres marchandises. Le convoi du général . . . provient, non de captures faites en mer, mais de magasins de Gijonne.
H. Une dame espagnole, partie, avec une femme de chambre et deux domestiques , de Madrid , il y a environ quinze jours, a suivi sans escorte et sans aucune précaution la route d'Aranda. De Vitloria, elle pouvait marcher avec moi; elle a été plus brave que moi, et a voulu aller seule. Tous nos muletiers pensent, et moi comme eux, que cette dame a des papiers qui lui servent de sauf-conduit contre les brigands. Cela peut mériter attention; car sMl y a des gens de Ferdinand qui donnent dans Madrid des passe-ports propres à préserver des brigands, ils ont donc des intelligences avec les brigands. Cette dame est la femme d'un prisonnier qu'elle dit être à Dijon, et qu'elle ^va joindre*
En arrivant à Bayonne, elle est allée à la campagne pour trois jours, à trois lieues de la ville. Le commissaire général de police, à son retour, essayera de savoir sur quoi est établie la confiance avec laquelle elle a voyagé. Je ne sais si un peu de dépit ne m'aveugle pas, mais je trouve suspecte une femme qui est plus brave que moi, surtout quand je me vois plus brave que le prince d'Isembourg.
12. Les prisonniers de guerre ont été trèsbien traités par le colonel du 63% qui a commandé l'escorte sous laquelle a marché la caravmie. Los prisonniers d'État (la junte) ont aussi été traités avec beaucoup d'égards ; je
crains toutefois qu'ils n'aient jeté de mauvaises semences sur la route : à la faveur de la liberté dont ils ont joui, ils ont passé toutes leurs soi^ réesavec les prêtres du lieu où ils ont séjourné.
43. Les prisonniers d'État précédemment arrivés à Bayonne, et distribués dans plusieurs villes du midi , se sont aussi loués des procédés de leurs escortes. J'ai su cela de négociants à qui ils étaient recommandés.
14. Je me suis informé ici de la quantité de laines vendues par le commissaire du gouvernement. Depuis deux mois elle est presque entièrement arrêtée. Je joins ici un état qui montre ce qui est vendu, ce qui est en vente , objet différent de ce qui est à vendre. Le produit de la vente consommée est d'environ 900,000 fr.
45. Le général Avril écrit au général Hédouville que Santander est à l'abri de toute attaque. Le général Bonnet a tué à l'ennemi !2,000 hommes, fait 4,000 prisonniers. Le reste s'est retiré sur Espinosa.
16. — Du 21 juin. 11 vient d^arriver au commissaire général de police de Bayonne une lettre du ministre de la police de Madrid , qui rinvite à faire arrêter et à retenir en dépôt les deux voyageuses dont il est question n° 1 1 . 11 parait que ce sont des demoiselles qui se soni émancipées avec leurs amants. Cependant il reste toujours à éclaircir comment elles ont voyagé sans escorte et sans crainte. Le commissaire de police les a fait arrêter hier à la campagne où elles étaient allées : il les interrogera aujourd'hui.
17. M. le colonel Tascher est arrivé hier soir à Bayonne. 11 a voyagé sans escorte , mai» il rapporte qu^un poste vient d'être égorgé à la Puebla, village entre Miranda et Vittoria. Une remarque importante à faire, c'est que les pos^ tes qui passent sur les chemins les plus dangereux sont les plus mal montées en chevaux ; et la raison en est simple, c'est que les brigands les prennent , ou que les maîtres de poste craignent qu'on ne les prenne. Cependant, la sûreté des courriers et militaires qui vont seuls,, voulant aller vite, exige qu'au moins ils aient pour eux le moyen d'échapper aux brigands. Ne pouvant les combattre , il faut pouvoir lesfuir. Si les maîtres de poste entre Ségovie et Valladolid manquent de moyens ou de volonté pour avoir de bons chevaux , la vigilance du
LETIRËS DE M. A MADAME ROEDERER, ETC
ministre^ ou quelque sacrifice du gouvernement^ suffiraient pour mettre la chose en règle.
18. On tient ici pour certain que le général Saint-Hilaire est mort; il y a même des gens qui assurent que le maréchal duc de Rivoli est à Strasbourg pour faire soigner ses blessures. Cela parait cependant mériter confirmation. Rayonne est en général aussi espagnol que français^ et l'on y exagère beaucoup les mauvaises nouvelles. Ce qu'on sait le mieux à Rayonne^ ce sont les nouvelles de l'Espagne; On les sait mieux et plus vite qu'à Madrid^ parce qu^on a les deux voies pour en receveur.
celle de mer et celle de terre, et surtout parce que la correspondance de l'intérêt privé' est toujoun< plus active que celledu gouvernement. Il serait utile au roi d'avoir à Madrid un honune sûr qui correspondit en son nom avec quelque négociant de Rayonne, et fit passer sa correspondance au roi.
19. Le courrier de la malle arrivée d'hier a été attaqué et dévalisé près de la Puebla. Quatre dragons qui l'escortaient ont été fort maltraités. Le prince d'Isembourg, informé du fait, a rétrogradé pour faire renforcer l'escorte sous laquelle il marchait. La garnison de Yittoria a'est mise en campagne*
OPUSCULES