‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 47 sur 208 · CONCERNANT DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS L'AUTEUR · texte numérisé non relu

CONCERNANT DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS L'AUTEUR

AHSUILLON (LE IHJC D',) «OWKBlIBUm DE LA BKBTAGNB.

Veut-on prendre une idée du langage d'un roi étranger à la chose publique^ inconsidéré^ faible^ avec un courtisan attaqué par la clameur publique ? qu'on lise Técrit que je vais rapporter. C'est une lettre de Louis XV au duc d'Aiguillon. Le parlement de Rennes venait d'arrêter d'itératives remontrances au sujet de l'affaire de Bretagne : le duc d'Aiguillon^ qui y était chargé d'inculpations graves^ avait écrit au roi ; il lui avait demandé d'envoyer sur les lieux un commissaire de son conseil pour examiner sa conduite : il offrait sa tête, s'il était reconnu coupable; mais il demandait une satisfactjpn éclatante du parlement, s'il était disculpé. C'est la réponse de Louis XV à cette lettre que je vais transcrire :

a Mon cousin, je ne suis pas étonné que « vous ayez eu toutes les plus jolies femmes, «t tant vous avez de ténacité et d'activité dans a vos affaires. Que n'ai-je toujours été de mêa me I Mais votre style ampoulé ne me fera pas a changer (i). Vous me demandez un membre « de mon conseil pour aller examiner votre a conduite en Bretagne ; c'en serait le plus an- « cien (2) qui irait lui-même, s^il était plus c jeune et moins timide.

(1) Nota. Le roi avait ordonné de garder le plus profond silence sur toute raffaire de Bretagne.

(2) Cest lui-même que le roi désigne ici.

« Servez-moi avec probité, avec zèle et actia vite, et je continuerai à vous protéger, d

J'ai vu cette lettre en original, écrite de la main même du roi.

(Note de VédiUsur,) Le portrait de Barrère est inséré au tome III , page 272.

BKAVMAACHAIS.

L'envie et la persécution demandent comment il se fait que Beaumarchais soit rayé de la liste des émigrés?

La justice et la raison demandent comment il se fait qu'il y ait été inscrit?

Que les détracteurs de cet homme racontent ce qu'ils voudront de sa conduite privée; le public, qui ne peut et ne doit le juger que par ce qu'il a fait pour le public, n'a droit ni de demander ni même d'écouter sa justification sur le reste, n'ayant pas eu le droit d'écouter les délations odieuses dont il a pu être l'objet.

Beaumarchais sera toujours cher aux amis du talent; ses premiers Mémoires sont des chefs-d'œuvre de dialectique , où la gaieté fortifie le raisonnement ; son Eugénie est le drame le plus pcUhélique qui ait été fait depuis le Père de famille; son Tarare, le seul poème de morale hardie qui ait jamais été mis sur la scène lyrique; le Mariage de Figaro est la comédie la plus plaisante qui ait été faite depuis Re-

gnard, et le Barbier de SévUle, là plus comique qui ait été faite depuis ^lollère.

Beaumarchais , non-seulement nous a donné de bonnes productions, mais il a rassemblé et multiplié les productions de plusieurs grands hommes, à une époque où ces grands hommes n'eussent osé les multiplier eux-mêmes. Nonseulement il a fait des éditions complètes de Rousseau et de Voltaire, mais il les a mises à la portée de tout le monde^ en en faisant dans tous les prix et pour toutes les fortunes.

Les ouvrages, ainsi que les actions publiques de Beaumarchais , respirent tous la liberté et lo courage. Il n'est pas de ceux qui ont celé* bré la liberté en saltimbanques depuis qu'elle est établie; mais il est un de ceux qui Tout conquise. Qui ne voudrait s'être tû comme lui depuis la révolution , et avoir fait ce qu'il a fait avant? Nous l'avons vu, pendant quinze ans, simple particulier, secouant toujours quelque préjugé ou quelque abus en puissance.

Gomme imprimeur et libraire, il a réprimé les libraires; comme auteur dramatique, les acteurs; comme plaideur, le tribunal qui devait le juger, et le gouvernement môme qui avait institué ce tribunal-

Croyez-vous qu'en ébranlant le parlement Maupeou, il n'ébranla pas le despotisme dont ce parlement était ^ouvrage?

Le prologue de Tarare est une véritable déclaration des droits; le rôle entier de Figaro, une leçon d'^alité. Figaro, sans doute, est un peu intrigant, mais il est homme de tête» Tarare est un peu aventurier, mais il est homme de cœur. Et comment être plébéien dans un pays de nobles, et se mettre en position de montrer de la tête et du cœur, si un peu d'intrigue et d'aventure n'aident à sortir du pair?

Me promenant un jour dans le jardin de Beaumarchais, au boulevard Saint-Antoine, je vis courir une jolie levrette. Je l'appelai , elle ne se fit pas attendre. Elle avait un collier sur lequel je lus ces mots singuliers : Beaumarchais m'appartient. Sans connaître autrement Beaumarchais, je l'ai toujours aimé de cœur depuis ce jour-là. Je me suis dit souvent : Q y a dans ces deux mots bien du respect pour la liberté et pour la condition d'être sensible. Ils mersemblent exprimer que des êtres de cette espèce, à quelque distance que la nature les ait placés

l'un de l'autre, nô peuvent s'appartenir quà un titre égal , celui de Kaffection mutuelle ; et je pense que celui qui les écrit sur le collier de sa chienne, n'attacherait pas de collier au cou d'un homme.

(Journal d* économie publique , t. I , p. 57 , 10 fructidor an iv — 27 août 1796.)

LCTTRRS DR BRAUMARCBAIS A M.. BORDEaRB.

; « Paris, 20 juin 1791.

a Avant de répondre , monsieur, à la lettre que vous m'avez écrite sur le directeur du spectacle de Metz , j*ai voulu m'assurer de ce qui s'était passé entre ce directeur et l'agent des auteurs lorsqu'il vint à Paris. Je ne puis donc mieux faire que de vous adresser, monsieur, la réponse que j^ai reçue de 1\I. Framery, noire agent, à ce sujet. Vous y verrez combien les nouvelles réclamations de cet homme sont peu fondées. J'y joins une réponse imprimée de ce même agent littéraire et dramatique à quelques mémoires très-virulents qu'il avait reçus de différents directeurs de spectacles; lisez-la^ monsieur, vous connaîtrez la question dans toute son étendue. Au style près, plus ou moins décent, tous ces directeurs prétendent ia Doéme chose, qui est de continuer àjomer les pièces des auteurs vivants sans rétrtlnttùm pour euJc, Surtout, aucun ne veut compter de rintégrilé de ses recettes, ce qui annonce une mauvaise foi universelle. Car, qu'y a-t-il de plus juste que de leur donner une portion de la recelte , telle qu'elle est adoptée par les théâtres de la capitale, en prélevant leurs frais, avant que Fauteur entre en partage? U n'y a pas de règle plus parfaitement juste ; elle s'applique à la plus forte comme à la plus modique recette. Par elle, chaque auteur est égal en droit à tous les autres, quoiqu'ils puissent différer tous en mérite et en production de recette. Ce n'est point un financier qui a fait adopter cette mesure commune, c'est un homme juste et désintéressé : c'est moi. Mais nul fripon au monde ne veut compter avec personne; ils veulent cacher leur brigandage : c'est le secret de la comédie , tout le monde le sait; mais le temps est venu d'en fmre enfin justice. Quant au directeur qui vous a remis le mémoire que j*ai l'honneur de vous re4fivoyer.

DES PERSONNAGES AVEC LESQUELS L'AUTEUR A EU DES RELATIONS. iî7

comnne il est bien le maître de ne pas jouer nos pièces, s'il trouve nos conditions trop dures, il n'y a tort pour personne; et la municipalité qui le protège ne doit pas trouver plus étrange de nous voir demander le payement des pièces que le prix de tout accessoire qui sert à les représenter. Les gens de lettres sont pauvres, et doivent s'en honorer; mais il est bien plus juste qu'ils vivent de leurs ouvrages que d'être, comme autrefois^ réduits à ramper sous toutes les puissances pour obtenir quelque pension. Je ne doute pas^ monsieur, que vous ne soyez de mon avis.

0 Recevez les salutations du cultivateur Beaumarchais. >

« 22 floréal an V. — 1 1 mai 1797.

a Le suffrage d'un homme de votre mérite est aussi encourageant que flatteur ; mais j'ai six ans de plus que quand j'ai fait la Mère coupable y et, en gagnant de Tàge, j'ai perdu la douce tranquillité nécessaire à ce genre d'amusement. Je vous aurais prié, dès la prenoière représentation, d'accepter un exemplaire de Touvrage , pour vous soumettre les idées de mon discours préliminaire ; mais j'ai craint qu'en votre qualité de journaliste, vous ne pensassiez que je voulais par là vous engager d'en dire quelque chose. Non; j'ai eu plus que je n'osais espérer. Je ne croyais pas le public d'aujourd'hui de force à prendre du plaisir à un ouvrage aussi sévère. Tout n'est donc pas perdu, puisqu'il commence à consentir qu'on lui parle comme à des hommes. Aujourd'hui que tous nos journaux ont chacun rendu compte, à leur manière de sentir, de l'effet que l'ouvrage a produit sur eux, et que tout est dit là-dessus, je vous envoie un exemplaire et un pour Adrien Lezai , pour vous remercier tous les deux de l'extrême plaisir que me font vos excellentes productions. Je vous donne peu pour beaucoup; mais l'intention ici doit remplir l'intervalle, a Salut, estime, attachement

a Beaumabchais. »

Beaumarchais était fils d'un horloger. Je ne sais quel fat , homme de qualiti^, s'avisa, pour l'en faire souvenir, de lui présenter une mon-

tre de prix qu1l faisait admirer, et de la lui do'iner à juger comme à un homme qui devait être fort connaisseur : Voyons, dit Beaumarchais en la recevant ; il l'ouvre, la laisse tomber et la brise : Mon père m'avait bien dit, s'écria-t-il, que je ne serais jamais qu'un mauvais horloger !

Beaumarchais ayant rencontré Mirabeau dans son jardin du boulevard Saint-Antoine, que tout le monde allait voir, lui dit : Je suis eharwé de voir ici M. le comte de Mirabeau : c*est une preuve qu'il a oublié toutes les injures quUl m'a dites !

BEBNABDIN DE SAINT-PIEEBE.

Richard (t) , qui s^intéressait à Bernardin de Saint-Pierre, avait parlé à M. de Vergennes et à M. de Sartines, pour lui obtenir une pen-» sion , en raison de ses services dans la marine et les affaires étrangères ; ils avaient promis, il ne s'agissait que d'avoir un mémoire de Saint-Pierre. Richard va le voir, à la rue de la Reine Blanche, quartier désert, plus éloigné que le jardin des Plantes. Il l'engage à venir à Versailles. Saint-Pierre refuse; il insiste. Rien. Il lui propose de venir au moins dîner chez M. d'Angivilliers, qui, ainsi que Madame, avait une grande envie de le voir... Nouveau refus... Cependant Saint-Pierre se reprend, et dit à Richard : Mon Dieu, monsieur, puisque ces personnes ont tant de bonté pour moi, je vous prie de leur demander une seule chose qui me rendrait très-heureux : ce serait de faire paver ma me, afin que les honnêtes gens qui viennent me voir ne soient pas crottés comme vous voilà /

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