‹ Œuvres du comte P. L. RœdererChapitre 54 sur 208 · DROUOT · texte numérisé non relu

DROUOT

Plombières, 3 août 182S.

Le général Drouot, le Phocion du siècle, aujourd'hui, 3 août, à Plombières, m'a fait une visite. Après avoir parlé de mes occupations habituelles à l'occasion d'une comédie historique que je travaillais à mettre au net (ie Budget de Henri lll), il me parla aussi de ses occupations , et me dit : « Depuis i 81 4 j'aurais été bien malheureux si Je n'avais pas su aussi m'en faire une; j'ai brûlé, il y a trois mois, six mille pages de manuscrits, je n'en ai gardé que trois ou quatre cents qui me restent encore. C'était le récit des événements dont j'ai été témoin : il s'agissait, pour ta plus grande partie, des événements militaires. — Je me persuade, lui répondis-je,. que les trois ou quatre cents pages qui vous restent contiennent la substance de ce que vous avez sacriûé. — Ce n'est pas tout à fait cela. J'ai brûlé ce qui, depuis la même époque, a été écrit par d'autres avec autant de vérité et d'exactitude que j'aurais pu en mettre, et plus de talent. — Je me hâte de vous demander, mon général, le titre de ces écrits-là ; que je me les procure. — D'abord les i9 volumes du général Mathieu Dumas; ensuite 4 volumes de Jomini; 4 de Pelet; l'ouvrage de . . . , aide de camp de l'empereur Alexandre, souvent plus honorable à nos armées que les écrits de nos historiens français; l'ouvrage de Ségur, quoique d'un style un peu romanesque; celui de Gourgaud, plein de bonnes choses, quoique mêlé d'amertume et d'injustices pour M. de Ségur, à qui on ne peut contester d'être un brave officier.

a II faut ajouter l'ouvrage de M. Fain, qui est excellent. »

Telle fut la réponse du général Drouot.

Notes éparses^ dans un agenda de poche, sur le général Drouot.

Plombières y le l'^août 1830.

J'ai reçu à neuf heures le Moniteur des ^ et 30 juillet, n<^ 210 et Si 1, qui ne contenait que sept lignes pour annoncer Texistence d*une commission provisoire nommée pour la sûreté des personnes et des propriétés.

Étant la seule personne à Plombières qui reçût le Moniteur, il en fut pris sur-le-champ cinq copies qui se répandirent dans la ville.

2 août. — On annonce le retour de M. de Bonneval , colonel des cuirassiers de la garde, qui nous avait quitté la veille et avait été arrêté à Nancy. Il est revenu prisonnier sur parole du général Drouot, commandant la garde^ationale à Nancy. — Sept heures du soir. Le soir j'ai reçu et lu au même moment à haute voix, sous les arcades, le Moniteur du 31 et le National. Il y avait un grand concours autour de moi. Lorsque je lus Particle du National portant que le duc de Chartres était arrivé à Montrouge, une jeune fenune s'est écrié : Cest un joli garçon, cela ne gâte rien! On rit.

Le 3. Parti de Plombières à huit heures et demie du soir.

Le 4. Arrivé à Nancy à dix heures et demie. Tous les clochers de la route que nous avons vus, depuis le lever du soleil, portaient le drapeau tricolore.— Le général Drouot est nonmié commandant de la 5* division militaire.

A un^ heure et demie. — J'ai été chez le général Drouot; il était sorti. Rentré chez moi, je lui écris pour lui demander un moment d'entretien. Au moment que ma lettre partait, il est venu à monhdtel.

Visite du général Drouot... vingt minutes... embrassements... détails de santé. — Le général: « J'ai été quarante-huit heures sur pied à la Ville... Je n'aurais pas cru pouvoir aller ju&que-là... mais deux heures de plus m'auraient tué. J'ai éprouvé une prostration de forces absolue. M. le lieutenant général [le duc d'Or^ iéans) vient de m'adresser des lettres de commandant de la 5® division militaire; j'ai refusé. Ce serait la chose impossible de faire ce service. — Mes regrets fondés sur l'utilité de ses conseils. — Le général : A quelle heure dtnez-

vous?— A quatre heures.— Si après votre dîner vous voulez venir à mon ermitage, nous causerons. — De grand cœur. » — J'ai reconduit le général jusqu'au bas de Pescalier. Tous les gens de l'hôtel y étaient assemblés pour le voir. On lui a ouvert les deux larges battants vitrés qui ferment le vestibule, et il est monté dans sa voiture.

Le même jour, 4, à cinq heures et demie, la maison du général hors la ville.

C'est une jolie habitation, d'une modestie parfaite. On entre dans une petite cour d*environ vingt-cinq pieds, où il y a une remise et une écurie. On passe de cette cour dans un long jardin potager d'environ sept ou huit toises de largeur et d'une trentaine de longueur, divisé en carreaux cultivés en potager. L'allée du milieu conduit de la porte d'entrée de la cour à la porte du milieu de la maison, qui a trois croisées sur chaque face. C'est une maison toute socratique : partout des estampes représentant ou la vie ou la mort de l'empereur, et d'autres sujets patriotiques, tels que le jeu de paume de 1789.

Notre conversation reprise sur les affaires du temps.

Le duc d'Orléans lui a envoyé , il y a trois jours, un de ses aides de camp pour l'engager à venir à Paris; il a refusé, alléguant l'impossibilité physique de faire le voyage de Paris. Il me l'a fortement alléguée sur mes objections, et m'a donné sa parole d'honneur de la vérité.

Je lui ui parlé des prétendants qui allaient se présenter :

1° Les républicains, qui veulent un président. 11 a compté cela pour peu. Il me dit : Niaiserie de.. A

2<> Les bonapartistes. U n'a rien observé pour ceia.

3° Les orléanistes, qui veulent le duc d'Orléans roi. H m'a dit: Vous en oubliez un : U duc de Bordeaux.

On vint lui annoncer un officier venant de Metz. Je suis allé me promener dans le jardin pendant cette audience. (( Nous en étions au duc de Bordeaux, » ai-je dit. — Le général me dit nettement : J'ai fait serment à la Charte^ la Charte m* engage au duc de Bordeaux.

des enfants de Boissy-d'Anglas^ au nom de Louis- Stanislas- Xavier y autrefois Monsieur, aujourd'hui prétendant au trône de France.

<ïOn peut imaginer l'effet que produisait une pareille nouvelle^ même sur ceux qui sont les moins disposés à ajouter foi aux discours de Bailleul. — Cela ne se peut pas, disaient les uns; cela est impossible, disaient les autres. — C'est encore un mensonge de Louvet ou de Poultier. — Le fait est certain, répliquait Bailleul en souriant, et il montrait le Journal des hommes libres. — On die le notaire qui a reçu fade; vous voyez que l'accusation est positive. — Très-positive, répétaient à la fois deux Ou trois persqnnes qui paraissaient avoir un grand désir de la trouver telle. — Quand je vous disais, il y a quelques jours, à la Bibliothèque, poursuivait un autre, queplw de cent députés avaient leur lettre de grâce dans leurs poches et le prix de leur trahison assuré, vous leviez les épaules, vous metraitiez de fou; eh bien! avais je tort? Oh! vous en découvrirez bien d'autres; je suis sûr que^si ou compulsait tous les dépôts publics de Paris, on verrait que Henry Larivière, Lanjuinais, Dumolard, Pastoret^ etc., n'ont pas été plus maltraités que Boissy-^f^Ànglas, et on sentirait la nécessité d'une grande et prompte mesure. — Il faut convenir , murmurait tout bas un assiâr tant, que c'est une étrange manière de conspirer que de le faire par^evant notaire. Et tousixl'ajouter : // faut mettre Boisay en ^(lement. Certainement Drouet ne fut pas aussi coupable. — Il n^est pas temps , répliqua , dk-o», Bailleul; iln*estpas temps. Et il rentra dans la salle, où la séance venait de s'ouvrir.,, »

Boissy nous apprend ce quldonna lieu à ce mouvement. Il était autrefois officier dans la maison de Monsieur. En i790, sa charge fut supprimée, et comme la forévne ennemie pouvait bien forcer un prince à supprimer ses officiers, mais à les payer, non. Monsieur passa à Boissy-d'Anglas, au commencement deil9l, chez Gondouin,. notaire, rue des Quatre-Fils, un contrat de 55,000 livres, pprtant iO pour 400 d'intérêt, en viager sur la tête de ses quatre enfants. Notez que la charge avait coûté 50,^000- livres, et qu'il y avait cinq années de rentes arriérées.

Plût au ciel que la sottise, l'ignorance, la vanité, la cupidité, le besoin de places et d'argent,

(Note de Véditeur.) Une méprise, qui ne pouvait être réparée par un erratum, m'oblige à placer ici un carton. Je saisis cette occasion pour réparer Tomission qui a été faite de huit articles, bien qu'il doive en résulter une interversion dans Tordre de leur placement. BAUBUI DBS AEDBHSE8.

CUimus, et d'autres amis de Baudin, s'occupent du soin de rassembler ses ouvrages. Ils se proposent d'extraire de ses discours au corps législatif toutes les choses d'un intérêt général et duraUe, et ils en trouveront beaucoup de 06 genre. Le discours qu'il avait commencé sur la résolution relative aux négociations de paix, et dont on a lu des fragments à la tribune, n'aurait pas été le moins intéressant de ses écrits. Il devait y rassembler un grand nombre d'anecdotes propres à dévoiler des factieux qui, depuis quelque temps, ont eu le secret de se donner une importance qui leur était refusée par leur caractère et leur peu de talent. A la dernière séance de l'Institut où il est venu, il a dit à plysieurs de ses confrères, au sujet de ces factieux : Je leur arracherai le masque, et même la peau!

{Jêumul dt Pmù, du 18 ImiiMire aa viii. — 4 novenbre 1700.)

D'inVB MACHINATION CONTRE BOISSY-D^ANGLAS.

Boissy-d'Anglas nous a adressé avant-hier soir une lettre que le défaut de temps nous a empêché de faire connaître, et que le défaut d'espace nous empêche de publier tout entière. Nous en imprimerons du moins les principaux détails ; ils sont propres non-seulement à faire connaître ses ennemis, mais encore à montrer ce que sont les petits hommes, les petites ftmes, les petits esprits, dans les grandes places, et à faire voir comment tel, qui n'eût été qu'un tracassier dans son ménage, et dans la société un trigaud, devient dans un corps considérable un machinateur dangereux.

a Hier malin, dit Boissy , au moment où la séance allait s'ouvrir, le représentant du peuple Bailleul , le Journal des hommes libres à la main, parcourait rapidement les corridors du conseil des Cinq-Cents , la salle des conférences, les vestibules, etc., et, se glissant au milieu de quelques députés que le froid réunissait autour des poêles, leur annonçait la grande découverte d'un contrat de constitution de rente passé, tout nouvellement, en faveur

la crainte de ch&timenU mérités , ne tramassent jamais de conspiration plus dangereuse que celle dont Boissy-d'Anglas est capable.

{/•ufmml dt Pmrù, Un tO frinuir* «n ▼. — 9o décnnbre 1796.)

raocBOT.

Quand le citoyen Frochot a été présenté au premier consul avec quelques autres préfets , te premier consul leur a dit : a Un des motîfe qui m'ont fait nommer le citoyen Frodiot à la préfecture de Paris, c'est qu'ayant été maltraité par la Révolution il n'est pas moins resté constamment attaché à ses principes, et qu'étant devenu administrateur de son département après y avoir été longtemps persécuté, il n'y a persécuté personne. »

{Joummi d* PmrU» da 10 Teniôse «a »iii. — Il «ars 1800.) D'UN ORDRE DU DIRECTOIRE CONCERNANT LA FAYETTE.

C'est un fait très-certain et très-honorable au directoire qu*il a autorisé le général Bonaparte à réclamer la liberté de la Fayette et de ses compagnons.

Mais la justice oblige de dire aussi que le général Bonaparte y était personnellement très-disposé. 11 était digne du grand capitaine et du citoyen généreux qui termine avec tant de gloire la révolution française de donner son appui au guerrier patriote qui Ta commencée avec laut de zèle, et des intentions si pures et si nobles.

Quelques mauvais esprits, unis à de plus mauvais cœurs, s'occupent déjà de la destinée à venir de la Fayette, comme d'un sujet d'inquiétude. Benlrera-4^ en Frafwe]? Peul'U y rentrer? La réclamation offi,oieuse, nuUs non officielle^ de sa liberté, n*est pas, ne peut pas être un rappel dans sa patrie, d'où le repoussent les lois contre les émigrés? Il a un parti en France!,., Déplorables soucis! La Fayette n'est ni émigré, ni réfugié. 11 est contumace, et la constitution assure au contumace la liberté de se représenter quand il lui plaît ; elle anéantit même à son retour toute ppocédure formalisée contre lui, tout jugenaent rendu, exécuté contre son effigie et sur ses biens. Cette vérité n'est point inutile à rappeler, parce qu'elle doit avoir plus d'une application.

Quant au parti de la Fayette, il est absurde d'en parler aujourd'hui comme d'un parti distinct de celui de la constitution républicaine.

L'exemple du sort que lui ont fait éprouver deux têtes couronnées n'est-elle pas la plus forte leçon de républicanisme qui puisse être donnée à tout Français qui s'est montré en 1 789 ami de la liberté? N'estil pas évident, pour tout homme qui a pris à la Révolution la part la plus louable, qu'il est criminel aux yeux de tous les rois? Comment donc croire que la

victime même qui nous sert d'exemple et de leçon méconnaisse jamais une vérité que nous lisons dan chaque ligne de sa malheureuse histoire I

Il y a longtemps que nous l'avons dit, et c'est um grand malheur que le gouvernement n'ait pas voulu l'entendre : les vrais amis, les amis nécessaires de la république, sont les constitutionnels de 1789. Les circonstances actuelles prouvent incontestablement que leur cause est commune avec les républicains irréprochables, et les plus défiants révolutionnaires commencent enfin à regretter de s'en être si longtemps séparés.

Au reste, convenons-en franchement, s'il est dû de la confiance et de l'estime aux hommes qui ont commencé la Révolution par de nobles motifs et dans des vues utiles, c'est à ceux qui U terminent, qui mettent en état de réparer les désastres qu'elle a entrainés, de jouir des bienfaits qu'elle a promis; c'est à ceux-ci qu'en appartient la gloire. Clore une révolution est plus difficile que de la commencer; vaincre tous ses ennemis est plus difficile que de les provoquer; ramener et attacher toutes les passions k l'ordre est plus difficile que de las déchaîner toutes contre quelques désordres, et d'abandonner quelques abus à leurs désordres mêmes. Les premiers constitutionnels , j'ose le dire , n'ont eu que des intentions pures; mais nous devons tous être modestes^ et tout nous dit de l'être.

Si la république française, si l'opinion décernent en ce moment d'autres couronnes que celles qui «ont dues à Pichegru, à Moreau, à Hoche, à l'immortel Bonaparte, c'est sur la tête de madame delà Fayette qu'il faut les poser toutes. Cette femme est l'honneur de son sexe et de son siècle; elle est une des plus précieuses possessions de la république française; c'est elle qu'elle peut offrir en exemple à toutes les épouses, à toutes les mères. Puissent les dépositaires de l'autorité nationale mettre assez de prix aux mœurs et aux vertus domestiques pour honorer dignement celle qui en est l'impérissable modèle.

[Jommat i* Pmris^ da 13 flore»! m v. — S «ai 1797.)

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