FEC LE MARÉCHAL DE BROGUE
J'ai connu le maréchal de Broglie. D était gouverneur de Metz quand j'entrai au parlement de Metz; et comme j'allais tous les hivers à Paris, et qu'il venait tous les étés à Metz, je le voyais plus souvent que mes collègues. Il me parlait avec confiance et à son aise.
Il était dévot et frondeur : il parlait mal de la cour, et plus mal des philosophes, parce qu'ils frondaient comme lui la cour.
Il était fort en lieux communs contre les deux partis; il était égoïste : il aurait voulu être seul frondeur en France.
Il méprisait beaucoup toutes les innovations. Il méprisait fort les nouvelles tactiques. Il m'a
parlé un jour fort au long, à moi , homme de robe, de M. de Menil-Durant et de son antagoniste le baron de...., de tordre mince et de V ordre profond t etc.
Il parlait beaucoup, très-vite, sans se reprendre d'une syllabe , sans s^arrêter d'une seconde, sans hausser, sans baisser la voix. Il parlait assez bien , jamais mieux, jamais mal. En parlant il se regardait souvent au miroir, et avait toujours affaire à sa coiffure.
On ne le quittait jamais sans être pénétré de sa droiture, de sa franchise, de ses vertus domestiques, de sa dévotion, de ses bonnes intentions, de sa médiocrité, sans s'étonner de l'idée qu'il avait de sa supériorité. En général, il méprisait beaucoup et n'admirait point. Il était habituellement familier, souvent altier, toujoura entier.